‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 105 sur 161 · DATE DES GESTES DE LAURENT · texte numérisé non relu

DATE DES GESTES DE LAURENT

une double attache à Terracine et à Rome ; la tradition littéraire enfin est double elle-même, tantôt très mince ( passio maxima ), tantôt très ample ( passio parva , major , maxima). On en est ainsi conduit à penser que l’histoire de la légende comprend deux époques.

On est bientôt forcé d’admettre que c’est la conquête grecque qui les sépare. Au second stade de son développement ( passio major et maxima ), en effet, la légende présente un caractère byzantin dont les traits sont très fortement marqués: c’est au Palatin, siège du gouvernement byzantin, que le culte est attesté. Tous ces rapports qui paraissent attacher la légende à l’époque de la domination grecque ne sauraient surprendre : le nom même du saint Kaiaapis; ne semblait-il pas le destiner au rôle de protecteur de César et la tradition ne lui attribuet-elle pas la guérison d’une Galla, fille d’empereur ?

La légende terracinaise, exacte dans sa banalité, a subi une transformation profonde au moment de la conquête de Bélisaire : c’est à cette époque, environ, qu’il faut placer la rédaction de la passio major K

Les gestes de Laurent nous ramènent, semble-t-il, à l’époque des Ostrogoths. Ils sont postérieurs à l’usage qui veut que le Pape soit consacré par l’évêque d’Ostie : on y voit, en effet, le pape Denys (§27) consacré par Maximus, évêque d’Ostie. Cet usage est déjà attesté par saint Augustin 2 ; il était connu et suivi à l’époque du Liber Pontificalis n , qui en fait remonter l’origine à Marc I tr .

1 C'est également à celte époque qu’il faut rapporter la rédaction des gestes d'Anastasie: « la canonisation » de la titulaire de l'église palatine s'explique parce qu'elle a été confondue avec la sainte de Sirmium, vénérée à Constantinople (cf. infra) ; — de ceux de Clément; ils sont indépendants de Nérée qu’ils ignorent; du Liber Pontificalis qu'ils contredisent, faisant mourir Clément sous Trajan et non sous Vespasien ; du férial hiéronymien qui ignore la Chersonèse. Us sont antérieurs à Grégoire de Tours qui les cite.

* ïlrev. Coll., III, 16. — Cf. Liber Diurnus (Rozière), p. 101.

3 L. P., 1, 202. Marc, 336. « Hic constituit utepiscopus Hostiae qui consecrat episcopum palleum uteretur et ab eodem episcopus urbis Romae consecraretur. »

Il est certain, d'autre part, que les gestes sont antérieurs à 595. On se rappelle qu'à cette date apparait le titulus Xysti, et que le titulus Lucinae devient à cette même époque titulus Laurentii ; ce qui laisse saint Damase seul possesseur du titulus Du mas i seu Laurentii de 499.

Entre saint Augustin et saint Grégoire, les textes attestent combien le culte de saint Laurent devient florissant et vigoureux : particulièrement à la fin du v e et au début du vi e siècle. J’en ai pour preuves les dons du pape Hilaire (461-468) et du pape Jean (523-526) à la basilique cérnitériale le choix qu’il fait de cette basilique pour s y faire enterrer 2 ; la confession en argent quy fait construire Anastase, les maisons de pauvres qu’y élève Symmaque 3 ; la demande surtout que Justinien adresse à Hormisdas, en 519, afin d’obtenir de lui un fragment delà claie fameuse 4 . Cette demande s’expliquerait-elle sans une recrudescence de la dévotion populaire, dont elle ne serait qu’un lointain écho? Et, si l’on admet ce fait, n’est-il pas naturel d’v rattacher la rédaction de nos gestes 5 ?

Voici un fait qui confirme et précise l’hypothèse. Parmenius, compagnon de Polochronius, évêque de Babylone, parle bien qu’on lui ait coupé la langue; or nous savons, par les gestes de Cécile, que l’ouvrage de Victor de Vite était connu et utilisé à Rome; et nous retrouvons, d’autre part, dans ce même ouvrage de Victor de Vite, un miracle analogue 6 : les martyrs de Tipaza parlent, bien que la langue leur ait été coupée. N’est-il pas vraisemblable que notre rédateur copie l’évêque de Vite? L’épisode de Parmenius et de son chef Polochronius parait inventé de toutes pièces. — On s’expliquerait fort bien alors que Valerianus fût appelé Turtius : ce serait une flatterie adressée au grand personnage qui fut consul en 491, Turtius Rufus Apronianus Asterius.

3 ld„ 2.73, 263,

4 Suggestio legatorum ad Hormisdam, lll, Kal. J. C. P. (P. L., 63, 471-473).

6 11 y a, à vrai dire, une difficulté à cette hypothèse. Hippolyte est v ica ri us

dans les gestes, et la mosaïque du temps de Pélage (500) le représente encore comme un clerc — La difficulté n’est pas invincible; il était naturel que l’autorité ecclésiastique, chargée de faire exécuter la mosaïque, se défiât d’une tradition populaire (cf. le décret damasien) et cherchât à puiser à d’autres sources. — Y a-t-il rapport entre la rédaction de notre texte et le schisme La ure n tien ?

0 (V, 40. — Edition Holm, p. 48; ou Migne, P. L., 58, 245.)

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