‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 73 sur 161 · Pigmenius, ancien maître de Julien T Apostat, est épar · texte numérisé non relu

Pigmenius, ancien maître de Julien T Apostat, est épar

Ste^bbiane w fl 71 ** P ar pendant la persécution et se rend en Perse

1 1 e ‘ « en abandonnant le titulus Pastons. Revenu à Rome sur « V ordre de Dieu, il rencontre Julien, Tinsulte sur la Voie « Sacrée où il le recontre : jeté dans le Tibre, il est recueilli « par la matrone Candida et enseveli dans le cimetière de « Pontien, le 12 des /calendes de mars ».

Le même Pigmenius, prêtre du titulus Pastoris et maître de Julien, se retrouve dans les gestes de Donat d'Arezzo 3 , avec l'orthographe Pimenius. Si, comme il est très vraisemblable en raison de l'identité d’attache topographique, ce personnage est celui que nous rencontrons associé àMilix, sur une fresque du même cimetière et dont les graffites écrivent le nom Pymenius,

1 La fresque encore subsistante, reproduite par Bosio (p. 59!) et Garucci (II, 86, 2-3) est vaguement datée par Lefort du vii-ix* siècles ( Etudes , 95-97) ; M« r Wilpert qui la trouve moins bonne que celles de Marcellinus-Pollio-Petrus et de Milix-Pumenius en place néanmoins la composition au vi* siècle. Il est probable que c’est sous l'influence de nos gestes que la fresque a été peinte. (Les saints Milex et Bicentius qui y sont représentés à côté d’Abdon et Sennen, avaient leurs tombeaux tout proche.) — Le calendrier mentionne le 29 juillet (IIII Kl. aug.ï. Abseodus, Abdus, Rufus, Pontianus, Nicetas : Abdus et Pontien viennent peut-être d’une mauvaise lecture de notre martyr Abdon et de notre cimetière Pontien ; les autres martyrs doivent peut-être être rattachés à Abdon.

2 Surius, IV, 610.

3 Mombritius, I, 234 ; — 7 août, 188. — Cf. supi'a , p. 89.

SAINT PIGMENIUS

nous obtenons ainsi une troisième forme. En voici une quatrième et une cinquième enfin dans le Salisburgensis qui donne Pimeniits et dans YEpitome qui porte Pymeon. Qu’il ne faille voir dans tous ces noms que des variantes orthographiques et que Ton puisse conclure à l’identité des personnages mis en cause, c’est ce que rend très vraisemblable, d’abord leur identique localisation au cimetière de Pontien, ensuite leur commun groupement avec la Candida de ce cimetière.

Ce groupement est assez suspect: la sainte apparaît pour ensevelir le corps, elle ne joue aucun rôle dans l’histoire : il semble qu’elle y ait été introduite pour une raison topographique : comme les deux tombeaux étaient voisins, on aura eu la pensée d’associer les personnages qui en étaient titulaires. Le groupement de Pigmenius avec Jean est recevable, au contraire, parce qu’il n’y a aucun rapport topographique ni liturgique entre les deux saints: ce Jean, vénéré sur la Voie Salara, est l’ensevelisseur bien connu des légendes dioclétiennes.

Et ce fait nous donne, sans doute, la date exacte de Pigmenius : c’est au début du iv c siècle qu’il a sans doute vécu et souffert. Sa légende présente un parallélisme curieux avec l’histoire de Cyriaque, très solidement attaché, on l’a vu, à l’époque de Dioclétien : ce qui confirme la date que nous proposons. Comme Cyriaque, Pigmenius va faire un long voyage en Perse ; de même que Cyriaque a son point d’attache dans une maison « iuxta termas dioclecianas » — c’est l’église que nous avons mentionnée plus haut 1 , — de même Pigmenius est mis en rapport avec une autre maison, « iuxta domum scrum Johannis et Pauli » ; Pigmenius a l’affection de Julien comme Cyriaque celle de Dioclétien ; comme Pigmenius enfin, Cyriaque est vénéré dans la vallée du Tibre presque vis-à-vis du cimetière de Pontien, voie d’Ostie, au septième mille 2 . Le même rédacteur aura peut-ctre imaginé les deux histoires : c’est parce que les deux personnages et les deux cultes avaient opéré des courses analogues dans les quartiers de Rome, qu’il aura eu l’idée de leur faire faire, dans leurs légendes, des voyages « parallèles » à travers l’Orient.

1 Cf. supra p. 132 sq.

2 8 août. « Ostense, VII ballistaria, Cyriaci, Largi, Crescentiani, Memmiae, Jullanae et Smaragdi. > (B. S., 1, 160, 182-183 (Bu/., 1869, 68).

Et c’est cette « orientalisation » de Pigmenius qui l’aura fait rattacher à l’époque de Julien. Le retentissement de la mort de Julien fut immense : d’abord parce que, depuis Valérien qui, lui-mùme, avait été le premier empereur à subir un pareil désastre, aucun autre n’avait trouvé la mort en portant la guerre dans les pays de l’Orient et de la Perse ; ensuite et surtout parce que tous les chrétiens y virent le doigt de Dieu : le châtiment de Julien reniant le Christ apparaissait comme la contre-épreuve de la récompense de Constantin adorant le Christ. Il est vraisemblable que, pour cette raison aussi, l’Orient et la Perse prirent un grand relief dans l’imagination populaire ; que l’histoire de Julien se fondit en quelque sorte avec les légendes qui couraient sur les pays lointains où elle s’était déroulée ; que les traditions orientales, si j’ose ainsi dire, se « julianisèrent ». Voilà sans doute, indépendamment de ses attaches au cimetière de Pontien où flottait une une atmosphère orientale, la principale cause de l’orientalisation de Pigmenius.

