‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 28 sur 161 · III. KL. Il*L. | ROMÆ. Uia au | relia. Natal scoru · texte numérisé non relu

III. KL. Il*L. | ROMÆ. Uia au | relia. Natal scoru

IN EADEM URBE | aurelia. scorum. | Nevatiani. et ali | orum nongento | rum. septuagin | ta et septe mar |

Puisque ces neuf cent soixante-dix neuf martyrs sont vénérés au Vatican, puisqu'ils sont fêtés au même jour que Pierre et Paul, puisque Pierre et Paul sont vénérés au même lieu que ces neuf cent soixante-dix-neuf martyrs, il est à croire qu'ils ont tous souffert ensemble, la même année comme au même endroit.

Cette hypothèse est confirmée et vérifiée dans un texte très autorisé et très explicite. Avant la fin du I er siècle, saint Clément écrivait à l'église de Corinthe, au nom de l'église de Rome 2 : « A saint Pierre et saint Paul, on a joint une foule

1 Rossi-Duchesne, 84.

2 « Aii sV'Ov xai çôôvov o i piyt<rrot xai oixaioraroi <rrjXoi iSiwxOïrja-av xai eco; Oavarov yjÔX7j<rav. AâoojjxEv Trpô oçTaXpuov toù; àyaôcrj; «iro<r:6Xo*j;* IIÉrpov. o; 5ià Çf,Xov àStxov oûjr eva oCSe Svo, àXXà 7tX£tova; 07rr,vEyxEv 7rovo*j; xai o0to> p-apT^pr^a; èuopsCôr^ et? rbv ôpeiXbpÆvov tôitov tf,; Sblrj;. Ata Çr,Xov xai ëptv llaCXo; VTropiovf,; ppaêsiov EÊstijEv, É7rr:xxi; Ss'rp.à çop6«ra;, qpuyafieyôei;, XtTaafoi;, xr,pu$ y£vô|i£vo; ev te tyj àvaToXïj xai èv T7j Ôv«t, to yevvatov tt,ç niareuyç aÙToy xXÉo; ëXaoEv, ôtxatoo~jvr,v ôtoâÇa; bXov tov xbapiov, xai in i to Téppia tt,ç 8v<teo>; iXÔwv xai (lapT-jpTjaa; ln\ tcov rjyo*j|x£vajv, ovtw; â 7 rr)XXayï) to5 xû<t|ao-j xai £tç

SAINT PIERRE ET SAINT PAUL

d’élus qui ont enduré beaucoup d'affronts et de tourments, nous laissant ainsi un merveilleux exemple. Des femmes ont été poursuivies, Danaïdes et Dircès, qui, ayant souffert de terribles et monstrueuses indignités, ont atteint leur but dans la course sacrée de la foi et ont reçu la récompense, toutes faillies de corps qu'elles étaient. » En même temps que Pierro et Paul, des chrétiennes sont donc mortes, après avoir paru sur la scène, sous le costume des filles de Daiïaüs et de Dircès 1 . De tels usages, on le sait, étaient reçus chez les Romains. « Pour leur plaire, il fallait qu'Ixion fût véritablement roué 2 , qu'Icare se brisât en tombant du ciel 3 , qu'Herculc périt dans les flammes 4 , qu'un brasier consumât la main de Mucius Scaevola 5 que Pasiphaé subit l'étreinte du taureau 0 , qu'Orphée 7 ou Dédale 8 fût vraiment mis en pièces, Attis vraiment mutilé 9 , Laureolus, au dernier acte d'un drame, vraiment tué sur la croix 10 . » N'est ce pas à des spectacles de ce genre que saint Clément fait allusion ; et quel cadre mieux adapté â ces spectacles que le cirque du Vatican, où flambèrent les martyrs dont Tacite nous dépeint la mort ? Comment n’êti e pas frappé do la convenance interne de tous ces faits ‘/comment ne pas les rapporter dès lors aux hécatombes qui suivirent l'incendie de Rome en août 64? Or saint Clément range formelrnent Pierre et Paul parmi ceux qui en furent les victimes, ts'jtci; t olq àvepiatv... a’jvYjOpctffOTj zAfjOzç... Tout nous

