TRADITIONS LOCALES URBAINES
C’est par le Trastevere qu’il faut commencer notre voyage à travers les églises do Rome ; c’est là que sont localisées les traditions relatives à saint Pierre, le maître du chœur des martyrs romains, et c’est là que s'ouvrit certainement la première «église » romaine : le quartier juif était là, Philon l’atteste 2 .
i. « Au temps de Néron , les juifs demandent à Paul de dé -
Gestes fendre leur loi contre Pierre qui F abandonne ; mais loin de se orreTtPaul 9 tfere ^ er ^ ^ es deux apôtres s' embrassent dès qu'ils se rencontrent et se racontent , 1 un ses voyages en Espagne, l'autre ses luttes contre Simon . Le succès couronne leur apostolat et tourne contre eux les prêtres païens et juifs qui gagnent
1 Nous rappelons que nous nous servirons presque exclusivement, au cours de cette étude, des cinq documents suivants, tous indépendants des gestes ; !• le Calendrier romain , contenu dans le F. II. (édition Kossi-Duchesne) ; — 2* les Epitj ranimes de Damuse (édition lhin) ; — 3° le Sacramentaire Léonien (édition Feltoe); — 4* les Itinéraires , surtout le Salisburgensis (édition de Rossi); — o° les signatures du concile romain de 499 (M. G. — Auct. Antiq. Xll et Duchesne : les Titres presbgléraux et les diaconies. Mélanges. Vil, p. 217). — Cf. le chapitre des Mirabilia intitulé : llaec sunt loca quae inveniunlur in passionibiis sanctorum (Jordan, 11, 61.*»).
2 « Alioqui non passus fuisset Transtiberim bonam l’rbi partem teneri a Judaeis quorum plerique erant libertini; quippe qui, belli iure in potestatem redacti, ab heris suis manu inissi fuerant, permissi ritu maiorum viverc. Hos sciebat habere suas proseuchas in quibuscoctus facerent, praesertim sabbatis, iuxtareligionem paîriain. » [Légat io ad Caium ... apud Bosium. — Cf. édit. Mangey (Londres 1742), 11, 568. — Cf. Martial, I, 35, X, 3; XII, 46].
Simon à leur cause. Devant V empereur , Simon et Pieire font assaut de prodiges : F apôtre rend la vue à un aveugle , Simon fait rire les statues de pierre; il change d 1 apparence sous les yeux de Néron; mais , comme il veut se faire passer pour le Christ , Pierre fait lire les lettres que Ponce Pilate envoya à Claude au sujet de celui-ci ; d'un signe de croix , il fait disparaître les chiens magiques que Simon fait apparaître , prêts à le dévorer, et Simon ne peut deviner ce qu’il pense. Mais le magicien se relève de ses défaites en racontant sa résurrection glorieuse. Comme Néron interpelle Paul qui , pendant cette joitte merveilleuse, reste muet, Paul raconte son œuvre : et Pierre confirme son récit , ajoutant que, pendant de longues années , il a été informé de ses travaux par les lettres que lui ont écrites ses évêques établis dans le monde romain, presque dans toutes les cités. Et Paul, à son tour, confirme ce que dit Pierre et insiste sur la conformité des deux doctrines qu'ils prêchent. — Enfin , un grand prodige va clore la lutte : Simon prétend qu'il va s'élever au ciel ou il rejoindra son père : il monte sur une tour élevée au Champ de Mars et prend son vol . Mais voici que Pierre et Paul se mettent en prières, Paul se plaçant après Pierre qui a été élu avant lui par le Seigneur ; et Simon tombant sur la voie sacrée se brise en quatre morceaux. Néron furieux ordonne au préfet Agrippa de faire exécuter Pierre à la Naumachie ; et Pieire demande ci être crucifié la tête en bas, en souvenir de son maître, par humilité: il apaise les chrétiens qui veulent se venger de Néron en leur racontant l'apparition merveilleuse qu'il a eue sur la Voie