INTRODUCTION
Cette étude a pour but de combler une lacune et d'étudier d'une manière plus complète que cela n'a été fait jusqu'à ce jour la forme chronique de l'invagination des intestins.
Deux faits curieux qu'il m'a été donné de rencontrer pendant mon internat dans le service de mon excellent maître, le D"" Archambault, ont frappé mon esprit et m'ont conduit à rechercher ce qui a été écrit sur cette forme souvent méconnue de l'intussusception. J'ai été surpris de ne trouver dans les ouvrages que j'ai consultés à ce sujet rien qu'une simple mention de faits qui sont cependant loin d'être exceptionnels, puisque j'ai pu en réunir plus de cinquante. CeJu m'a décidé à rapprocher ces observations pour en faire une étude d'ensemble.
J'aurais pu intituler ce travail « Etude sur l'Invagination simple ou non compliquée d'étranglement. » Ainsi aurait été signalée dès le début la confusion faite, à mon sens,
entre l'invagination et l'invagination étranglée. Ainsi j'aurais également pu exprimer l'idée que l'intussusception est un déplacement de l'intestin, comparable sous plusieurs rapports à une hernie et susceptible comme elle, tantôt d'exister pendant un temps plus ou moins long sans menacer directement la vie, tantôt de présenter des symptômes d'occlusion et d'étranglement.
Ce titre aurait eu néanmoins l'inconvénient de trop restreindre le sujet; les observations réunies ici n'offrent pas une uniformité assez grande pour qu'on puisse les comparer à ce seul point de vue, et l'étranglement, pour tardif qu'il ait été en général, a cependant eu lieu dans nombre de cas. D'autres raisons s'opposent à ce qu'on accepte d'une façon trop absolue l'anfilogie qui existe entre l'invagination et la hernie ; telles sont : la gravité bien plus grande de la première qui doit presque fatalement aboutir à la mort, sa réduction difficile et exceptionnelle, l'extrême fréquence, enfin, de la coïncidence de l'étranglement avec sa production. Malgré cela, je crois que cette manière d'envisager la lésion offre quelque intérêt et une exactitude suffisante au point de vue de la pathologie générale.
« Les cas curieux que nous venons de rapporter, » disait Lobstein, en parlant de faits d'invagination, « semblent constituer une sorte de hernie interne ; la portion d'intestin invaginée représente l'intestin déplacé ; celle dans laquelle il s'invagine forme une sorte de sac herniaire ; l'anneau est figuré par le point où s'opère l'étranglement » (1).
En transportant dans le domaine de la clinique , la comparaison anatomo-pathc)logic[ue que fair.ait Lobstein, j'établirai d'abord que l'étranglement est loin d'être toujours, comme il semble le croire, un phénomène contem-
(1) Traité d'anatomie pathologique. Strasbourg, 1829-1833, vol, I. p. 149.
porain de la production de l'invagination. Bien plus, l'étranglement peut manquer complètement, à quelque pé-. riode que ce soit de la maladie. C'est même là un cas fréquent dans la marche chronique que je vais décrire et où la mort succède souvent à des accidents de rétrécissement intestinal et à des troubles de la nutrition qui peuvent simuler une maladie constitutionnelle.
On peut voir, d'après ce qui précède, que les mots d'invcigination intestinale, devraient signifier, non plus une forme d'étranglement interne ou d'occlusion des intestins, mais une lésion, ordinairement accompagnée, il est vrai, ou suivie à bref délai des symptômes de l'étranglement, mais pouvant n'y donner naissance qu'au bout d'un certain temps ou même ne les jamais produire.
Bien que j'aie surtout pour but dans ce travail l'étude clinique de l'invagination intestinale à forme chronique, il me serait difficile de ne parler que d'elle, et les observations de cas aigus, sur lesquelles j'aurai plus d'une fois à m'étendre, serviront à élucider le sujet.
Le premier chapitre sera consacré à un exposé très-bref Divisions, des travaux qui ont touché, bien légèrement il est vrai, à cette variété de l'intussusception. On s'étonnera peut-être de me voir donner de si longs développements au chapitre de l'anatomie pathologique. Les divers déplacements et les lésions anatomiques qui les suivent ne diffèrent, en effet, que par des points de détail dans les formes aiguë et chronique, et leur étude a été faite d'une façon magistrale et complète dans le remarquable mémoire de M. Besnier (1). J'ai considéré cependant que les particularités qui sont à signaler prennent de l'intérêt par leur rapprochement avec les faits ordinaires ; de plus, ces détails anatomiques, assez
(1) Des étranglements internes de l'intestin. Mémoire couronné par l'Académie de médecine, 1860.
compliqués, sont en général, je crois, peu familiers à l'esprit, et leur exposé assez complètement achevé dès le début me dispensera d'avoir à y revenir avec détail à propos de chaque observation.
L'étiologie et la physiologie pathologique formeront un chapitre dont la longueur sera excusée si l'on songe à l'obscurité des faits et aux controverses auxquelles ils ont donné lieu ; je ne pouvais non plus ici m'occuper exclusivement des formes lentes. Les chapitres qui ont trait aux symptômes, à la marche et au diagnostic représentent le point capital de cette étude. J'ai dû, dans les pages consacrées au traitement, tenir compte des méthodes employées à l'étranger et donner surtout une large place à la discussion des indications de la gastrotomie. Enfin, l'étendue de ce travail m'a paru nécessiter, sous forme de conclusions, le court résumé des principaux faits qui doivent en ressortir.
Tel est le sommaire de la première partie de cette thèse. Dans une seconde partie, j'ai placé le résumé des nombreuses observations sur lesquelles elle est édifiée et quelques tableaux statistiques qui n'ont pas encore été traduits en français.
Je ne veux pas terminer cette entrée en matière sans remercier chaleureusement mes deux chers amis et collègues, G. Decaisne et A. Lapierre, le premier pour les traductions allemandes qu'il a faites pour moi avec une complaisance inépuisable, le second pour l'excellent dessin qu'on trouvera reproduit à la fin de ce travail et qui aidera beaucoup à suivre les descriptions anatomiques.