tov àftov TÔitov ènopz-jOr tJ £iropovf,ç y £V ®I jl5vo Î {xi^iaro;, vftOYpappô;. — Tovrotç ?otç âvopi<xiv ômtoç iroXiTeuera pivot; <n>vr ( 0pot<y0T) iroXù 7cXf,0o; éxXexTwv, oirtve; itoXXaf; al<rxtat; xai paoâvot; 5tà s^Xov 7ta0bvT£; virbSeiYP-a xàXXurrov èyévovro h Tj{jiîv. Ata JftXov 5i(i)/6£t<Tai ywoeixe; AavatSt; xai Aipxat, aixfa|xaTa fieivàc xai àvôota 7?a0ov<7at, èwl tbv rfj; iriVrea); £É6atov 8pôp.ov xarrivTrjffav xai eXaëov yspa; Yewatov ol à<jôevet; tco «rciptaTt. » (1, Clementis ad Corinth., V-VI ; — Apud Funck, Opéra Pair. Àp. y I, 60-70.)

1 Le groupe, qui se trouve actuellement au Musée de Naples (après avoir été au palais Farnèse), venait précisément d’ètre apporté à Itome ; il faisait partie de la collection d'Asinius Pollion (Pline, Hist. nat ., XXXVI, 4), d’après Allard, I, 51-52, note 1.

s Tertullien, Üe Pudicitia , 22.

3 Suétone, Nero y 12.

4 Tertullien, Apol. y 15.

5 Martial, Epist. y VIII, 30.

6 Suétone, Sero y 12; Martial, de Spect. y 5.

7 ld. y 21.

8 ld. y 8.

® Tertullien, Apol. y 15.

10 Martial, de Spect. y 7 (d’après Allard, I, 50).

HO

invite à croire que suint Pierre, sinon saint Paul, fut martyrisé en août 64 i .

Le souvenir de ces atrocités se perdit peu à peu ; le fait principal, le fait du martyre des apôtres émergea bientôt seul

I Noter qu’un Bassus était consul en 64 comme en 258 ; il est possible que

cette coïncidence ait entraîné, par suite d’une erreur de copiste, l’introduction des consuls de 258 et la disparition de ceux de 64. — Saint Paul, étant citoyen romain, fut sans doute mis à part, jugé et exécuté séparément : on s’expliquerait ainsi qu’il n’ait pas été enseveli au Vatican, mais sur la Voie d'Ostie. Toutefois, on doit être, à son endroit, beaucoup moins affirmatif : le fait de sa sépulture séparée, la grande vraisemblance de son voyage d’Espagne permettant le doute ; il faudrait alors expliquer l'occasion de son supplice. — Rien ne contredit (Tacite prononce le mot ceux), tout confirme la donnée légendaire relative à la nature du martyre de saint Pierre : l’évangile de saint Jean semble indiquer clairement qu’il fut crucifié. Le Seigneur dit à l’apôtre : ôte r ( ; vewtepo; «reauTov xal ir£pie7CXT6i; oîtov r ( 6c).e;. "Orav Sè yirjpàoTi;.

èxievet; Ta; yefpx; »o*j, xài aXXo; Ç<5<j£i <re xai outei oirou où 6sXei;, toùto 8e elirev <nrj(iaivwv 0avxto> Sôliaast tov Qsbv (XXI, 18-19). — Origène (au livre

