MAR S
FIG. 11. — Henriette, née viscères.
mars 1900. Poids, Les ensemencements du liquice péricardique, eo ch du liquide péritonéal, du foie, de la rate, du
liquide céphalo-rachidien, du sang du ventricule, sont restés stériles. Seuls, les ensemencements des poumons nous ont donné des cultures pures de staphylocoque blanc.
Nous nous contentons de donner ces trois observations qui nous sont personnelles ; il en existe un certain nombre d’autres dans la thèse de Bertin (1), prises par lui-même ou communiquées par Muss y, Ch. Lévi, M. Labbé.
On peut remarquer que ces enfants sont morts les huitième, dixième, douzième jour après leur naissance, aucun d’eux n’ayant encore atteint la température normale, c’est-à-dire, d’après notre théorie, avec des organes inachevés. Ils n’ont pour ainsi
(1) BERTIN. Loc. cit.
dire pas eu le temps de faire de généralisation; le poumon attaqué n’a pu réagir et a succombé immédiatement dans la lutte. Les micro-organismes rencontrés ont été deux fois le staphylocoque (obs. XXX et XLII) et une fois le bacterium coli. Les examens bactériologiques faits par Mussy, M. Labbé (obs. XXXIX). Ch. Lévi, leur avaient donné :
DÉTÉDIDCOQUEL PULL RE a CARE LM Ur Dot does à 2 fois, SAARMIOCOQUC DUR ES AE RE a Lt 8 — Streptocoque et staphylocoque associés. ......... 6 —
On voit l'importance prise ici par le staphylocoque. Ce fait est vraiment intéressant à rapprocher des examens bactériolo- . giques que nous relatons un peu plus loin et qui ont été faits au cours des septicémies. On verra que l'infection généralisée à staphylocoques est la plus rare, tandis que ce même microbe, ainsi que nous venons de le dire, est celui qui se rencontre le plus fréquemment au cours des broncho-pneumonies hémorrhagiques des prématurés hypothermiques. :
Ce fait nous paraît venir à l’appui de ce que nous avancions plus haut, à savoir qu'il suffit de la pénétration d’un germe quelconque, banal, dans l’appareil broncho-pulmonaire du prématuré hypothermique sans défense, pour que le processus hémorrhagique se fasse et que la mort survienne rapidement, par asphyxie. |
Or, y a-t-il un germe plus commun que le staphylocoque, saprophyte ayant beaucoup plus de chances qu’un autre de se rencontrer dans les poussières, et de pénétrer dans les voies respiratoires ? Nous avons déja parlé, au début de ce chapitre, de la fréquence avec laquelle nous l’avons rencontré dans les coryzas ; ces coryzas se montrent surtout chez les prématurés ayant atteint la température normale, capables déjà de faire une réaction phagocytaire au niveau de la muqueuse nasale et d'arrêter les germes, tandis que les prématurés hypothermiques sont pour ainsi dire incapables de faire du coryza; et l’on
comprend alors que les staphylocoques rencontrés si souvent dans les fosses nasales des premiers, ne trouvant pas, chez les hypothermiques, de défense au niveau de la pituitaire, aillent directement infecter le poumon: et comme le staphylocoque acquiert, à l'hôpital, une virulence un peu particulière, il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’il détermine une réaction congestive, hémorrhagique ‘au niveau du poumon (1).
Cette virulence peut même être assez grande pour que la mort paraisse devoir être attribuée à la toxémie lorsque les lésions pulmonaires ne suflisent pas à l'expliquer.
Le staphylocoque de lhôpital, disions-nous, est un microbe un peu spécial. On sait, .en effet, que la virulence d’un germe s’exalte Par passages successifs d'individus à individus, etl’on a même fréquemment recours à ce procédé, en pathologie expérimentale, pour obtenir des toxines très actives. À l'hôpital plus qu'ailleurs ces passages sont communs, et l’on peut souvent recueillir, dans les poussières des salles, des Staphylocoques d’une virulence exceptionnelle. |
Est-il possible de diagnostiquer ces broncho-pneumonies sur le vivant, et quels sont les Symptômes auxquels elles donnent lieu ?
