DATE DES GESTES DE BONIFACE
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littéraire dont ils témoignent n’est pas moins curieuse. Dansles uns et dans les autres, on retrouve les mêmes expressions, rares partout ailleurs: pueri, domina mea, athlela Christi; dans ceux-ci et dans ceux-là, le saint se tourne vers l'Orient pour prier ; et c'est aussi pour prier qu'il demande, dans chacun d’eux, au moment de subir le dernier supplice, le délai d’une petite heure ; dans ceux-ci et dans ceux-là apparaît un ange, instrument divin d’un même miracle : il refroidit la poix bouillante où doit être précipité Boniface en la touchant cFun, doigt, et il répand à terre l’huile bouillante, où doit être jeté Alexandre, en touchant du doigt la chaudière qui la contient. Or, ces gestes d’Alexandre, à les considérer en eux-mêmes, paraissent être en rapports avec deux faits, datés de l’époque précisément de saint Grégoire et de Boniface IIII. La dédicace d’un sanctuaire à l’archange saint Michel, dans le château Saint-Ange, qui est le fait de Boniface III, IV ou V (608-625} est sans doute ce qui explique la mention très inattendue de cet archange qu’on trouve dans nos gestes ; et la destruction du sanctuaire de saint Alexandre à Druzipara dans la campagne victorieuse du roi des Avares Chagan, en 600, explique, sans doute, par l’intermédiaire d'une reconstruction d'église que l'attention des personnes pieuses se soit portée sur l’histoire de ce martyr. Nos textes nous viennent d’un même groupe de rédacteurs ; peut-être même sont-ils l’œuvre d’un même moine, appartenant aux monastères de Saint-Grégoire sur le Celius, ou de Saint-Boniface sur l’Aventin ; ils ont été rédigés après la fondation de celui-ci, après le sac de Druzipara, après la dédicace de l’église Saint-Michel Inter nubes .
Entre ces deux gestes, ceux de Sérapie et ceux d’Eleuthère, on relève des signes précis d'une parenté certaine. Et, ici encore, cette parenté « matérielle » si j’ose ainsi dire, est, en quelque sorte, soulignée par une parenté littéraire. Le
quelque manière, l’unité du Père et du Fils et représente l’unité de la Trinité : * Christus qui cum Pâtre régnât Deus in unitate Spiritus Sancti ». — Hormisdas tenait au courant (P. L., 63, 431, 459, 471) les évêques de Gaule et d’Espagne : du reste la controverse dura longtemps et fit grand bruit tcf. saint Jean Damascène). C’est peut-être ce qui explique que la formule in unitate se retrouve dans un manuscrit des gestes de saint Vincent (Cod., Paris, lat. 5269); cf. aussi les actes de sainte Geneviève (recension Kohler, J 53) et les gestes Florini [Cal. Pans., I, 127).
terme obscur de Candida (jeux solennels ?) se retrouve dans Bonifaee, Sérapie, Eleutlière ; des termes d'origine grecque, stadium , bionatha , themele , se lisent dans Bonifaee, Sérapie, Alexandre; un curieux* dispositif de prière: Sanctus ..., Sanctus.,., Sanctus.,., te invoco..., te invoco..., te invoco ..., est commun à Sérapie et à Alexandre ; dans Alexandre comme dans Eleutlière, le saint se signe le corps tout entier; l'Aglaïs de Bonifaee pourrait bien n'ôtre qu'une copie — aussi poétiquement dénommée, du reste, — de l'Anthias d 'Eleutlière ; l'époque assignée à Eleutlière peut avoir été indiquée au rédacteur par le pape Eleutlière, mais peut aussi lui avoir été suggérée par le texte de Sérapie : ce qui est beaucoup plus vraisemblable.
Et comment s'en étonner, s'il est vrai que ces gestes aient été rédigés dans les mêmes milieux, à la même époque. Il faut noter que, dans ses Dialogues, saint Grégoire nous parle d'un Bonifaee et d'un Eleutlière ; quoi de surprenant si ses enfants spirituels, comme les diaconites de l'Aventin ou du Celius, s'intéressent aux patrons des saints personnages dont les entretenait leur livre le plus aimé? N'en ont-ils pas emprunté la langue? Dans les gestes, en effet, se retrouve la langue des Dialogues et celle du début du vu 0 siècle, solidi , sanctinwnia/is , rrliquiae , jusqu'à ce terme plus rare d apex (lettre) qui revient jusqu'à deux fois dans les trois lettres de Bonifaee IV conservées par les manuscrits; jusqu'à cette façon de dater par le quantième du mois qui se répand à cette époque. Noter, du reste, qu'on parlait beaucoup alors, en Italie, d’un personnage dont nous connaissons mal l'histoire, mais qui semble avoir joué un rôle assez important : je veux parler du duc Eleuthère, qui se révolta vers l'an 620 l . Ne semble-t-il pas que tous ces faits convergent vers une même époque comme tous ces documents concordent entre eux: les gestes de Bonifaee, d'Eleuthère et d’Alexandre Romain ont été rédigés, sans doute, au début du vn e siècle, peut-être sous Boniface V (619-625), sur le modèle des gestes de Sabine par l'un
1 « Qui pugnan lo Eleutherius patririus ingressus est Xeapoliei et inlerfecit tyrannum... * (L P., I, 319, in Deusdedit , 615*618). — Eodem tempore (Bonifatio V, 619-025), antô dies ordinationis eius, Eleutherius patricius et ennuchus faotus intarta adsumpsit regnutn. Et veniente cum ail civitatem Romanam, in castrum qui dicitur Luciolis, ibidem a milites Rnvennntes interfectus est » (L. P., 1, 321).