TEXTES DE BARONIUS ET DE MOMBRITIUS
empereurs. » — Euplus, joyeux, disait toujours : c( Grâces au Christ Dieu! » Conduit à l'endroit [où il devait mourir), il s'agenouilla et pria longtemps. Puis il tendit la gorge et le bourreau le décapita* Ensuite son corps fut enlevé par les chrétiens, embaumé et enseveli.
De ce texte *, édité par Baronius, Surius et Ruinart [A], il faut rapprocher deux autres textes latins et deux textes grecs. Lorsqu'on les compare au texte de Baronius, voici quelles sont les caractéristiques de chacun d'eux.
La version publiée par Mombritius ^ [BJ apparaît comme un remaniement pieux du texte Baronius : elle donne, non pas Euplus, mais beaius Euplus, non pas Calvisianus, mais impiissimus Calvisianus; 2. Elle énumère les quatre Evangiles dans Tordre traditionuel, et cite une phrase de chacun ; 3. Elle introduit un jeu de scène qui repose sur un jeu de mots : Euplus fait croire qu'il va sacrifier aux dieux, lorsqu'il se dit
* B. H. L. 2728. — Cf. Ruinart (1859), p. 437. — Baronius : 303.146. — Cf. Tillemont, v, 275 et 694.
« B. H. L., 2729. — Cf. Mombritius, i, 252.
Le texte de Mombritius n'est qu'incomplètement reproduit dans Ruinart [p. 43^]. Voici les quatre citations des Evangiles qu'on y trouve (la partie omise par Ruinart est le premier interrogatoire) : « legit secundum mattheum dicens : dixit dns ilis : beati qui persecutionem patiuntur 'propter iustitiam quia ipsoruni est regnum caelorum. Item aperuit secundum marcum dicens : omnibus qui credunt mihi, ipsis datum est cognoscere regnum Dei. Item secundum lucam dixit dns ihs turbis : si quis uult post me uenire abneget semet ipsum, toUat crucem suam et sequatur me. Ilem secundum iohaunem : omnis qui uenit ad me non esuriet et qui crédit in me non siliet in aelernum. Et cum clausisset euangelia, caluisianus eonsularis dixit : boc quid vult esse ? [Codex Palatinus, 846, — folio 120].
Adon dépend de cette version mombritienne [12 août, — P. L., 123, 329J. Voici un passage qui le prouve : « Torqueatur Euplus quousque confiteatur deos veros omnipotentes Martem, ApoUinem et Asclepium. Beatus Euplus respondit : Bene dixisli, Calvisiane, ut adorem Trinitatem inseparabilem, unum Deum. » a Ego sacrifico et imraolo me ipsum Patri, et Filio et Spiritui Sancto. »
IBO L* HAGIOGRAPHIE AUGtJSTINlENNE
prêta sacrifier à la Trinité ; Calvisianus a énuméré trois dieux païens; 4. Elle attribue à Euplus, arrivé au moment fatal, un discours à l'adresse du peuple ; 5. Elle raconte son entrée dans la Jérusalem céleste, parmi les anges et les martyrs qui ont été à sa rencontre ; elle assure que le contact du tombeau * assure la guérison des malades ; 7. Elle introduit une formule théologique curieuse : Trinitatem inseparabilem quae Trinitas unitas Deitatls est; 8. Elle aune couleur augustinienne accentuée : refovenie gratia Christi ;... quos ad te vocare dignatus es ;... firma nunc qiiod operatus es in me ; 9. Elle insiste sur la joie d'Euplus marchant à la mort, lœtus resumpto animo ambulabat quasi pergens ad nuplias ; iO.veiuerunt, forme classique, a été remplacé par vetaverunt.
Le Codex Bruxellensis 9290 (du xii® siècle) présente une troisième version latine [G] -, dont les prétentions littéraires sont incontestables : 1. Calvisianus adresse un long discours au païen qui a dénoncé Euplus ; 2. Il adresse à Euplus un second discours, non moins long, et tout farci de réminiscences mythologiques (la massue d'Hercule, le bouclier de Minerve, les oracles d'Apollon, les bienfaits. d'Esculape, les mésaventures de Vulcain % Paris et les trois déesses, la guerre de Troie.) — Cette troisième version latine repose sur le texte Mombritius : elle connaît, comme celui-ci, le quiproquo touchant la trinité païenne et les miracles obtenus par le contact du tombeau.
Le premier texte grec publié par Cotelier [D] ^ rappelle, par sa sobriété, la version Baronius. Voici quelles différences les séparent : 1. Calvisianus est appelé corrector, non consularis ; 2. Les deux comparutions d'Euplus ont lieu, non le môme
1 Ce trait est plus rare qu'oa ne pourrait croire. Les textes ne sont pas toujours aussi précis. Jacens ad s. ostium, dit Grégoire de Tours [de virtnt. Martini, i, 39, 606; ii, 10.612; — cf. de uirtut. Juliani, 9. 568|. Quand ce n'est pas devant la porte, c'est contre les murs extérieurs de l'abside que se tieut le malade [de uirt. Marti^ii, iv, 25 ; et ii, 56, p. 625, 65S]. — Voici (Quelques textes qui se rapprochent du nôtre : tota die inter altarium et sanctuni tumulum decubantes [op. laiid., i, 35, 605, cf. III, 4.633J, et : at ubi primum huius vestimenta cooperturium tumuli attigit, ilico parvulus respiravit [op. laud, ii, 43, 625]. — J'emprunte ces citations à Marignan : Le culte des saints sous les Mérovingiens, Paris, 1899, 197-199 notes.
2 B. H. L., 2730. Cat. Brux., ii, 309.
^ « Dicente nostro pœta : cui uou risere parentes nec deus huuc mœnia, dea nec dignata cubili est.
*■ Cotelier : Ecclesix gr,-ecde jnonumenta, i, (1677), 192-194. T^K x'jpi'ot; f^jjLÔJv AioxXixtOLV^ xo Èvvaxov xat Maçttxiavco xo oyooov ÙTtâxotç.