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Après chloroformisation, l'extension de la cuisse sur le bassin fut pratiquée avec précaution en produisant au pli de l’aine une vaste déchirure des téguments. Puis avec ménagement la jambe fut étendue sur la cuisse et ce redressement détermina la rupture des téguments dans le creux poplité et la mise à nu des tendons de la région. Cette dernière plaie fut pansée parce qu'on ne voulait pas la greffer immédiatement pour s'attaquer uniquement à celle du pli de l’aine. Cette dernière de forme elliptique mesurait 12 centimètres dans le sens parallèle à l’arcade de Fallope et 6 centimètres dans le sens perpendiculaire.
La plaie fut raclée légèrement de façon à faire disparaître les aspérités les plus saillantes. Les greffes furent empruntées à la face antérieure de la cuisse droite. On fut obligé d’en appliquer douze étant donnée la configuration assez irrégulière de la plaie. Mais vers le centre de celle-ci une petite portion d'environ ? centimètres de large, en forme d’entonnoir, fut laissée sans greffe. Après le pansement, le membre fut fixé sur une attelle de Bæœckel pour assurer l’immobilité.
20 juillet, pansement. Les greffes étaient parfaitement adhérentes: quelques petites portions très circonscrites, de couleur blanchâtre, étaient seules appelées à se détacher par sphacèle.
22 juillet, greffe sur le creux poplité. Les bourgeons charnus furent raclés et la plaie couverte avec neuf greffes empruntées, comme les précédentes, à la cuisse droite. La surface ainsi recouverte mesurait 9 centimètres dans le sens transversal et cinq centimètres dans le sens de l’axe du membre. On réappliqua l’attelle de Bœckel après le pansement.
27 juillet, pansement. Les greffes au creux poplité adhèrent toutes. On remarque un léger exsudat sur la plaie, mais pas de rétraction. Au pli de l’aine, la guérison se fait et on constate une rétraction de un demi centimètre dans le sens perpendiculaire à l’arcade de Fallope.
2 août, léger exsudat séro-purulent à la surface des greffes du creux poplité, tandis qu’à l’aine l’aspect général de la surface greffée semble se rapprocher davantage de la peau normale et ses limites deviennent plus diffuses. La rétraction ne s’est accentuée dans un endroit, ni dans l’autre.
7 août. — Les dimensions à l’aine sont de 4 centimètres sur 12. — Au creux poplité 5 centimètres sur 9.
14 août. — À l’aine, aspect presque normal de la peau, dimensions : 11 centimètres sur 4. Au creux poplité, on remarque un léger pointillé
O0 rouge à la surface de la plaie, dimensions : 8 centimètres sur 4 centimètres 5.
24 septembre. — La surface greffée du creux poplité, deux mois après l'opération. se distinguait à peine de la peau normale, et elle était mobile sur les tissus sous-jacents. Elle a subi une légère rétraction. Au lieu de mesurer 9 centimètres sur 5, elle n’avait plus que 8 centimètres sur 4. Par contre au pli de l’aine, la rétraction était plus marquée: les dimensions de la surface greffée n'étaient plus que de 8 centimètres sur Æ4au lieu de 12 sur 6 ; mais cette rétraction était due pour la plus grande partie à la cicatrisation de la petite surface sur laquelle on n'avait pas appliqué de greffes.
Au point de vue fonctionnel, le résultat était parfait. La cuisse pouvait être fléchie et étendue librement sur le bassin. La jambe était dans l’extension complète sur la cuisse. S'il existait une certaine raideur du genou, cela tenait uniquement à l’immobilité prolongée imposée au malade. D'ailleurs ce dernier devait encore garder le lit, les brûlures de la cuisse et de l’abdomen n'étant pas absolument cicatrisées.
La cuisse droite, à laquelle avaient été empruntés les lambeaux, présentait des marbrures cicatricielles séparées par des intervalles de peau normale ; mais la peau ainsi modifiée était absolument souple, sans trace de rétraction.
11 janvier 1890. — La guérison de la difformité cicatricielle persiste dans toute son étendue. Les mouvements de flexion de la cuisse sur l’abdomen se font complètement et sans difficultés. La surface greffée est souple, nullement adhérente par sa face profonde, mais elles présentent des inégalités dues à des lignes cicatricielles résultant probablement de la cicatrisation simple des points non recouverts de greffes ; ceci n’a d’inconvénient d’ailleurs que pour le résultat esthétique. Sensibilité parfaite. Les dimensions n’ont pas varié.
Au creux poplité le résultat est encore plus beau. Les greffes ont donné un tégument qui rappelle absolument la peau normale par toutes ses qualités, son aspect extérieur et sa souplesse. La sensibilité existe. mais un peu moindre. La surface greffée est absolument mobile sur les tissus sous-jacents. Les mouvements sont faciles et complets. Les dimensions sont les mêmes qu'au mois de septembre. En somme, guérison stable et complète.
L'endroit où les greffes furent prises perd la couleur rosée qu’il avait d’abord et reprend davantage l'aspect de la peau normale dont il ne se dis-