‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 109 sur 161 · LA QUERELLE DE TR1SAG10N · texte numérisé non relu

LA QUERELLE DE TR1SAG10N

vient de recevoir leurs lettres, que les Orientaux qui acceptent, en frémissant, Chalcédoine, croient devoir déclarer, dans letirs professions de foi : « hominem colentes toto animo anathematizamus * ».

C’est, semble-t-il, à cette préoccupation de 11e pas donner prise aux monophysites, au moment où on condamne effectivement — sinon explicitement — leur formule du Trisagion, qu’il faut rapporter aussi la forme particulière des quelques doxologies que nous avons signalées. Comme Justinien écrit : « Christi personam in Trinitate cum Patris et Spiritus Sancti « personis non dubitamus esse », ainsi nos doxologies portent : « (Christus) cum Pâtre et Spiritu Sancto in unitate virtutis régnât... », « le Christ que nous adorons est bien de l'imité de la Trinité, dans la Trinité ». Justinien dit: « Unus in Trinitate cum Pâtre Spirituq ue Sancto régnât », et ces termes se retrouvent presque dans nos doxologies : « cum Pâtre régnât in unitate Spiritus Sancti». Les Moines Scythes, éconduits par les légats qui comprenaient mal la question et voyaient clairement le danger d’irriter les Orientaux étaient accourus à Rome, y avaient déployé une activité et une énergie peu communes : ils n'avaient pas hésité à remuer ciel et terre, au grand déplai-

soumettait qu’à demi, Constantinople exceptée; les évêques catholiques, Thomas, Nicostrate et Jean de Nicopolis ne recouvraient pas leurs sièges : l’évèque Jean était massacré à Thessalonique par les antichalcédoniens ; à Ephèse, à Antioche, on insultait Chalcédoine, les moines Scythes assurent qu’un guet-apens est organisé contre eux, etc...; la correspondance d’Hormisdas et de Justinien fournit maintes et maintes preuves de cette situation; 2° l'inhabileté des moines qui froissèrent le pape, très prudent de nature (eonsueta cautela; P. L., 63, 474) par leur humeur intransigeante, turbulente et brouillonne.

On n’a pas assez remarqué l’importance du mot carne dans la formule des Scythes. Ceux qui proposaient, à Chalcédoine, unutn de Trinitate passum , entendaient condamner le nestorianisme et montrer qu’ils ne voyaient pas, dans le Crucifié, une quatrième personne ; ceux qui la rejetaient entendaient condamner le monophysisme et montrer qu’ils distinguaient, dans le Crucifié, deux natures; en ajoutant came à la formule débattue, qu’ils acceptaient ainsi corrigée, les moines Scythes se rangeaient avec les anti-nestoriens — puisqu’ils disaient unutn de Trinitate — et avec les anti -monophysites — puisqu’ils confessaient explicitement la nature charnelle , humaine, par conséquent, de leur Dieu. — Les deux études les plus exactes, à notre sens, sont celles du 1L P. Amelli: Spicilegium Casinense complectens Analecta Sacra et Profan /, I (M. Casin , 1893. Prolegom., Il, p. xxxiv-lxx : et jadis là dissertatio secunda in Iiistoriam Ecclesiasticam saeculi VI : De Fide Monachorutn Scgthiue , de Noël Alexandre ( Hisloria Ecclesiastica , tomus V, Parisiis, 1699, p. 494).

sir du pape qui s'en plaint amèrement; ils s'étaient adressés aux évêques exilés en Sardaigne ; ils avaient même tenté d'intéresser le peuple en leur faveur*. Nul doute que les clercs qui rédigeaient nos légendes n'aient été émus de ces discussions. Autour d'eux l'opinion publique ne s ’v intéressait pas moins; la lettre de Trifolius à Faustus l’atteste, et aussi le De Unitate de Boèce.

Les gestes où cette formule se rencontre sont donc, à ce qu'il semble, contemporains d'Hormisdas 2 .

Tous ces faits particuliers viennent donc confirmer et préciser la conclusion générale à laquelle nous avions abouti dans notre précédent chapitre : c’est à l’époque ostrogothique que le mouvement romain atteint son plus haut degré de puissance et son plus large développement.

On devine qu’il se prolonge faiblement à travers tout le vi° siècle et qu’il se ranime au temps de saint Grégoire et des Boniface (590-625). On a vu comment les gestes de Césaire paraissent être contemporains de l’époque byzantine ; on va voir comment certains autres textes semblent bien avoir été rédigés à l’époque suivante.

Les gestes de saint Boniface illustrent, on s’en souvient, une église fondée par l’apocrisaire Boniface, au temps de saint Grégoire le Grand (590-604) : c’est donc après cette époque qu’ils ont été rédigés. Ces mêmes gestes, d’autre part, présentent de curieuses analogies avec les gestes de saint Alexandre de Druzipara. La conception des deux épisodes centraux est identique dans les uns et les autres, et la parenté

2 II est môme à croire qu'une profession de foi, souvent attribuée à saint Martin (P. L., 18, 11-12) a été rédigée sous l’empire des préoccupations de cette heure. On y lit que unitas est ab eo qui est sanctus et spiritus , ce qui s’accorde singulièrement avec les finales de nos gestes. 11 faut se rappeler que, depuis saint Léon, dont Hormisdas et Trifolius répètent ici encore la doctrine, l’église romaine enseigne que le Saint Esprit procède du Père et du V’ils ; on conçoit qu’on puisse dire alors que le Saint Esprit résume, en

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