‹ Étude sur les hématomyéliesChapitre 28 sur 150 · DÉGAGEMENT DES GAZ DU SANG · texte numérisé non relu

DÉGAGEMENT DES GAZ DU SANG

l’hémorragie médullaire; l’auteur conseille la décompression lente. Puis vint une thèse de la Faculté de Montpellier, celle de Gal, dont l’auteur avait fait en 1868 une campagne dans l’Archipel sur un bateau destiné à la pêche des éponges. Il rapporte plusieurs cas de paraplégie. Divers médecins grecs, MM. Lampadarios, Cotsonopoulos, etc., publièrent à leur tour quelques observations, que devaient compléter en 1882 le travail de MM. Parissis et Tetzis sur l’île d'Hydra, et surtout le mémoire considérable de M. Catsaras, paru en 1888, 1889 et 1890, dans les Archives de Neurologie. Mais dans l'intervalle, en 1878, Paul Bert avait publié son livre sur La Pression barométrique, dans lequel tous les documents antérieurs avaient été rassemblés, dans un historique de haut intérêt, auquel nous avons emprunté ce qui précèdé. Paul Bert avait fait de plus un grand nombre d'expériences, dont les résultats sont aujourd’hui classiques.

Il est actuellement universellement admis que les accidents viscéraux consécutifs aux décompressions brusques, et en particulier les paraplégies, sont dus au dégagement de l’azote, qui, pendant la compression, s'était emmagasiné en excès dans le sang, suivant les exigences de la loi de Dalton.

« Ce gaz repasse à l’état libre dans les vaisseaux sanguins, les divers liquides de l'organisme, l'épaisseur même des tissus; il peut ainsi, suivant les cas, anéantir et amener au ramollissement certaines régions des centres nerveux et particulièrement le renflement lombaire de la moelle: etc. » (La pression barométrique p. 730).

Nous montrerons, dans le chapitre de l’anatomie

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pathologique, en étudiant la pathogénie des lésions de la décompression brusque, que le problème est complexe. S'agit-il simplement d’embolies gazeuses produisant secondairement un infarctus hémorragique semblable à ceux que nous signalions à propos des myélites, ou bien les gaz se développant brusquement jusque dans les plus fins vaisseaux de la moelle, ne peuvent-ils pas, par leur seule tension, créer des ruptures vasculaires ?

Diverses recherches, faites dans ces dernières années, ont abouti à des résultats contradictoires; nos expériences personnelles nous donnent à penser que les deux phénomènes coexistent, et qu’il sy joint encore d’autres conditions anatomiques.

Quoi qu'il en soit, la décompression brusque produit, soit d'emblée, soit secondairement, une variété d’hématomyélie; mais que faut-il entendre par décompression brusque, et de combien d’atmosphères peut être l’écart?

Chez l’homme, les accidents graves ne se sont que rarement produits avec une pression inférieure à 2 atm. 1/2, quand la décompression à été simplement rapide, c’està-dire en cinq ou dix minutes, et non instantanée. Le plus souvent, il s'agit d'ouvriers qui ont travaillé pendant plusieurs heures de suite dans l'air comprimé à 3 ou 4 atmosphères, et qui sont décomprimés en quelques minutes.

Il y à, en effet, plusieurs facteurs à signaler :

a) La durée de la compression. — Lorsqu'elle a duré longtemps, les accidents sont plus à craindre ; ce qui se comprend parce que l’organisme à pu dissoudre une plus grande quantité de gaz en excès.

b) La durée de la décompression. — On compte qu'il faut, pour être à l’abri de tout accident, faire durer la décompression de deux à quinze minutes par atmosphère. Plus la décompression est brusque, plus les phénomènes sont graves.

c) Le degré de la décompression. — Nous venons de dire que les compressions à 3 ou 4 atmosphères étaient dangereuses pour l’homme quand la décompression était rapide. Nous avons publié (Revue de Médecine 1899, p. 480) l’observation d’un ouvrier, qui travaillait à une pression inférieure à À atmosphères 1/2, et qui fut frappé de paraplégie grave, mais le caisson avait éclaté, et la décompression avait été instantanée.

Dans nos expériences personnelles, qui sont résumées dans la cinquième partie de ce travail, on verra très nettement l'importance réciproque de ces divers facteurs. Chez les animaux, dont la résistance à la décompression brusque croît en quelque sorte à mesure qu’ils s éloignent de l’homme, il y a deux moyens de produire des accidents: avant de décomprimer, comprimer beaucoup, ou comprimer longtemps.

Nous signalerons à propos de l’anatomie pathologique les principaux travaux contemporains sur la décompression brusque et ses effets ; on en trouvera du reste la liste à la fin de cette partie.

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