troisième de ses Commentaires sur la Genèse) est le premier qui assure qu'il ait été crucifié la tète en bas (cité par Eusébe, II. E., III, 1). Le fait n’est pas impossible : Sénèque, qui semble bien avoir remarqué l’héroïsme souriant des premiers martyrs romains ( Epist .. 78, Lucilio, apud Allard, I, 54-55), qui parle quelque part très explicitement du supplice de la croix (Cons. ad Marciam, 23 : « Brachia patibulo explicuerunt), écrit ailleurs (Cons. ad Marciam, 20) : « Video istic cruces non unius quidem generis, sed aliter ab aliis fabricatas : capite quidem conversos in terram suspendere. * 11 est possible que c’ait été par raffinement de cruauté de la part des bourreaux ; il est possible que c’ait été marque d’humilité de la part de saint Pierre, ainsi que l'interprète la tradition, après Origène : saint Pierre n'aurait pas voulu mourir comme le Christ (CL Tertullien, De Praescr. 36). Noter, à cet égard’ une variante très curieuse de la légende dans les Gesta Pétri et Pauli reproduits dans le Codex Monacensis 11418 (du ix*) : « Rogavit rursum sibi pedes everti et caput deorsum ut ad caelum se venturum ostenderet » (f° 29 r ).

— Me sera-t-il permis d'ajouter ici une hypothèse à toutes celles que l’on a proposées déjà pour rendre compte des vingt-cinq années d’épiscopat attribuées à saint Pierre ; cette donnée résulterait d’une erreur du calendrier romain, déformant le texte des listes épiscopales du ii* siècle. C'était une tradition reçue que les apôtres employèrent vingt-cinq ans à jeter les fondements de l'Eglise, Lactance l’atteste: « Extremis teuiporibus Tiberii Caesaris, ut scriptum lcgimus, Dominus Noster Jésus Christus a Judaeis cruciatus est, post diem decimum Kalendarium Aprilium, duobus Geminis consuiibus : cum resurrexiss et die tertio, congregavit discipulos, ... aperuit corda eorum..., quoofficio repleto..., eum procella nubis... rapuit in caelum. Et inde discipuli, qui tune erant undecim, assumptis in locum Judae proditoris Matthiaet Paulo,dispersi sunt per omnem terram ad Evangelium praedicandum, sicut illis magister Dominus imperaverat ; et per annos quinque et viginti usque ad principium Neroniani imperii per oinnes provincias et civitates Ecclesiae fundamenta miserunt. Cuinque iam Nero imperaret, Petrus Romain advenit; et... convertit multos ad iustutiam ... Qua re ad Neronem delata,... Petrum cruci affixit et Pauluui interfecit. » (De Morte Pers. 2. — P. L, 7, 193-197.)

II se trouve, en elTet, qu'il y a vingt-cinq ans enlre la date traditionnelle de la Passion (29) et l'avènement de Néron (54). Comme on a daté l’histoire du Christ, par un etl'et de perspective, relativement à la fin de cette histoire

SAINT PIERRE ET SAINT PAUL

de l’oubli qui ensevelissait rapidement l’histoire primitive 1 ; c’est, du moins, le seul fait que l’on retrouve dans la tradition qui se forma jusqu’à la fin du iv e siècle. De saint Paul, on no peut dire que fort peu de chose : Eusèbe nous atteste à la fois l’existence de ses gestes et leur caractère apocryphe 2 ; ils ne nous sont peut-être -accessibles que dans le MapTjpisv IlajXoj 3 et dans un passage de Maximus do Turin 4 . Nous fussent-ils même parvenus tout entiers, dans leur forme originale, nous manquerions de textes pour en expliquer la genèse : Origène seul nous livre un fait intéressant à cet égard : c'est dans les gestes de saint Paul qu’il lisait l’épisode fameux de l'appari-

