DATE DES GESTES DE NÉRÉE ET DE CÉSAIRE
Hormisdas et dans Victor du Tunnunum 1 . C’est donc à cette époque que magisterianus semble supplanter son rival agens in rebus , surtout auprès de tous ceux qui ne composent pas le monde administratif 2 . C’est donc à cette époque que les Gesta Processiet Martiniani doivent avoir été rédigés 3 .
La comparaison des gestes de Processus et de ceux de Nérée invite à croire que ceux-ci sont contemporains de ceux-là ; car c’est une même basilique que désignait, en 499, le titillas Pasciolae et, en 595, le titillas Nerei ; et l’on constate que les gestes de Processus illustrent, en quelque manière, la première dénomination et que les gestes de Nérée ignorent la seconde.
Cette induction est confirmée par un renseignement que donne le Liber Ponti/ica/is. De 524 à 526, la basilique de Sainte-Pétronille, qui s’élève au cimetière de Domitille, fut entièrement reconstruite : ce qui laisse à penser qu’elle faisait triste mine, les années précédentes, sous Hormidas (514-523). Cet état de délabrement, cette reconstruction qui en fut la conséquence, obligèrent, sans doute, les Romains, clergé, nobles, peuple, à se souvenir de Lune de leurs plus vieilles églises ; ces évènements fortuits remuèrent d’antiques traditions, les rafraîchirent, ravivèrent, sans doute, les légendes qui en étaient l’objet. Qui sait s’il n’y a pas rapport entre la rédaction des gestes de Flavie Domitille et l’ébranlement que produisirent dans rimagination populaire les travaux exécutés dans sa catacombe?
Cette conclusion s’accorde à merveille avec ce fait : qu’il y a
1 Cité par du Cange ; Gtossar : Magisteriani. — Avant .‘iOO, Magisterianus «îe se rencontre que chez Palladius : Historia Lausiaca , 149, P. L., 73, 1213).
- Remarquer que c’est par l’empereur qu’Eulogius est appelé agens in rebus ■et par les légats romains magisterianus : c’est qu’alors ce dernier terme était usuel à Rome.
3 Noter que Grégoire l* r (Homélie 32, in Matth., 16) a appris religiosis quibusdam senioribus narrantibus certains miracles de Processus au temps <tes Goths , sans doute à l’époque où nous avons été conduits. Tous ces renseignements concordent à merveille.
rapport très étroit entre les gestes de Nérée et ceux de Césaire. Il est très remarquable, — quoique jusqu’ici, croyons-nous, il n’ait pas été remarqué, — que la fin des Gesta Nerei, inconnue jusqu’à ce jour, soit précisément le texte des Gesta Caesarii publié dans les Acta Sanctorum sous le nom de passiominima . On lit dans Nérée (p. 13, §25), après le récit de la mort et de rensevelissement de Sulpitius et de Servilianus :
« Post haec, Luxurius abiit aA virgines Christi ; quarum corpora sanctus diaconus in sarcophago novo simul condiens, in profundo terrae infodiens sepelivii.
Et je lis, au 1 er novembre, page 112 :
« Sanction itaque Caesarium diaconem Luxurius tradidit consulari Leontio. »
Que ce texte soit la suite de l’autre, cela saute aux yeux à première lecture. Un examen plus attentif confirme l’inpression première ; 1° les gestes de Nérée ne finissent pas par une des clausulae habituelles : il faut donc que le texte bollandiste ait été tronqué ; 2° le second mot de la passio minima de Césaire semble indiquer précisément que tout le morceau n’est qu’une suite ; 3° les noms des personnages coïncident ; 4° les gestes de Césaire rapportent que le diacre a été traduit devant Leontius pour avoir enseveli les vierges brûlées par Luxurius ; et, dans les gestes de Nérée, nous retrouvons précisément ces vierges brûlées par Luxurius. Il est donc incontestable quq la passio minima des gestes de Césaire appartient aux gestes de Nérée et les termine L
Or, les véritables gestes de Césaire — tels que nous pouvons les lire dans la passio major — sont le simple développement de cette fin des gestes de Nérée, augmentée, embellie de l’épisode de Lucianus. Les gestes de Nérée complétés par la passio minima des gestes de Césaire sont donc antérieurs à ceux-ci; ils sont donc antérieurs à la conquête grecque.
Car les gestes de Césaire sont contemporains de cette conquête : l’hypothèse est suggérée par le dualisme des traditions que la légende enveloppe ; elle est requise par le caractère grec sous lequel elle se présente à nous. La tradition liturgique est double, Césaire étant vénéré au 21 avril et au 1 er novembre ; la tradition topographique est également double, le culte ayant
1 Et l'on voit, en effet, que, dans le Codex Y indobonensù , la passio minima des gestes de Césaire termine les gestes de Nérée.