‹ Étude sur les idées religieuses et morales d'EschyleChapitre 19 sur 32 · CUT · texte numérisé non relu

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malédiction de son père Gronus s’accomplira alors tout à fait » (4). A plus furte raison parmi les hommes. Le chœur des Thébaines nous dit la vraie cause de la mort des deux frères : « O noire malédiction qui pèse sur la race d’OEdipe et qui s’accomplit! » (2).

Electreestsisüredelaréalisation de lamalédiction, qu’elle l’invoque, comme elle invoque les Moerae : « Ayez égard, ô puissantes Arae des victimes, aux débris des Atrides (3). Mais quelle est la divinité qui applique ce droit de la Malédiction, exhaussé jusqu’au rang de loi universelle ? Cest l’Erinnye. Ecoutez le chœur des Thébaines : «Je frissonne devant cette divinité, destructrice des familles, sans ressemblance avec les autres dieux, je veux dire, lErinnye, invoquée par le père, qui fait pressentir de certains malheurs et qui doit réaliser les malédictions d’Œdipe, plein de colère ct atteint de folie (4). » Etéocle appelle lAra, la puissante Erinnye de son père (5). Les divinités de l’expiation disent elles-mêmes : « Dans les demeures sous terre, nous nous appelons les Arae (6). » Ces exemples suffisent pour nous montrer qu'Eschyle, entrainé par le courant général de ses idées religieuses, a une tendance marquée à donner à la notion populaire de l’Ara, comme à celle de l’Erinnye, un caractère plus élevé. L’Ara n’est plus l’instrument d’une vengeance personnelle; c’est le violateur d’une loi universelle dans la personne de la

(1) Prom., 910, 914,

(2) Sept Th., 832, 833.

(3) GChoëph., 406, cf. ibid., 692; Sept Th., 655, ibid., 695-698. (4) Sept Th., 719 et sqq.

(5) Ibid., 70.

(6) Eum., 417.

victime qu'elle S'en va frapper. (est cette conception agrandie de lAra, qui constitue la raison d’être, le motif de latragédie des Sept chefs devant Thèbes. Ici la divinité qui réalise la Malédiction, l'Erinnye, est à l’arrière-plan, de même que, dans lOrestie, c'est l'Erinnye qui efface PAra. Dans les Sept chefs, notre auteur nous reporte au point de départ du vaste drame du châtiment. (est l’Ara; il en précise la portée; il en montre les garanties éternelles. Dans l’Orestie, c’est surtout l’accomplissement de la Malédiction première, ce sont les Erinnyes à l’œuvre.

Les divinités de l’expiation sont les vengeurs très saisissables, très concrets. Tout autre est l’Alastor. Il est inconnu à l’épopée. D'où vient ce terme? Eschyle la-t-il inventé ou la-il emprunté à ses prédécesseurs? Question nullement éclaireie. Cest, chez notre auteur, une personnification vague du démon de famille, du daipos yévvze (1). Clytemnestre le reconnait promptement (2). Comme les Erimnyes, 1l châtie toute infraction aux lois universelles. La seule différence, c'est qu’il semble poursuivre tous les forfaits de famille, tandis que lErinnye punit surtout le meurtre d’un proche. Il semble même que l’Alastor ne punisse pas seulement les crimes de famille, mais en général toute infraction des lois souveraines. Ainsi le roi d’Argos dit aux Sappliantes : «Si nous vous livrions, nous amènerions chez nous ce dieu destructeur, qui n'épargne aucun dans sa sévérité, l’Alastor, qui ne rend pas à sa victime, même morte et dans l’Hadés, la liberté (3). » Dans

(1) Ag., 1476, comparez ibid.1481, otroTot6n dipoyaet A501, 6 ruhcuds d\46TUpe

(2) Tbid., 1500.

(3) Suppl. M4-417.

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