‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 24 sur 143 · ET SAINTE AGNÈS · texte numérisé non relu

ET SAINTE AGNÈS

Protais ; peut-être même l'un et l'autre sont-ils un seul rédacteur : ils puisent à la même source et prétendent être le même évèque. Aucun fait bien établi, enfin, ne contrarie l'hypothèse. Sans doute pseudo-Ambroise fixe au 4 novembre la date de l'anniversaire, tandis que le férial hiéronymien enregistre au 29 avril la fête de Vital de Bologne ' : mais la date de pseudo- Ambroise est suspecte ; c'est peut-être l'addition maladroite d'un copiste voulant combler une lacune du récit, et se souvenant du Vitalis cappadocien du 3 novembre 2 ; le passage d'Ambroise à Bologne, qui a coïncidé avec l'invention des corps, n'a certainement pas eu lieu au mois de novembre 3. Dans l'état de nos connaissances, le plus sage est de rattacher ces textes à Ger vais- Protais.

Les gestes de sainte Agnès, lorsqu'on les compare avec les gestes de Gervais-Protais, jettent sur leur origine une lumière plus vive encore que les deux légendes précédentes, et confirment et précisent l'hypothèse proposée.

Comme les gestes de Gervais-Protais, les gestes d'Agnès *

1 De Ro88i-Duchegne, p. 51. Le texte est cité plus haut.

» Ambrosii Epist. 57 et 61 [P. I., 16, 1174, 1186].

Peut-être y a-t-il eu deux Vitalis h Bologne : le férial n'associe pas h uu Agricole le Vitalis du 29 avril. — Au milieu du Ve s., l'évêque Namacius consacre à nos deux saints une église à Clermont [cf. le Bernensis, au 10 mai] (Grégoire de Tours : H. E., n, 16;— éd. Arndt. 82]. — Grégoire de Tours regrette ne pas connaître leur légende et raconte un des miracles qu'ils ont opérés [Ql. MarL, 44, — éd. Krusch, 517J.

♦ Sur In formation de la légende de sainte Agnès, cf. G. M. EL, I, 214-218 et 148-149; Franchi de Ca va lie ri : S. Agnne nella tradizione e nella leggenda [Roma Spithover, 1899] et Allard : D. A. C, i, 905.

L'étude de M. Franchi a paru comme j'imprimais mon premier volume : je n'ai pas pu l'utiliser. Elle confirme d'une manière frappante, sur un point précis, ce que j'ai dit G. M. R , i, 27-28, de l'ignorance où l'on était à la fin du iv* siècle de l'histoire des martyr» romains ; elle met en pleine lumière les contradictions d'Ambroise, de Damase, de Prudence et du pseudo-Ambroise. D'après Ambroise, Agnès meurt décapitée ; d'après pseudo-Ambroise, elle est égorgée et, d'après Damase, elle est brûlée. D'après Ambroise, Agnès rebute

sont un texte pseudo-ambrosien â, qui développe une histoire à laquelle s'était personnellement intéressé saint Ambroise 2 ; ici et là, l'auteur inconnu prétend s'appuyer sur un écrit authentique 3 qu'il aurait trouvé. — Cela est déjà remarquable ; mais voici qui l'est bien davantage.

Le prêtre Leopardus qui, de concert avec le prêtre Ursicinus et le diacre Livianus, dirige les travaux de l'église de Vestina, à Rome \ est également chargé, de concert avec le prêtre Paulinus, d'administrer et de reconstruire l'église de Sainte- Agnès, fuori le mura 5. — Ce même Leopardus a été envoyé à Milan, par le pape Sirice, afin d'attaquer Jovinien devant saint Ambroise, en 390, c'est-à-dire au lendemain même de l'invention de Gervais et Protais 6. — Ce même Leopardus fait rattacher au litulus de Gervais-Protais l'administration du cimetière de sainte-Agnès 7. — En outre les deux prêtres qui sont associés à l'œuvre de Léopard, à sainte Agnès fuori et à saint Gervais, portent des noms qui se retrouvent dans les gestes de Gervais-Protais, Ursicinus et Paulinus. — Enfin, Gervais-Protais nous a paru dater du début du ve siècle, c'est-à-dire de l'époque même où vivaient Léopard et ses amis.

Toutes ces coïncidences m'invitent à penser que les gestes

un prétendant ; d'après Prudence, elle est exposée au lupanar ; d'après Daoiase et pseudo-Ambroise elle s'enfuit de la maison paternelle Les auteurs ne s'accordent qu'en trois points: Agnès était je\mey lorsqu'elle mourut martyre et vierge. — Les efforts de M. Allard [loco oitato] pour concilier les contradictions et expliquer les divergences qu'on a d'abord rapportées nous paraissent tout à fait superflus. — Sur le texte grec publié par M. Franchi, cf. G. M. R., tome V.

1 «Servuà Christi Ambrosius virginibussacris. Diem feslum sanclissimae virginis celebremus... » [P. L. 17, 735].

2 De Virginibus, i, 2 [P. L., 16. 189]. Cf. De of/îciis, i, 41 [P. Z., 16, 84], de lapsu viiginis, ni, 10 [P. I,., 16, 369|, etc.. Cf. G. M. R., I, 28, et Franchi de Cavalieri : S. Agnese nelia tradizione e nelia legenda, in-8, 1899.

1 « Hase ego Ambrosius, servus Christi, dum in voiuminibus abditis invenissem descripùa,... {§ 19].

* « Dedicavit basilicam scorum Gervasi et Protasi... laborantibus presbyteris Ursicino et Leopardo... [L. P. î, 220].

5 a Constituit ut basilicam B. Agnrc m. a presbyteris Leopardo et Paulino sollicitudine gubernari et tegi et ornari [op. cit., 222].

e Jaffe, 260. — Coustant, 663. — Cf. Duchesne. L. P., I, 222-223, notes 4, 5, 6, 17. Théodore de Martigoy était là.

i « Eorum dispositione tiluli suprascripti Vestioœ presbyteris concessa potestas (L. P., i, 222); détail confirmé par l'inscription d'Abundantius, acolyte du titulus de Vestine, trouvée !à S. Agnès fde Rossi : Insc. Chr. V. R. I. , 1185] Cf, Duchesue : L. Z\, J, 223, note 17.

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