SAINTS ABDON ET SENNEN
produit une vive impression, que des jeux persiques avaient été fondés en 233 1 et rétablis en 350 2 . Et ces souvenirs avaient été rafraîchis par l’entrée solennelle de Constance et d’Eusébie, accompagnés du second Hormisdas en 357 3 , et raffermis en quelque sorte par l’éclat des guerres de Galère et du désastre de Julien. Les Romains devaient être portés à se souvenir des princes orientaux et à décorer de la qualité royale des Orientaux qui n’y avaient aucun droit. — Je soupçonne qu’il en est ainsi d’Abdon et de Sennen : l’histoire les ignore ; s’il sont venus avec les princes dont on a lu les noms ou avec Philippe, comment expliquer qu’aucun Abgar ne se soit introduit dans leur légende? Depuis la diffusion des légendes édesséniennes, le nom était pourtant facile à retenir.
Ce qui confirme notre soupçon, c'est l’emplacement delà sépulture de nos martyrs : le cimetière de Pontien, où ils reposent, est au cœur des quartiers orientaux, commerciaux, tout près du port, où s’élèvent des entrepôts : Abdon et Sennen ne seraientils pas tout simplement membres d’un collège d’ouvriers? L’hypothèse expliquerait à merveille l’introduction dans la légende de ce Galba « praesidens in nrbe », dont la mort décide du retour de Dèce. Qu’un Galba ait effectivement été mêlé à l’histoire de nos martyrs, c’est ce que nous invite à croire la singularité même du renseignementdonné: on ne voit pas qu’aucun Galba ait joué un grand rôle au temps deDèce, ni de Valérien, ni dans les guerres perses. On sait, au contraire, que, dans le quartier des entrepôts, sur l’Aventin, s’élevaient les horrea Galbae'*: le chronographe porte: « Galba domum sua?n déposait et horrea Galbae instituit » 5 ; la Notitia Imperii nous parle d’un cnrator horreorum Galbanoram ; Porphyrion commentant le huitième vers de la douzième ode du IV® livre d'Horace :
« sulpiciis horreis , écrit : « hodieque Galbae horrea vino
et oleo et siniilibus aliis reperta simt ( \ » Ne semble-t-il pas qu’il y ait eu un rapport réel entre ces greniers de Galba et nos martyrs? La légende l’aurait transfiguré. Abdon et Sennen ont été représentés, sans doute, sur un sarcophage ou sur une
1 Vita Alex. Sev., 56.
2 Schiller. Il, 243.
3 Idace: Desc. Cons . — Chron. Alex s 293.
4 Bull, deirislituto Areheol ., 1880, 99. — 1885, 52, 138, 143. — 1886, 42.
5 Chronica Minora (M. G., 146).
« Cf. C. I. L., VI, 338, 710. Orelli, 45. — Suétone : Galba 3.
fresque en costume national; les siècles passent, les étrangetés du costume en deviennent la parure: débardeurs ou simples employés du port, ils se transforment en rois de l'Asie 1 .
2. « Le bienheureux Cyrinus qui vivait dans Me du Tibre ’S^Mari^et “ 0U In casirum Transtiberim est enseveli par Maris, Marthe S Marthe. <( bienheureux Pastor dans une crypte du cimetière de
« P on tien. »
Les documents sont muets. Ce Cyrinus doit être sans doute identifié avec le sous-diacre Cyrinus, qui, d'après les gestes de Laurent, demeure près de l'amphithéâtre et ensevelit Abdon et Sennen * ; le voisinage du Tibre aura suggéré la localisation de l'ile du Tibre.