‹ Étude sur les hôpitaux d'isolement en AngleterreChapitre 25 sur 69 · HOPITAUX SPECIAUX D'INFECTIEUX DE PROVINCE · texte numérisé non relu

HOPITAUX SPECIAUX D'INFECTIEUX DE PROVINCE

La législation concernant l'hygiène publique si favorable aux municipalités soucieuses de la santé de leurs administrés, a produit, depuis dix ans, en Angleterre, les résultats qu'on pouvait en attendre.

Aujourd'hui toutes les villes de quelque importance ont adopté le principe de l'isolement des infectieux et si les moyens mis en œuvre sont fort divers, cela est dû à l'obscurité relative du problème tel qu'il se pose de nos jours et de la divergence d'opinion qui existe encore à ce sujet.

Les memoranda et les instructions du Local Government Board ont bien cherché à éclairer les municipalités de bonne volonté ; mais il faut convenir avec le D'" Thorn Thorn, qui a tout spécialement étudié la situation en province qu'il reste encore beaucoup à faire pour satisfaire aux besoins de la population.

Remarques générales.

Avant de décrire quelques-uns de ces établissements que nous avons choisis comme présentant un certain intérêt, exposons à grands traits la physionomie présentée par la plupart d'entre eux.

En général, ces hôpitaux se composent :

1° D'un ou plusieurs pavillons contenant des salles séparées pour les hommes et les femmes et dans lesquelles on peut traiter, en les isolant complètement, deux ou plusieurs maladies différentes, selon la léthalité du moment.

2° D'un bâtiment pour l'administration.

3° De constructions pour la buanderie, l'appareil à désinfection, la salle des morts ; une remise pour la voiture d'ambulance, etc.

C'est donc le système des pavillons, tantôt à un, tantôt à deux étages,qui a généralement prévalu ; faisons remarquer que les constructions à plusieurs étages n'existent que là où l'espace a fait défaut. Cependant il est rare que le nombre de malades, comparés à l'étendue du terrain, soit supérieur à 5 par hectare. Nous citerons comme exemple de ceux qui remplissent ces conditions, Bradford, Cheltenham, Tonbridge et Warrington.

Birmingham installe 15 malades à l'hectare, ainsi que Salford dans des constructions à 8 étages.

Ces pavillons sont reliés entre eux par des couloirs couverts ou divisés par une cloison dans la longueur.

De plus en plus maintenant on se rend compte de la nécessité de ventiler largement ces galeries.

En effet, un couloir simplement muni de fenêtres fait que les communications entre les différentes parties de l'hôpital sont pour ainsi dire continues et rend la division des bâtiments à peu près inutile. Le pavillon doit se trouver complètement isolé ou n'a plus de raison d'être.

Quant à la distance qui les sépare entre eux, on la calcule d'après leur hauteur ; celle-ci doit mesurer une hauteur et demie environ.

Les matériaux employés à la construction des hôpitaux diffèrent peu : le fer et la brique pour ceux qui ont une destination permanente ; le bois pour les baraquements temporaires.

On attache une grande importance à recouvrir la surface des murs d'un enduit pouvant permettre de fréquents lavages; à Cheltenham (hôpital Delancey), ils sont émaillés, mais le plus souvent on emploie le ciment ( Weymouth, etc.^

Cette préoccupation d'éviter l'accumulation de poussières et de débris épidermiques ou autres a fait proscrire des salles tout ornement ou saillies où ils risqueraient de s'accumuler. Le ctiauffagese fait au moyen de poêles ou de simples cheminées comme nous l'avons vu dans la grande majorité des hôpi-

taux d'Angleterre. Ce système est conservé à cause de l'action qu'il exerce sur la ventilation: il permet également de détruire les linges salis, les produits du balayage,etc., dont il y a avantage à se débarrasser immédiatement.

L'aération, en effet, est l'objet de la sollicitude constante des médecins anglais : par le tableau suivant, on peut juger des excellentes conditions dans lesquelles ils placent leurs malades ; des fenêtres opposées, des prises d'air au niveau du plancher, des lanternes et des ouvertures dans les murs et plafonds sont les moyens en usage. Ce qui nous a frappés, c'est une absence complète de cette odeur sui generis que répandent particulièrement les varioleux et qu'il est difficile d'éviter à moins de ventiler très activement. — Le Hertford British flospital (1), à Levallois-Perret,près de Paris, donne une idée assez exacte du résultat obtenu par une ventilation bien entendue.

