‹ Étude sur les idées religieuses et morales d'Eschyle [microform]Chapitre 3 sur 12 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'étude d'une lelii^ion qui a préeëdé le eliristianisme et qui a certainement exercé sur lui une inlluence considéral)]e ne peut pas être indilTéi-ente à la théologie chrélieinie. Aussi est-ce une page de l'histoire du développement religieux des Hellènes que nous avons vouki écrii'e. Eschyle nous parait résumei' en lui le pi'ogrès accompli au sein de sun ])euple pendant les siècles ([ui le séparent d'Homère. Nous voyons en lui le terme d'une évolution religieuse. Jus(ju'à lui c'est la période ascendante de la foi nationale, après lui connnence la décadence. Nos recherches nous ont amené à la conviction (jue c'est en lui que l'on trouve le plus nettement dégagées les conceptions fondamentales de la religion grecque. Si, dans la période suivante, elles s'ohscurcissent, elles n'en suhsistent pas moins. On les retrouve au fond des croyances populaires

et même de la philosophie, surtout en morale. La foi nouvelle, qui dans les hautes régions delà pensée s'est alliée à la sagesse grecque, s'est aussi assimilée plus d'un élément des croyances païennes. N'élait-il pas intéressant deremonter jusqu'aux sources les plus pures, de saisir ces antiques conceptions religieuses sur le vif, avant leur dégénérescence? Ne comprendra 4- on pas ainsi plus facilement l'influence qu'elles ont pu avoir plus tard sur le christianisme?

Deux conceptions nous paraissent fondamentales, celle de la loi et celle de Dieu. Nous ne croyons pas qu'aucun penseur grec, au moins avant Eschyle, les ait conçues avec plus de clarté que lui. Plus nous avons pénétré dans l'étude des textes, plus elles nous ont apparu nettes et précises. Dans un premier chapitre, nous avons cherché à les définir le plus clairement possil)le. Après avoir ainsi considéré la loi et les dieux dans leur essence, il fallait les suivre dans leur action sur le monde. C'est ici, croyonsnous, que se révèle le mieux, ce que nous osons appeler, les préoccupations apologétiques de notre auteur. Le grand scandale de la mythologie venait d'éclater. Théognis avait ouvert la plaie saignante par où devait s'échapper la vie même de l'antique légende .11 fallait montrer que les dieux n'étaient ni immoraux, ni arhitraires mais saints et justes. But facile à atteindre, puisqu'il n'y avait qu'à s'en tenir rigoureusement à la vraie notion grecque de la divinité. Que les dieux ne fassent qu'appliquer strictement la loi, et on ne pourra rien leur reprocher. Nous avons été frappé de voir la logique avec laquelle Eschyle a su maintenir ce point de vue si essentiellement grec.

Mais l'homme, quelle est sa place dans l'ensemhle des

conceptions de notre auteur? Une étude un peu attentive des textes nous a convaincu qu'on ne peut séparer les idées religieuses de notre auteur de ses idées morales. C'est môme là un trait qui le distingue des penseurs de la fin du cinquième siècle. Aussi avons-nous intitulé cette partie de notre travail, la morale religieuse. L'analyse de ces notions si importantes, que les Grecs désignaient par les termes de al^^;>ç et de v^ç,tç, nous la révèle tout entière. Vient ensuite la question du châtiment divin et de la mesure de liberté que notre auteur laisse à l'homme. Nous ne croyons pas devoir insister sur cette partie de notre sujet après le travail remarquable de M. Ifild : Les démons dans la religion et la littérature grecque. S'inspirant des bons travaux allemands, il montre à quoi se réduit le prétendu fatalisme d'P^schyle. Nul ne pourra désormais parler d'Eschyle sans tenir compte du chapitre que M. Hild consacre à cette question. î^nfin, quelques pages sur les divinités chthoniennes et l'état des morts terminent notre travail.

Les personnes qui ont étudié ces matières savent combien est riche la littérature du sujet. Otfried Mûller a donné une grande impulsion à l'étude de la religion grecque et a suscité des travaux comme ceux de Welker ou de Nœc^elsbach. En France, nous possédons l'ouvrage de M. Alfred Maury et celui de M. Decharme. Nous n'avons pu profiter de ces admirables travaux dans une mesure aussi large que nous l'aurions voulu. Nous avons surtout mis à profit des travaux plus spéciaux. M. Ménard, dans son livre sur la morale avant les philosophes, d'un style si littéraire, nous paraît avoir fort bien exposé l'idée de la loi. C'est à l'ouvrage de M. Girard sur le sentiment religieux

cVHomère à Eschyle, que nous devons une interprétation plus justeduProméthée. Nous pensons seulement y avoir fait ressortir plus nettement le rùle de la loi. Nous avons cherché ainsi à faire rentrer notre interpi'élation de ce drame dans le courant des idées de notre auteur. Mais c'est surtout à .\[. Schmidt ([ue nous devons notre initiation aux idées religieuses et morales des (Irecs. Nous ne saurions trop louer la finesse de ses analyses, la lai'i^eur de son exposition, son senshistoiique. (l'est surtout lorsque nous avons traité des idées morales de notre auteur que nous nous sommes inspiré de lui. Le seul ouvrage spécialement consacré à notre sujet que nous ayons pu consulter, c'est celui de M. Buchholtz. On connaîtla patience de ce savant. Il a dû se livrer à nn travail prodigieux pour écrire sa hrochure. Mais, à notre sens, il est resté en dehors de la pensée d'Eschyle. 11 l'a analysée; il ne lui a pas rendu la vie. C'est son autopsie, ce n'est pas sa résurrection historique.

Quant au texte, nons nous sommes servi de celui que nons connaissions le mieux, celui de Paley. Nous regrettons de n'avoir pas eu entre les mains la helle édition de M. Weil. Néanmoins nous avons eu l'occasion d'adopter plus d'une fois les leçons du critique français, citées par

l'éditeur anglais.

Nous ne nous dissimulons pas les imperfections de ce travail. Nous sentons qu'un séjour de dix ans à l'étranger n'est pas fait pour perfectionner le style. Mais ce que nous déplorons le plus, c'est l'insuffisance de nos connaissances générales de la religion et de la philosophie grecque. Nous avons étudié Eschyle avec toute la conscience dont nous étions capahle, mais en dehors de lui, nous sentons que

le teri'ain n'est plus si ferme. Aussi espérons-nous nous y être aventuré avec assez de circonspection pour mériter rindulgence.

En terminant, nous remercions cordialement toutes les personnes (]ui, soit ici, soit ailleurs, nous ont aidé de leurs conseils et de leur hienveillance.

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