« On a en couveuse un prématuré, qui commence à profiter ; son échelle de poids est des meilleures ; son état général s’améliorait journellement, presque à vue d'œil : un beau jour il décline, ne prend plus le sein avec la même ardeur; ses selles toutefois restent bonnes, et il meurt sans qu'on puisse en donner la cause (2). » « Il passe sans secousse de la vie à la mort, dit
(1) On voit que nous ne sommes pas tout à fait d'accord ici avec M. Bertin, qui avait un peu trop schématisé, à notre avis, ces. broncho-pneumonies. Pour lui, les broncho-pneumonies à Staphylocoques succéderaient le plus souvent à une infection primitive cutanée: les broncho-pneumonies: À Pneumocoques où à streptocoques seraient dues à une infection primitive des voies respiratoires supéricures ; enfin les broncho-pneumonies coli-bacillaires relèveraient, en général, des infections gastro-intestinales,.
(2) PASCAUD. La couveuse artificielle chez les nouveau-nés. Th, Paris, 1898.
+ à mr TNE
Bertin, sans qu'aucun symptôme soit venu révéler l’état du poumon. » À l’autopsie, on découvre une broncho-pneumonie et pas autre chose.
Plus rarement, et lorsqu'on est au courant de ces faits, une simple modification dans la courbe de température ou de poids nous à permis de soupçonner l'affection, et l’auscultation nous la révèle : c’est tantôt une simple absence du bruit normal dans une certaine étendue ; tantôt des râles crépitants ou muqueux, à
timbre sec et sonore ; parfois, enfin, c’est un véritable souffle
avec retentissement du eri, et dans ce dernier cas on n'hésite pas à aflirmer que le parenchyme pulmonaire est induré (Parrot) (1). |
« La broncho-pneumonie chez les prématurés, dit Berthod (2), ne s'accompagne même pas de température, de sorte qu’elle est souvent confondue avec l’atélectasie. Une auscultation attentive dénote à peine un faible bruit respiratoire n’allant pas, du reste, jusqu’au caractère du souflle ; rarement on perçoit un râle éclatant et à petites bulles, si bien qu’elle reste ignorée neuf fois sur dix. »
On voit combien sont généralement frustes les symptômes locaux de la broncho-pneumonie hémorrhagique des prématurés ; la plupart du temps,on ne les recherche pas, ou bien l’on n'arrive pas à les découvrir par l’auscultation.
Les symptômes fonctionnels et généraux sont quelquefois un peu plus accusés; ils consistent alors dans des convulsions, de la dyspnée, de la cyanose, et surtout des modifications de la température et du poids; nous en reparlerons en. traitant des septicémies où nous allons les retrouver. A l’autopsie des prématurés morts de broncho-pneumonie hémorrhagique on trouve,
(1) « Affirmez la même lésion lorsque vous ne constaterez que des râles ou seulement l'absence du murmure physiologique, car ce n’est que dans des cas très exceptionnels que l’atélectasie du parenchyme avec bronchite se traduit cliniquement d’abord par des râles, puis par du souffle tubaire. » PARROT. L’Athrepsie, p. 168:
(2) BeRTHOD. La couveuse et le gavage à la Maternité de Paris. Th. Paris, 1887.
au point de vue macroscopique et histologique, des lésions un peu spéciales dont nous empruntons la description à M. Labbé (1): «Le poumon est parsemé de petits noyaux hémorrhagiques dont la grosseur varie d’une tête d’épingle à celle d’une lentille, et dont la teinte noirâtre tranche sur la couleur du reste du poumon qui est sain ou congestionné. Ces noyaux hémorrhagiques superficiels, parfois un peu saillants, prédominent aux bases.
