CHAPITRE ir
Noi^s rédigeons la passion des saints martyrs qui ont illustré Agaune \Acaunus^ ]de leur sang glorieux avec autant de bonne foi qu'on nous fa contée et dans le même ordre i^. ea
1 L'orthographe i4cawnz<* est fixée par le Parisius 9550 et par les monnaies mérovingiennes [d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la propriêté foncière, 178, et Barthélémy, Bibl. Ecole des Chartes, 26 (1865), 443].
Cf. B. H. L., 5737. Ruinart (1859), 317 ; — Wotke (C. V., 31). 165 ; — Krusch : M. G. S. R. M., II, 32.
Krusch a montré que deux mss. seulement étaient purs de toute interpolation, le Parisinus 9550 du vu® 8., [originaire de Burgondie] et le Parisinus 17002 [du x^ s.]
Wotke prétend qu'Eucher a utilisé un texte antérieur [loco citalo, p. xxii] ; Stolle veut que le chapitre 6 ait été interpolé [Bas M artyrium der thebœischen Légion. Monasterii, 1891]. On a judicieusement écarté l'hypothèse de Stolle [J. M. : Vepistola Eucherii et le martyre de la légion thébaine, dans le Museon et la Revue des religions. Louvain, 1898, 313, 418] [Cf. également les observations de Krusch] ; et l'assertion de Wotke attend encore ses preuves.
On peut ajouter aux bons manuscrits du texte d'Eucher le Parisinus 5293 (du xiii«) que Krusch range [p. 29], à tort, parmi les manuscrits du texte anonyme : on n'y trouve rien touchant Amandus, ^lius ni les Bagaudes ; Victor ne fait aucun discours; on n'y rappelle ni l'élymologie d'Acaunus [f. 62'"], ni les travaux d'Ambroise [63'], ni l'invention d'Innocentius [63^]. C'est le texte d'Eucher, précédé de la lettre à Silvius, Il faut le mettre sur la même
utique fide qua ad nos martyrii ordo peruenit). On s'est transmis rhistoire de génération en génération (per suceedentium relationem), et c'est
ligne environ que le 17002 [au lieu de tkeodoro eiusdetn uici episcopo, il donne eiusdem loci.]
Le texte d'Eucher a subi trois interpolations. Le premier interpolateur [type : God. San gallensis 563j, après avoir mentionné la construction de la basilique adclinis qui suivit l'invention des reliques par Théodore, ajoute : sed nunc iubente prxclaro meritis Ambrosio huius loci abbate denuo edificata biclinis esse dinoscitur. — Le second [type : Parisinus, 11748J est un moine d'Agaune qui conte l'invention dans le Rhône d'un martyr Innocentius, cuius translationem a sanctœ recoi^dationis domitiano genauensi et grato augustanœ urbis uel protasio tune temporis huius loci episcopo celebralam recolentes cotidiayia deuotione... frequentamus. — Le troisième [type : Parisinus, 15437] parle à la fois d'Ambroise et d'Innocent, et mentionne l'organisation de la litanie perpétuelle à Agaune par le roi et martyr Sigismond : psalmorum hymnorumque decantatio kie fieri non desistit qux iubente sancto et prxolaro Chvi>iti martyre beato sismundo rege est institulum [God. Vindobonensis, 357, f» 175^ I].
Quelle est la date de ces interpolations? Adon [2 nov. — P. L., 123, 389) parle d'un Ambroise, abbas monasterii agaunensis, d'après la Vita SS. abbatum ngaunensium que Arndt a le premier publiée [Kleine Denkm/iler aus dér Merovoiiigerzeit, 12-21] et qu'a récemment rééditée Krusch [S. R. M. m, 174-181], Ce texte fait d'Ambroise le successeur d'Hymnemodus à Agaune au début du vio siècle [f 520]. Il est possible que telle soit l'époque d'Ambroise, bien qu'on soit mal fixé sur la date de la Vita ubbatum Agaunensium : le P. de Smedt en fixe la rédaction au milieu du vi® siècle environ [2 novembre 543] tandis que Krusch l'attribue (looo citato) au milieu du ix^ siècle. Il est naturel de rattacher l'interpolation du texte d'Eucher aux travaux que fit exécuter l'abbé Ambroise. Noter pourtant que le mot nunc tombe peut-être exclusivement sur dinoscitur (c'est l'hypothèse de Krusch) ; — que la Vita A. A. Agaunensium ne souffle mot des travaux d'Ambroise; — enfin que le catalogue des abbés d'Agaune (dont la valeur, du reste, est parfaitement indéterminée) mentionne un second Ambroise, abbé d'Agaune, mort le 15 octobre 610 [S. R. M., III, 183].
L'histoire d'Innocentius n'est pas beaucoup plus assurée que l'histoire d'Ambroise : on ne voit pas à quelle époque placer exactement Gratus, Domitianus et Protasius. On connaît un Protasius, évêque de Sion, qui assiste, en 650, au concile de Chalon-sur-Saône [Duchesne, Fastes épiscopaux, i, 239 et 352. — Cf. Maassen, i, 213]. — On sait qu'un Gratus, en 451, représente au concile de Milan l'évêque d'Aoste, Eustasius ; et l'on connaît un évêque d'Aoste, Gratus, dont nous avons une légende [datant du xii^ siècle, 24 juin, 761-762, § 269, sq., « merissima fabula »] et l'épitaphe [G. I. L, v, 6.859] :
HIC REQVIËSGIT IN PAGE SC M GRATVS. EPS. DP. SVD. VII. ID