CHAPITRE III
Formes de l’infection (1).
A. — Infections localisées.
Nous avons vu, en étudiant les portes d’entrée de l'infection chez les prématurés, que l'appareil respiratoire était, avec l’appareil digestif, la voie de pénétration la plus fréquente des germes. Les muqueuses, les épithéliums qui tapissent l'arbre respiratoire et le long tube digestif sont de vastes surfaces d'absorption au niveau desquelles la réaction phagocytaire est bien peu intense. «
Chez l'adulte, il existe à l’entrée des voies digestive et surtout respiratoire, des postes de défense avancés, capables d'arrêter au passage l'invasion microbienne : je veux parler de la muqueuse des fosses nasales et de l'appareil lymphoïde annexé au pharynx. Bien que les moyens de défense soient absolument rudimentaires chez les prématurés, il semble que la fréquence du coryza chez ces enfants plaide en faveur de lhypothèse d'une défense par phagocytose au niveau de la pituitaire, et l'examen microscopique du mucus le montre formé de nombreux leucocytes à noyau polymorphe.
Des ensemencements bactériologiques que nous avons pra tiqués dans ces cas, il résulte que le staphylocoque était le plus souvent en cause, et généralement isolé (2) : il s’agissait du
. (1) Nous ne nous occupons ici que des infections extra-utérines.
(2) Ces résultats sont conformes à ceux de Viollet (Recherches sur les moyens de défense de l'organisme contre l'infection respiratoire au niveau des fosses nasales. Th. Paris, 1900) qui, dans ses cultures, ne trouvait jamais plus d’une ou deux espèces microbiennes.
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Staphylococcus aureus. Dans d’autres cas, plus rares, nous avons trouvé le staphylocoque associé au streptocoque, et aussi le coli-bacille et le pneumocoque.
Un fait des plus intéressants à signaler, bien qu'il ne soit pas absolument nouveau, est le suivant : les ensemencements des coryzas chez les prématurés présentant des manifestations syphilitiques, nous ont toujours donné des cultures, le plus souvent pures, de bacille pseudo-diphtérique. Ces observations viennent à l'appui des constatations faites par A. Grenet et E. Lesné(1) sur des enfants nés à terme, âgés de quelques jours à un an, dont un certain nombre avaient des stigmates d’hérédo-syphilis. Ils ont trouvé dans la sécrétion des coryzas de ces enfants un bacille prenant le Gram ayant les mêmes caractères de culture que le bacille-diphtérique et tuantle cobaye à la dose de 1 centim. cube en injection sous-cutanée. Ils en ont également rencontré un autre, très difficile à différencier du précédent par sa forme ou ses caractères, mais ne tuant pas le cobaye.
De tous les enfants prématurés atteints de coryza dont nous avons examiné le mucus nasal au point de vue bactériologique, un seul est mort. Peut-être serions-nous en droit d'admettre que, chez les autres, l'infection s'est trouvée arrêtée au niveau des fosses nasales. Chez le prématuré dont nous fimes l’autopsie, il y avait de l'infection généralisée : son sang ensemencé pendant la vie avait donné sur gélose une culture pure de streptocoque ; il parait avoir succombé à l'infection broncho-pulmonaire au cours d’une septicémie. Nous retrouvâmes le streptocoque dans tous les organes. Mais ce qu'il y a de curieux, c’est que le mucus nasal ensemencé le jour de la mort nous donna une culture pure d’un cocco-bacille indéterminé. ,
Dans tous les cas de coryza que nous avons rencontrés, il s'agissait de prématurés ayant atteint la température normale,
(1) GRENET et E. LESNÉ. Présence du bacille diphtérique dans les coryzas purulents non pseudo-membraneux de l'enfant. In Arch. de médecine des enfants,
août 1898.
et l'on verra plus loin l'importance que nous attachons à ce fait.
Il est bon d'ajouter que, si nous considérons le coryza comme un moyen de défense, nous sommes loin de prétendre que le prématuré soit toujours victorieux dans cette lutte; et les microbes, partis de ce foyer, peuvent envahir l'organisme et créer une septicémie.
