ERA
-au-milieu des jardins.’ Il est divisé en fuaine sales se-faisant suite.
Dans la première sont placés les prématurés sains, bien portants. Ils sont en couveuse tant qu'ils ont de l’hypothermie ; mais dès qu'ils ont atteint 37° et, quel que soit leur poids, ils
sont mis immédiatement dans un berceau. |
Dans la seconde salle, que nous appelons salle des LS sont mis les nourrissons présentant de l’œdème, de l'ictère, des vomissements, de la diarrhée ; ou bien encore des enfants qui
se mettent à baisser de poids ou de bonpénaaure, sans qu'on “puisse en trouver la cause, La troisième salle est celle des infectés. On y met les nouveau-nés ayant de l’ophtalmie, de l’érysipèle, des infections cutanées, des diarrhées graves et des infections généralisées, véritables septicémies streptococciques, staphylococciques : ou <coli-bacillaires, que nous rencontrons assez fréquemment, mais qui tendent toutefois à disparaître, grâce à notre nouvelle “organisation.
La quatrième pièce est le dortoir des nourrices, car dans chaque salle il n’en couche qu’une, surveillant huit enfants environ, cela leur donne ainsi plus d’air et évite que les nourrices ne les prennent la nuit dans leur lit lorsqu'ils crient.
Les quatre salles ne communiquent pas directement, mais sont séparées par de petits vestibules.
En outre, elles sont carrelées, ce qui permet de laver chaque jour le sol à grande eau.
Dès le matin et jusqu’à la fin de la journée, les fenêtres des salles sont grandes ouvertes du côté du soleil et, si le temps le permet, tous les berceaux sont sortis et placés dans un petit
. jardin annexé à chaque salle. C’est la cure d'air, le sanatorium des nouveau-nés. »
Les bienfaits de cette organisation ne tardèrent pas à se faire sentir et la mortalité diminua dans des proportions considérables.
Nous étions même si satisfaits de nos résultats qu'au bout de
Le DOME
cinq mois nous les communiquions à la Société d’obstétrique, de gynécologie et de pédiatrie (1) en ces termes :
« Depuis le mois de mai que fonctionne notre nourricerie, nous y avons reçu 21 enfants d’un poids inférieur à 2,000 gr. et nous n’avons eu à enregistrer que trois décès. Sur ces trois enfants, l’un, du poids de 1,000 gr., nous fut amené huit jours après sa naissance avec du selérème et mourait au bout de quarante-huit heures ; le second, pesant 1,600 gr., à l’âge de trois jours avec de l’ophtalmie purulente et de l’érysipèle ; le troisième enfin, du poids de 1,900 gr., fut amené trois semaines après sa naissance avec de l'infection généralisée. Nous devons toutefois le compter dans notre statistique qui nous donne ainsi une mortalité de 15 p. 100, tandis qu'avant le mois de mai, dans notre ancien
service des nourrissons, ainsi d’ailleurs que dans la plupart.
des services de débiles, la mortalité des enfants pesant moins de 2 kilog. était de 36 p. 100. Si nous ajoutons maintenant que, sur les 18 prématurés qui ont vécu, 10 au moins nous furent amenés malades, on ne peut nier que nous ayons obtenu un beau résultat ».
Évidemment, ces résultats étaient merveilleux, mais portaient sur un trop petit nombre d'enfants. Actuellement, notre statistique compte 136 prématurés pesant 2,000 gr. et au-dessous, avec 21 morts, ce qui nous donne 15,4 p. 100 de mortalité, et
est encore très beau. À quoi sont dus ces excellents résultats ?
Aux soins presque maternels dont ces enfants sont entourés (2); à l'isolement des malades, à l'emploi restreint de la couveuse, à la cure d'air, à l’allaitement naturel et bien réglé.
C'est dans cette nourricerie, dont nous avions la direction, que nous avons pu, pendant un an, recueillir de nombreuses observations.