Nombre Surface carrée District. Population. de par lit. Espace cubique. Prix de re-

lits. Mèires carrés. Mètres cubes. vient par lit

Berkhamstead.. 11.000 8 13.40 S^ï 6.750

Cheltenham 44.000 82 13 environ. 64 8.50O

Darlington 35.000 44 de 13 à 16 56 5.500

Folkeslone 18.700 J4 13 56 5.000

Lewes 11.200 12 13 bG 4.C00

Mildlesborough. 5Ô.0OÛ 32 de 11 à 17 58 5.300

Sheffield 2S5.000 64 12.80 50 7.725

Solihull 20.000 12 13 à 14.50 59 6.025

Tonbridge 10.000 12 13 56 2.900

Warrington.... 42.000 28 de 13 à 16 70 5.800

Weymouth ? 26 de 13 à 15.70 57 4.800

L'aménagement des water-closets ne laisse rien à désirer. Placés dans une construction adjacente, on a cherché à y introduire toutes les conditions de salubrité possibles. On n'y arrive qu'après avoir traversé un petit vestibule muni de larges fenêtres toujours ouvertes.

Le drainage en général est également très soigné : des citernes sont placées dans des endroits appropriés, afin de

(1) Hôpital de 34 lits pour les indigents anglais, bâti et entretenu par sir Richard Wallace.

pouvoir laver les conduits plusieurs fois par jour et entraîner les produits qui ne sont pas écoulés : nous avons parlé de ce procédé dans notre description du Homerton hospital de Londres.

Si nous entrons dans les détails intérieurs, nous verrons que la literie est le plus souvent composée d'un matelas en balle d'avoine ; après le départ d'un malade, la balle est brûlée et l'enveloppe désinfectée. Ce moyen de conjurer à coup sûr le danger de contagion a été adopté à Paris, notamment à la Maternité.

Les matelas en crin sur sommier en fil de fer s'emploie également (hôpital Montail, Oldam, Warrington).

Dans tous les hôpitaux d'infectieux se trouve un appareil à désinfecter : les systèmes de fourneaux varient, mais la vapeur d'eau est dans la grande majorité préférée à l'étuve sèche. A Nottingham, on se sert de l'étuve sèche automatique du docteur W. H. Ransom, très usitée (Birmingham, Warrington, Wigan etc.). L'usage d'envoyer à l'hôpital les literies des infectieux de la ville se répand de plus en plus.

A ces constructions est parfois ajouté un petit bâtiment pour les malades payants (Warrington Urban et Weymouth port district hospital, Folkestone hospital). Il sert également à isoler les malades atteints d'une affection différente de celles qui sont soignées dans les autres salles (Districts de Graham et Newark, Vestry de St-Pancras).

Les tentes sont également utiles dans ce cas. Le docteur Thorne les recommande tout spécialement : il estime que les bâtiments seront toujours. insuffisants en temps d'épidémie et conseille aux autorités de s'assurer un emplacement étendu pour les élever en cas de besoin. Les plus employés sont du modèle du camp de Darenth (1).

Les districts situés sur les côtes possèdent des hôpitaux flottants (Port de Tyne) dans le genre de V Atlas du Conseil Métropohtain de Londres (2).

(1) Voir la description de l'hôpital d'Ealnig à la tin de ce chapitre.

(2) Pages 63 et suiv.

L es précautions prises en province pour éviter la propagation par les personnes qui visitent les malades sont peut-être plus nombreuses que celles en vigueur à Londres. Non seulement on limite les visites autant qu'il est possible, mais les formalités à remplir doivent les rendre fort rares. Parfois on oblige les entrants à prendre un bain et à faire désinfecter leurs vêtements à l'étuve, avant de quitter l'hôpital (Huddersfield). Parfois encore, les amis du malade sont seulement admis à le voir à travers les fenêtres de la salle et à ne communiquer avec lui que par téléphone (Manchester) (1). Ces restrictions sont surtout employées afin de restreindre le nombre des visi" teurs, et on ne saurait trop y applaudir.

Les ressources des établissements de province proviennent principalement des fonds municipaux ; les malades sont aussi invités à contribuer aux charges lorsque leurs moyens le leur permettent : nous donnerons comme exemple l'hôpital de Bradford où sur 812 admissions 443 ont été faites gratuitement.