Appienne, le Christ lui ordonnant de ne pas s'enfuir de Rome pour qu'il y fut une seconde fois crucifié dans sa personne. Puis, comme il meurt, on voit apparaître des hommes saints que nul n’a vus jusqu'alors et qui, de concert avec Marcel lus, F ancien disciple de Simon converti par Pierre, enlèvent le corps en cachette et l'ensevelissent sous un térébinthe, à côté de la Naumachie, au Vatican. Quant à Néron, détesté du peuple et de l'armée, il s'enfuit tremblant de peur; on ne le voit plus; on assure, qu'errant dans les forêts, mourant de faim et de froid, il a été dévoré par les loups. Et, comme des Grecs veulent un jour reporter en Orient les corps des apôtres, un tremblement de terre épouvantable avertit le peuple romain; on court, on les arrête à l’ endroit qu’on appelle la catacombe, Voie Appia, au
Saint Pierre Et saint pauL
ItP mille; on y garde les corps jusqu à ce quon les reporte, dans la splendeur des hymnes, aux lieux qui ont été préparés pour saint Pierre au Vatican de la Naumachie , pour saint Paul, Voie d'Ostie, au IP mille; où leurs bienfaits répondent aux prières dans les siècles des siècles . Ainsi soit-il
C’était aux alentours de la basilique de Saint-Pierre construite par Constantin sur remplacement du tombeau réédifié peut-être par Anaclet 3 , que se répétait la légende. On en discerne assez nettement l’histoire depuis sa naissance jusqu’au déclin du iv e siècle.
Aucun texte ne contredit le témoignage, si explicite d'ailleurs, qu’elle apporte touchant le lieu du supplice et remplacement des tombeaux ; ce témoignage est, au contraire, confirmé par le calendrier romain 4 et par un passage du prêtre romain Caïus 5 , qui vivait au temps de Zépliyrin (199-217):
1 Nous avons choisi ce texte (édition Lipsius, Acta Pétri ..., p. 119-177), parce qu’il est plus analogue qu’aucun autre aux gestes romains qui sont notre objet, et parce qu’il reproduit aussi bien qu’un autre le fonds légendaire existant à la fin du iv siècle que, seul, nous étudions ici. Cf. infra, la seconde période de l’histoire de cette légende (v e et vi° siècles).
3 « Eodem tempore Augustinus Contantinus fecit basilicau» beato Petro apostolo in templum Apollinis cuius loculum cum corpus sancti Pétri ita recondit... » (L. P., I. 176.)
La basilique de Saint-Pierre est située à droite de la Via Aurélia Nova , entre cette voie et la voie Triomphale: le tombeau primitif et les sépultures qui se trouvaient autour étaient peut-être sur quelque diverticulum qui reliait les deux voies ou sur un chemin qui longeait le cirque de Néron (Palatium Neronianum). L’édifice constantinien s’élevait en partie sur l’emplacement de ce cirque ; son mur méridional et même les colonnades de ses nefs de gauche reposaient sur l’un des côtés du monument démoli. Le templum Apollinis est un souvenir du célèbre sanctuaire de Cybèle, le Frigianum des régionnaires du iv* siècle (L. P., I, 119 l3 ). Sur la basilique constantinienne, cf. de Rossi, Ins. Chr ., II, 229; Duchesne, L. P., I; 193 ,;l .
3 « (Anacletus) memoriam beati Pétri construxit et conposuit, dum presbyter factus fuisset a beato Petro seu alia loca ubi episcopi reconderentur sepulturae. » (L. P., 1, 125).
4 III • KL - 1UL. | ROMÆ. Uia au | relia. Natal scoru (apostolor pétri | et pauli) pétri | IN LATICANO | Pauli, vero, inuia | ostensi. utruq; | in catncumbas. | passi sub nerone. | basso et tusco. | consulib; | . (B). — III KL • IUL * Rom Nat scorum pe | tri pauli. apostolorum pe | tri in vaticano pau liuero | uia ostensi... W. (Rossi, Duchesne, 84).
