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CHAPITRE IV

DÉFORMATIONS DES TRADITIONS CONTEMPORAINES DES RÉDACTIONS : LE NÉO-MANICHÉISME •

[v*-vi e siècles]

Au moment où Ton rédigeait les traditions romaines, d'autres faits, dont nous n'avons pas encore parlé, exerçaient sur elles une influence remarquable.

La tradition de l’église primitive touchant le martyre de saint Pierre et de saint Paul avait été remplacée par une légende qui s’était épanouie peu à peu jusque vers la fin du iv c siècle 2 . Cette date marque une nouvelle période dans l’histoire de cette légende, qui devient désormais un objet de controverse et une arme de combat. .Le manichéisme occidental naissant cherche à insinuer ses théories allégorisantes dans une histoire prétendue des origines chrétiennes ; et, cette histoire, ses fidèles tentent de l’écrire en rédigeant les gestes des

1 Nous n’étudions ici que le rapport de ce néo-manichéisme avec les traditions martyrologiques romaines. Sur le néo-manichéisme, en général, cf notre étude : De Manichaeismo apud Latinos quinto sexloque saeculo atque de Infinis apoevyphis libris (Paris, Fontemoing, in-8°, 1900).

2 Cf. supra , la première partie de l'histoire de la légende, p. 101. — Dans l’intérêt de la clarté, nous avons supprimé toute discussion directe avec Al. Lipsius.

Apôtres ; n’assurent-ils pas ainsi à leurs doctrines le double mérite d’une incontestable authenticité et d’une autorité quasi canonique? Ils rédigent et déforment la légende de saint Pierre et celle de saint Paul, comme ils rédigent et déforment les légendes des autres Apôtres : ils prennent plaisir à séparer l’histoire des deux saints dont l’accord final a fondé le christianisme : n'est-il pas de bonne guerre, après tout, pour ceux qui veulent dissoudre celui-ci d'opposer ceux-là l’un à l’autre? Si les gestes de saint Paul ont disparu, semble-t-il, les gestes de saint Pierre sont parvenus jusqu’à nous dans un précieux manuscrit conservé à Verceil et qu'a publié M. Lipsius : le conflit de l’Apôtre avec le Mage y est retracé tout au long, mais est coupé, par endroits, de longues digressions dogmatiques. Ce texte ne parait pas être romain d’origine : il a été rédigé vraisemblablement dans Tltalie du nord : comme c’est à Verceil qu’il a été retrouvé de nos jours, c'est à Milan et à Brescia que nous le voyons connu et utilisé, à la fin du iv e siècle, par saint Ambroise et par Philastrius ; et c’est à Milan aussi que nous le voyons pour la première fois réfuté. Qui croira que ces localisations, disparates et convergentes, soient un pur effet du seul hasard 1 ?

C’est dans les plaines du Milanais que le Pseudo-Josèphe (peut-être saint Ambroise *) écrit son curieux ouvrage sur la ruine de Jérusalem 3 . L’auteur inconnu, loin de suivre la voie ouverte chez les Latins par l’éditeur de Verceil, se conforme soigneusement aux tendances de la piété catholique, réunit l'histoire de saint Pierre à celle de saint Paul et associe expli citement « les docteurs des chrétiens » dans la lutte qui se termine par la défaite de Simon le Mage, son ascension manquée du haut du Capitole et sa mort à Aricie. La rédaction de ce premier éditeur catholique ne semble pas avoir beaucoup restreint, au moins dans ces régions, la diffusion du texte hérétique. Si Maximus de Turin affirme, avec les catholiques, que les deux Apôtres moururent le même jour, dans un même lieu, sur l'ordre du même tyran' 1 , s'il les place tous deux à la

1 Lipsius, Acta Pétri... (Lipsiae, 1891, p. 45). — De Manichaeismo apud Lati nos , p. 39 sq. — Ambroise, c. Auxentium, 13 (P. L., 16, 1007).

* Rœnsch, Roman Forschungen, 1 { Erlangen , 1883), 236.

3 De Excido llieros , III, 2 (P. L., 13, 2068).

4 « Non sine causa factum putemus quod una die, uno loco, unius tyranni l olerauere sententiam... (Ilom., 73. P. L., 57, 405).

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