I. — Hématomyélies secondaires
Ce sont elles qui correspondent, dans la majeure partie des cas, aux hématomyélies capillaires, à la fois diffuses
et insignifiantes.
92 MYÉLITES
Ici, pas de grand foyer, pas de caillot, ni de désintéeration du tissu par le sang épanché ; l’hémorragie n’est qu’un phénomène accessoire.
Ou bien elle se produit à la suite d’une thrombose ou d’une embolie, dans un territoire dont l'artère est oblitérée, et c’est alors, le long de ce vaisseau même, rompu en amont de l'oblitération, la progression du sang qui envahit rapidement tout l’infarctus. Les éléments nerveux se désorganisent, les cellules, atrophiées, granuleuses, vacuolaires, disparaissent ; les cylindres-axes deviennent granuleux ou hyalins et se dissolvent, les globules sanguins sont épars au milieu du tissu détruit.
Ou bien c’est une myélite qui a été primitive, et l’'hémorragie a pu se produire au cours des premières phases du processus inflammatoire ; elle peut être en foyer, plus ou moins bien collecté ; seulement, si l’autopsie est faite peu après la production de l’hémorragie, on constate, tout autour de la partie envahie par le sang, un ramollissement un peu différent de celui que produit une hémorragie épanchée dans un tissu primitivement sain. Au lieu que la désintégration des éléments nerveux soit localisée au voisinage de l’épanchement, elle en est indépendante, elle existe en dehors de lui. Dans les régions périphériques de la substance blanche, par exemple, où il n’y a pas trace d’extravasations, la coupe présente un aspect criblé caractéristique, décrit autrefois par le professeur v. Leyden, et qui est dû à la disparition d’un certain nombre de cylindres-axes, par transformation régressive.
Les corps granuleux abondent, les vaisseaux présentent parfois diverses altérations. Ce sont de tels cas qui exa-
RAMOLLISSEMENTS 93
minés par M. le professeur Hayem, lui avaient donné à penser que l’hématomyélie primitive n’existait pas :
« En effet, ce qui doit fortement fixer l'attention, et ce qui confirme nettement les opinions que nous défendons, c'est que, dans l'immense majorité des cas, la substance grise est désorganisée dans une étendue hors de toute proportion avec le foyer sanguin, voire même dans toute l'étendue de la moelle, alors que l'hémorragie a un centimètre de longueur, lésion qui rappelle exactement la myélite centrale, décrite pour la première fois par Albers.
« Dans d’autres cas, outre le ramollissement autour du foyer, on constate d’autres ramollissements à une certaine distance du premier, quelquefois multiples, fort étendus, ou au contraire limités à un segment de moelle comme dans la myélite partielle (1). »
Dans la syringomyélie et les tumeurs, l’aspect des phénomènes hémorragiques est tellement variable qu'il est impossible d’en donner les caractères généraux. Les observations avec autopsie que l’on trouvera à la fin de ce travail fourniront des renseignements plus utiles que ceux que pourrait donner une description factice.
IT. — Hématomyélies traumatiques.
Comme nous l'avons dit à propos de l’étiologie, il y a deux types très différents d’hématomyélie traumatique,les cas d’hémorragie par compression directe étant mis à
part.
Ce sont les hématomyélies par élongation et flexion
exagérée — et les hématomyélies par commotion médullaire.
(4) Haven, Des hémorragies intra-rachidiennes, p. 155.
94 HÉMATOMYÉLIES PAR ÉLONGATION
Les premières sont dues à la rupture des vaisseaux de la substance centrale, sous l’influence d’une traction trop énergique exercée sur la région, les hématomyélies par commotion médullaire nous paraissent être avant tout des phénomènes congestifs.
A. — Hématomyéèlies par élongation.
Le type en est fourni par les cas de Thorburn, de Parkin, de Minor, de Stolper, etc.
Ce sont presque toujours des hématomyélies de la région cervicale, du troisième au septième segment. En ce point, la colonne ostéo-ligamenteuse est relativement souple, d'autre part la moelle est volumineuse, la substance grise comme la substance blanche.
Ce sont des hématomyélies centrales, nous avons assez insisté sur ce point pour qu'il soit inutile d’v revenir, et ce sont souvent des hématomyélies ubulatr'es.
Le foyer, plus ou moins anfractueux, est en général assez nettement limité. En raison de la haute valeur fonctionnelle de la région, quand elles sont assez importantes, la mort survient vite, en peu d’heures ou peu de jours. On a donc peu de ramollissement secondaire à l’hémorragie.
Ce sont donc des cas nettement tranchés, où les phénomènes hématomyéliques constituent à eux seuls tout le tableau morbide ?
Eh bien, non. Il serait exagéré de croire que les accidents consécutifs à de tels traumatismes sont toujours sous la dépendance exclusive de l’hématomyélie. Il y a la lésion du tissu nerveux lui-même, qui, suivant les cas, est moins importante que l’hémorragie due à la rupture