à « Eyw û£ ta Tpoiraia :wv à7ro<rr6>.a)v ejfio SstÇat. èàv yàp ÔêÀrjCrr;; àTrsÀOctv èirl tov Ba“ixavôv,.r t èiù ttjv ôôov ttjV ’Uartàv, e*jpr t <jetç :à TpûTraia :üv Ta'jTr ( v lôp-jaajiivtov tyjv éxxXrjgiav. » (Apud Eusebium, II, 25, éd. Dindorf, IV, 82). — Cf. L. P., I., 118: «... sepultus est via Aurélia in templum Appolinis iuxta locum ubi crucifixus est, iuxta palatium neronianum, in Vaticanum, .iuxta territurium Triumphalein, III kl. iul. »
« Pour moi, dit-il, je puis montrer les tombeaux des Apôtres. Si vous les voulez voir, vous n’avez qu’à aller au Vatican et à la voie d’Ostie. Vous y verrez les monuments de ceux qui ont fondé cette église. »
L’époque du martyre est bien le règne de Néron, et, plus précisément, l’année 64. La date consulaire que porte le Codex Bemensis , Tusco et Basso consulibus désigne l’an 258, nous reporte à la persécution de Valérien et ne peut évidemment s’appliquer au martyre des apôtres. Comme « il y a des dates consulaires figurant ainsi dans des calendriers romains et qui sont relatives à des translations »; comme, d’autre part, en 258, les cimetières furent confisqués et (pie « les chefs de l’Eglise romaine durent avoir des craintes pour les sépultures déjà très connues du Vatican et de la voie d’Ostie, il est naturel qu’ils aient cherché à mettre en sûreté, dans un lieu obscur et ignoré, les précieux dépôts qu’elles renfermaient 1 ». La date de 258 se rapporte vraisemblablement à une translation opérée dans ces circonstances, à la catacombe de Saint- Sébastien, Voie Appia. L’hypothèse est d’autant plus satisfaisante qu’elle rend compte de l’épisode légendaire, suivant lequel les corps sacrés volés par les Grecs demeurèrent « un an et sept mois à la Catacombe ».
Mais s’il est facile d’écarter la date de 258, il est plus malaisé de restituer la date exacte. Celle que porte le Chronographe de 354 nous reporte à l’an 55 * 2 ; or le Chronographe dépend ici de la chronique d’Hippolyte, qui dépend elle-môme de listes épiscopales plus anciennes, existant à la fin du ii c siècle. C’est donc un témoignage fort grave : il semble néanmoins difficile de s’y tenir 3 . Saint Paul, écrivant aux Romains, en 58, ignore
1 Duchesne, Origines chrétiennes , 82 ; — L. P., I, civ.
s Imperante Tiberio Caesare passtis est dotninus noster Jésus Christ us duobus geminis consulibus (29) VIII Kl. apr. et post ascensum eius beatissimus Petrus episcopatum suscepit... Petrus ann. XXV mens, uno d. VII 1 1. Fuit temporibus Tiberii Caesaris et Gai et Tiberi Claudi et Neronis a cons. Minuci et Longini (30) usque Nerine et Vero (55, Nerone et Vetere). Passus autem cum Paulo die III K. iulias, cons. ss. imperante Nerone. — Linus, ann. XII, m. UH. d.XII. Fuit temporibus Neronis a consulat» Saturnini et Scipionis (56) usque Capitone et Rufo (67) ( Catalogue libérien, L. P , I, 2) (Cf. Fasti Vimlob. Priores ; M. G. Auct.Ant., IX, 283). « Petrus... primum tenuit cathedram episcopatus in Antiochia annos VII. Ilic Petrus ingressus in urbe Roraa, Nerone Caesare, ibique sedit cathedram episcopatus ann. XXV m. II d. III... Martyrio cum Paulo coronatur post passionem Domini anno XXXVlll (L. P., 1, 118).
