‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 69 sur 161 · IV · texte numérisé non relu

IV

« Processus et Martinianus condamnés par Caesarius sont « décapités , voie Aurélia ; Lucine les enterre où ils ont été « frappés le 6 des noues de juillet . »

Le lieu de la sépulture est attesté par les Itinéraires '% la basilique et le cimetière qui l’entoure; on en a retrouvé les restes 5 en 1880. Tout près s’élève un sanctuaire dédié à Lucine : nul doute qu’ici, comme pour Hippolyte dans les gestes de Laurent, le voisinage des sanctuaires n’ait été cause de l’association des martyrs.

« Au temps de Commode , le sénateur Julius est converti « par les prédications d'Euscbe et de ses compagnons , P on- « tien, Vincent , et Peregrinus : appelé par le vicaire Vitel- « lins, il refuse de sacrifier à Hercule et à Jupiter , est « supplicié et enseveli au cimetière de Calépode le 14 des

1 Dès le vi* siècle, L. P., 1, 518-52. — Tillemont, IV, 5. Nibby : Dintorn Ht, 41. — Tomasetti : Archfvio Rom. III. 306.

** 2 juin, 169, «le préfet ordonna qu'ils fussent menés au Bois Noir qui s'appelle aujourd’hui en leur honneur le Bois blanc. »

3 Cf. Marucchi : Les Catacombes romaines , p. 47.

4 La date de l’anniversaire VI. non iul. se retrouve à peu près (B et W donnent Marcianus pour Martimanus) au F H : mais on y trouve aussi ail pr. K. iun. s. roinae processi martiniani gallieni germani victuris silvani thalisfori... (p. 69). On ne peut dire quelle est la valeur du groupement proposé, ni la vraie date du martyre: il est probable qu'il s’agit des mêmes saints, en l’un et l'autre cas.

A la station des deux Félix, L. P., I, cxxv. — Lanciani : Lincei, I, 446. — De Rossi. R. S., I, 182. Rull., 1881, 104; 189,4 135. L'église est attestée des Théodose, par le Praedestinatus , 86 (P. L., 53, 616). L’indication du Bernetisis : VI Son. iul. rome in cimitero damasi % via aurelia , milia l'in II. Processi marciani s'explique par une faute de copiste : il suffit de lire à la même date VI non. iul. rom. damasi et mil. Il, processi marci (dans le Wiss) pour s'en convaincre. Un copiste aura sauté et, et aura vu dans le terme damasi une indication topographique analogue à Callisti.

234 àNàlÿse critique Des Traditions romaines

« kalendes de septembre . Eusèbe arrêté par Vitellius conti - « /i?/c parler , quoiqu'on lui ait arraché la langue , con-

« vertit, durant son supplice l'un de ses bourreaux Antonius « yt/t c.s7 décapité voie Aurélia, à côté de V aqueduc de Tra- « yan /e 11 Avz/. sepL // convertit encore un prêtre du Capitole , « Lupulus, et un geôlier qu'il baptise du nom de Simplicius « et qui découvre le corps d’Antonius; le prêtre Rufin f ense- « velit au cimetière de Calépode, dans une crypte, le huitième « jour après sa mort . Eusèbe, Vincent, Pérégrin etPontien sont « ensevelis par le bienheureux Rufin au sixième mille, dans « un arénaire entre la voie Aurélia et la voie Triomphale, le « 8 des kalendes de septembre ». (Aringhi, I, 209.)

Tous ces saints, ainsi groupés, à cette date, dans cette région sont inconnus au chrorographe, à Damase, au férial, au Liber Pontificalis, aux Itinéraires . L’aqueduc de Trajan est très connu : ce fut le dixième de ceux que posséda Rome : (il fut construit pour remplacer X Acqua alsietina *) ; le cimetière de Calépode ne l'est pas moins grâce aux Itinéraires 2 et aux fouilles 3 . L’arénaire où furent ensevelis Eusèbe et ses compagnons ne saurait être déterminé avec certitude : peut-être estce celui que découvrit en 1674 Domenico Ricciardi sur le Monte Mario 4 ; peut-être est-ce celui que signala le P. Marchi, le long de la ligne qui, du Vatican, va aux premières collines de la voie Aurélia 5 .

L'épisode de Julius, inexact dans ses détails, est admissible quant au fond. Commode fit exécuter des sénateurs chrétiens, mais en respectant les privilèges attachés à leur rang : Julius n'était donc pas sénateur. Il est attesté par le férial, au cimetière de Calepode, mais au pridie idus apriles 6 .

1 Frontin XI. — Procope I, 15. — Nibby, Antic., I, 364.

» Bull., 1881, 104, 106.

* Codex Barberinianus , 100 (olim. 3, 883} : Trattato del ciraitero nella via Aurélia, composto da Gio. Domenico Ricciardi Musico di S. Pietro neU’anno, 1677. — Carlo Padre Dio : Misure delle selle e note Chieze , Roma, 1677, p. 49. — Kraus., B. E. II, 127, — La distance réelle ne correspond pas à celle que donnent les gestes. Lorsqu’on transporta les corps h Saint-Laurent in Lucina, en 1112, on les exhuma. Via Claudia, à Vaqua Tmversa (Nardeni: DelVanticha chiesa di S. Stephano ad Aqua Traversa. Rome, 1859. — Bull., 1894, p. 135).

