DATE DES TEXTES
il convertit son grand-père paternel et, à son retour par Rome, il convertit ses deux^sœurs, qui étaient veuves, Romiliana et Nestoria ; les martyrs sont morts un jour de sabbat, Néron et Cornélius étant consuls pour la quatrième fois ; après la mort des saints, sous le règne d'Agrippa (sic), il y eut des pestes et des famines.
Il semble que ces cinq versions se soient succédé dans l'ordre où elles ont été analysées, les trois dernières étant les plus récentes. Celles-ci dérivent évidemment d'une combinaison de la légende Gervais-Protais et de la légende Nazaire- Celse. J'ajoute que, comme C signale le séjour de saints à Embrun et la femme de Ceratius, Fortunata, et supprime le voyage de Nazaire à Rome auprès de son père converti, il est clair que cette version repose sur un texte parent de celui que ces traits caractérisent : C dérive de B. Or, E dérive de C manifestement. Il est moins sur que B soit postérieur à A : la topographie de B est plus précise et détaillée (Embrun, saint Pellegrin) que la topographie de A ; et les légendes, à mesure qu'elles vieillissent, précisent le plus souvent leurs attaches locales. Mais il est prudent de ne rien aflirmer encore.
Si telle apparaît la chronologie relative des textes, quelle date leur fixer, absolument parlant? Grégoire de Tours cite la version x qui mentionne le séjour à Embrun de Nazaire et de Celse : les textes B sont donc antérieurs à la fin de vie siècle. L'intérêt que témoigne l'auteur inconnu à la religion juive et à la question des sabbats nous fait ressouvenir de Rutilius Namatiamus, et d'Evagre 2, et des gestes de saint Silvestre : et nous pensons au v€ siècle. Ennodius connait l'histoire de Nazaire 3, ses voyages au temps de Néron et son martyre à Milan. Comme, d'autre part, on parle d'Ambroise, c'est donc bien au ve siècle qu'il faut se fixer. Pour d'autres raisons, enfin,
» Gl. M., 47. [P. L. 71, 749] : « De sci vero Nazarii ac Celsi pueri artubus, quoa apud Ebreduneosem Galliarum urbem passoa leclio certaminis narrât, ipsa corpora... »
2 Altercatio Legis inler Simonem ludœum el Theophilum christianum [éd. Bratke, Corpus de Vienne, tome XLV, 1904J. Noter qu'Evagre semble écrire en Gaule, vers 440. — Cf. encore, sur les Trnctatus de libris S. S. Scripturarum du pseuiJo-Origèoe [éd. Battifol., Paris, 1900] fti/Vo, p. 85.
1 Chi-iu., m, 18 [Hartel, p. 551 et l\ L., 03, 881]. — Il semble ignorer Celse. — Perpétue vient peut-Atre des légendes apostoliques. D'âpre* Tillemont , t. Il, 88, les évéques d'Afrique exiles en Sardaigne reçoiveut des reliques de Nazaire et de Celte (je n'ai pas retrouvé le texte).
70 LES SAINTS NAZAlRli, CELSE ET PONTIUS
il semble que la légende de Nazaire et Celse s'est exprimée dans des textes dès le milieu de ce siècle.
Nazaire apparaît avec un double caractère. C'est d'abord un apôtre des Gaules : tandis qu'il évangélisait l'Italie, c'est un ordre du ciel, à lui transmis en songe par sa mère, qui l'envoie porter l'Evangile dans les Gaules. C'est, d'autre part, un Romain : il est né à Rome d'une mère romaine ; il est, par sa mère Perpétue qu'a baptisée saint Pierre, disciple de saint Pierre lui-môme ; c'est du successeur de Pierre, Lin, qu'il a reçu mission de prêcher l'Evangile ; il le prêche en Italie, puis en Gaule : c'est donc de Rome que l'Italie et la Gaule ont reçu l'Evangile. Or, nous savons l que le prestige de Rome était sérieusement menacé dès le début du ve siècle par le prestige de Milan : c'est en 417 que le pape Zosime constitue le vicariat d'Arles en faveur de Patrole ; c'est sans doute quelque temps auparavant que le pape Innocent a contribué à former la métropole de Ravenne ; c'est en 416 que ce même Innocent écrit à l'évêque d'Eugubium pour attaquer ceux qui ne suivent pas les usages de l'église romaine. Et je note que, dans cette lettre fameuse, le pape s'appuie sur ce fait que l'évangélisation de l'Occident tout entier dérive de l'action romaine :
Prœsertim ciimsit manifestum in omnem Italiam, Galliam, Hispanias, Africain atque Siciliam insulasque interiacentes nullum instituisse ecclesias, nisi eos quos venerabilis apostolus Petrus aut eius successores constituerunt sacerdotes.
Conformément à la lettre pontilicale, Nazaire, instruit à Rome et baptisé par le pape Lin Ier, successeur de Pierre, a prêché dix ans en Italie avant d'évangéliser les Gaules et de mourir à Milan. Il est clair que les gestes de Nazaire sont contemporains, sinon de la lettre même d'Innocent, du moins des circonstances qu'elle suppose.
Or, l'auteur des gestes de Vitalis et Valeria nous a paru soucieux de vouloir souligner la supériorité de Rome comme ville sainte, et ralTermir la bonne amitié entre Ravenne et Milan, et donc écrire au temps où s'organisait la métropole ravennate avec l'appui de Rome, malgré l'opposition de Milan. Ces hypothèses, harmoniques entre elles, se conQrrnent l'une l'autre : c'est le premiers tiers, ou, d'une manière plus gêné-
1 Duchesne, Culte, 32, sq. el 81. Pour plus de détails, cf. les Fastes ëpiscopaux, i, et Babut : Le concile de Turin [Paris, 1904J.