1° INFECTIONS RESPIRATOIRES. — BRONCHO-PNEUMONIE HÉMOR- RHAGIQUE. — Lorsqu'ils ont franchi la barrière nasale ou nasopharyngienne, les microbes arrivent au poumon et vont trouver là des conditions éminemment favorables à leur pullulation. Toutefois, dans la pluralité des cas, ce n’est pas la quantité des germes, ou même leur virulence, qui tue le prématuré, mais bien les phénomènes, je pourrais presque dire mécaniques, produits par leur. pénétration dans le poumon: de la faible résistance des capillaires pulmonaires chez les prématurés et de la congestion intense qui accompagne chez eux toute affection du poumon, il va résulter des hémorrhagies intra-parenchymateuses qui vont remplir les alvéoles, obstruer les ramifications bronchiques et réduire à bien peu de chose lorsqu'elles ne le suppriment pas complètement, le champ de l’hématose.
I s’agit, on le voit, d’une broncho-pneumonie hémorrhagique, tuant le prématuré par asphyxie.
Dans un certain nombre d'observations, cependant, où les lésions n'étaient pas assez étendues pour expliquer la mort par cause mécanique, 1l y a lieu de penser que les microbes étaient doués d’une virulence assez grande pour que les prématurés aient succombé à une véritable toxémie.
Ce sont surtout les prématurés présentant de l’hypothermie qui paraissentsuccomber à ces broncho-pneumonies hémorrhagiques ; leurs moyens de défense sont nuls et ils meurent avec une rapidité excessive: on peut même dire que la broncho-pneumonie est constante chez eux, car il n’est pas une autopsie, faite avec ensemencements bactériologiques, qui ne permette de déceler dans le poumon une ou plusieurs variétés microbiennes, alors
même que les ensemencements de tous les autres organes sont restés stériles (1). |
À ce propos, ne semble-t-il pas qu'on pourrait restreindre dans une grande mesure le chapitre de la mort par débilité congénitale ? Nous avons des observations de prématurés morts deux ou trois jours après leur naissance (2), qui auraient dû venir grossir ce chapitre de mortalité. Or, à l’autopsie, tandis que les ensemencements du sang ou des différents organes restaient stériles, le poumon nous donna des cultures de staphylocoque ou de bacterium coli et, comme lésions histologiques, de la broncho-pneumonie hémorrhagique, suffisant à expliquer la mort.
Ce qui les tuait donc, ce n'était pas la débilité congénitale proprement dite, l’inaptitude à vivre, mais bien l'impuissance à se défendre contre les toxines, ou, plus souvent, l’asphyxie résultant de l'oblitération de lappareil broncho-pulmonaire par le processus hémorrhagique.
Lorsqu'ils ont atteint la température normale, les prématurés résistent déjà un peu mieux à l’infection broncho-pulmonaire et ne meurent pas immédiatement. Il en résulte que les microbes, rencontrant une résistance au niveau du poumon, poursuivent alors leur route et, prenant la voie sanguine, s’en vont infecter tout l'organisme. La septicémie est constituée et le prématuré ne tardera pas à succomber par infection proprement dite ou par intoxication avec une rapidité plus ou moins grande, suivant le germe en cause et son degré de virulence.
Nous étudierons tout d’abord les broncho-pneumonies, mais
(1) « La broncho-pneumonie finale constitue le mode de terminaison habituelle de l'existence des nouveau-nés tarés, issus de souche infectieuse ou toxique, souvent tuberculeux, qui ne sont pas eux-mêmes, à leur naissance et par voie d’hérédité directe, porteurs du microbe pathogène en évolution chez les ascendants, principalement chez la mère. Dans de pareilles questions, il est toujours imprudent de formuler des affirmations trop éntières ; néanmoins, nous sommes tenté de dire qu’en dehors de faits assez rares, en dehors, en particulier, de quelques entérites, nous n'avons jamais constaté l'absence de ces altérations des voies respiratoires chez les enfants débilités. » CHARRIN et NATTAN-LARRIER. Journal de physiologie et de pathologie générale, n° 2, mars 1895.
(2) Voir les observations ci-après.
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nous ferons abstraction des formes qui peuvent survenir à titre de propagation ou de complications au cours des infections généralisées, à point de départ cutané (Hulot) (1), digestif (Gastou) (2), ou ombilical [Cobivolici (3), Audion (4)] et nous
ne nous occuperons
que des broncho-pneumonies isolées, de celles
qui se produisent chez les prématurés hypothermiques revêtant la forme hémorrhagique, et les tuant d'emblée sans que la généralisation des germes ait eu le temps de se faire.
Voici trois de ces observations :
Os. XXX. — Ernest S..., né le 17 mars 1899. Est apporté à l’hospice
Res :