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LES GESTES ET LES VOCABLES DES « TITULI

Ternes Gestes romains Notitia Dignitatum, etc.

Sanctimonialis Nérée

Boniface.

Orthodoxi Nérée

IndividuaTrinilas

Saint Augustin. De Vcrb. Dom. Sermo, 22, § 1 ; De S. Virginitatc , 55.

Greg. M. DiaL 111, 28 (P.L. 77, 285).

Boniface V(619-625) (P. L., 80, 437).

Ainsi, comme dans les vies des papes antérieurs au régime byzantin, où Ton n'avait aucune raison d'introduire des traits byzantins, on retrouve dans les gestes des martyrs des dénominations empruntées à la langue administrative de l'empire sous Honorius et ses successeurs immédiats : nous sommes reportés par là même à l'époque de la Notitia Dignitatum .

Les Gestes romains sont antérieurs à 595.

Nous savons de source certaine qu’à la fin du vi° siècle un certain nombre de gestes étaient rédigés : ceux que contenait le Liber Martgrum que nous avons retrouvé et ceux qui sont connus de Grégoire de Tours, mort en 594. Dans le In gloria Marigrum { , Grégoire dépend des gestes romains quant au récit qu'il donne des passions de Clément et de Chrysanthe : il est donc certain qu'avant la fin du vi* siècle, ces légendes étaient rédigées, comme celles que contient le codex Vindoho ne nsi s. Mais, comme il n'y a aucune raison de croire qu'elles l'ont été avant les autres, comme la parenté de nos textes nous invite même à penser le contraire, on est porté à croire que les gestes romains, dans leur ensemble, existaient avant 594.

Une autre raison, confirme notre thèse : les changements constatés dans la dénomination des tituli au cours du vi* siècle s'expliquent par l'influence de nos gestes. Lorsque l'on compare la liste de 499 à celle de 595 on constate que, dans cet intervalle de près d'un siècle, plus de la moitié des tituli

1 « Clemens martyr, ut in passione eius legitur, anchora collo... * « Crisantus martyr, ut historia passionis déclarât, post acceptam martyrii coronam cum Daria virgine... » 4 Est etiam haud procul ab huius urbis muro et Panchratius martyr... » t Multi quidem sunt martyres apud urbem llomam, quorum historiaepassionum nobis integrae non sunt delatae. > (Greg. Tur., In Gloria Mari., 35,37, 38, 39. — M. G., p. 510-513).

ont changé de nom. Qu’on en juge par la liste suivante: les vocables de 499 et de 595 sont reliés par un tiret 1 .

Crescentiae-Sixti (?); — Tigridae-Balbinae (?) ; — Laurentii Damasi ; — Pammachi-Johannis et Pauli; — Fasciolae-Nerei; — Vestinae-Vitalis ; — Olympiana-Bibbianae ; — AEmilianae-IIII Coronatorum (?) ; — Iulii-Iuliii Callisti ; — Lucinae-Laurentii ; — Gai-Susannae; — Equitii-Silvestri ; — Pudentiana-Potentianae. — En 595 enfin, on s'aperçoit que la basilique de Saint Pierre et Marcellin a hérité de saint Mathieu in Merulana le nom de titulus .

On constate, d’autre part, que l’origine première de chacune de ces églises qui ont ainsi changé de vocable en un siècle est, plus ou moins directement, illustrée par une de nos légendes. Les églises de Yitalis, de Sixte, de Balbine, de Calliste, de Laurent, de Silvestre, de Nérée,de Suzanne, de Jean et Paul, des Quatre Couronnés, de Vibbiane et de Potentienne, ont donc abandonné les noms de Vestina, de Crescentia, de Tigrida, de Jules, de Lucine, d’Equitius, de Fasciola, de Gains et de Pammachius, les qualificatifs d'Emilienne, Olympienne et Pudentiennc : il saute aux yeux que les saints de 595 sont plus connus que ceux de 499 et plus qualifiés par conséquent pour protéger un sanctuaire : or ceux-là, et ceux-là seuls, sont célébrés par les gestes romains, tandis que ceux-ci leur sont inconnus 2 . Il est donc très vraisemblable que ce sont les gestes qui ont décidé le triomphe des uns et la disparition des autres ; il est donc probable que le mouvement légendaire d’où ils sont issus s'est développé avant 595 et a exercé sa plus forte influence après 499.

Cette conclusion a pour elle toutes les vraisemblances et ne heurte aucune objection : elle a, de plus, l’avantage de résoudre une énigme dès longtemps cherchée et un problème qu’on n’avait pas encore abordé.

Le vocable titulus Pastoris n’est que l’indice d’une tentative qui a été faite pour changer le nom de l’église pudentienne,

1 11 impolie peu que ce soit la même église qui ait porté les deux noms: pour trois d’entre elles, le fait n’est pas assuré. — 11 suffit que les vocables de 595 soient illustrés par nos gestes et ceux de 499 ignorés par eux : il est naturel d’admettre que les gestes ont contribué à la diffusion du culte des saints qui triomphent en 595. — Cf. la remarque d’Erbes sur la diffusion du culte de Cécile, aussitôt après l'apparition des Gesia Caeciliae.