(1) Séance d'octobre 1899, (2) I faut rendre justice ici aux surveillantes chargées de ce service, Mlle Philo-
je
mène Blanchard et Jeanne Larroué qui soignent ces enfants avec un dévouement *
véritablement au-dessus de tout éloge.
tite
Mais il est bon tout d’abord de parler d’une difficulté à laquelle nous: nous sommes de suite heurté pour faire ce travail :
Lorsqu'un nourrisson est amené à l’hospice des Enfants- Assistés pour y être abandonné, la mère, ou toute autre personne qui l’apporte, n'étant tenue de donner aucun renseignement, il est la plupart du temps impossible de savoir s’il est né à terme ou prématurément. Notre seule ressource fut donc de faire peser à son arrivée tout nouveau-né petit ou chétif d'apparence; et lorsque son poids était de 2,000 gr. ou inférieur à ce chiffre, nous le faisions mettre immédiatement au pavillon des prématurés, à la nourricerie.
Ce poids de 2,000 gr. paraîtra sans doute arbitraire pour juger si un enfant est né avant terme, mais il nous fallait absolument prendre un chiffre d’approximation. Ce chiffre, nous l'avons emprunté au travail de M"* Henry, sage-femme en chef de la Maternité (1). |
Dans la statistique donnée par M" Henry, on peut voir que du 20 juillet 1893 au 1°’ janvier 1895, 374 enfants du poids de 1,000 à 2,000 gr. entrèrent dans le service des débiles de la Maternité; or, d'après la date approximative des dernières règles de la mère, il n’yeut jamais d’enfants à terme au-dessous de 1,800 gr. ; et, sur 106 enfants pesant de 1,800 à 2,000 gr., il n'y en eut que 6 qui pouvaient être considérés comme étant à terme, en supposant encore que la date des dernières règles donnée par la mère fût exacte (2).
Nous avons donc été amené à considérer comme né avant terme tout enfant d’un poids égal ou inférieur à 2,000 gr. D'ailleurs, la plupart de ces enfants présentaient de l’hypothermie, qui est, dans une certaine mesure, un signe de prématuration.
-(1) Le pavillon des enfants débiles à la Maternité de Paris, par Mme HENRY, in Rev: mens. des mal. de l'enfance, mars 1898.
(2) Notons en passant que sur ces 374 prématurés de 1 à 2 kilogr., il y eut 230 morts, soit 61,5 p. 100 de mortalité !
2e fi
Ce qui nous a peut-être le plus frappé au cours de nos études
sur les prématurés, c’est la facilité avec laquelle ils s'infectent. :
Malgré les soins exceptionnels dont ils sont entourés, nous avons dit qu’il mouraient encore dans la proportion de 15,4 p. 100 (1). Or il ressort de nos travaux que cette mortalité, mise autrefois sur le compte de la débilité congénitale, est, en réalité, due à l’infection, tantôt localisée à l’appareil broncho-pulmonaire, mais le plus souvent encore généralisée, créant de véritables septicémies à propagation sanguine qui tuent le prématuré avec une rapidité presque foudroyante. | | Nous devions trouver dansle terrain, c’est-à-dire dans l’étude physiologique du prématuré, l’explication de ces faits. Le
fonctionnement imparfait de ses organes, résultant: de leur
inachèvement au moment de la naissance, les met dans un état d’infériorité morbide des plus manifestes. Souvent incapables de
fournir la quantité de calorique nécessaire à leur entretien, les
prématurés sont généralement impuissants à produire la somme d'énergie suffisante pour se défendre contre les agents extérieurs et en particulier contre les microbes.
A cette cause de moindre résistance peut venir et vient fréquemment s’en ajouter une autre : c’est la tare héréditaire, souvent provocatrice de cette naissance avant terme, et qui, marquant toutes les cellules de ce petit organisme d'un sceau
indélébile, les frappe d'inertie et d’impuissance, diminuant ainsi
sa résistance déjà si faible.
Désarmé pour la lutte le prématuré va, dès sa naissance, être
la proie de tous les germes morbides qui l’entoureront, le harcè- | leront, feront le siège de cette faible citadelle, jusqu’à ce qu'ayant:
(1) Fous les observateurs ont remarqué que les avortons, quelque vivaces qu ‘ils.
fussent au moment de leur naissance, résistaient mal aux influences morbifiques . M. Bouchaud attribue à cette circonstance une grande part dans la mortalité des nouvéau-nés. « À la Maternité, dit-il, le nombre de naissances prématurées est consi-
dérable, puisqu’en 1863, on en a compté 641 sur un total de 1 ,%61 ; aussi la mortalité.
est-elle énorme, ‘et sur 332 enfants qui ont succombé cette. Annee 205, n'étaient pas nés à terme. » (PARROT. L’athrepsie, p.377) © 4 2, 0 à