‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 102 sur 143 · REMANIEMENT ROMAIN DE FLOR1ÀN · texte numérisé non relu

REMANIEMENT ROMAIN DE FLOR1ÀN

spontanéité du saint : hilaris pergebat quasi ad lavacrum ; 3. On souligne l'opposition du corps et de l'âme, celle-ci libre, celui-là asservi au persécuteur.

Et voici les détails qui font penser à Vitus : 1. Le corps du martyr est protégé par un ou plusieurs aigles, ici et là * ; 2. Le corps est trouvé près du fleuve par une pieuse femme qui l'ensevelit. — Par contre, on ne trouve pas trace dans Florian, non plus du reste que dans Agathe, des tendances augustiniennes, si sensibles dans Alexandre de Bergame et dans Vitus. L'auteur de Vitus est certainement étranger à Florian ; mais il est très vraisemblable que Florian a été remanié dans les milieux romains *.

Car on doit ajouter à ce qui vient d'être dit que le martyre

1 Cf. aussi Vincent.

2 Le texte primitif n'est pas, je crois, connu. Noos avons, sans doute, un texte plus court que celui dont on a donné l'analyse : deux versions en ont été publiées par Pez \Scrip. Rer. Aust. i, 36-37. In diebus Diocletiani et Maximiani... B. H. L. 3055] et par Lambertini [Trattato sopra gli attid'alouni santi.., (Padova, 1748), p. 293. In illis diebus sub Diooletiano et Maximiano... B. H. L. 3956. Je n'ai pas pu me procurer ce dernier texte]. La version de Pez semble un résumé plutôt qu'une ébauche de notre texte long ; j'en vois la preuve dans le fait que le texte Pez, aussi bien que le texte Kruscb, est dépendant à'irénée : les mots suivaots du texte Pez ont été empruntés à Irénée : diuersis agonibus concertantes christiani... deuota mente... participes effioerenlur... iussit eum fustibus ctedi... La version primitive devait être indépendante des gestes d'Jreoée : c'est pour l'étoffer qu'on aura utilisé ceuxci. — Je remarque, en outre, que le texte Pez ignore la civitas jElium Cx~ tium ;le texte Krusch la mentiouae. — Le texte Pez enfin se lit dans des légendaires qui ont seulement des textes abrégés [Monacensis 14418 et WurgiburgeDsis mp. th. q. 15. — D'après Krusch|.

Le début du texte Krusch est, du reste, très manifestement, une amplification de rhéteur qui parle sans rien savoir.

« In illis diebus, Diocletiano et Maximiano imperatoribus facta est persecutio christiaoorum, quando divertis agonibus concertantes christiani, a tyraunis illata supplicia devota menle Deo suscipiebant et promissiooibus Cbristi participes efficiebantur : tune quidam in montibus se abscondebaut, quidam autem in cavernis petrarum. Tune sanctitas et fides per pacientiam suos athletas coronabat ; hœc autem Victoria ad vitam durit aetemain. Tuuc impiissimi iudices iussi ab imperatoribus certabaut insanientes ; Christi athlètes e contrario laborabant et superabant eorum insauiam ; venerabilis ergo fides vincebat». [Krusch. m. 68 J.

Certains mss. — tel, le Namurcensis 53 — présentent plus nettement encore le caractère d'une amplification.

S 1. Après iussi ab imperatoribus, certamen, on y lit: « crudele sanctis inferebant et insana mente in eorum exitium debachabantur, satius ducentes esse fidelium Xi carnificesquam impiorum pr«ceptorum cootemptores... Ergo in illis diebus ».

g 4. Après susoipe animam meam, on y lit : quam ideo dedisti ut per eam corpus meum vivificares, quamque fecisti rationabilem ut sua ratioue intelli geret te suum este creatorem... Hase et alia secretiora locutus, ante uuam

234 l'hagiographie pannonienne

de Florian était, selon toutes les vraisemblances, connu .«. Rome à la fin du ve siècle. Ce que nous savons de l'histoi rr> des Quatre Couronnés, de Quirinus et de Cantius rend l'hy pothèse très plausible en soi ; et nous avons un texte qui nous oblige presque à conclure ainsi.

Le Codex Bernensis, un des manuscrits les plus importants du férial hiéronymien, rapporte ce qui suit à la date du 4 mai :

ET 1NNVRICO RIPENSE LOCO. Lauriaco Natale Floriani et principi officii presidis ex cuius iussu ligato saxo collo eius déponente in fluvio anisomis suse oculis crepantibus prsecipitatu videntib ; omnib ; circustantibus !.

Il s'agit sans aucun doute de notre martyr : ici et dans les gestes, même nom, même pays, même date d'anniversaire, même genre de mort, même punition du persécuteur.

Or, cette notice — qui dérive évidemment du texte primitif des actes 2 — a été rédigée à Rome. Le Codex Bernensis est d 'abord caractérisé par l'abondance des détails topographiques qu'il apporte sur Rome : nulle part plutôt qu'à Rome on n'a le droit de placer la rédaction de l'archétype. D'autre part, des notices du même type que celle de Florian, ne sont pas sans exemple dans les manuscrits du férial hiéronymien ; elles viennent toutes d'une même source, à savoir le Martyrologe Eusébien qui fut rédigé à Rome aux environs de l'an 500 3. Les Romains de l'époque ostrogothique connaissaient donc l'histoire du martyr noricien Florian; rien d'étonnant à ce qu'ils en aient remanié les gestes.

horam non peroravit et etiam horam secundam in oratione continuasset, si sacrilegorum rabies... non prsecidisset... [Analecta, n, 287].

Je néglige la passion métrique [B. H. L. 3057] et le remaniement verbeux Eliminatis primis pareniibut [B. H. L. 3058].

* De Rossi-Duchesne, p. 54. Je crois, avec Mgr Duchesne, qu'il faut lire prxcipitatoris, d'autant que Adon écrit oculi prœcipitatoris eius crepuerunt. P. L., 123, 260.

2. Duchesne l'a montré [Bulletin Critique, 1897, 381 et 1899, 643J. *

'G. M. R.,iv.

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