plus importante et mieux connue que tout le reste (saint Luc, III. 1). [Cf. Loisy: La Chronologie de M. Harnack , dans le Bulletin n i tique, .‘i août 1899 (p. 435-436)], on a daté sans doute, le début de l'histoire de l'Eglise par le fait le plus apparent aussi et le mieux connu, c’est-à-dire les massacres de Néron ; il plaisait, du reste, aux chrétiens, que leur premier persécuteur ait été ce fou furieux (« tali dedicatore damnationis nostrae etiam gloriamur », Tertullien, Apol ., 5). Dans la période obscure qui s’étend entre les deux dates, on a placé avec vraisemblance la fondation du grand nombre des Eglises; et l’on a fait partir de la seconde date (54) l'histoire officielle de l'Eglise en général et l’histoire publique et connue des diverses églises. C’est ainsi, je suppose, que l’on data de l'an 54 la naissance de l’Eglise de Rome, c'est-à-dire la venue de saint Pierre à Rome (puisque saint Pierre avait évangélisé les Romains, il était convenable qu’il les eût évangélisés le premier et que tout procédât de lui). Aussitôt après avoir dit : « Apostoli eoclesiae fundamenta miscrunt », Lactance ajoute : «Cumque iam Nero imperarct, Petrus Romani venit » ; parlerait-il autrement si Pierre était venu à Rome, aux premiers jours du règne? — Orc'est précisément cette date (54-55) que donne le Chronographe. Je suppose que le compilateur aura pris pour la fin de l'episcopal de Pierre la fin de son épiscopat ante-romain , puisque Lactance permet de croire que c'est en 54 (55) que l’on a fixé parfois et la fondation officielle de l'Eglise romaine et la venue de saint Pierre à Rome; et notez que les seuls textes qui datent ce dernier fait du temps de Claude s’appuient sur les rapports plus que douteux de saint Pierre avec Philon (Eusèbe. II. E., II, 17) et avec Simon (saint Justin, Apol., II). Le catalogue épiscopal de la fin du u* siècle était rédigé, sans doute, en termes brefs, peu exp.ieites, obscurs; l'erreur que reproduit le texte du Chronographe serait aisément explicable. Si l’on admettait cette hypothèse, la véritable tradition romaine serait restituée : après avoir passé vingt-cinq ans, comme les autres apôtres, dans une sorte d'épiscopat itinérant, saint Pierre aurait définitivement fondé l’église romaine en 54, dix ans avant qu’elle reçut, avec son pasteur, le baptême du sang.

1 Cf. Acilius Glabrion, P. Graecina, saint Ignace, Télesphore, saint Justin et tant de saints oubliés dans le calendrier.

2 II. E., III, 3 : oOSè jrrjv t«; ^eyopiva; avrov 7cpà£siÇ àpçtXÉxroi; irapst- Xr.ça.

3 Lipsius, Acta Pétri.... 104.

4 Homélie 101 (P L., 57, 488). « Dcinde cum apud Sergium Paulinum proconsulem Simon Magus Pauluin apostolum oppugnaret, utique Ecclesiae vas tentabat et veneGcis artibus ilium quassare cupiebat ; sed tanta ab illo virtute convictus est ut non solum artis infirmitate sed etiam oculorum cum amissione caecaret et pariterilli auferret carmen et visurn. »

tion du Seigneur, revenant pour être une seconde fois crucifié 1 .

Par bonheur, les textes relatifs à saint Pierre sont plus nombreux : ils attestent clairement que la tradition, pour la plus grande part, n’est pas vraiment indigène. L’idée d’où elle procède toute et qui la résume est celle d’un conflit de l’apôtre et de Simon le Mage. Ce conflit est indiqué dans les Actes des Apôtres. Tandis que Paul ravage l'Eglise et que Etienne est massacré, Philippe descend à Samarie. « Un homme, du nom de Simon, se trouvait dans la ville : il pratiquait la magie et émerveillait le peuple de Samarie, disant qu'il était un grand personnage. Tous s’attachaient à lui, petits et grands, disant : Celui-là est la puissance de Dieu, celle qui est appelée grande. Ils s’attachaient donc à lui parce que ses opérations magiques, depuis quelque temps, les enchantaient. » Mais Philippe survient qui ruine son prestige et qui parvient à le convertir ; survient ensuite Pierre, auquel il veut acheter le pouvoir de conférer le Saint-Esprit par l'imposition des mains. Et Pierre le maudit. « Périsse ton argent avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu pouvait être acquis par des richesses, » et Simon épouvanté de cette malédiction manifeste son repentir et demande à Pierre de prier pour lui 2 . Le conflit de Pierre et do Simon a donc une racine historique dans les Actes des Apôtres, et l'on peut voir, dans les Récognitions et les Homélies Clémentines 3 comment le rejeton s’est épanoui.

