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dre, les Erinnyes, le punissent. Voilà pourquoi Zeus et les puissances chthoniennes s'associent à elles lorsqu'elles châtient le criminel (1). Un trait qu'il ne faut pas oublier, c'est que ces divinités sont d’une rigueur impitoyable. Nous en verrons plus tard la cause. Aïnsi elles entonnent sur Oreste « l’hymme de la folie ». Elles poussent leur victime de crime en crime. « L’Erinnye, qui rend l’esprit insensé », s’écrie le cœur de l’Antigone, «c’est l'épée meurtrière des dieux infernaux, qui a tranché la racine de la famille d'Œdipe » (2). Cest l'écho des chœurs d’Eschyle. Qui done est à l’abri de ces formidables divinités”? Aussi le chœur des Choéphores demande, «€ jusqu'où cela ira-t-i1? Quand s’apaisera dans une accalmie, cette violence du châtiment divin ? » (3) Les KErinnyes ellesmêmes nous le disent: Jamais elles ne touchent au juste. Ce ne sont pas des divinités arbitraires. Elles habitent la maison de la Justice (4). Elles n’en veulent qu’au coupable et avant tout au parricide. Nous avons déjà cité tout au long dans un chapitre précédent, un magnifique morceau qui met en pleine lumière le caractère profondément moral des Erinnyes d'Eschyle, En voici un autre, non moins précis. Ce sont les Erinnyes qui parlent: «Allons, formons un chœur puisqu'il nous plait d’entonner notre sombre chant et de dire les lois qu'appliquent les Erinnyes dans la dispensation des sorts parmi les hommes. Nous pensons agir selon la Justice. D'abord notre colère n’atleint pas celui qui lève des mains pures. Il traverse la vie sans
(1) Choéph., 381, 399, Eum., 275.
(2) Sophocle, Antig, 603.
(3) Ghoéph., 1075 et sqq.
(4) Eum., 516.
OÉE
dommage. Quant à celui qui, ayant péché comme cet homme, cache des mains meurtrières, nous, témoins véridiques de son assassinat, sans trève, jusqu’à ce que nous l'obtenions, nous exigeons de lui la dette du sang (1).
On voit à quelle hauteur morale notre auteur a élevé l'antique conception des Erinnves. Ce ne sont plus les divinités de la vengeance ; ce sont, au même titre que : les autres dieux, les divinités de l’ordre et de la Justice.
Mais Eschyle devait achever de transformer la notion populaire en changeant les Erinnyes en Euménides. En celles-ci, tout l’odieux de la légende disparait. Ce sont des divinités bienfaisantes ; elles accordent la fertilité des champs, la fécondité des troupeaux, la concorde parmi les citoyens. On se souvient des chœurs qui terminent Ja tragédie des Euménides. Ce ne sont que bénédictions pour les Athéniens. Athéné et les Semnae, la divinité de l’Olympe et les divinités chthoniennes s'unissent etrivalisent de bienfaits.
Telle est la place que notre auteur à faite aux antiques divinités de l’expialion dans l’économie du monde. (rest le dernier terme dans le développement du côté objectif de la notion primitive. À une autre époque d'en creuser le côlé subjectif, de trouver le remords dans l'Erinnye, Euripide, obéissant aux mêmes tendances qui ont porté Socraie à étudier l’homme, abandonne cette conception des Erinnyes que l’on pourrait appeler cosmolosique, sipuissamment développée par son prédécesseur: Il étudie l’âme malade du criminel. Ses Erinnyes sont les spectres venseurs d’une conscience coupable: On se souvient du mot
(1) Zbid., 307-320.
d'Oreste lorsque Ménélas lui demande ce qui l’agite: « Ma conscience », dit-il, « car je sais que j'ai mal agi (1). » [’Oreste d'Eschyle ne se repent pas. Avec lui nous sommes dans un tout autre milieu. Il s’agit ici de Moerae et de dieux, l'homme compte peu.
Si Esehyle à modifié la notion nopulaire des Erinnyes pour l'adapter à ses idées religieuses et à sa conception de l'univers, nous constatons qu'il en fait demême de la notion des Arae. Il l’a transformée dans le même sens que celle-là. Les Araene sont pas, à proprement parler, des divinités, mais leur notion se rattache si étroitement à-celle des Erinnyes que nous ne pouvons en éviter l'examen.
Au sens primitif, l'Ara est une prière. De là on en vint à désigner, par ce terme, la prière entre toutes, Pinvocation indignée de la victime lorsquelle tombait, impuissante, sous les coups de l’agresseur. Ce fut l'appel désespéré à la Justice divine. Bientôt la prière devint une imprécation, une malédiction dont la foi naïve de ces temps portait les dieux garants. Nous pouvons dès maintenant envisager V’Ara à un double point de vue. Du côté de l’homme, c’est lindignation qu’excite en nous la violation brutale de nos droits; du côté des dieux, c’est un châtiment certain. C'est cet aspect plusreligieux, moins psychologique, de lanotion populaire de l’Ara, qu'Eschyle à, tout naturellement, développé et agrandi. Dans sa pensée, l’Ara est le droit dela victime, droit qui est garanti par les lois universelles. La réalisation de l’Ara est donc inévitable. Puisqu'elle fait, pour ainsi dire, partie des lois éternelles, elle s’accomplit, même dans le monde des dieux. Prométhée s’écrie : « La
(1) Oreste, 3%.
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