‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 23 sur 143 · V1TALIS ET AGRICOLA · texte numérisé non relu

V1TALIS ET AGRICOLA

que nous connaissons. Il mentionne, du reste, une translation de reliques opérée en 972 par l'archevêque de Ravenne Honestus : selon toutes les vraisemblances, il date au plus tôt du xie siècle.

Il est, enfin, une dernière légende dont le rapprochement avec Gervais-Protais s'impose encore : celle de Vitalis et d'Agricola. Leurs corps ont été trouvés vers le même temps que ceux de Gervais et de Protais : et c'est aussi sous le pseudonyme de saint Ambroise que s'est caché l'auteur inconnu.

En 393, quand Eugène passa les Alpes, Ambroise se rendit de Milan à Bologne, puis à Florence : il était à Bologne lorsque Tévèque de cette ville, Eusèbe, trouva dans le cimetière des Juifs les corps de deux martyrs, Vitalis et Agricola l. Paulin écrit :

(Ambrosius) in..civitate (Florentinorum) basilicam constituit in qua deposuit reliquias martyrum Vitalis et Agricolœ quorum corpora in bononiensi civitate leuauerat ; posita enim erant corpora martyrum inter corpora Judœorum, nec crat cogniium populo christiano nisi se sancti martyres sacerdoti ipsius ecclesiœ reuelassent 2.

Ambroise parle lui-môme de cette invention dans son deexhortatione virginitatis :

Ego ad bononiense invitatus conviviumt ubi sancti martyris celebrata translatio est, apophoreta uobis plena sanctilatis et gratiœ reservavi... Martyri nomen Agricola est, cui Vitalis servus fuit ante, nunc consors et collega martyrii. Prœcessit servus ut provideret locum... Vitalis... orationem fudit ad Dominum dicens : Domine... jubé suscipi spiritum meum quia iam desidero ut accipiam coronam... Agricola crucifixus est... Utriusque nomen aptus martyrio... ille Vi-

chrooiques et de développer le récit de saint Ambroise ne tanti martyris actuum brevitnt inde neglectum generet auditnribus unde scvmtiam ampliorem quam cultum proferre debebat Snlvalori ac martyri suo Ursicino cum obnequio salutari. L'aooDyme prétend, naturellement, qu'Ursiciu a été instruit ah ipsis tlisciputis apostolorum. Il semble connaître une version pseudo-ambrosienne — aujourd'hui inconnue — des actes d'Apollinaire : ... eiusdem sancti pontificis actus légat, quoi venerabilis Dei antiste» Ambrosius dictavit.

1 Scbdnz : Geschiohte der rumischen Litteratur, iv, i, (1904). 3t4. — Cf. une bonne étude delà légende, 4 uov. 241, passim.

* Vita Ambrosii, 20 /\ /,., 14, 37.

talis dictus est quasi qui contemtu istius vitœ veram illam vitam œternam sibi haberet adquirere... Circumfundebamur a Judœis cum sacras reliques eveherentur... Dicebant Judœi: Flores visi sunt in terra, cum vidèrent martyres... Vidua sancta est judœa quœ hoc Domino templum paravit... Dum Julianam uolo dicere, judœam dixi... *

D'autre part, nous avons deux textes qui prétendent conter la gloire des inconnus. Le premier commence par les mots : Ambrosius, servus Jesu Christi, vocatus episcopus, dileclissimis fratribus et universis plebibus per ïtaliam, œternam in domino salutem. Bien que la parole humaine ne puisse qu'atténuer la grandeur des martyrs, je ne puis refuser l'invitation que le peuple de Bologne m'adresse. Au temps de Dioctétien et de Maximien, Vitalis et Agricola, après avoir souffert pour le Christ, ont été enterrés dans le cimetière des Juifs : il ne fallait pas quon pût retrouver leurs restes. Cest le Christ qui nous les a révélés tandis que les Juifs se moquaient de nos recherches. Par son nom, Vitalis nous enseigne à mépriser la vie (de ce monde) pour gagner la vie (éternelle), Agricola à semer les fruits (jqui produisent) la grâce (bonos spiritalis gratiae fructus). Vitalis était F esclave d Agricola ; il est mort le premier pour aller préparer la demeure de son maître. Dieu du reste, ne fait nulle différence entre le maître et V esclave2.

Notre second texte débute ainsi : Ambrosius servus Christi Jesu, vocatus episcopus, dilectissimis fratribus et universis plebibus in Domino Deo œternam salutem. Il ne diffère pas sensiblement du premier, si ce n'est qu'il mentionne la veuve Julienne qui a construit l'église de Florence où prêchait Ambroise 3.

11 n'est pas un mot d'aucun de ces deux textes qui ne soit un développement du récit d'Ambroise dans Yexhortatio virginitatis. Pseudo-Ambroise ne s'est pas mis en frais d'invention : il a simplement donné la forme d'une « passion » à l'écrit authentique du grand évêque.

J'imagine qu'il écrivait au temps de l'auteur de Gervais-

1 Passim, P.L., 16, 335. — Pauliû de Noie connut cette invention : il écrit Vitalem, Agrioolam, Proculum Bononia condit [Carm. 24]. — Ambroise parle aux Florentin*, auxquels il apporte des reliques (de? clous) des deux martyrs.

3 4 novembre 247 [il existe au moins trois rédactions de cette version B : B. H. L., 8691, 8692, 8693J.

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