‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 113 sur 143 · DAS1US ET CÉSA1RE · texte numérisé non relu

DAS1US ET CÉSA1RE

un homme est sacrifié, — le jour des kalendes de janvier, — après avoir mené quelque temps une vie de débauches. Césaire ne dit pas que le condamné soit immolé à Saturne, — ni qu'il porte le titre de roi, — ni qu'il soit soldat; il donne, en revanche, deux traits fort curieux : une truie est sacrifiée, la mort du condamné présente à peu près la même physionomie que l'antique devotio \

Autrefois, rappelant que la truie est consacrée à la grande Déesse, — qui est particulièrement adorée en Cappadoce — et constatant la forte saveur orientale de l'histoire de Lucianus, — on sait combien sont voluptueux et sanguinaires les cultes de Phrygie et de Cappadoce — j'avais conclu que cet épisode pouvait être « d'origine cappadocienne et d'importation byzantine » * : il apparaît précisément au lendemain de la conquête de Bélisaire.

11 est certain que la fête des kalendes dont parle Césaire rappelle à la fois les Saturnales et la fête des kalendes dont il est question dans Dasius ; il est certain que le martyre de Césaire rappelle le martyre de Dasius, bien que les deux histoires ne se recouvrent pas exactement : Césaire n'est pas, comme Dasius, la victime désignée.

Mais comment expliquer que le texte même où se marque si fortement la physionomie de la vieille devotio soit aussi celui qui efface le caractère militaire de la victime? Comment rendre compte du fait, si Ton admet, surtout, que ce sont des soldats byzantins, d'origine cappadocienne, qui ont introduit à Terracine les ^OOoi dont parle Asterius, et dont un hagiographie chrétien a ingénieusement tiré parti.

Mieux vaut peut-être admettre que la fête terracinaise des Saturnales, célébrée aux kalendes de janvier, n'a pris l'aspect des sanglants Sakaia que dans l'imagination d'un rédacteur qui connaissait Dasius. Il n'a pas fait de Césaire un soldat, il n'a pas fait de Césaire la victime souillée de débauches, parce que Césaire était déjà connu des Romains comme un diacre pieux et très saint * ; il a fortement marqué que Lucianus se

• M. Cumont m'écrit que, selon lui, le souvenir de la vieille devotio a fa. cilité la combinaison des joyeuses Saturnales et des Sakaia sanglants parmi 1rs légionnaires. C'est tout à fait mon avis. Sur Us pompes de Satan dout il est question dans Dasius, cf. S. Reinach, Cultes, Mythes et Religions, I, 34b.

L HAGIOGRAPHIE PANNON1ENNL

dévouait pour la cité el pour les empereurs parce qu'il rédi geait la légende du saint impérial par excellence ! ; il a substitué Apollon à Saturne parce que le temple d'Apollon \ Terracine était plus connu que le temple de Saturne. Lorsque la restauration impériale en Italie a déterminé l'extension de la légende du saint qui, de par la nature de son nom et la date de sa fMe, semblait prédestiné à la patroner, c'est sous l'influence des gestes de Oasius que s'est sans doute élaborée la légende nouvelle.

Dasius fut connu à Rome, aussi bien que Quirinus, Fiorian, Pollion ou Nicandre au milieu du vie siècle et, sans doute, dès l'époque ostrogothique.

Mais d'où vient l'épisode qui constitue le fond du récit ?

Il est invraisemblable que le thème légendaire soit une imagination de l'hagiographe. Les inventions de ces auteurs nous sont connues : haute noblesse et science profonde du héros, prodiges merveilleux qu'il opère, patience non moins merveilleuse qu'il déploie, apparitions du diable, des anges, ou du Christ, c'est le domaine où ils se meuvent, ce sont les traits qu'ils ajoutent. Une saturnale militaire dont le roi est mis à mort, voilà ce qu'ils n'inventent certainement pas. Rien ne rappelle ici Vincent ou Vitus ou Nazaire ou Maurice.

Le texte repose sur une tradition qui confondait la fête des Saturnales et la fête des Saces. La fête des Saturnales était célébrée dans les légions romaines, au moins depuis Cicéron *. Depuis le début de l'empire, depuis plus longtemps peut-être, elle était présidée par un « roi », qui égayait l'assistance de ses ridicules propos, et dont les débauches apparaissaient comme un c don » du roi débonnaire de l'âge d'or 3.

i G. M. R. i, 140-141, et 92.

1 Ad Atticum, v, 20, 5. « Hilara sane Saturoalia... » Cf. Dion Cassius, lx, 19; Tacite: Hist., m, 78; Macrobe, 1, 10, 1, et i, 16, 16. — Je résume ici les conclusions les plus certaines qu'ont dégagées les études de Cumont [Analeota, xvi, 1, sqq.], Parmentier : Le roi des Saturnales [Revu* de Philologie (1897), xxi, 143], Cumout \Revue de Philologie, xxi, 149], Wendland : Jesui als Salurnalienkônig [Hermès., 1898, 175J, Frazer : The Golden Bough., m (1900). — Cf. Salornon Reinach : Le roi supplicié [Anthropologie, 1902,620, ou Cultes, Mythes et Religions, i (1905), 332J. — Ou sait que, partant de ces textes, Weodland et Frazer ont jeté une lumière nouvelle sur l'histoire de la passion de Jésus.

3 Lucien : Saturn. 4, eti xoti fasiXict fxovov è(p' dbiivTwv Y^veffÔat T(j> àaxpa^akt^ xpaxijaavxa, âiç fjujxe èicixa^6e(>jç Ye^°*a S'KtxcrYfAaxa xott auxoç

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