‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 87 sur 143 · SAINTE AGATHE · texte numérisé non relu

SAINTE AGATHE

son être intime s'abreuve à deux mamelles ■ sur lesquelles l'impie ne peut rien. Du reste, voici que, au milieu de la nuit, survient dans ta prison, où elle a été enfermée sans pain et sans eau, précède d'un petit enfant portant une lumière, un vieillard: il porte divers médicaments dans sa main. Mais la pudeur d'Agathe s'inquiète: elle refuse de se laisser soigner par un homme, par un médecin, même chrétien : « Le Christ, s'il le veut, peut me sauver. » — « C'est lui qui m'a envoyé vers toi, dit le vieillard ; je suis son Apôtre ; en son nom tu dois être sauvée ». Et, tout d'un coup, la vision disparaît ; Agathe s'aperçoit que ses blessures sont fermées, et que sa poitrine est intacte. Et toute la nuit une telle lumière brille dans la prison que les gardiens effrayés s'enfuient, laissant les portes ouvertes. Ceux qui sont enfermés avec la sainte lui disent de fuir : € Loin de moi, dit-elle, que je veuille perdre ma couronne et faire le malheur des gardiens ; avec l'aide de mon Seigneur Jésus -Christ, je continuerai de confesser celui qui m'a guérie et consolée. »

Quatre jours après, elle est encore présentée au juge, et, comme elle l'insulte, et refuse d'abandonner, pour une pierre, le Dieu qui Va guérie, il la condamne à être roulée sur des tessons de bouteille et sur des charbons ardents. Mais le ciel la venge aussitôt : une muraille s'écroule qui tue Silvanus, conseiller de Quintianus, ainsi que son ami Falconius ; Catane elle-même est secouée par le tremblement de terre, le peuple s'agite, et Quintianus, tremblant, s'enfuit (ad posterulara secretarii), cependant qu* Agathe, reconduite en prison, élève les mains au ciel, et remercie Dieu d'avoir gardé sa virginité et de lui avoir donné la victoire, et lui demande de la retirer du siècle et rend l'âme, enfin, doucement. Le peuple accourt ; on embaume le corps ; mais voici que survient un jeune homme, vêtu de vêtements de soie, suivi de plus de cent enfants beaux et parés ; personne ne l'avait vu jamais, ne le revit plus tard, ne put dire qui il était. Il entre dans le tombeau, place à la tête une courte plaque de marbre portant ces mots

MENTEM SANCTAM SPONTANEVM HONOREM DEO El PATRI/E LIBERATIONEM (exhibuit Agatha ?)

1 f Ego habeo mamillaa intégras iutua in anima mea, ex quibua nutrio omnes sentut meoa, quas ah infantia Chriato Domino consecravi « (§ 8).

196 l'hagiographie augustimenne

Lorsqu'on ferme le tombeau, il s'éloigne et, comme on l'a dit y nul ne le voit plus : aussi soupçonnons-nous que c'est un ange. Le texte de l'inscription se répand peu à peu dans toute la Sicile ; Juifs et Gentils , d'un même cœur que les chrétiens, vénèrent le tombeau.

Quintianus, parti avec son officium à la recherche des biens d'Agathe, est tué par un jugement de Dieu : un coup de pied de cheval le jette dans le fleuve Symœthus ; son corps n'a jamais été retrouvé. C'est pourquoi s'accroissent la crainte et la vénération qu'inspire la sainte ; nul ne songe à inquiéter les siens. Du reste, un an après, le jour anniversaire de sa mort, l'exactitude de l'inscription placée par Fange apparaît à tous : les torrents de . laves que vomit l'Etna sont arrêtés par le voile dont on avait couvert le tombeau d'Agathe; les Païens l'avaient été prendre. L'éruption commencée le jour des calendes de février prit fin le jour des nones, anniversaire de son ensevelissement. Ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ prouvait que ce sont les prières d'Agathe qui ont sauvé Catane de l'incendie et de la mort : à lui honneur et gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen l.

* Les Bollandibte? signalent trois autres versions de ce texte : elles ne paraissent pas s'éloigner beaucoup de celle qui est ici résumée. Le texte B. H. L., 184, commence par les mots in Sicilia urbe Catherin ensium sub Diocîetiano imperatore, Decio tertio consule (cf. Arnold, Cxsa-ius von AreZate, 1894, 61) : c'est, évidemment, une retouche postérieure ; on a voulu concilier Dèce et Dioctétien, que dounait sans doute une autre version [cf. Aldhelme] ; le résultat est joli.

Le texte B. H. LM135, débute ainsi : indiebus iliis sub Decio[Cat. Brux.% i, 142, n. 32 — d'après le .Codex BruxeUensis, 207-208, du xm« siècle, f. 105] ; il se termine par les mots : martyrizata est autem bb. Agatha, die non. februariarum, agente Quintiano consulari, régnante. D. N. J. C... Cette formule finale rappelle les gestes des martyrs de Pannonie. — Le texte B. H. L., 136 s'ouvre par cette phrase : Diem festum sanctissimse Agathx martyris... [Mombritius, i, 16. — Analecta, xi, 286, n. 33]. C'est une retouche évidemment inspirée par Agnès [le manuscrit où se lit cette version, l'Ambrosianus D. 22, inf., date du xm« siècle].

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