‹ Étude sur les kystes de l'ovaire interligamentairesChapitre 11 sur 52 · I. — Ovaires surnuméraires · texte numérisé non relu

I. — Ovaires surnuméraires

I ny a pas longtemps que la question des ovaires surnuméraires préoccupe les gynécologistes ; quelques savants avaient déjà pressent, par analogie avec la multiplicité des testicules chez l'homme, la possibilité de la pluralité des ovaires chez la femme ; mais ils rmanquaient généralement de moyens d’exploration suffisants. Geoffroy S' Hilaire (1) disait n’avoir jamais rencontré aucun cas d'augmentation du nombre des ovaires et admettait cependant la probabilité du fait. C'est Puech (2), le premier en France, qui rapporta une observation qu'il devait à von Grohe; ce cas fat observé en Allemagne après une grossesse péritonéale, en 1873. Beigel (3), en Allemagne, convaincu de la présence fréquente des ovaires surnuméraires, les rechercha dans 500 autopsies et en constata 23 fois la présence. Il les décrit comme de petits corps clandulaires que l'on rencontre le plus souvent sur le bord de l'ovaire et sur le ligament large, offrant, par rapport à ce dernier, la même disposition que l'ovaire, c'est-à-dire n'étant recouverts que par une couche épithéliale. Comme ils sont fort petits, du volume d’un pois à celui d’un grain de chénevis, il est facile de comprendre pourquoi ils échappent souvent à la vue. De Sinéty (4) croit, d'après ses recherches, qu'on trouve des ovaires surnumé-

(1) Geoffroy S' Hilaire. — Hist. des anomalies de l'organisation, Paris, 1882. » AE PART

(2) Puech. — Hist. des anomalies de l'ovaire. Paris, Savy, 1873, p. 37.

(3) Beigel. — Path. Anatomie der Weibi. Unfrucht. Brunsweich, 1878.

(4) De Sinéty. — Traité pratique de Gynécologie, p. 866.

raires cinq fois sur 100 autopsies. Que ces proportions soient ou non d'une rigoureuse exactitude , elles nous prouvent néanmoins que les anomalies ne sont pas rares en ce qui concerne les ovaires. Sur trente-deux examens que nous avons pratiqués attentivement à la salle des autopsies de l'hôpital civil, nous n'avons pu trouver un seul cas d’ovaires surnuméraires ; le nombre de nos recherches est trop restreint pour que nous puissions en tirer une conclusion.

S'il est aisé de découvrir les ovaires surnuméraires à l’autopsie, il est plus difficile de les constater surle vivant, quoi qu'en dise Olshausen. Il est aussi très rare de pouvoir les surprendre en évolution pathologique. Généralement, on a de la peine à reconnaître les ovaires dégénérés des néoplasmes qui se sont développés à leurs dépens. Combien ne sera-t-il pas plus difficile de trouver de petits ovaires du volume d’un pois à la base d'un kyste volumineux ? Nous avons pu recueillir huit cas où des dégénérescences ont été constatées sur des ovaires multiples. Puech en cite trois cas dans son premier mémoire, nous ne les rapporterons pas ici ; dans un travail qu’il publiait en 1879 dans les annales de gynécologie (1), il! passait en revue plusieurs autres observations signalées dans les ouvrages allemands.

Kœæberlé (2), en 1878, annonçait, qu'après une opération, il avait trouvé, du côté droit, un petit ovaire surnuméraire parfaitement caractérisé au point de vue histologique, situé à l'extrémité interne de J'ovaire principal dont il était nettement séparé. Olshausen (3) rapporte un cas de Klebs. L'ovaire, du côté droit, était, dans ce cas, divisé en 2 parties égales par une bandelette qui était absolument constituée comme le ligament ovarique. Dans ces deux parties, on ne trouvait que des ovules rudimentaires.

Enfin, Olshausen, dans le travail que nous venons de citer, relate une observation que nous allons résumer, à cause de l'intérêt qu'elle présente. Chez une enfant de 10 ans, ce chirurgien constata une énorme tumeur abdominale qui donnait au ventre de la petite malade la forme de celui d’une femme gravide. La tumeur fut extirpée: elle était divisée en plusieurs loges et avait l'aspect d'un kystome multiloculaire, à parois très minces et très fragiles. Elle

(1) Puech. — Annales de Gynécologie, 1879, p. 74. (2) Kæberlé. — Dict. de méd. et de chir. pratiques. T. XXV, p. 499. (3) Olshausen. — Handbuch der spec. chir. Pitha et Billroth, p. 12. .

lo —

adhérait au bord postérieur de l'utérus, en arrière du ligament de l'ovaire par un pédicule de la grosseur du pouce. L’enfant mourut, et, à l'autopsie, on trouva les deux ovaires à leur place, mais enveloppés par des travées conjonctives épaisses. Comme l'examen histologique avait parfaitement prouvé l'origine ovarique du néoplasme, force était bien de considérer ce dernier comme ayant pris son origine dans un ovaire surnuméraire détaché peut-être par un processus péritonitique de l’ovaire gauche lui-même.

Winkler (1), de Dresde, reconnut, dans le cours d'une ovariotomie, la présence de trois kystes distincts les uns des autres et les extirpa. À l’autopsie, il trouva que l'ovaire surnuméraire, qui était à gauche, avait la structure d'un ovaire normal. L'examen microscopique fait par Birch-Hirschfeld, confirma cette idée.

Spencer Welis raconte aussi qu'il trouva trois ovaires dans une ovariotomie.

Winckel (2) a eu l'heureuse fortune de rencontrer un kyste développé sur un ovaire surnuméraire du côté gauche. L'auteur en donne une superbe figure dans son ouvrage ; on remarque que la tumeur s’est développée manifestement en arrière du ligament large et non dans son intérieur, mais il n'est pas douteux que ce dernier cas eût été possible. Dans cette observation, on trouve que l'ovaire accessoire, en raison de sa dégénérescence kystique, est plus volumineux que l'ovaire normal; il mesurait 3 cent.5 de long sur? cent.5 d'épaisseur. L’implantation de cet organe supplémentaire avait lieu au niveau du parovarium, et il n’est pas douteux qu'un examen peu attentif eût pu faire croire à un kyste de l'organe de Rosenmüller; les erreurs de ce genre sont assurément fréquentes.

En 1878, Kocks (3), de Bonn, présentait au congrès de Cassel une préparation fort intéressante et qui justifie, à l'avance, les considérations que nous allons émettre tout-à-l'heure.

On pouvait y voir deux ovaires normaux disposés comme d'habitude, de chaque côté de l'utérus, mais on remarquait surtout à gauche, et à une distance de 2 centimètres de l'ovaire de ce côté, un ovare surnuméraire enclavé dans le ligament large. On voyait à sa superficie un follicule de Graaf récemment rompu; sa lon-

(4) Wink!'er. — Arch. f. Gynœk. 1878. XIII, p. 276. (2) Winckel. — Path. der Weïbl. Sex. organe. 1878. V, lief. p. 142. (3) Kocks. — Arch. f. Gynœk. T. XV, p. 149.

Page 1