Mais ce conflit avait la Syrie pour théâtre : comment donc se localisa-t-il à Rome ? Il faut noter d’abord que les Actes étaient lus à Rome, si même ils n’y ont été composés, et que c’est le fondateur de l’Eglise de Rome, saint Pierre, qui est mis en

4 « Kt tw II çtXov irapaSéÇaoOat to èv taî; UavXov IIpal;E<xtv àvaYeYpâjxjuvov, a>ç virô tov 2a>tf t poç eîpr ( (jivoV "Avcdôêv (jiXXa> <rravpov<70ai, ovto; to; jxetà rr,v èret- Sïjpitav 7capa5éyEtai tov "AvcoOev piXXu) crcavpovoôat y iv ^|*e v o v * Comm. in Joannetn, t. XX (P.G., 14, 600).

2 « ’Avr,p lé tt; ôvbpwiti Xipuov TrpovTrrçpyEv èv trj TtôXet piaYÉvajv xal è^ioraviov to eôvo; tt,; Xajiapia; Xêy<*>v elvaÉ ttva éavtov |uy* v > <*» 7rpoiei)rov Ttàvte; àiro pLixpoû etoç jUYa^o'j Xéyo v te; Ovtôç eorty T) Avvapu; tov Ôsov rj xaXovjjLévir) Mey*^* Tcpoaeîyov lï avto* Stà to Ixavtô ypbva» taî; {xaYtai; êU«rtaxévai avtov;... *I8o»v lï à Xtpuov 6ti 6ià tf,; èiuÔÉ<JEù); twv yetpôSv tcov à7co<rr bXtov SiSotat to îrvevjia Tcpoor,vsYXEv avtoî; yprifiata Xéywv Abte xàfioi rrjv èÇovatav tavtrjv tva ai èàv imBû ta; yetpa; Xapâavv) Trvevpia £yiov. Ilstpo; 5è EtrcEv upo; avtov Tb àpYvpibv arov <xvv <xoi etr, eèç ÀTrtoXEiav ôti tr,v Soopeàv tov Osov èvopu<xa; ha. yprj(iâtu)v xtâoOat.... àiroxpi- 6eI; Il à -tjiwv ei7rev AEr ( 6r ( te vjieîç vrap êfxov irpo; tov xvptov 6iro>ç jJ.r)8èv â7céXÔTrj è7c’èjiè wv eip^xats. (Actes, VIII, 9... 18... 24. — Westcott and Hort. 1895*, 263-264).

a Duchesne, Origines, 94.

SAÎNT PIERRE ET SAINT PAÜL

conflit avec Simon. On conçoit donc que l'histoire extra-romaine de saint Pierre se soit réfléchie et comme incorporée à son histoire romaine ; les Romains, intéressés à la gloire de leur patron, ne devaient-ils pas inconsciemment modeler celle-ci, qu'ils ignorèrent bientôt, sur celle-là, qui était consignée par écrit et dont la pureté était garantie par la canonicité du livre ? Qui sait même si ce comédien dont parle Suétone, et qui vivait à Rome au temps de Néron 1 , au temps de saint Pieirc par conséquent, ne se confondit pas bientôt, dans l'imagination populaire, avec le mage syrien? Ce n'est pas tout: une autre cause contribua très efficacement à la romanisation de la légende. Le dieu sabin Semo Sancus était vénéré dans l'ile du Tibre, comme l'atteste la base de la statue retrouvée là même en 1574 2 ; on y lit :

SEMONI SANCO DEO FID10 SACRVM

Or saint Justin raconte, après avoir donné plusieurs détails sur Simon, qu’il fut considéré comme un dieu et qu'on lui éleva, dans l’ile de Tibre, une statue avec l'inscription :