Dans un second ordre de faits, la lésion est plus accentuée. [ne s’agit plus seulement d’un piqueté hémorrhagique, mais de véritables infarctus pouvant atteindre les dimensions d’une pièce de 50 centimes. Ils se distinguent par leur saillie, leur dureté et leur coloration noire, de la zone de congestion ou d'hépatisation rouge qui les entoure.
Ces noyaux hémorrhagiques, souvent au nombre de trois ou quatre dans un poumon, sont unilatéraux ou bilatéraux, et séparés les uns des autres par des zones de tissu sain, On les trouve surtout dans le lobe inférieur. Sur une section, ils ont une forme triangulaire, et leur sommet s’enfonce plus ou moins profondément dans le poumon.
Enfin, à côté de ces noyaux parenchymateux, on peut observer des taches sous-pleurales, de véritables ecchymoses. »
L'étude de ces lésions a été également faite par les auteurs suivants, pour lesquels on trouvera la bibliographie à la fin de cette thèse : Parrot, Peter, Joffroy, Balzer, Glenn, Demelin, Fischl, Mosny, Babès et Pop, Dungern, Finkelstein.
Des lésions de broncho-pneumonie lobulaire plus ou moins avancées se mélangent à ces lésions hémorrhagiques. Tantôt il n'ya guère que de la congestion pulmonaire, de la splénisation, tantôt 1l y a des foyers de broncho-pneumonie purulente, tantôt
(1) MARCEL LABBÉ. Ja broncho-pneumonie hémorrhagique des nouveau-nés, Bull. de la Société anatomique, janvier 1899, |
enfin, il existe une véritable hépatisation rouge et un fragment de-tissu pulmonaire excisé plonge au fond de l’eau.
Ajoutons à ces lésions des zones d’atélectasie ou d’emphysème pulmonaire plus ou moins étendues, et un engorgement des ganglions lymphatiques du hile. En résumé, la bronchopneumonie hémorrhagique des nouveau-nés est constituée par une association des lésions de broncho-pneumonie et d’apoplexie pulmonaire, souvent avec prédominance de ces dernières.
2° [INFECTIONS GUTANÉES, DIGESTIVES, OMBILICALES. — Si l'appareil respiratoire est, ainsi que nous le pensons, la voie de pénétration la plus fréquente des germes, et la bronchopneumonie la localisation la plus habituelle des infections chez ‘le prématuré, il existe néanmoins d’autres localisations qui, si elles ne sont pas toujours mortelles par elles-mêmes, sont susceptibles d’être le point de départ d'une généralisation de l'infection, d’une septicémie. Infections cutanées, digestives ou ombilicales, telles sont les trois autres localisations les plus fréquentes de l'infection après la broncho-pneumonie. Si le microorganisme est bénin, un saprophyte dont la virulence n’a pas été exaltée, l'affection est guérissable ; s’il est, au contraire, extrêmement virulent, le petit malade pourra succomber à une véritable toxémie, sans-qu’on trouve de germes autre part qu’au lieu de pénétration. Il est des cas enfin où, partis de ce point, les microbes vont se répandre dans l'organisme, en suivant le plus habituellement la voie sanguine, et tuer le prématuré par infection généralisée, par septicémie.
Nous n’avons eu que très rarement l’occasion de constater les infections cutanées chez nos prématurés, tout au moins dans le premier mois. Cela tient évidemment à ce que ces enfants sont le plus souvent amenés aux Enfant-Assistés dès leur naissance ; les soins dont ils sont alors entourés, les bains fréquents, les petits pansements occlusifs appliqués dès que se montre la moindre lésion, les mettent à l'abri de ce mode d'infection,
Ces infections cutanées existent cependant (1), mais se montrent chez des enfants mal tenus, mal nourris et, le plus généralement, sur des organismes débilités par une autre cause que la naissance avant terme. Ce sont alors les crasses de la séborrhée vulgaire, les croûtes de l’eczéma, les pustules de l’impétigo, de petits abcès cutanés et sous-cutanés, du sphacèle même ; puis le réseau lymphatique peut être envahi, il en résulte des lymphangites, des adénites, des érysipèles ; la barrière ganglionnaire peut être même forcée, et l'infection sanguine, la septicémie, se constitue (Bertin).