& Bull., 1881, 104.

6 Lampride cite un Julius tué par Commode (Baronius, 192, 6). — Le Ber nensis donne un Julius, Voire Nomentane au 9 des Kal. sept.

SÀtNÎ BASiLiDÈ

Gestes de St Basilide.

r» estes de St Pancrace.

« Basilide qui servait sous Platon in civitate Orient ali, « demande à celui-ci d'aller revoir ses parents. Platon le « prévient q\C Aurelianus qui commande la province Aurélia « où ils demeurent , persécute les chrétiens: Basilide persé- « vère dans son projet , désireux de « servir » le Seigneur. « Arrêté par Aurélien , il lui reproche Vimmoralité des « dieux qu’il adore: il est mis à mort la veille des ides de « juin. »

Cette maigre légende, écrite d’un style curieusement affecté, où même les vers ne sont pas rares 1 , semble illustrer l’histoire d’un martyr romain, bien qu’elle ne mentionne môme pas Rome. A la même date (prid. id. iun), le calendrier signale saint Basile associé à Dister, Polimacus, Zabilius, Aurelius, Donatella, Secunda, à Rome, sur la Voie Aurélia, au cinquième mille ? . Dans ce Basile, il faut évidemment voir notre Basilide : la localisation aurélienne explique sans doute l’introduction d' Aurelianus dans la légende ; la déformation de Basile en Basilide s’explique par l’influence du Basilide associé à Arasius, Rogatus, Januarius, vénéré sur cette môme voie Aurélia (au treizième mille), presque au môme jour, le 10 juin (IIII id. iunii 3 ).

« Au temps de Va/érien et de Gallien, un jeune enfant « Pancrace , fils de Cledonius le Phrygien , confié après la « mort de celui-ci à son oncle Dionysius , instruit par le pape << Corneille, refuse de sacrifier aux idoles et est exécuté Voie

i Omnipotens aeterne deus qui cuncta c reasti,

Qui miseros refoues, qui conféra digna petenti,

Qui lapsos relevas famulos in morte iacentes Et cunctis referas caelestia régna benignus,

Pande mihi callem clemensque ducat ad urbem Aureliam ; caros cernam exinde jwtrentes.

Cf. plus loin: alii tui similes vario errore detenti — volucrem turpemque bovem tortumque draconem — adorabant... et clara lumina infundere terris.

- Rossi-Duchesne, 77 (Pridie id. iun.). Le tribuli magdaletis du Ifernensis et du Wiss , n'est qu’une évidente déformation du texte de Y Eplernacensis ; tripoli magdaletis rom basilis... La ville de Tripoli est mentionnée ailleurs, an VIII Kal. ian. in tripoli nat luciani.

3 Rossi-Duchesne, 77, IIH, id. iun. — La distinction des deux groupes des 10 et 12 juin, vénérés sur la même Voie Aurélia est attestée par la différence du groupement, la différence onomastique des deux martyrs premiers (basilis-basilidis) la différence des indications topographiques (14 milles au 10 juin, 5 au 12 juin). — Cf. infra.

« Aurélia , le 4 des ides de mai : Octavil/a ensevelit son a corps. »

La date de l’anniversaire est confirmée par le férial, le lieu de sépulture par le férial et les Itinéraires l’époque du martyre par la concordance, Corneille- Valérien-Gallien et par l'explication que l’on a donnée de l’erreur qui s’est glissée dans quelques manuscrits : Dioclétien a parfois remplacé Valérien-Gallien parce que la Soteris vénérée le même jour et au même lieu que Pancrace a été confondue avec la Soteris appienne martyrisée en 304 2 .

Je soupçonne que la vraie légende de Pancrace est perdue, comme celle de saint Félix de Porto — et que nos gestes ne nous en donnent qu'un pâle succédané. Le Liber Pontificalis 3 et Grégoire de Tours attestent très explicitement, que saint Pancrace était surtout connu comme le vengeur des serments violés : leur témoignage suppose une tradition avec laquelle notre .texte n’a évidemment rien k faire. Les travaux de Symmaque (498-514) k la basilique du saint, la faveur dont jouissait auprès des fidèles, k cette époque, la catacombe qu’il protégeait, le changement de nom de la Porte Aurélienne devenue Porte Saint-Pancrace, les cérémonies qu’on y célèbre au temps de Pelage (556-561) et de saint Grégoire (590-604) 4 , les restaurations d’Honorius (625-538) tous ces faits attestent un état du culte qui suppose une légende aut renient riche que celle dont nos gestes nous ont transmis la substance. — Il ne faut pas oublier enfin que le calendrier semble associer k Pancrace des saints Cyriaque et Maxime, et que la tradition actuelle semble

1 Rossi-Duchesne, p. 59. — D. S., I, 182.

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