TRAITEMENT DES VARIOLEUX CONVALESCENTS. — LE CAMP DE
DARENTH.
Dès qu'un malade entre en convalescence ou paraît assez rétabli pour quitter la salle d'un hôpital de Londres, il est envoyé au camp de Darenth.
Cette installation, située à quatre kilomètres environ de Long Reach, et à trois de la ville de Dartford, constitue à coup sûr une des particularités les plus intéressantes de toute l'organisation imaginée par le conseil métropolitain. On a ainsi assuré un isolement dont les effets utiles sont incalculables, et cette espèce de quarantaine qu'on impose auxvarioleux compte certainement au nombre des meilleures précautions qu'on pouvait prendre.
Dans le plan primitif on avait conçu le projet de bâtir à Darenth un hôpital de convalescents, quand, au printemps 1884, éclata l'épidémie de variole qui sévissait dans toute sa gravité au moment où nous accomplissions la première mission que M. le Ministre de llntérieur avait bien voulu nous confier l'année dernière et dont nous avons eu l'honneur de lui rendre compte dans notre rapport déposé le 1^' juillet 1884.
Il fallut de toute nécessité parer aux besoins du moment, d'autant que les hôpitaux de Londres, aménagés pour la réception de 1,200 varioleux, devaient désormais, conformément â l'arrêté du gouvernement local, en recevoir moins de 300. Il fut résolu que le terrain de Darenth serait immédiatement transformé en un véritable camp et qu'on y élèverait des tentes et des baraquements en nombre suffisant pour 1,000 malades.
Ce travail, qui fait le plus grand honneur aux entrepreneurs
MM. Piggott brothers et John Edginton, de Londres, s'exécuta en trois semaines.
Au moment de notre seconde visite, l'installation primitive n'a subi que peu de changements. Pendant ces quatorze mois, été comme hiver, des malades, au nombre total de 10,000 environ, ont passé par le camp, et la statistique annexée prouve assez en faveur du système.
Nous répéterons ce que nous avons dit des navires ; on reçoit des cas graves, en petit nombre il est vrai, mais il se produit souvent des rechutes, des alTections intercurrentes appelées à modifier nécessairement le chiffre de la mortalité.
En arrivant en vue du camp, ce qui frappe d'abord, c'est l'immense étendue du terrain occupé par les tentes et les baraquements. Le break, dans lequel nous nous trouvons, franchit d'abord l'enceinte et nous meneau centre même du camp où nous trouvons le médecin en chef, M. le docteur Waylen,prôtànous faire les honneurs de son vaste domaine.
Le camp se compose de deux groupes d'habitations séparées parun vaste terrain également diviséen deux parties servant de heu de promenade et de récréation aux convalescents les plus valides : à droite le quartier des femmes, à gauche celui des hommes. Le côté des femmes, que nous avons particulièrement visité, compte pour les malades vingt tentes et six baraquements à 16 lits chacun. Les tentes, mesurant quinze mètres de longueur sur 7"50 de largeur, sont élevées sur un plancher reposant sur fondations de briques : les parois se composent d'un toit double ; elles sont éclairées au gaz et chauffées par la vapeur à l'aide de tuyaux qui font deux fois le tour de la tente, à 30 centimètres environ du plancher.
Un dessin ainsi que le plan aideront à l'intelligence de cette description.
De nombreuses constructions servent à loger le personnel administratif; d'autres sont affectées à l'établissement de bains (tente de 26 mètres de long sur 6,30 de large), au réfectoire, à la chapelle, aux appareils à désinfection (système à vapeur surchauffé de Washington Lyon), à la cuisine, aux offices, etc. Une construction en fer est installée pour les approvisionnements. Viennent enfm les loges des gardien?.
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L'installation des hommes se compose de vingt-deux tentes et de deux constructions en planches ; en outre, comme chez les femmes, il y a des bâtiments pour les bains, le réfectoire, etc.
Ici, comme dans les hôpitaux de la ville, les malades, avant leur sortie, prennent un dernier bain (ils sont tenus à 3 bains au moins avant de pouvoir quitter le camp) et sont ensuite complètement habillés de neuf, dans une salle où seules les personnes indemnes ont accès (voir la disposition décrite plus haut, au sujet du bâtiment affecté aux infirmières des hôpitaux flottants).
Delà, ils s'embarquent sur un vapeur faisant spécialement le service, et qui n'est jamais monté par des malades, VAlhert-Victor. et retournent chez eux sans courir le risque d'emporter aucun germe infectieux.
Le 25 mai dernier, on comptait à Darenth 1,075 malades ou convalescents. Malgré cette affluence, le docteur Waylen nous a assuré que les services s'effectuaient avec la plus grande régularité etassez aisément. En aurait-il été de même en hiver '? Nous ne le pensons certainement pas.
La surveillance en hiver devient extrêmement pénible : il faut que les médecins, que les infirmières s'exposent jour et nuit à l'air extérieur pour passer d'une tente à l'autre, et cela par tous les temps.
Il est cependant impossible d'immobiliser une infirmière par tente de 10 à 15 lits comme on pourrait le faire dans un baraquement de 30 à 40 malades. Ceux-ci doivent nécessairement s'en ressentir, et si à Long Reach. ils sont la plupart du temps en état de s'aider eux-mêmes ou mutuellement, l'objection n'en subsiste pas moins, puisque la tente peut être appelée à servir d'abri à des infectieux aigus.
Inconvénients et avantages des tentes.