Si nous avons constaté souvent des troubles digestifs au cours des septicémies des prématurés, nous ne les avons pas trouvés fréquemment isolés ou pouvant être considérés comme le point de départ d'une infection généralisée. Et cela, pour la raison que nous donnions il y a un instant, c’est que nos prématurés sont des privilégiés : ils ont, pour les alimenter, d’excellentes nourrices ; les heures de tetée sont bien réglées et ils sont pesés avant et après. Leur alimentation est donc scrupuleusement surveillée et, dans ces conditions, la gastro-entérite est généralement évitée (2). Toutefois, il nous a été donné de voir des enfants prématurés amenés de la ville un certain temps après leur naissance atteints de gastro-entérite aiguë ou chronique. Pour peu que celle-ci ait duré depuis un certain temps, ces enfants se présentaient à nous avec tous les caractères de l’athrepsie décrits par Parrot (3). « La figure s'émacie; le front se couvre de rides, les joues se creusent, le menton devient pointu ; la bouche semble trop grande, les pommettes sont saillantes, les yeux s’excavent, les cornées se dessèchent, le regard est éteint et sans expression,
(1) HULOT. Znfections d'origine cutanée chez les enfants. Th. Paris, 1895. HUTINEL et LABBÉ. Contribution à l'étude des infections Staphylococciques. Arch. gén. de médec., déc. 1896.
(2) Voir DELESTRE. Des troubles digestifs chez les enfants nourris au sein, In Revue pratique d'obst. et de pédiatrie, avril 1901.
(3) PARROT. L'Athrepsie.
Voir également MARFAN, L'Athrepsie. Presse médic., 1896, n° 32, p. 189,
le masque silencieux ; l’athrepsique ne pousse qu’un cri rare, faible et monotone. Son faciès est comparable à celui des vieillards, des singes ou des avortons. Le crâne subit des modifications non moins remarquables : le cerveau s’atrophie et le liquide céphalo-rachidien diminue; aussi sent-on à travers le cuir chevelu très aminei, les os du crâne chevauchant au niveau des sutures et des fontanelles fortement déprimées. »
Nous n'insistons pas sur les symptômes locaux de ces infections gastro-intestinales ; elles sont caractérisées par des régurgitations, des vomissements, de la diarrhée ; les selles, d’abord
jaunes, mélées de grumeaux mal digérés, deviennent ensuite
vertes, semblables à des herbes hachées; parfois même elles sont bianchâtres et très fétides (Bertin).
Nous ne possédons pas d'observations d'infections ombilicales. Celles-e1 ont été bien étudiées par notre ami M. Audion (1), dans une thèse récente. D’après Audion, l'appareil ombilical serait accessible à l'infection par chacune de ses parties :
a) Le cordon, réduit à l’état de moignon;
b) La plaie ombilicale, sillon d'élimination d’abord, puis surface de cicatrisation ;
c) Les vaisseaux ombilicaux, sectionnés puis liés dans des conditions d’asepsie souvent défectueuses, au moment de l’accouchement, exposés ensuite à l'infection par le processus d'élimination du cordon, puis de fermeture-de l’ombilie, dont l’un les ouvre une seconde fois et l’autre ne les oblitère souvent que très tard.
Les microbes infectants sont nombreux. Schmolgoroff (2), cité par Audion, a trouvé au niveau du cordon ombilical les microorganismes les plus variés, non pathogènes et pathogènes : sacina lutea, bacillus subtilis, staphylococcus aureus, citreus,
(1) PIERRE AUDION. Contribution à l'étude de l'ombilic et des infections ombilicales chez le nouveau-né. Th. Paris, 1900.
