A DOCTRINE DE CHARCOT
tations paraissaient insuffisantes ou incertaines au plus grand nombre. Lorsque, quelques années plus tard, en 1872, Liouville publia une observation où el’hématomyélie semblait due à de véritables anévrysmes miliaires, l'opinion était toute préparée à ne pas accorder à ce fait la valeur d’une preuve.
Déjà, les observations nouvelles d’hématomyélie spontanée que l’on publiait donnaient une large place à la description des lésions de ramollissement. Koster, en 1869, passant en revue tous les cas antérieurs, se prononçait nettement pour l’origine primitivement inflammatoire de l'affection, et pour la nature secondaire de l’hémorragie (1).
Quelques auteurs étrangers avaient bien rapporté, dans les années précédentes, des exemples d’hématomyélie traumatique ; par un accord tacite on ne tenait pas compte des anologies de symptômes et de lésions qui rapprochaient ces cas des hématomyélies spontanées, et l’on cherchait au contraire les traits d’union entre ces dernières et les mvyélites.
Charcot, dans son enseignement de la Salpétrière, avait marqué ses préférences pour l’origine myélitique de l’hématomyélie.« L’apoplexie spinale (hématomyélie) est une affection qui au point de vue de la pathogénie et de l'anatomie pathologique, diffère essentiellement de l’hémorragie intra-encéphalique vulgaire ; car d'ordinaire, dans l’hématomyélie, l’épanchement s’opère au sein de tissus déjà préalablement modifiés par un travail inflammatoire. Le sang se répand surtout dans l’axe gris, qu’il envahit
(1) Kosrer, « Die Pathogenie der Apoplexia medullæ spinalis. » Archiv voor Genees en Naturkunde, 1869, IV, p. 426.
L'HÉMATOMYÉLITE. — HAYEM 9
assez souvent dans la plus grande partie de sa longueur (1). »
On à maintes fois remarqué la réserve prudente de Charcot, qui connaissait le doute scientifique. Cette caractéristique d’un grand esprit $e retrouve dans la question qui nous occupe. On notera ce « d'ordinaire » qui se lit dans la citation précédente. Il n’entendait pas, en effet, préjuger des observations dont il n’avait pas eu sous les veux les pièces pathologiques. Or, celles qui avaient été soumises à sa critique, avec. préparations microscopiques à l'appui, semblaient bien être des
hématomyélies secondaires à des ramollissements, comme celle de M. Bourneville (2), dans laquelle le début avait été lent, et l’évolution assez différente de celle des hématomyélies précédemment rapportées.
Aussi la tendance de ceux qui l’entouraient était-elle de remplacer le terme d’hématomyélie par celui, plus expressif et plus rigoureux à leur sens, d’hématomyélite.
Cette doctrine trouva son expression la plus brillante en 1872, dans la thèse d’agrégation de M. le professeur Hayem (3). En dehors même des résultats discordants des recherches anatomiques, cette nouvelle manière de voir avait un point de départ absolument légitime, sur lequel M. Hayem avait très justement attiré l'attention :
*« Que dirait-on, aujourd’hui que la pathologie cérébrale a fait des progrès considérables, si l’on réunissait sous le nom d’hémorragie encéphalique la contusionsuite de trau-
(1) CHarcor, Leçons sur les Maladies du Système nerveux, faites à la Salpétrière (en 1970), publiées en 1872, deuxième édition, p. 64, (2) Bouanevii.Le. — Voir observation 39.
: 5 à 7: PLic , LAVE CO (3) Hayew, Des Hémorragies intra-raehidiennes, Thèse d'agrégation 1872