L'avantage des tentes, c'est de pouvoir être mises en place et agencées de façon à recevoir des malades en très peu de temps ; la ventilation est excellente et. une fois l'épidémie passée, elles peuvent facilement se démonter et se désinfecter. Mais elles restent en définitive une ressource temporaire, assez dispendieuse Tune tente de vingt-deux lits toute meublée revient à
5,600 fr. environ) et ne sauraient à aucun égard être appelées à servir d'abri permanent aux malades.
Nous avons dit que le Conseil métropolitain installa son camp d'urgence: il ne pouvait évidemment avoir recours qu'à des tentes. Or voilà un peu plus d'un an à peine qu'elles sont mises en service, et, à notre avis, elles ne sauraient, l'hiver prochain, surtout s'il est rigoureux, être sérieusement utilisées. Déjà la toile à proximité des tuyaux de chauffage a subi de profondes altérations, ainsi que la toiture sous l'influence des intempéries.
Lorsqu'il pleut, la toile interne ne tarde pas à être détrempée, et l'élévation de la température intérieure donne naissance â une espèce de buée dont les malades s'accommodent fort mal. On pourrait remédier à cet inconvénient en rendant la toile interne imperméable ; mais, d'un autre côté, ce serait perdre ravantage de cet échange d'air qui filtre sans cesse par toutes les parois et auquel la salubrité de ce genre d'abri est certainement due. En somme, il y a peu de perfectionnement à apporter, et la tente est et restera le type de la construction hospitalière temporaire.
La difficulté du chauffage qui, au premier abord, paraît insurmontable, n'existe pas selon le docteur Waylen. Pendant les froids les plus rigoureux, on a pu constamment maintenir la température au degré voulu et la régler selon les besoins, avec la plus grande facilité.
N'oublions pas de noter que lesclosets sont du système « Pull up » (1), à terre : on a évité de cette façon les dépenses et les risques de la pose de tuyaux de drainage et de la construction d'égouts ou de puisards. Le procédé, paraît-il, donne les meilleurs résultats.
Quant aux baraquements à doubles parois, nous avouons leur accorder toutes nos préférences: suffisamment solides, d'un chauffage encore plus facile que les tentes, se montant et se démontant comme elles, se prêtant à tous les procédés de ventilation, ils offrent un aspect plus riant, plus confortable : on n'y entend pas le ballottement des toiles comme sous les tentes,
(1) Système <s Moules patent)), 5a, Garrick Street, Gonvent Gardenj Londres.
au moindre souffle de vent, et s'ils sont plus dispendieux, du moins peut-on aussi compter plus longtemps sur leurs bons services. L'expérience a été conduite de concert et, à notre avis, elle s'est montrée en faveur des baraquements.
Ce n'est pas que nous entendions leur donner la préférence sur des constructions plus massives : nous ne traitons ici que la question des abris en cas d'urgence, et c'est ainsi qu'elle a été comprise par l'administration de l'Assistance publique, lorsqu'elle fit construire à la hâte l'hôpital des Mariniers à Plaisance. (1.)
Il nous a été donné, en causant avec ceux de nos confrères de Londres dont l'unique occupation consiste à soigner des varioleux, de recueillir un très grand nombre de faits se rapportante la prophylaxie et au traitement de cette affection. Ce ne sera pas sortir du cadre de ce rapport que de consigner quelques réflexions au sujet de la vaccination.
De l'avis unanime, la variole disparaîtrait de la terre si celle-ci et surtout la. revaccina tion était suffisamment pratiquée. Nous mettons le terme « suffisamment » à dessein, car il a été établi par de nombreuses observations (le docteur Philipps notamment l'a remarqué à plusieurs reprises) que l'inoculation du virus opérée sans résultat devrait être renouvelée au moins trois fois sur un individu avant de le considérer comme jouissant de l'immunité, et encore ces inoculations ne sauraient avoir beaucoup de poids : jusqu'à ce qu'il se produise des pustules, il est sage de regarder une opération stérile comme non avenue. Le confrère que nous venons de citer opérant sur luimême et n'obtenant rien par l'emploi de vaccin en tube, refit l'opération de bras à bras : cette fois elle réussit.
11 a constaté la rareté des cas de variole avant l'âge de cinq ans chez les enfants vaccinés, ou avant qu'une période de cinq années ne fût écoulée chez les adultes : plus tard les cas ne se comptent plus. Il pose donc en principe que la vaccination est indiquée après une période de cinq années écoulée depuis la dernière inoculation effective.
Notre confrère rapporte à cette indifférence touchant les revaccinations le très grand nombre de varioleux constaté an-
(1) L'hôpital des Mariniers, par MM. Lutaucl et Hogg (in Journal de Médecine de Paris, n« 22 du vol. "VIH, du 31 mai 1885.)
nuellement à Londres. Il nous a fait justement remarquer combien il était regrettable que les médecins chargés du service de la vaccination ne fussent rémunérés que pour les opérations de vaccination faites sur des sujets au-dessus de 12 ans : constamment il a eu adonner ses soins àdes varioleux audessous de cet âge qui eussent certainement été préservés par une inoculation répétée une fois ou deux depuis leur naissance. Les docteurs Philipps, Birwood et Waylen professent la même opinion sur ce point et il ne faut pas oublier que ces praticiens ont vu en deux ans plus de 10.000 varioleux.
Elle a donc une valeur incontestable et mérite de servir de règle de conduite dans la pratique des vaccinations.