(2) SCHMOLGOROFF. Les microorganismes du cordon ombilical, in ÆRevue de Hayem, juillet 1889.
albus, streptoccus pyogenes. Gobivolici (1), examinant à Baudelocque cinq ombilics sains, a’ ensemencé la gouttelette de pus que contenait le sillon d'élimination du cordon, et a rencontré le staphylocoque blanc et le bacterium coli d'Escherich.
Les facteurs importants dans l’étiologie des infections ombilicales, dit Audion, sont moins les espèces microbiennes en jeu que leur virulence et leurs localisations, les vaisseaux sanguins étant le point le plus vulnérable et aussi la localisation la plus dangereuse. Exception doit être faite pour le streptocoque et l'érysipèle, qui sont toujours très redoutables, à cause précisément de la tendance que manifeste le streptocoque, dans ces : cas, à passer dans le courant sanguin et à produire des lésions à distance : la mort survient par septicémie (2).
Au point de vue symptomatologique, il considère qu'il y a des cas très légers, n'ayant, « en apparence du moins », aucun retentissement sur l’état général; mais qu'il y a à côté de cela des infections suraiguës, donnant lieu à des septicémies rapides, dans le tableau clinique desquelles les phénomènes généraux tiennent toute la place.
Durante et Audion ineriminent comme cause fréquente des septicémies chez les prématurés, une porte d’entrée ombilicale méconnue : les altérations les plus sournoises, disent-ils, de l'appareil ombilical peuvent donner lieu à ces septicémies, et le commémoratif d’une très simple inflammation ombilicale guérie depuis plusieurs jours quand l'enfant meurt, doit être rapproché des constatations faites à l’autopsie, et peut souvent être admis à expliquer l'infection hépatique, la péricardite, la broncho-pneumonie ou linfection intestinale que l’on trouve dans ces cas (3).
(1) COoBIVOLICI. Contribution à l'étude des infections ombilivales chez le nouveauné. Th. de Paris, 1898.
(2) AUDION. Loc. cit., page 112.
(3) « Cette septicémie d’origine ombilicale expliquerait peut-être des bronchopneumonies, des péricardites légères caractérisées seulement par la présence d’une cuillerée de liquide citrin dans le péricarde, quelques lésions endocardiques que nous avons constatées et des altérations intestinales dont l’origine est souvent inconnue » (AUDION, p. 165 et 166). ‘
Parmi les lésions viscérales rencontrées à l’autopsie des prématurés morts de septicémie, ces auteurs ont donc trouvé à peu près constamment la broncho-pneumonie; mais ils ne la consi- dèrent que comme une des manifestations de la septicémie d'origine ombilicale, contrairement à nous qui pensons que, dans la plupart des cas, elle a été le point de départ de l'infection généralisée. À
Ils basent leur assertion sur la constatation fréquente de germes au niveau de l’ombilie pendant la vie, ou sur des coupes de cette région après la mort : « Souvent même, disent-ils, à l’autopsie, l'appareil ombilical ne présente rien de particulier, et la relation étiologique échappe entre ces deux ordres de phénomènes, les accidents ombilicaux et les lésions viscérales (1). »
La cause réelle de la mort, au cours de ces septicémies, est la lésion pulmonaire qui tue le prématuré par asphyxie; cela est incontestable dans la plupart des cas. N’est-il pas, dès lors, plus simple d'admettre que cette infection pulmonaire s’est faite par les voies respiratoires, largement ouvertes, nullement défendues contre l'infection, et mettant les germes en contact presque direct avec le sang qui va les porter dans les autres organes ?
D'ailleurs, pour que les observations rapportées par Audion dans sa thèse puissent avoir quelque valeur en faveur de leur hypothèse, il eût fallu que les ensemencements fussent pratiqués comparativement avec les prises faites à l'ombilie, d’une part ; et avec le sang et les différents organes et liquides de l'organisme, d’autre part. Il eût alors été possible et vraisemblable, si le même germe se fût rencontré, d'établir entre les deux une relation de cause à effet. Or, cette recherche n’est signalée dans aucune observation.
