‹ Etude sur les infections chez le prématuréChapitre 18 sur 44 · CAN A · texte numérisé non relu

CAN A

congénitale due à une malformation cardiaque ou de la cyanose engendrée par une affection aiguë des voies respiratoires ; la naissance prématurée, l’œdème cyanotique, la faiblesse de la respiration, l'absence de perception du murmure vésiculaire, l'obscurité du son de percussion, surtout aux deux bases, le refroidissement en sont les principaux signes. »

D’après M" Henr y, ces crises cyanotiques seraient dues parfois à la surcharge gastrique, car il peut arriver que l’asphyxie cesse après vomissement d’un caillot de caséine. Le professeur Budin met ces accès de cyanose sur le compte de l'insuffisance alimentaire.

La stase veineuse générale peut s'accompagner d’un œdème dur. C’est à l'insuffisance respiratoire que serait dù, d’après Paletta(1), l'œdème que l’on rencontre assez fréquemment chez les prématurés, et qui ne doit pas être confondu avec le sclérème « La cause de l’œdème des nouveau-nés, dit encore Letourneau(2),est simplement le déplissement incomplet du sac pulmonaire : le prématuré ‘n’a pas la force de faire de suflisantes inspirations et une portion plus ou moins grande des organes respiratoires conserve l’état fœtal. » Et c’est dans ces cas que Letourneau proposait alors d’avoir recours comme traitement à l'insuflation.

Si l’on songe maintenant que l'appareil broncho-pulmonaire est en communication directe avec l’air extérieur et véhicule, par conséquent, des quantités innombrables de germes, on comprendra comment la voie respiratoire doit être, chez le prématuré, la porte d’entrée la plus fréquente de l'infection, et le poumon son «locus minoris resistentiæ ». Plus les prématurés sont hypothermiques, dirons-nous plus loin, en traitant de l’infection, et plus ils sont exposés à mourir de broncho-pneumonie; c’est qu’en effet, plus ils sont loin du terme et plus le déplissement alvéolaire est incomplet lorsque s'établit la respiration. Et dans

(1) PALETTA. Mémoire lu à l'Institut de Milan, 7 août 1823. (2) LETOURNEAU. Guzette des hôpitaux, 1884, p. 735.

PR

la petite portion du poumon qui fonctionne, il suflira de l’arrivée de germes, même peu virulents, pour donner lieu à un processns hémorrhagique obstruant alors les voies aériennes et tuant le prématuré par asphyxie.

D. — La circulation,

« Chez l'enfant né avant terme, le cœur est le seul organe musculaire qui réponde d’une façon à peu près complète à sa destination. Ses pulsations restent rapides et fortes comme pendant la vie intra-utérine. Une telle exception n’a rien qui doive étonner. Dès les premiers mois de la conception, le développement hâtif du cœur se trouve en rapport avec l'importance de la fonction qui lui incombe; c’est, en effet, l'organe indispensable dela vie, celui qu’on a qualifié de primum vivens (1). »

A la naissance, l'aspiration thoracique détermine un courant, considérable de l'artère pulmonaire vers les poumons, et le sang ne passe plus par le canal artériel qui s’obstrue avec une rapidité telle que, sila vie a duré de vingt-quatre à quarante-huit heures, on n'y peut plus faire pénétrer un stylet de trousse. Un autre effet de l'expansion des poumons est d'appeler dans le ventricule droit le sang de l'oreillette, détourné du trou ovale, dont l’occlusion complète ne tarde pas à se produire par l’accroissement rapide de sa valvule (Parrot).

Toutefois, lorsque l’orifice du trou de Botal n’est pas hermétiquement clos (2), il ne s’ensuit pas que dans le jeu régulier du cœur le sang passe d’une oreillette dans l’autre. Les parties sont tellement disposées, qu’au moment de la systole auriculaire le sang lui-même applique l’une contre l’autre les parois du trajet et empêche ainsi toute communication. « Cependant,

(1) GUÉNIOT, Loc. cit.

