‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 114 sur 143 · LES SATURNALES ET LES SACÉES · texte numérisé non relu

LES SATURNALES ET LES SACÉES

La fête des Saces était célébrée en Orient. Les Saces t prennent un des prisonniers condamnés à mort et Us le font asseoir sur le trône du roi ; ils l'affublent du costume royal, le laissent commander, boire, s'amuser, prendre les mattresses du roi pendant tous les jours de la fête ; personne ne l'empêche de faire absolument toutes ses fantaisies. Mais à la fin ils le déshabillent, le battent de verges et le pendent l. » D'après Strabon *, cette fête avait un caractère militaire et commémorait une victoire des Perses sur les Saces; elle était célébrée en l'honneur d'Anaïtis ; les Saces étaient un peuple scythe.

La fête romaine des Saturnales et la fête scytho-persane des Saces se confondirent. On a montré récemment le grand rôle de l'armée romaine dans la diffusion des cultes orientaux \ t Les Orientaux étaient très nombreux parmi les troupes, surtout parmi les auxiliaires, et ils passaient d'une province à l'autre, transportant ainsi leurs cultes nationaux dans les différents camps. Pour le culte de Mithra en particulier, la Mésie a fourni un grand nombre de monuments. Semblablement, des usages que nous retrouvons dans le culte d'Anaïtis ont pu, à travers la Mer Noire, arriver en Mésie de la Cappadoce et du Pont. Il y avait notamment une légion à Satala, aux confins de l'Akilisène * », le grand centre du culte d'Anaïtis.

Comment, à quelle époque, dans quels pays s'opéra la con-

èiri-càrceiv eyotç... Cf. Tacite: Annales, xm, 15; Arrieo : Epist. dis*., 1,

La fête des Saturnales, primitivement fixée au 17-23 décembre, avait été transportée au 1er janvier [Libanius : Êx<ppa<ji<; KaXav8ù>v. — Reiske, iv, 1053].

1 Dion Chrysoatome. Orat. îv, 66 [p. 66. v. Arnim]. AxSoVct;... twv 8e<j- (jLunûv eva xû>v ln\ 0avxtq> xa9(Çouaiv tîç xôv Opovov tov tov> (3x<7iX£u>ç xaî xrjv £<j07)toi o\8ôaaiv aûxîf) ttjv pasiÀix^v, xaï irpooràxTeiv èâxjt xaî it(v«:v xaî Tpucpâv xaî xalç iraXXaxaïç )(pT)<x6ai xàç ^[lépa; £xe(vac xaî; (îaaiXÉuK, xaî où8eîç oùSèv aùxôv xtuXjtt iroieiv wv (îooXexxi. Meta oè xaùxa ànoSûaavxt; xal fjLaaxiYÛjavx£<; èxpéfjuxiav. » Cf. Athénée, 639, C.

> P. 512. — Les Sakaia semblent être une transformation de la fête babylonienne nouvel an, Zagmuk [Meissner .' Zur Enstehungsgetohichle des Purimfestet du [Zeit. d.tleut. Morgen Oet. l, (1896;, 297J. Celte fête, attestée dèsGoudéa, était consacrée à Nin-girsu et à son épouse Bau (qui tient dans le royaume de Ooudéa la place d'Ishtar). Ilastrow : Religion of Babylonia. — Hastings : Dict. of the Bible. Extra- Vol, 580.]

* Cumont : Mithrat [Roscher. 3033].

* Strabon, 532, [Parmentier : looocitato, p. 147].

260 ^HAGIOGRAPHIE PANNON1ENNE

fusion?— C'est à Kronos que les Grecs durent, tout naturelioment, rapporter la fête sanguinaire desSaces : ils l'identifiaient avec Moloch le terrible, ils localisaient son tombeau dans les monts Caucase, ils se le représentaient toujours avec le titre et la couronne de (fegiXsus ; et le culte qu'ils lui rendaient offrait un caractère mimique '. Malgré les lois impériales, les sacrifices humains étaient toujours en vigueur -, à Rome même et dans tout l'empire. La fête persane des Sakaia et la fête romaine des Saturnales étaient toutes deux célébrées vers la fin de l'année ; elles tendaient, peut-on dire, à s'ajuster, comme elles s'ajustèrent en effet l'une à l'autre : la fête dérivée fut transportée aux kalendes de janvier.

L'identité des Saturnales et de la fête des kalendes est attestée par Lydus 3. — Porphyre décrit un sacrifice humain offert par les Rhodiens à Saturne 4 : réserve faite du nom de (JaaiXeuç, qu'il semble ignorer, ce sont les rites que décrit Dion. — Près d'un siècle plus tard, l'évêque Asterius d'Amasée (dans le Pont), attaque la fête des kalendes : il blâme les prodigalités absurdes et coupables dont elle est l'occasion et les pompes indécentes qui la constituent ; il ne fait pas difficulté de reconnaître qu'il ne comprend plus quel en est le sens. Sans grande chance d'erreur nous pouvons être plus affirmatifs que lui : cette fête des kalendes continue les Sakaia et annonce notre carnaval 5. Dès le début du ive siècle, au plus tard, les deux fêtes païennes étaient certainement confondues.

1 Roscher : Kronos, colonne* 1479, 1458, 1518.

2 Tertullien : Apolog. 5, « sed et nunc in occulto perseveratur hoc sacrum facinus >•. Ct. Usener : Acta Timothei, 25; Clermont-Ganneau : Rec. d'arch. orient, n (1896), 74; Preller-Jordan : Rom. Myth., i, 215, n. 2 et h, 478. — Cf. Porphyre : de Abstin,, n, 56; Lactance: Inst., i, 21 ; Pline : //. N. xxx, 4, 13 ; Suétone ; Claude, 25. — Chwolson : Die Sabier., n, 142 [Revue de philologie, 1897,150, 5].

3 Codex Parisinus, Suppl. Grec. 607. A. folio 175r [Revue de philologie, 1897, p. 149, note 2].

* De Abstinentia, u, 54, 'E0o£xo y*?. *«'• èv 'PoSo)... avQpomoçxîJL) Kp<$vy. — Cf. Sextus Eaipiricua : Hypot., m, 221, xtï> Kp6vy 0'jooatv àv0pu)T:ov ; et m, 208 ; et S. Cyrille : Contra Julianum, iv, p. 128, D. [éd. Spanheim 1696].

5 P. G., 40. 'Etteio^ y£ x0'^wv twv f,|XEpù>v 7ipu>xov fxèv xo iizl xlai teXeitou ■Jj irav^Y^p'-Ç aOTjXov. MOQot y*P XÉYOvxat itoXXot àÀX^Xwv àvaxp£7ixtxot • àXr)6l<; Se oùoèv. » 217. B, — Etç xporcouç xa? ^87) (3Xa7rxovxat. MavOàvoojt Y^p àvcXEoOtptav, £7cix-/joe,j|jiaxa ax7)Vtxîî>v È'xXuatv xat paXaxtav ^6u>v... Tt;v Yàp (JitY^<TX7)v "PX*iv *u>(jup8oùatv xat O'.affopouatv, àp|j.a wç kizl oxtjvtjç àvaêaîvovxeç xat Sopocpôpooc 7i£7cXaa(JL&voo<; ^Etpoxovoùvxeç xat 07)|jioata tcoioôvxeç xà twv è£up7){A£vu>v 7xp6ç xovSuXov. xat xaiïx' saxtv xrjç 7roui7retaç

Page 1