L'administration de ces institutions est confiée à un Comité de l'autorité communale qui délègue ses pouvoirs à un administrateur, un médecin généralement. Celui-ci réside à l'hôpital lorsque l'établissement jouit d'une certaine importance, c'est-à-dire de 30 lits environ ; dans d'autres cas, le médecin sanitaire du district est chargé de la surveillance et des soins médicaux. Comme nous l'avons noté plus haut, les malades ont toujours le droit de se faire soigner par le médecin de leur choix.

De l'utilité des petits hôpitaux d'isolement.

On ne manquera sans doute pas de remarquer le faible nombre de malades auxquels la plupart des hôpitaux ont donné asile et, par suite, de se demander si leur utilité est en rapport avec les sacrifices imposés aux contribuables.

Cette utilité ressort néanmoins de la façon la plus évidente ; en voici à l'appui quelques exemples :

D'après le Dr Buchanan (médecin attaché au conseil du

(1) Ces dispositions nous ont paru remarquablement ingénieuses.

gouvernement local) la variole fut importée à Cheltenham au moins six fois pendant le premier semestre de 1875. Sept malades transportés immédiatement à l'hôpital d'isolement (de 14 lits) ne contagionnèrent qu'un seul individu, aussitôt isolé luimême, et, par suite, ai<c un autre cas nese déclara dans toute la ville.

A Leek, dans le Staffordshire, il se produit un cas de variole : on l'isole et on n'en constate plus aucun autre.

A Coventry, des épidémies de variole et de fièvre scarlatine sont plusieurs fois arrêtées, dès leur apparition.

A Glascow^, de 1861 à 1865 inclusivement, avant la construction de l'hôpital d'isolement on comptait 3394 décès par le typhus. Durant les cinq années finissant en 1871, grâce à l'hôpital, cette maladie ne cause plus que 553 décès. Ainsi en cinq années on a, selon toutes probabilités, épargné 4,450 existences par les précautions prises contre une seule affection.

A Derby, la fermeture de l'hôpital d'isolement pour cause de réparation, permet une sorte de contre-épreuve : un cas de variole étant, à ce moment, soigné à l'infirmerie générale avec toutes les précautions possibles, d'autres cas se déclarent aussitôt et l'épidémie ne s'éteint que lorsque l'hôpital spécial est mis de nouveau à la disposition des infectieux.

A Ipswich, en 1877, la variole est importée à 20 reprises différentes, dans des conditions permettant d'en tracer exactement l'origine : 20 fois la maladie s'arrête et n'atteint que les étrangers à la ville, chez lesquels elle s'était déclarée avant leur arrivé à Ipswich. Nous pourrions multiplier ces citations.

Par conséquent, si les hôpitaux spéciaux ne reçoivent qu'un, petit nombre de malades, il faut voir dans ce fait le triomphe du système ; c'est que l'affection, au lieu de faire de nombreuses victimes, comme autrefois, s'arrête d'ordinaire aux premières qu'elle a frappées. Les moyens de propagation étant détruits systématiquement, ses ravages se trouvent forcément limités.

Dans l'exposé de son enquête publié en 1882,1e docteur Thorne cite de nombreux faits en faveur de ces hôpitaux d'isolement. Il n'est pas douteux qu'ils n'exercent une influence décisive sur la léthalité générale.

Avant la création de l'hôpital Delancey à Cheltenham, par exemple, la variole était fréquente. En 1858, il y eut 52 décès,

en 1861, 12; en 1865, 32. Depuis 6 ans, il ne s"est produit que 12 cas, et les personnes atteintes, immédiatement isolées àThù pital, n'ont donné lieu à aucune contagion. La variole d'ailleurs avait toujours été importée du dehors.

A Warrington encore, une épidémie de scarlatine éclate : l'hôpital compte bientôt 52 cas en traitement : bien que ceuxci se fussent déclarés dans 44 maisons où se ti-ouvaient 101 enfants, un seul d'entre eux fut atteint, gràc 3 à la rapidité avec laquelle on isola les infectieux.

Le succès de ces mesures est plus frappant encore là où la « déclaration obligatoire » est en vigueur, à Leicester, à Warrington, etc. En effet, il importe qu'un infectieux soit immédiatement isolé, sinon la contagion s'exerce sur les parents, les voisins, et s'étend de là au loin ; ce précepte a récemment été mis en évidence avec éclat à Carlisle ; depuis 1878, aucune école n'a été licenciée pour cause de maladie transmissible.

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