‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 72 sur 143 · ALEXANDRE DE BERGAME · texte numérisé non relu

ALEXANDRE DE BERGAME

bénit Dieu qui s'est anéanti en revêtant la forme de l'esclave : qu'il lui donne la grâce parfaite! Après sa prière y il lève les yeux au ciel et est, décapité. La matrone Grala le porte dans son petit champ qu'on voit (encore) près des murs de Bergame ; des prodiges illustrent son tombeau, grâce au Dieu qui, dans sa Trmilé, vit dans tous les siècles des siècles. Amen.

De cette version bollandiste \ nous devons rapprocher deux autres textes publiés, l'un par Mombritius*, l'autre par Grazioli '.

La date du texte bollandiste est clairement dénoncée par le double souci qui occupe l'auteur inconnu : contre les Manichéens, il veut justifier la fuite de saint Alexandre; contre les semi-Pélagiens, il veut mettre en lumière l'action prévenante de la grâce de Dieu. — Ces deux faits rappellent les polémiques dont on a déjà parle 4 et nous conduisent au temps de Fulgence et du coacile d'Orange et des Moines Scythes et des Gesta Martyrum et des Gesta Apostolorum romains, c'est-à-dire au premier quart du vi* siècle environ.

Le texte de Mombritius raconte les mômes événements, insiste pareillement sur la grâce, présente parfois les mêmes expressions (m cœlurn respiciens, ministri, athleta) que le texte bollandiste. — Mais il ignore Milan ; l'allure du récit est beaucoup plus sèche ; on remarque l'absence de tout prologue, l'absence de l'épisode relatif à la fuite du saint hors de Milan, l'absence des noms Prœtoria et Plotatio, l'absence de la formule Deus in Trinitate dans la doxologie ; et, si ce texte insiste sur la grâce de Dieu, il en parle avec beaucoup moins de précision, et, notamment, n'emploie jamais les mots gratia prœveniente. — En revanche, ce texte donne la date de l'anniversaire septimo (die) calendarum septembrium et développe la prière adressée par le saint à Dieu. — Il semble qu'il soit antérieur à la version bollandiste, puisqu'il ignore les controverses touchant la fuite, et qu'il soit postérieur aux controverses d'Augustin et des moines de Saint-Victor, puisqu'il insiste sur la grâce : on peut le dater du milieu ou de la fin

» 26 août, 803. B. H. L., 276.

s De prxclarit Mediolam xdificiis, 1735, p. 181 197. — Cf. 26 août .S06-807 et Analecta, xxi (1902), 36 [article de Snvi

164 l'hagiographie augustinienne

du ve siècle. L'auteur devait connaître les légendes grecques *. C'est du texte édité par les Bollandistes * que dérive la troisième version qu'a publiée Grazioli. Elle a la forme d'un sermon et repose, de l'aveu même de l'auteur, sur les gestes du martyr ; mais elle les combine avec les légendes de Tévèque de Milan, Materne, des saints de Côme, Fidèle, Carpophore, Exante, des saints de la légion thébéenne Cassius, Secundus et Licinius : notre Alexandre devient primipilaire et porteenseigne de Maurice et, peu à peu, se transmue en un tout autre personnage. Mais deux traits caractéristiques de la version bollandiste subsistent dans le récit cyclique : on y montre la valeur édifiante des histoires martyrologiques 3, on y re-

1 Noter en effet deux traits curieux. Au moment de sa mort, Alexandre

demande un peu d'eau et se lave les mains : on rencontre ce détail dans les

légendes grecques. — A ce même moment il prononce une longue prière ;

c'est une série de douze bénédictions :

1 « Benedictus es Deus qui dignis cognitoribus tuis quee sunt bona tribuis ;

qui patiens es super peccatores et infidèles ; 3 qui inferna quidem calcasti propter nostram resur-

rectionem ; qui cadentes erigis per tuam pietatem ; 5 qui animalium... execraris càedem, tuorum uero

sanctorum orationes libentissime colligis ; qui colentibus te cooperaris et dsemoneseis subicias ; 7 qui penitentiam quidem desertoribus pro peccatori-

bus eorum largiri dignaris, eamdem vero mercedem undecima hora occurrentibus gratia donare dignatus es ; qui ignorantiam quidem impietatis a me extinxisti hodie ;

9 qui me de média idolorum cultura ad tuam inagni-

tudinein bonorum operum tuorum assumpsisti ;...

10 qui inter bona gregis tui me esse constituisti et

idonea mente in tua veritate confirmasti ;...

11 qui tantorum bonorum thesaurum subito mihi lar-

gitus es et ad stadium veritatis tue per D. N. J. C. introduxisti ;

12 qui fortem atbletam tuae venerationis sermone do-

cuisti et aculeum diaboli intirmasti.

Je ne puis m'empêcher de songer aux douze « béatitudes » de Thècle [cf. G. M. R. tome V]. Noter encore que Maximianus. est appelé cstsar ou rex, jamais imperator.

2 Ou d'un texte assez analogue. — 11 semble que Flodoard [P. L., 135, 735J suive Adon [P. L., 123, 338], et Adon la version de Mombritius. Mais Adon fait d'Alexandre un martyr thèbéen : l'origine de cette légende est sans doute à chercher dans l'identité d'anniversaire d'Alexandre et de Secundus de Vintimille, 26 août : Secundus était devenu un dux ex legione sanctorum Thebxorum \P. L., 123 338. — Cf. Gerion de Cologne, etc.J [Sur Secundus, cf • G. M. R , m]. Elle apparaît, très développée, dans le texte Grazioli.

3 Analecta, xxi, 36, §§ 1-2... « Qui enim audire quee a scis acta sunt negliguot, imitatores eorum esse contemnunt...

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