2 Sauf trois, Lucine, Fasciola, Gaius, qui ont moins de renommée, à coup sûr, que Laurent, Nérée, Suzanne.

LE « TITULüS PASTORIS »

qu’on ne croyait pas transformer déjà en l'appelant l'église de sainte Potentienne 1 : c’est une tentative de tout point analogue à celle qui réussit pour les quatorze basiliques que je viens de mentionner. Le ou les rédacteurs des gestes deConcordius 2 , de de Stéphane 3 , de Laurent 4 et de Vibbiane lancèrent dans la circulation des textes où le tilulus était désigné sous sa nouvelle appellation. Bien plus, ils n’hésitèrent pas à en fabriquer deux autres plus audacieux encore: dans l’un 5 , ils mettaient en scène le saint lui-même qu’ils voulaient introniser dans la vieille demeure des Pudentes; dans l’autre 6 , ils rédigeaient les lettres qu’ils mettaient sous son nom. La tentative échoua; sans doute, parce qu’elle était l’œuvre d’un moine ou d’un petit groupe de moines qui croyaient avoir découvert saint Pastor et pensaient faire œuvre pie en lui restituant la gloire dont on l’avait injustement frustré. Les autres réussirent parce qu’elles furent moins concertées, moins individuelles, plus anonymes ; parce qu’on se borna à localiser dans une église une légende qui avait déjà cours et qu’on n'eut pas l’audace de prétendre imposer à des Romains une légende romaine fabriquée de toutes pièces.

L’histoire du titnlus Pastoris n’éclaire pas seule la transformation des vocables au vi e siècle : celle du titulas Aposto/o rum jette aussi sur ce fait une curieuse lumière. Nous avons relevé jusqu’ici quatorze tentatives heureuses et un essai infructueux pour changer les vocables des tituli ; voici un cas plus singulier : une tentative qui réussit d’abord pour avorter à la fin. Le titalus Apostolorum de 499 prend, dans la première moitié du vi e siècle, le nom de titalus a vincula sancti Pétri pour revenir en 595 à sa dénomination première. Il nous est attesté sous la première forme, par la signature de Philippe, prêtre, légat du pape au concile d’Ephèse 7 en 432; sous cette forme encore au concile de 499. Mais nous le trouvons appelé titalus a vincula... par le Liber Pontificalis* comme par le férial

1 Cf. supra , traditions locales urbaines, p. 127.

2 l* r janvier, p. 9.

3 2 août, p. 141, e. g.

4 Surius, IV, 611.

b Gesta Marii et Marthae , 19 janvier, 580, 24.

6 Gesta Potentianae et Praxedis.

7 Ilardouin, I. 1488.

* L. P., I, p. 261 (Symmaque).

Hiéronymien 1 , par une inscription du prêtre Severus en 5£3 2 et par la préface du poème composé par Arator en 544 3 . Dans les gestes d’Alexandre, nous trouvons un curieux passage qui attire l'attention du lecteur pieux sur les chaînes de saint Pierre et qui en raconte la légende. Elles ont été trouvées par Balbine, fille d’Hermès, guérie par l'imposition du carcan d’Alexandre ; elles ont été confiées alors à une illustre matrone, . du nom de Theodora 4 . — Après tous les faits que nous venons de réunir, comment n'être pas frappé de leur coïncidence avec le changement de nom du titulus Apostolorum : comment ne pas croire que nous sommes reportés à une époque où la dévotion des fidèles pour les chaînes de l'apôtre prenait un nouvel accroissement? Un très curieux passage d’une lettre des légats à Hormisdas confirme cette hypothèse : ils demandent pour Justinien un fragment des liens des apôtres 5 . Il est donc probable que les gestes du pape sont contemporains de ce nouvel essor d’une dévotion proprement romaine et qu'ils la reflètent; il est donc très vraisemblable qu’ici encore les gestes romains sont intimement associés à l'histoire des changements de vocable. N’est-ce pas à dire qu'ils leur sont antérieurs, antérieurs par conséquent à 595 ?

1 F. II., Kal. aug. : Bernensis: dedicatio ecclesiae a C. Petro constructae. G, 915. « romae statio ad scum petrum ad vincula.

2 (Citée dans L. P. I., 285 note 1). — De Itossi, Irise. Chr . II, 112, 134.

4 Qui sait même si ce n'est pas dans le titulus Apostolorum qu'il faut chercher l'énigmatique ecclesia Theodorae?

6 La fameuse basilique de l'Esquilin, dont on attribue la fondation à Eudoxie, fille de Théodore le jeune et femme de Valentinien, est trop connue pour que nous y insistions ici. Quant aux chaînes de saint Pierre, nous avons conservé un sermon de saint Jean Chrysostome à leur sujet. Cf. Mombritius, 11, 223. — Voici le passage de la lettre des légats à Hormisdas relatif aux liens de l’apôtre (en 519). « Filius vester magniïicus vir lustinianus, res convenienter fidei suae faciens, basilicam sanctorum apostolorum, in qua desiderat et beati Laure ntii martyris reliquias esse, constituit ; sperat per paruitatem nostram ut praedictorum sanctorum reliquias celeriter concertât»... Petit et de catenis sanctorum apostolorum, si possibile est, et de craticula beati Laurenti martyris (P. L., 63, 474-175). Cf. dans les Gesta Processi et Martinianî comment saint Pierre perdit ses liens devant le titulus F asciolae.

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