(2) Da Costa Alvarenga à montré que l’occlusion du trou de Botal n'existe que dans 8 cas sur 100. Parrot donne la même proportion.

lorsque, sous l'influence d'une des causes qui déterminent l’affaiblissement et le relâchement du cœur et l'accumulation du sang dans ses cavités, l'oreillette droite subit une distension considérable, le passage devient praticable au sang : c’est ce qui arrive dans les asystolies passagères ou tenaces. Dans ces cas, la fosse ovale avec son orifice joue véritablement le rôle d'une soupape de sûreté au profit de l’oreillette droite, plus exposée que la gauche aux surcharges brusques (1). »

En traitant de la respiration, nous avions attribué les accès de cyanose que l’on rencontre chez les prématurés à l’insuffisance, respiratoire, mais nous pensons que, dans un certain nombre de cas, elle relève de cette inocelusion du trou de Botal. Il en serait peut-être de même de certains œdèmes, œædèmes cardiaques dus à l’asthénie du myocarde (Marfan). Quant au sclérème qui se montre chez les prématurés hypothermiques, il relèverait plus particulièrement d’un trouble de la cireulation générale qui est lui-même une des causes de cette hypothermie (2).

Si le fonctionnement du cœur et de ia circulation est le plus souvent imparfait chezle prématuré, on retrouve également dans le sang la preuve de l’inachèvement des organes. C’est ainsi qu’on y trouve un nombre de globules rouges nucléés rappelant l’état fœtal, d'autant plus considérable que l'enfant est plus loin du terme et par conséquent plus hypothermique. Nous avonsentrepris l'étude du sang chez le prématuré, mais nous n'avons pu encore la mettre suffisamment au point pour donner dans cette thèse le résultat complet de nos recherches. Toutefois nous pouvons avancer que cette présence des érythrocytes dans le sang du prématuré nous a paru presque toujours en relation directe avec la température de celui-ci. Chez un certain nombre de ces

(1) PARROT. L’'abhrepsie, p. 14.

. (2) On explique la solidification de la graisse par l’abaissement de la température et l'excès d'acide palmitique dans le tissu adipeux et sous-cutané du nouveau-né : 31 p. 100 au lieu de 10 p. 100 chez l'adulte, d’après Langert (Marfan).

En ED) de

enfants, nous avons suivi jour par jour, à partir de leur entrée avec température hypothermique, jusqu’à l’époque où ils atteignaient 37°, la diminution progressive. de ces globules rouges à noyau, et nous avons pu voir qu'ils disparaissent lorsque la température est arrivée à la normale, mais sont susceptibles de faire leur réapparition si le prématuré vient à tomber malade. Nous publierons prochainement ces recherches, ainsi que celles qui concernent les modifications leucocytiqués chez ces enfants. On comprendra encore que la phagocytose, qui est un des moyens les plus puissants employés par l'organisme contre l'infection menaçante, soit chez le prématuré tout à fait rudimentaire. « Ce fait s'explique fort bien, quand on sait que les organes dans lesquels se forment les phagocytes, c'està-dire les ganglions lymphatiques, la moelle osseuse, la rate, ne présentent pas encore, chez les enfants, le parfait état de développement qui, plus tard, chez l'adulte, les rend propres, grâce à une suractivité fonctionnelle et une vive prolifération des cellules, à envoyer toujours une nouvelle masse de combattants aux endroits menacés. Certains faits font penser que deux organes qui, plus tard, perdent complètement leurs fonctions, mais qui, pendant la vie fœtale, jouent un rôle dans la formation du sang, le thymus et le corps thyroïde prennent, pendant les premières semaines de la vie, leur part de cette lutte (1). »

De cette étude physiologique rapide du prématuré sain, que faut-il retenir ?

Que ses organes inachevés ne fonctionnent pas à sa naissance d’une façon normale, et d'autant moins qu'il est plus loin du terme; que chacun de ces organes est incapable de la moindre lutte s’il vient à être envahi par les microorganismes, qu’il

(1) FiSCHL, Traité des maladies de l'enfance de Grancher, t. I.

NN

s'agisse de lappareil pulmonaire, du tube digestif, ou que les germes aient passé directement dans le sang.

De plus, du fonctionnement rudimentaire des organes résultent des combustions intra-cellulaires tout à fait imparfaites et une production de chaleur insuflisante pour permettre à la tempéature de s’élever à la, normale, le régulateur thermique ne fonctionnant que pour empêcher la déperdition du calorique, incapable qu'il est d'en augmenter la production, comme il le fait chez l’adulte.

Impuissance de chacun des organes à se défendre, d’une part; hypothermie résultant du fonctionnement imparfait de ces mêmes organes d'autre part, tels sont les deux facteurs qui vont faire de l'organisme du prématuré, bien que né de parents sains, un terrain éminemment favorable à l’envahissement des germes.

Page 1