‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 47 sur 143 · LES GESTES DE SEBASTIEN · texte numérisé non relu

LES GESTES DE SEBASTIEN

moralisante et intention è* lifiante des légendes. 13. Comme Nazaire passe par Porto, c'est ad ostia tiberina qu'est recueilli le corps deTranquillinus. 14. Comme Nazaire a dû périr noyé, Nicostrate et ses amis sont noyés, dans ces parages, sur Tordre du juge Fabius. 15. Comme l'auteur de Pontius et l'auteur de Nazaire»Celse, l'auteur de Sébastien connaît les textes pseutlo-ambrosiens de Gervais- Protais et d'Agnès : Marcus et Marcellianus sont deux jumeaux, tels Gervais et Protais ; Sébastien, tel Vitalis, raffermit les âmes vacillantes ; Zoé prie à la confession de saint Pierre et Tranquillinus à la confession de saint Paul, comme Emérentienne au tombeau d'Agnès ; on explique, conformément à l'étymologie, les noms de lieu ad Arenas [Sébastien, § 84] et ad Palmam [Protais].

Il est vraisemblable que ces coïncidences ne sont pas un effet du hasard. La connaissance que nous avons des gestes de Pontius, Nazaire-Celse, et de leur origine, nous invite à croire qu'elles ne dérivent pas de la communauté d'un archétype — quel serait-il? — ni de l'influence de Sébastien sur Pontius ou Nazaire : rien ne nous Ta jusqu'ici révélée. Tlest plus probable que les points de contact s'expliquent, si les textes sont contemporains, par la communauté de milieu ', s'ils ne sont pas contemporains par l'action de Nazaire et Pontius sur Sébastien.

Or, il est permis de penser que la première hypothèse est la bonne et que les gestes de Sébastien sont l'œuvre d'un ami de Valérien de Cimiez, de l'illustre Salvien de Marseille, ou de quelqu'un de son groupe.

Lorsque les parents de Marcus et de Marcellianus tâchent A les faire apostasier, ils leur envoient, pour les fléchir, d'abord leurs amis ; ils viennent ensuite eux-mêmes, ils lancent à la fin contrôles deux chrétiens obstinés, leurs femmes et leurs enfants. — Lorsque Salvien écrit à ses beaux-parents afin d'obtenir son pardon — sa femme et lui vivent comme frère et sœur — , il parle d'abord lui-même, il fait ensuite parler sa femme Palladia, et c'est sa petite Auspiciola qui supplie la dernière Quieta et Hypatius. Le dessin des deux argumentations est tout semblable a.

1 Je ne dis pa» la communauté d'autour. Sébastien paraît faire moin* de cas de la scieDce une Pondus ou Naznire-Celse : cf. § 51 . {CkHtUu) non elegit grammaticot et orntorety ted pixcatoret et timplice*.

■ Cf. paxsio Perpétua. § 5. — éd. (Jebhardt, p. 09.

Gestet de Sébastien, §§ 4-8. Lettre à Satvien i

« Accedentes... amici eorum ad eos « Nunctu, o dilectissima ac venera-

cœperunt dicere... Hœc et bis simi bilissima soror, ...fungere partibus

lia dicentibus, miserara se clamitans tais siraulque meis [162. Bj. Sed

mater advenit, et soluto capite canos h«c hactenus. Sufficieuter eoim jam

suée seoectutis ostentans... Ista et bis per no?, o charissima soror, precati

similia matre prosequente, infirmus sumus; reliqua sunt ageDda per fi-

pater et gravis jam senio, manibus liam. Utamur ergo... illorum more et

adducitur servulorum... Igitur dum exemplo qui ultimo causarum loco

hœc et alia senior proaequeretur, ecce aliqua nonuumquam ad commoven-

amborumconjuges cum natispropriis dam judicum misericordiam profere-

▼eniunt et aspectibus eorum proprios bant laturis sententiam disceptatori-

infantulos offerentes, has ejulando bus, aut lamentantes matres familias,

voces eflundunt :... Heu !... parentes aut sordidatos senes, aut plorante

despicitis, amicos repuitis, uxores parrulos ; inhérentes ».

abjicitis, filios abdicatis... ! ... [163, A. B].

D'autre part, Salvien développe avec-une énergie frappante, dans le De Gubernatione Dei, cette idée que Dieu dirige l'histoire 2 et que la destruction de l'empire par les Barbares est le châtiment de ses vices 3. Les gestes de Sébastien indiquent la même idée : tant que les Romains n'adoraient pas le vrai Dieu, ils ont souffert des maux et des défaites sans nombre; depuis que des Romains, chrétiens comme Sébastien, servent l'empire et prient pour lui, il s'affermit et s'étend, nunc jero..., aucta pace, exsultat romanum imperium [§ 42 et §87]. — Ici et là, même souci du même problème qu'ont agité Arnobe, Augustin et Orose et Prosper; même solution audacieuse qui développe l'idée de Méliton, d'Irénée et d'Origène*.

Dans une lettre au fils d'Eucher, Salonius, son ancien élève, Salvien explique la parole de Jésus [Mt. x. 37) : Qui amat filium... plus quant me, non est me dignus ; il montre qu'elle ne trouve pas seulement son application en temps de persécution, mais en tout temps. — Et je songe à ce passage des

« P. L., 53, 160. sq. ou Pauly, p. 207.

2 VI, 16 [P. L., 53, 126, C. ou Pauly, 150] c Hœc, prolata sunt, ut probaremus... omnia quae pertulimus non improvidentia nos Dei atque neglectu, sed justitia, sed judicio... tolérasse... >

s VI, 18 [P. L., 53, 128, A B ou Pauly, 152J. « Ad ludos protinus curritur, ad insanias convolatur, in tbeatris populus diffunditur... •»

4 Cf. la Cité de Dieu et les textes que nous avons cités dans notre Saint Irènée [Collection la Pensée Chrétienne. Paris, 2e éd., 1905] p. 198-199.

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