La « julianisation » du personnage, enfin, explique le curieux épisode qui s’introduit dans sa légende et qui dérive d’un fait attesté — pour un autre personnage, il est vrai — par Socrate et Sozomène.

« (Pigmenius aveugle) se mit à gravir la montée de la Voie Sacrée, demandant l’aumône, (conduit par) un enfant. Et voici que l'empereur Julien, s’avançant sur un char doré l’aperçut de loin : il le reconnut, et le fit appeler. Lorsqu’il eut été conduit en présence de l’empereur, celui-ci lui dit :

«Gloire aux dieux et aux déesses que j’adore puisque je te vois. »

Le prêtre Pigmenius répondit à haute voix: « Gloiie à mon Seigneur Jésus-Christ de Nazareth, le Crucifié, parce que je ne te vois pas.» C’est pourquoi Julien irrité ordonna de le précipiter du pont 1 .

« Maris, évêque de Chalcédoine en Bithynie ayant été conduit devant l’Empereur, parce que son grand âge lui avait tellement affaibli la vue qu’il ne pouvait plus le conduire, lui reprocha son impiété et son apostasie. Ce prince, irrité de sa liberté, lui répondit qu’il était un aveugle que son Dieu Galiléen ne guérirait pas. Alors l’évêque, redoublant de hardiesse, lui dit : « Je remercie Dieu de m’avoir privé de l’usage des yeux, afin que je ne puisse voir le visage d’un homme tombé dans une si horrible impiété. Julien ne répartit rien à ce discours V>

1 Gesta Dibbianae.

* Socrate, 111, 12 (P. G., 67, 412). — Cf. Sozomène, V, 4 (P. G., 67, 1225).

SAINtS S1MPLICIUS, BÉÀTÎUCË Et ANTHIMÈ

Gestes des saints Simplicius et

Béatrice (et d'Anthime).

La légende s’est certainement inspirée de riiistoire ; mais on ne voit pas précisément comment cette influence a pu s’exercer : Cassiodore raconte l’épisode de Maris *, mais n’est-ce pas plutôt par la tradition orale que les Romains l’ont connu ?

« Simplicius et Faitstinus martyrisés sous Dioclétien et « Maximien sont retrouvés Voie de Porto à F endroit appelé « Sextus Philippi. La bienheureuse Béatrice, leur sœur, les y « ensevelit , aidée des prêtres Crispas et Jean, le A des ka - « tendes d'août : après quoi, elle demeure sept mois auprès « de la vénérable Lucine et toutes deux se nourrissaient des « noix que leur portaient deux corneilles. Un voisin de « Béatrice , qui desirait avoir sa terre, la dénonça ; elle refusa « de sacrifier, mourut et fut ensevelie par la vénérable « Lucine à côU 1 de ses frères in Sexto Philippi, le 4 des « kalendes d'août. Mais Lu crétins, dans un repas, fut saisi « par Satan et mourut, et Béatrice, apparaissant en songe « à Lucine, lui annonça que la paix serait rendue ce mois « même aux églises du Christ. »

Tout confirme l’exactitude de la tradition : le nom seul de Viatrix 3 a été parfois altéré. La date de l’anniversaire se retrouve dans le férial ; le lieu de la sépulture, confirmé par le férial et les Itinéraires a été retrouvé, sur la rive droite du Tibre 4 ,

* llist.Trip. VI, 6 (P. L., 69, 1034). — Ce sont les rapports de Rome et de Byzance qui expliquent, sans doute, que cette influence ait pu s’exercer. — Le Codex Bemensis qualifie Pigmenius d 'episcopus et mentionne sa fête le 1."» des kalendes d’avril. La qualification d’episcopus vient soit du Piminius episcopus vénéré à Autun, kal. novemb. ; soit d’un monastère ou d’une église qui l’aurait choisi pour patron et qui tenait à ce que sa réputation fut bien assise. (Un manuscrit brescian, conservé au couvent des Barnabites alla Querce , près Florence, désigne également Pigmenius comme évêque, Bul., 1891.155).

3 Un fragment d'inscription damasienne retrouvé porte Viatrix (Ihm., 6, p. 10): on sait que le nom de Viator était très fréquent chez les premiers chrétiens (de Rossi, R S., 111,652, sq. Bull., 1883, 1 4 4.)

4 Cosmogr. Ethique cité par Bull.. 1869, 11. — R. S., III, 549-665, — Depuis le milieu du IIP s., le culte des Arvales mourait : Annal, lnslituto. di Covris pond, archeol. , 1858, p. 54-79.

Le calendrier rattache à Porto, aux idées de juillet (Rossi-Duchesne, 91) une sainte Bonosa, sœur d’Eutrope et de Zosima. Une église dédiée à sainte Bonosa, au Trastevere, existait dès le v siècle (Armellini : Chiese , 684 — Bull. 1870. 38). C’est à elle, sans doute, que se rapporte la légende suivante ;

entre le sixième et le dixième mille, près d’un champ qui appartenait à l’administration des jeux du cirque et qui touchait au bois sacré des Arvales.

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