Nous pensons donc, jusqu’à nouvel ordre, que la voie pulmonaire est la plus fréquemment prise par les microbes pour pénétrer dans l'organisme, et en cela nous paraissons être
(1) AuDIoN. Loc. cit., p. 76.
d'accord avec Fischl (1) qui, parlant des infections ombilicales, s'exprime ainsi : « Si encore tout derniérement on a publié une série de cas douteux d'infection généralisée d’origine ombilicale, il n’en reste pas moins établi que, comparée aux autres modes d'infections, l'infection ombilicale est aujourd’hui un mode d’infection rare. » Cet auteur, ayant examiné en 1894 à la clinique d'Epstein 21 cas de septicémies des nourrissons, constata que le lieu d'élection où les microbes se localisent de préférence est l'appareil pulmonaire.
Dans 10 cas, l'examen fut complété par l’ensemencement du sang pris au cœur et des sucs obtenus par la trituration des organes. Il put constater que lorsque l’ensemencement des poumons donnait des résultats, les mêmes résultats étaient fournis par les autres organes : « Ce qui m’amène à dire, ajoute-t-1l, que les poumons servent le plus souvent de porte d'entrée à l'infection, du moins dans les cas que j’ai eu l’occasion d'examiner (2). » i
A côté de ces quatre localisations primitives les plus fréquentes de l'infection pouvant être l'origine de septicémies, il en est un certain nombre d’autres qui ont été signalées par différents auteurs. Citons en particulier l'infection conjonctivale rapportée par Leber et Waagemann, et dont le professeur Hutinel nous à dit avoir eu récemment une observation dans son service, et l'infection otique constamment rencontrée par nous à l’autopsie de nos prématurés (3), sans que nous soyons autorisé à en faire une localisation primitive qui nous obligerait, dans ce cas, à la considérer comme la plus habituelle.
(1) FISCHL. Traité de Grancher, p. 463.
(2) FiscEL. Traité de Grancher, p. 484, (3
3) Cette fréquence des suppurations de l'oreille moyenne dans les premiers Jours de la vie à été signalée par Richter, Hartmann, Simmonds, Gradenigo et Penzo.
te
B. — Infections généralisées. Septicémies.
Nous avons dit, que chez les prématurés hypothermiques, la pénétration des microbes dans le poumon avait pour effet habituel d’oblitérer immédiatement les voies respiratoires, en déterminant un processus hémorrhagique qui cause l’asphyxie rapide et la mort. Mais il n’en est pas toujours ainsi et, si le poumon résiste, les germes, poursuivant leur route, peuvent aller infecter tout l'organisme. C’est ce qui se passe le plus souvent chez les prématurés ayant atteint 37°, c’est-à-dire possédant des organes qui fonctionnent à peu près normalement : les microbes trouvant une résistance au niveau du poumon, vont tenter le siège des autres viscères, et, l'infection se généralisant, la septicémie est constituée.
La porte d'entrée la plus habituelle serait donc, d'après nous, la voie respiratoire ; l’infection débute par le poumon, les lésions peuvent être d'emblée assez importantes pour tuer le prématuré, sinon, les microbes envahissent tous les organes.
Les septicémies peuvent encore être, mais moins fréquemment
croyons-nous, secondaires aux autres localisations, cutanées, digestives où ombilicales, et la porte d'entrée, dans ces cas-là, est la peau, l'intestin ou-lombilic. La septicémie peut même se produire par pénétration directe des microbes dans les vaisseaux ombilicaux, assez fréquemment béants au moment de la chute du cordon chez les prématurés (Audion).
Que les microbes aient pénétré par l’une ou l’autre des portes d'entrée et qu'ils aient ou non provoqué d’abord une infection
. locale, ils peuvent, à un moment donné, se rencontrer dans tout l'organisme, constituant la septicémie.
Quelle est la voie de propagation la plus habituelle de ces germes ?
Nous avons fait, chez tous nos prématurés malades, l’ense-
mencement du sang pendant la vie ou immédiatement après la mort (1). Voici quels ont été nos résultats.