s Comme on l a essayé naguère encore ( Katholik ., 1887, I, 135). Entre autres études, cf. Y Année du Martyre des saints Apôtres Pierre et Paul , par
SAINT PIERRE ET SAINT PAUL
complètement que saint Pierre, après les avoir évangélisés, ait subi le martyre au milieu d'eux ; ce qui ne laisse pas d'être surprenant. Pareillement, saint Luc racontant dans les Actes l'arrivée de saint Paul à Rome, en 61, ne souffle mot de saint Pierre ; ce qui rend difficile de croire que saint Pierre y soit déjà venu, ou, du moins, y ait fait un long séjour; ce qui rend impossible d'admettre qu'il y ait été martyrisé six ans auparavant. Ce n'est pas tout : aucun texte ne mentionne des actes de persécution à Rome, avant l'an 64; il est même généralement admis que Néron, succédant à Claude en 54, améliora la situation des Juifs, partant celle des chrétiens 1 ; le martyre de saint Pierre, au lendemain de l'avènement de Néron, contredit donc tout ce que nous savons de ses premières années et apparaît comme inexplicable. Il semble, du reste, que la date de 55 a été artificiellement obtenue en combinant avec la date de l'Ascension du Christ (5 mai 29, dans le Chronographe) la tradition des vingt-cinq années de l’épiscopat de saint Pierre. Cette donnée, évidemment inexacte, ne repose donc pas sur un document authentique.
La tradition des vingt-cinq années de l'épiscopat de Pierre, sans doute connue par Eusèbe, du moins clairement attestée par saint Jérôme, explique qu'on ne puisse accepter avec confiance les dates qu'ils nous fournissent, 45 et 70 ; saint Jérôme ne saurait renforcer le témoignage d’Eusèbe ; il se contente de le remanier ou de le traduire. Et l'on devine qu'ils utilisent tous deux une tradition de vingt-cinq années d'épiscopat, sans en connaître au juste les deux termes extrêmes 2 .
Si l'on écarte tous ces témoignages douteux pour ne se fier qu'aux faits patents, on est conduit à fixer à l'an 64 la mort
le R. P. Gams... (trad. Belet). Paris, Duprey, 1867. — Gains a le mérite de rattacher le martyre de saint Pierre aux massacres qui ont suivi l'incendie de juillet 64. Il a le tort de reculer l’exécution de l’apôtre jusqu’en 6.7, vraisemblablement pour sauver l’anniversaire du mois de juin, qui est, sans doute, celui de la translation : le texte du calendrier, la date qu'il donne, semblent l’indiquer. — Nous n’avons malheureusement pas pu prendre connaissance du récent ouvrage de M. Erbes : Üie Todteslaye der Aposlel Paulus una Pelrus und ihre rbmische Denckmàler (Leipzig, 1899).
1 Duchesne, Origines, 71 .
2 Eusèbe : 'Piofiattov KXorjSio; ex*} iy y ...llexpo; 6 xop*j?ato; xr,v èv ’Avxtoyetx irpa>xr,v 6e{ieXk>aa; èxx/.Yjaîav et; 'Pwpurjv «ratai xrjp-jTTwv xo eùaYY*Xtov. 6 8’avrb; pexà xf,; iv ’Avxtoyetx éxxXrjata; xa! xf,; iv 'Poqxr, 7rptoxo; irpoéaxr, eto; ?e).stfa>aefa>; avro£.
