‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 88 sur 143 · POPULARITÉ D'AGATHE · texte numérisé non relu

POPULARITÉ D'AGATHE

La légende de sainte Agathe, vierge de Catane, dont le culte est attesté par le férial hidronymien ', est très bien connue de Notker ' et d'Adon 3 et d'Aldhelme * ; les sacramentaires pseudo-géiasien s et pseudo-ambrosien 6 y font des allusions ou des emprunts ; on connaît enfin un poème pseudo-damasien ' qui s'en inspire manifestement. Du x9 au vie siècle, une chaîne de témoignages atteste donc l'existence et la persistance d'une tradition relative à sainte Agathe : cette tradition n'est jamais en contradiction avec celle qui s'exprime dans nos gestes.

Mais, si Notker, Adon et Aldhelme dépendent manifeste-

. * P. 17. « E. Nouas febr. in sicilia civi catena9 nt agathœ virginis... Cf. Kal. carthag. Nonas febr. saoetae martyri9 Agathae » [Ruinart, 634].

[Le férial connaît urne autre Agathe, ou une autre fêle d'Agathe à Catane. au IV des ides de juillet, p. 90. — La date du ,5 février, confirmée par tous les autres documents paraît certaine j.

Le tombeau d'Auathe se trouvait au faubourg de Catane appelé Hybla major. C'est là qu'on a retrouvé la fameuse épitaphe de Nila Florentina, pagana nafa..., fidelis facta, qui fut déposée j3>\ar foribus martyrum [de Rossi, Bul., 1868.75, cité par Allard, D. A. C., I, 849. |

2 P, L., 131, 1403. — Cf. Martyrologe de Lyon, p. 15.

a P. L., 123.198 (libellus de festivitatibus) et 226. Adon ne souffle mot de l'éruption de l'Etna, bien qu'il connaisse l'inscription. La version qu'il lisait s'arrêtait sans doute avant l'éruption. Noter eucore qu'Adon écrit « post mamillarum abscis^iouem, « non » mamillae ».

« P. L., 89, 142 et 268-269.

s Wilson, p. 166. — Des hymne? attribuées à Isidore [5 février 604], il n'y a rien à tirer.

« 2 février 600, § 8.

1 Ihra., o. 71, 75. — Il est certain que ces vers ne sont pas de Damase [Tillemont, m, 730]. De Rossi écrit : « Le style de l'hymne est très différent, Don seulement du style de Damase dans ses poèmes authentiques, mais encore de celui des autres poètes du siècle de Damase. et de Prudence. Il n'est point certain que la fête de sainte Agathe fftt solennellement célébrée à Rome au temps de Damase; cela et même peu probable. Donc, ou un second Damage distinct du pontife, a composé ces vers et a inséré son uom dans la pièce, ou dans l'hymne à sainte Agathe le nom de DamtM fui faussement mis pour donner à cette pièce plus d'autorité \Bnll. Arch., 18S4-85, 17, cité par Allard. D. A. C, i, 848].

198 l'hagiographie augustiniknne

ment de ceux-ci et donc en reculent la composition avant Van 700 environ, on ne saurait pour le moment préciser davantage. Pseudo-Gélase ne dit rien, sinon qu'Agathe est restée vierge, et devenue martyre. — Pseudo-Damase vante sa beauté et son courage, rappelle qu'elle a été torturée au sein et guérie par saint Pierre, conte que les païens se sont réfugiés à son tombeau et souhaite que, grâce à elle, les chrétiens soient préservés des folies de l'amour ; l'auteur inconnu peut avoir connu notre texte, mais il peut aussi avoir puisé à la tradition orale ; du reste, nous ne savons pas quand il écrivait. — Pseudo-Ambroise vivait sans doute dans la première moitié du ve siècle * ; il dit la guérison d'Agathe par l'apôtre Pierre et connaît la légende de l'inscription apportée par l'ange ; mais ces points de contact sont trop généraux et trop rares pour permettre de préciser avec certitude la date de notre texte. Remonte-t-il au ve, au vie ou au vu* siècle?

L'étude du culte de sainte Agathe ne supplée que faiblement à l'ambiguité des documents anciens où se reflète la légende? Les lettres de saint Grégoire le Grand attestent que, de son temps, ce culte jouissait d'un notable prestige : lorsque Grégoire enlève aux Ariens leur église de Suburre, à Rome, c'est à sainte Agathe qu'il la consacre *, ce sont des reliques de sainte Agathe qu'il y dépose, en même temps que des raliques de saint Sébastien. Et ce sont des reliques de sainte Agathe que s'est procurées de même Sabinus, l'abbé du monastère de Saint-Etienne de Gapri ; ce sont elles qu'il fait placer dans son monastère, à ce même moment, par l'évêque de Sorrente, Jean 3.

Le culte d'Agathe est, du reste, établi à Rome depuis longtemps déjà : Symmaque (498-514) a consacré à cette sainte la basilique qu'il élevait sur la v.oie Aurélia, in furtdo Lardario \ Aucun document romain ne nous permet de re-

1 Cf. Lejay, Rit Ambrosien [D. A. C, I, 1377|.

2 Dial.t m, 30 [P. L., 77, 288] ; Ep. IV, 19 [P. L., 77, 688] ; L. P., i, 312. — Cf. M. R. P., P. L., 123, 149-150. — Cf. aussi Zeiller, Mélanges, t. XXIV. 1904, p. 17. — c Placuit ut in flde catholica, inlroductis illic beati Sebastiaoi et saoctae Agathae martyrum reliquiis, dedicari debuisset (arianorum ecclesia m regione urbis huius quae Subura dicitur) P. L., 78, 288.

3 Joanni Surentino. « Quooiam Savinus abbas mouasterii sci Stephaoi insu lœ Capris suggessit nobis se saoclee Agathœ martyris reliquias jam olim se habere concessas [Ep., i, 54. — P. L., 77, 516.]

« « Hic (Syinmachus) fecit basilicam sauctae martyris Agathae via Aurélia, in

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