Sur {9 prématurés morts :
15 avaient des microbes dans le sang ;
4 n’en avaient pas.
Ce qui donne un pourcentage de 75,3 p. 100.
On peut ranger ces résultats en trois catégories :
1° 3 enfants dont le sang a été ensemencé seulement pendant la vie; È
2 6 enfants dont le sang a été ensemencé pendant la vie et à la mort ; je |
30 6 dont le sang a été ensemencé seulement après la mort.
Sur ces 15 infections sanguines, nous avons observé :
SÉLEPLOCOQUE ER ENTRE AS EE RER PRE 6 fois.
Colibacille ss AIO PR RE El Ste pb — SIADHVIOCOQUE RE PPS PETER ARS ERREUR 1 — Pheumocoque MAN PSE PO D 88 né nie Bacille de Pfeiffer. ....... PL RO REA rar Le MO ME RAS Colibacille et bacille de Pfeiffer... ........ EM 1 —
JIlya donc lieu de penser, en présence de ces résultats, que l'infection se propage assez communément par la voie sanguine.
Cette présence des microbes en circulation dans le sang est un des traits caractéristiques des infections chez les prématurés. Nous avons fait la même recherche sur des nourrissons nés à terme et de plus en plus âgés, jusqu’à des enfants de 4 et 5 ans, tous enfants infectés, et nous avons pu constater que cette fréquence diminuait avec une progression décroissante véritablement mathématique à mesure que les enfants avancent en âge, devenant chez ceux de 5 ans, comme chez les adultes, une véritable rareté.
Le microbe qui parait avoir été le plus fréquemment en cause
(1) DELESTRE. Les infections sanguines chez les nourrissons, in Awnales de gynécol. et d'obstétr., janvier 1901.
est le streptocoque, puis le colibacille. Nous avons, d’ailleurs,
par ensemencements faits au cours de nos autopsies, retrouvé
les mêmes germes dans presque tous les viscères et les liquides
MR 1 [' N , de l’organisme. Il est à remarquer que, dans le suc pulmonaire,
ils étaient à peu près constamment associés au staphylocoque.
Cette constatation est à rapprocher de celle que nous avons faite en étudiant la broncho-pneumonie au cours de lagrelle le, microbe le plus fréquemment rencontré était le staphylocoque. Nous nous bornons à constater ce fait, sans vouloir donner à
l’un ou l’autre de ces germes un rôle prépondérant. Dans presque
tous les cas, la mort est survenue en vingt-quatre, quarantehuit heures au maximum à partir du moment où l’on trouvait des microbes en circulation dans le sang. Nous en avons même vu mourir en cinq ou six heures, pris absolument en bonne santé.
Nous reproduisons ici cinq de nos observations. Les deux premières sont des septicémies streptococciques, l’une (obs. XXVI) chez un prématuré hypothermique (fig. 12); l’autre (obs. XL) chez un prématuré ayant atteint la température normale (fig. 13).
Les deux suivantes (obs. XLI et XXXIV) sont des septicémies colibacillaires, toutes deux chez des prématurés hypothermiques (fig. 14 et 15).
La dernière (obs. XLIV) est une septicémie pneumococcique chez un prématuré ayant atteint la normale (fig. 16).
Oss. XX VI. — Madeleine B..., née le 24 février 1899. Est apportée à la nourricerie des Enfants-Assistés le 5 mars. Elle pèse à son arrivée 1,700 gr. et sa température est de 34°. Elle paraît bien portante, prend le sein et a des selles normales. On la met en couveuse. Sa température et son poids s’agcroissent d’une façon régulière.
Le 9, le poids est de 1,780 gr. et la température de 36°,3. On s'aperçoit qu'il y a un peu de rougeur et d’induration au pourtour de l’ombilic.
Le 10, la température est restée stationnaire, maïs le poids s’est élevé à 1,800 grammes.