Jérome : Ilomanorum Claudius regnavit a. XIII, mens. VIII. dieb... XXVI 111. Petrus apostolus cum primus Antiochenam ecclesiam fundasset Romani mit
de saint Pierre. Le 19 juillet de cette année, le feu prend aux alentours du grand cirque, dévore le Palatin, les boutiques de la Voie Sacrée, la région d'Isis et de Sarapis, ravage le Celius, l'Aventin et s'arrête au pied de l'Esquilin au bout de six jours; puis il se rallume dans les jardins de Tigellinus et, durant trois jours, ravage le Viminal, le Quirinal et le Champ de Mars; sim les quatorze régions de Rome, dix sont consumées 1 . Le peuple accuse Néron qui arrive d'Antium en toute hâte. « Pour faire taire cette rumeur, c'est Tacite qui parle (il était alors âgé de dix ans), Néron produit des accusés et soumet aux supplices les plus raffinés les hommes, odieux à cause de leurs crimes, que le vulgaire appelle chrétiens. Celui dont ils tirent ce nom, Christ, avait été, sous le règne de Tibère, supplicié par le procurateur Ponce Pilate. L'exécrable superstition, réprimée d'abord, faisait irruption de nouveau, non seulement dans la Judée, origine de ce mal, mais jusque dans Rome, où reflue et se rassemble ce qu'il y a partout ailleurs de plus atroce et de plus honteux. On saisit d'abord ceux qui avouent; puis, sur leurs indications, on arrête les autres, en niasse, coupables moins du crime d'incendie que d'être haïs du genre humain. On ajoute les moqueries aux tourments; des hommes enveloppés de peaux de bêtes meurent déchirés par les chiens, ou sont attachés à des croix, ou sont destinés à être enflammés et allumés, quand le jour tombe, en guise de luminaire nocturne. Néron a prêté ses jardins pour ce spectacle ; il y donne des courses, mêlé à la foule en habit de cocher ou monté sur un char. Aussi, bien que ces hommes soient cou-
titur ubi evangelium praedicans XXV annis eiusdem urbis episcopus persévérât. Olymp. 205, III A. Abrah , 2059 : Versio armenia de his silet. (Schœne, II, 1 52, 153). 205 Olymp. = 43, 44, 45, 46 p. C. N. — 2057-2060 d’Abraham.
Eusèbe: èirl ira<x t c’aOroû toc; âôcxr i (Aa<ji (àrjyr,|xa<rc Cod.) xai tov 7cptütov xatà Xpt<rrtavôiv £v£6étÇaro otwYjxbv, r,vtxa IIsTpo; xai IlaGXo; oi Oeibratoi £7160x0X01 roi ÛTrkp xpioroû jxapTupr i 'TavTE; xaTEaré^ôr^av ayrovi.
Jérome: Primus Nero super omnia scelera sua etiam persecutionem in Xrianos facit in qua Petrus et Paulus gloriose Romae obeubuerunt (Schœne, II, 156, 157). Abr. 2084; Olymp. 211, 4, Nero 14. — 2084 d’Abraham = 70 p. C. N. — 211, 4, Olymp. (Cf. Sync., 644, 2) (Schœne, II, 235). — 11 n’y a rien à cet égard dans le nouvel ouvrage de M. Schône : Die Wellchronik des Eusebius in ihrer Hearbeitung durch llieronymus (Berlin, Weidmann, 1900, in-8). — Dans l'Histoire ecclésiastique , Eusèbe accepte la donnée de Justin que Simon est venu à Rome sous Claude (II, 13) ; et il assure (II, 14) que Dieu a envoyé saint Pierre à Rome pour le combattre.
