PREMIÈRE PÉRIODE
reste des reliquats hémorragiques très anciens, auxquels s'étaient surajoutés des épanchements sanguins récents.
Puis Breschet, en 1831, Monod, en 1836, apportaient également leur pierre à l'édifice qui s’élevait.
Saccheo, en 1836, signalait l’hématomyélie comme accident terminal d’une méningite tuberculeuse ; puis Nonat, Grisolle, dans la même année, Virchow en 1847, Critchett et Curling en 1848 augmentaient encore la bibliographie de l'hématomyélie spontanée (1).
En même temps Buck, à New-York, en 1841, Bellingham à Dublin, en 1843, rappelaient l'attention sur l’hématomyélie traumatique, montrant qu’elle peut exister sans lésion du squelette ou de l'appareil ligamentaire de la colonne vertébrale.
Gendrin, en 1850, dans une étude d’ensemble des hémorragies spontanées, insistait sur ke diagnostic différentiel entre les apoplexies méningitiques et intramédullaires, et sur leur évolution.
Ogle, en 1853, rapportait un cas moins net, à évolution moins franche, et qui fut plus tard parmi les plus discutés. Par contre, Trier ohservait en même temps à Copenhague un bel exemple d’hémorragie propagée d’un bout à l’autre de la moelle, creusant dans la région centrale un canal qui n’était nulle part moindre qu'une plume de corbeau. |
Le cas de Lebeau, en 1855, n'apportait pas de notions nouvelles ; mais iln’en était pas de même de ceux de Moynier, en 1858, survenu sur une femme à la suite des couches ; ni de celui de Duriau, en 1859, qui mettait en
(4) Voir observations #1, 43, etc.
JACCOUD 5
évidence l'influence possible de la stase sanguine et de la congestion passive de la moelle. Il s’agissait d’un plâtrier, qui pendant six mois avait travaillé à des moulures de plafonds, les bras levés et la tête renversée en arrière. La région lombo-sacrée avait été en grande partie détruite par un foyer hémorragique.
D’autres observations, très détaillées, étaient dues en 1861 à Ferrand, à Lagardelle, à M. Lancereaux ; l’année d’après à M. le professeur Jaccoud. Cette dernière n’a pas trouvé grâce plus tard devant certaines critiques dont le but était la négation même de l’hématomyélie, et pourtant on s accorde aujourd hui à reconnaitre qu’il en est peu dont l'interprétation laisse moins de place au doute. Elle avait trait à une femme de soixante-deux ans, atteinte de paraplégie complète et brusque, et morte subitement le sixième Jour. À côté de l’hématomyélie lombaire diagnostiquée pendant la vie, l’autopsie avait montré « dans l’encéphale et la moelle allongée les plus effroyables désor- dres que puisse produire une hémorragie, le ventricule latéral gauche était occupé par un caiïllot si considérable, que le tissu nerveux avait cédé sur la face inférieure ; la protubérance était littéralement disséquée et détruite, la coque blanche était seule intacte ; le caïllot qui en occupait l’intérieur se continuait du côté gauche avec celui du pédoncule ; enfin l’hémorragie occupait la totalité de la substance centrale du bulbe. L'aspect du sang et les rapports de continuité des caillots montraient que cette hémorragie épouvantable s'était produite en une seule fois, la malade avait été foudroyée » (1).
(1) Des paraplégies et de l'ataxie du mouvement. p. 27. Voir obser-
vation 38.
6 L'HÉMATOMYÉLIE ENTITÉ NOSOLOGIQUE
. Ainsi, l'hématomyélie pouvait être liée à une sorte de diathèse hémorragique des centres nerveux; les caracteres de ceslésions, les plus massives peut-être quiaient été signalées jusqu'à cette époque, aussi bien que la coexistence des deux localisations, rapprochaient nécessairement l’hémorragie de la moelle de l’'hémorragie cérébrale. Il s'agissait là de phénomènes autonomes, distincts du ramollissement.
Telle était la conclusion à laquelle on devait nécessairement arriver après une étude des cas d’hématomyélie spontanée, surtout si on les comparait à des observations anatomiquement semblables, et pour lesquelles les circonstances étiologiques éliminaient l'hypothèse de ramollissement, c’est-à-dire aux cas d’hématomyélie traumatique. De 1851 à 1862, avaient paru ceux de Hughes, de van Cappelle, de Kelly, de Niemann, de Barker, de W.Gull, de Murray, de Colin. Friedleben avait montré de plus en 1855 que l’hématomyélie peut compliquer les accouchements difficiles, ce que l’on pouvait prévoir depuis que Bednar, en 1851, avait signalé en pareil cas de l’hématorachis.
Ainsi l’hématomyélie, proposée comme entité morbide plus de trente-cinq ans auparavant par Ollivier d'Angers, terminait le long stage qui lui avait été imposé ; elle conquérait droit de cité dans la nosologie, elle était élevée au rang de maladie.
Ce fut Levier, en 1864, qui la consacra dans sa nouvelle dignité. Son travail, thèse de doctorat de l'Université de Berne, s’appuyait sur les observations d’hématomyélie spontanée dont on vient de lire la nomenclature,et sa contribution personnelle était la relation, très intéressante, d'un cas nouveau.