SIMONI DEO SÀNCTO

Ces trois mots se retrouvent à peine modifiés sur notre base de statue ; c’est dans l’ile de Tibre que nous avons retrouvé celle-ci ; c'est dans l’ile de Tibre que Justin a lu ceux-là : il serait bien étonnant que ce n’ait pas été notre inscription qu’ait lue — et mal lue — saint Justin, ou l'auteur dont il dépend. L'erreur de saint Justin une fois commise 3 , la localisation du

1 Suétone; Nero. 12: « lcarus primo statim conatu luxta cubiculum eius deeidit ipsuuique cruore respersit» (éd. Roth., 175). — Cf. Juvénal, 111,74 (éd. Hermann, 13). — Voici, d’autre part, ce qu’on racontait de Théodote: ce qui ferait croire que les contrefaçons légendaires de l’Ascension étaient de mode. «xaOdôrep xat tov 8av|i.a<r:bv èxetvov tov irptüTOv tf,; x«t’ avrob; Xefojuvr,; irpoçTiTeia; otov è7rtTpoubv riva 0eb £ otov 7toXyç aipet Xbyo;, w; alpbfievbv tcotc xai àvaXapLâavb(ievov etç oùpavov; 7rape<7TTjvat Te xat xaTa7rt<TTe5<jat éavTÔv tw tt,; arcaT r ( ; icvcvimiti, xat 5i<jxeu8evTa xaxoü; TeXeuTfiaai [Eusèbe, H. E., V. ,16 (éd. Dindorf), IV, 218].

2 C. I. L., VI, 567-568. Esser, Des heiligen Petrus Aufenthalt... (Breslau, 1889, in-8*), p. 68. — Duchesne, Origines, 92. — C. L. Yisconti, Un Simulacro di Semo Sancus ( Studi di storia e diritto , 1881, 106).

3 La légende de cette statue tibérine se retrouve-t-elle dans ce passage des actes manichéens, oùMarcellus dit qu’il éleva une statue à Simon avec cette

conflit à Rome, peut-on dire, était chose faite. Elle éveilla sans doute la curiosité populaire ; elle provoqua sans doute ce décalque de l’histoire de Sainarie, racontée dans les Actes, dont nous parlions tout à l’heure ; de fait, au début du iii c siècle, les Philosophoumena rapportent que Simon lutta, à Rome, contre les apôtres. — (Mais Simon, vaincu par Pierre, comme jadis par Philippe, renonce à la lutte et quitte Rome).

Parvenue à ce second stade, la tradition n’a plus qu’un pas à faire pour établir un rapport entre le martyre de l’apôtre et son conflit avec le magicien. Ce pas fut franchi très aisément, sans doute, sous l'influence de faits qui nous échappent. Mais ce que les textes nous permettent de soupçonner, ce sont les reprises et les retouches de la légende, qui, diversement modelée par des piétés différentes, s’essaye, se modifie, efface ses premières ébauches avant de se fixer dans sa forme définitive. C’est d’abord la Résurrection que Simon tente de contrefaire, au témoignage des Philosophoumena 1 , mais c’est ensuite à l’Ascension qu’il s’essaye, au dire d’Arnobe 2 (vers 305), de saint Cyrille 3 (vers 350), des légats de Libère 4 (vers 355), et d’Ambroise 5 (vers 389) ; c’est enfin à la contrefaçon de l'Ascension que la légende s’arrête; mais elle se dédommage en faisant une petite place au démarquage de la Résurrection. — Et, pendant que la légende se développe ainsi et se transforme, s'enfonçant peu à peu dans les imaginations romaines, elle semble prendre racine aussi dans le sol romain. On se montre, sur la Voie Sacrée, quatre pierres qui présentent un aspect particulier : ce sont celles sans doute sur lesquelles s’est fracassé Simon 6 . Et l’on décrit la route qu’a suivie saint Pierre en s’échappant de la Mamertine, parla Via Nova, le titulus Fasciolae, la Via et

dédicace : Simoni iuveni deo (Lipsius, Acta Pétri, 57); ou bien ce passage dépend-il d’Irénée, d’après lequel les Simoniens élevaient des statues à leur fondateur?

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