PONTIUS EST PARENT DE NAZAIRE
s'appelle Cimiez. Cependant on l'arrête ; on le présente au praeses Claudius et à Fassesseur Anabius qui ne peuvent le séduire: « Si je perds , leur dit-il, mon patrimoine terrestre, j'en acquerrai un autre, éternel. » Claudius envoie un rapport aux empereurs ; lorsqii arrive la réponse et que Pontius refuse de sacrifier, il est torturé sur le chevalet, mais voici que le chevalet se brise. C'est en vain qu'on l'expose dans l'amphithéâtre aux ours de Dalmatie, en vain qu'on le met sur un bûcher t en vain quon tâche de le séduire : la puissance et la richesse s'évanouissent, dit- il, comme s'évanouit, au premier souffle du vent, la brume du matin qui couvre la terre, la montagne et la mer. Comme les Juifs crient : « à mort, à mort le magicien », Pontius est condamné et décapité... Et, peu après, Valèrien est fait prisonnier par le roi des Perses, Sapor ; et chaque fois que Sapor monte à cheval, c'est sur le dos de Valèrien qu'il pose le pied pour monter. Quant à Gallien, il est égorgé à Milan, tandis que Claudius et Anabius se coupent la langue et s' arrachent les yeux et sont étranglés par les démons. Les Juifs et les Gentils sont envahis par la crainte. — Mais Valerius ensevelit pendant la nuit le corps de Pontius au lieu même où il gisait; il achète les gestes aux greffiers (exceptores) et gagne la Libye à cause de la persécution. Le Seigneur a accueilli son martyr dans sa paix ; à lui honneur et gloire, empire et pouvoir dans les siècles des siècles. Amen.
Les gestes de Ponce rappellent les gestes de Nazaire. Les deux textes présentent en commun un triple caractère : 1. Ici et là, l'auteur s'intéresse à la ville de Cimiez ; 2. Ici et là, l'auteur inconnu prétend être un témoin oculaire des faits qu'il rapporte, plus ou moins étroitement associé au martyr principal [comparer à Valerius le philosophe qui porte le ccrhimen à Ceratius| ; 3. Ici et là, l'auteur inconnu prend soin de rattacher ses personnages à Home. Les deux premier! points
rassortent des analyses qu'on a données ; j'insiste sur le troisième. Nazaire est né à Rome, d'une noble famille vivant \ Rome, d'une mère romaine Perpétua ; et de môme Pontius est né à Rome, de nobles parents romains, Marcus et Julia , -les pays évangélisés et les églises fondées par Nazaire apparaissent comme des dépendances naturelles de l'église romaine, puisque c'est le pape Lin qui Ta envoyé prêcher l'Evangile après lui avoir conféré le baptême de saint Pierre ; et de même les pays évangélisés et les églises fondées par Pontius apparaissent comme des dépendances naturelles de l'église romaine, puisque c'est le pape Pontien qui l'a instruit et que le pape Fabien est son meilleur ami.
D'autre part, certains traits d'importance secondaire sont communs aux deux textes : 1 . Science étonnante de Nazaire et de Pontius ; 2. Pontius et Nazaire distribuent leurs biens aux pauvres ; 3. Le rédacteur s'intéresse à l'Afrique : c'est de là qu'il fait venir Africanus, père de Nazaire, et c'est là qu'il envoie Valerius chassé par la persécution ; 4. Le rédacteur s'intéresse aux Juifs : le père de Nazaire est juif, et ce sont les Juifs qui réclament la mort de Pontius ; 5. Le rédacteur prétend citer, ici et là, dans leur teneur exacte, les lettres adressées à Néron par le vicaire Cornélius, à Valérien et Gallien par le prœses Claudius ; 6. Nécessité de la grâce ; 7. Nécessité du baptême ; 8. Le narrateur tient visiblement, ici et là, à accroître le prestige et à promouvoir le culte des puissants patrons dont il dit l'histoire et que, peut-être, son entourage sceptique ne prise pas assez haut [prologue de Nazaire et prologue de Pontius].
Ces points de contact ne sont pas dûs au hasard. Mais s'expliquent-ils par l'identité d'auteur, par l'identité de milieu, ou simplement par influence littéraire? — La comparaison du style des deux gestes n'apporte aucune indication nette. Fautil désespérer de répondre ?
Consultons l'histoire de Cimiez.
Le plus ancien évoque de Cimiez que l'on connaisse, Valérien, vivait au temps de saint Léon ; il nous a laissé vingt homélies découvertes (à Corbie) et éditées par Sirmond en 1612 l.
1 Sancti Valeriani episcopi cemeliensis homiliœ A'X, item epistola ad menachos de virtutibus et ordine doctrinœ apostoiicx, omnia nunc primum prater unicarn homiliam... in lucem édita (cette homélie, jusque-là attribuée à saint AugustiD, avait été restituée à Valérien, dès 1601, par Goldast) repro-