1 Tacite, Annales , XV, 38, 44, 32. — Suétone, Sera, 31, 38, 39. — Dion, LXII, 16-17.
SAINT PIERRE ET SAINT PAVE
pables et dignes des derniers supplices, on en a pitié, parce qu'ils sont sacrifiés non à l'utilité publique, mais à la cruauté d'un seul 1 . » Voilà, de la plume de Tacite, les premiers gestes des premiers martyrs de Rome : ce sont les martyrs du Vatican. Tacite nous dit, en effet, que Néron avait prêté ses jardins; or ses jardins s’étendaient au-delà du Tibre, sur le Vatican 2 , et entouraient un vaste cirque réservé aux plaisirs impériaux. Il se trouve donc que le tombeau de saint Pierre occupe remplacement même où moururent les premiers martyrs de Rome. Pourquoi l'aurait-on joint à eux, s’il n’était pas mort avec eux; pourquoi ne lui aurait-on pas fait l’honneur d’une sépulture spéciale, à lui, le prince des Apôtres? N’était-il pas naturel de l’enterrer au lieu même où il avait souffert 3 , comme il advint pour saint Paul, et comment, en temps ordinaire, aurait-il pu être mis à mort dans les jardins impériaux? N’est-il pas vraisemblable que, s’il repose au Vatican, c’est qu’il y mourut avec ses frères dans la grande crise du mois d’août. Le fait de son supplice s’explique facilement par là même, ainsi que l’emplacement de son tombeau.
A cette raison de vraisemblance, le calendrier romain ajoute le pouls de son témoignage. Le Codex Epternacensis , confirmé
1 Sed non ope huninnn non largitionibus principis aut dm placanientis decedebat infamia quin iussum incendium credcretur ergo abolendo rumori Nero subdidit reos et quesitissimis pénis affecitquos per (lagitia invisos vulgus Christianos appellabat auctor nominis eius Christus tyberio imperitante per procuratorem Pontium Pilatuui supplieio alîectus erat repressaque in praesens exitiabili superstitio rursum erumpebat non modo per iudcatn originem eius mali sed per urbem etiam quo cuncta undique atrocia aud pudenda continuât celebranturquc igitur primum correpti qui fatebantur deinde indicio corum multitudo ingens baud proinde in crimine incendii quain odiohumani generis coniuncti sunt et pereuntibus addita ludibria ut ferarum tergis contecti laniatu canum interirent aut crucibus affixi aut tlammandi atque ubi defecisset dies in usu nocturni luminis urerentur hortos suos ei spectaculo Nero obtulerat et circense ludicrum edebat habitu aurigae permixtus plebi vel circulo insistens unde quanquain ad versus sontes et novissima exempta meritos miscratio oriebalur tanquain non utiiitate publica sed in sevitiam unius absuuierentur [Tacite, Annales , XV, 44 {Codex Medicem ) ; d'après Arnold: Die Seronische Christ enverfoUjuny , 5-6]. (Leipzig, 1888;. Cf., dans cette même étude, une très intéressante critique, et très fouillée, de Tacite.
3 Tacite, Annales ^ XIV, 14.
3 Près de Saint-Pierre in Montorio, sur le Janicule, on montre une petite chapelle ronde où l’on raconte que fut plantée la croix de Saint-Pierre (Cf.tiosio, 74). C’est une légende de formation toute récente; d'après Marucchi [Conférences d' archéologie chrétienne, cours autographié, II, il), elle n’est pas antérieure au xv siècle. Cf. pourtant Lugari : le Lieu de crucifiement de saint Pierre (Tours, Marne, 1898).
par le Bernensis et le Wissenburgensis 1 porte au troisième jour des kalendes de juillet (29 juin).
Rome nt apostolor pétri et pauli et aliorum DCCCCLXXVIIII martyrum
Qu 'est-ce que ces neuf cent soixante-dix-neuf martyrs qui sont fêtés en même temps que saint Pierre et saint Paul? Comment se fait-il qu'aux deux martyrs romains on ait joint d'autres martyrs ignorés? Pourquoi n'avoir pas célébré, dans une fête à eux réservée, les deux docteurs de l'Eglise universelle, les deux fondateurs de l'Eglise romaine ? Pourquoi avoir fait à neuf cent soixante-dix-neuf martyrs l'honneur insigne de leur donner le même natale qu'à Pierre et Paul? N'est-ce pas qu'ils ont souffert en même temps que ceux-ci? Ne semblet-il pas qu'ils doivent être identifiés avec les martyrs du Vatican dont nous entretient Tacite ? Le Codex Bernemis rattache très explicitement leur souvenir à la même Voie Aurélia (qui partait du Vatican) où il rattache précisément les fêtes de Pierre et de Paul.