Le 11, la température est de 36°,4 le matin ; Le poids est descendu à 1,780 gr,
Îl y a une teinte violacée de toute la région sous-ombilicale jusqu’à la racine des cuisses. On porte le diagnostic d’érysipèle de l’ombilic.
À 5 heures du soir, l’enfant paraît très mal. Ensemencement du sang par piqûre au gros orteil. Sang noir, épais, coule difficilement ; on ne peut en recueillir qu’une très petite quantité ensemencée en bouillon et sur gélose. À donné des cultures de streptocoque pur.
L'enfant est mort dans la nuit.
L’autopsie n’a pas pu être pratiquée.
ESRBE/ [I ECEEP£ [1] S [TT dE S LS [o À À [1] £ [| Li lol PA PI et] EE] FIG. 12. — Madeleine B..., née le FIG. 13. — Victor Ch..., né le 3 f6- 24 février 1899.. Poids, 1,780 gr. vrier 1900. Poids, 2,100 gr.
Oss. XL. — Victor Gh..., né le 3 février 1900. Est apporté à la nourricerie des Enfants-Assistés le 6 février. Il pèse 2,000 gr. et sa température rectale est de 34°. On le place dans une couveuse. Son état général paraît bon. Il est mis au seïn et prend le second jour 250 gr. de lait. Selles normales. S
Accroissement régulier de la température et du poids.
Le 9 février, atteint 37°. Chute du cordon.
Le 10, sorti de couveuse. Poids 2,100 gr. Le poids continue à augmenter de 20 gr. par jour en moyenne. Tetées de 300 gr. Selles normales.
Le 15, élévation de la température à 370,4. Poids 2,180 grammes.
Le 16, la température s’élève de nouveau et le poids reste stationnaire, L'enfant tette bien cependant.
Le 16, l’enfant est pris de convulsions avec cyanose. Rien à l’auscultation. Il ne tette que 200 gr: de lait. Bains sinapisés. Frictions à l'alcool. Injection de 20 centim. cubes de sérum artificiel. Lavages d'estomac et d'intestin. La température, de 37°,4 le matin est montée à 380,4 le soir. Le poids
est de 2,200 gr., ayant augmenté de 20 gr. sur la veille, résultat probable de l’injection de sérum.
Les convulsions se répètent dans la nuit.
Le 17 au matin, temp. 360,8. Poids tombé à 2,100 gr. Il meurt à 11 heures du matin.
Autopsie faite immédiatement. Liquide citrin dans le péritoine et le péricarde. Foie gorgé de sang noir. Broncho-pneumonie gauche intéressant le lobe inférieur et la moitié du lobe supérieur. Le poumon droit paraît sain, il est seulement un peu congestionné.
Les ensemencements suivants ont été faits : liquides péritonéal, péricardique, céphalo-rachidien. Sang puisé dans le ventricule. Pulpe de foie et de : rate. Sucs des poumons droit et gauche. Liquide tympanique.
Toutes ces cultures ont donné du streptocoque pur.
Oss. XII. — K..., Berthe, née le 18 février 1900. Entre à la nourricerie des Enfants-Assistés le 19 février au matin. Pèse 1,700 gr. Température 26°. Teinte subictérique des téguments. Ne tette pas. On la met en couveuse et on la nourrit en lui donnant toutes les heures du lait maternel à la cuiller.
La température monte en deux jours à 34° et le poids à 1,720 gr. Dès le “jour de son entrée, elle a présenté des convulsions qui se répètent le 21 février. Son poids tombe à 1,620 gr. La teinte ictérique s’est accentuée. L’enfant a de l’œdème et meurt à 7 h. 30 du soir.
Autopsie faite le lendemain matin. Il existe du liquide séro-purulent dans l’abdomen. Intestin hortensia. Congestion dés bases des poumons. Ensemencements du liquide péritonéal, des poumons droit et gauche, du foie, de la rate, du sang du cœur et du liquide tympanique ont donné du bacterium coli pur. Les ensemencements des liquides péricardique et céphalo-rachidien sont restés stériles.
ES