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II. — Cette tumeur cérébrale est-elle de nature hydatique

On sait combien sont variées les tumeurs cérébrales ; sans les énumérer toutes ici, nous voyons, d’après la statistique d’Allen Starr, que les gliomes, les sarcomes et les kystes en constituent les trois catégories qui sont le plus souvent observées chez les enfants.

Cliniquement, il n’y a pas de symptômes propres de telle ou telle tumeur cérébrale ; aussi conçoit-on, qu’il est presque toujours difficile, pour ne pas dire impossible, d'affirmer la nature du néoplasme. Essayons cependant de faire ressortir par quel ensemble de signes nous pouvons penser à l’existence d’un kyste hydatique de l’encéphale.

En faveur de l’échinococcose cérébrale, les auteurs remarquent que le kyste évolue chez des enfants dont l’état général était excellent ; ils n’ont aucun antécédent pathologique soit héréditaire, soit per-

sonnel, et l’on recherche en vain les stigmates de la syphilis et de la tuberculose.

Rien de particulier à dire sur le mode de début de la maladie, il est ordinairement celui de toutes les tumeurs cérébrales, et nous avons assez insisté sur ce sujet pour ne plus y revenir.

L'évolution, le plus souvent, est lente, progressive ; Westphall insiste sur l’absence des douleurs pongitives, l’intermittence des symptômes qui apparaissent par crises paroxystiques, avec périodes de rémission.

D'une manière générale, les signes d’hypertension intra-cranienne s’observent rapidement à un degré d’accentuation marquée.

La fréquence des troubles intellectuels, de l’aphasie, le caractère diffus des symptômes de localisation, les mouvements choréiformes, l'intensité des troubles oculaires, la possibilité d’éruptions cutanées, les paralysies directes, la constatation d’une tumeur fluctuante, pulsatile, douloureuse, dont la percussion dénote une sonorité spéciale : tels sont les signes qui par leur ensemble militent en faveur de l’échinococcose cérébrale.

Sans doute, les troubles intellectuels, l’aphasie, peuvent faire défaut, comme on peut les observer d’ailleurs dans d’autres tumeurs cérébrales. Cranwell et Vegas insistent avec raison sur le caractère diffus des Symptômes de localisation, mais là encore, on peut le rencontrer dans certains cas de tuberculose cérébrale et de gliose encéphalique.

Les mouvements choréiques, les éruptions cutanées, les paralysies directes sont susceptibles de nombreuses exceptions.

En résumé, chacun de ces symptômes n’a pas de valeur pathognomonique, c’est leur réunion qui permet de soupçonner l'existence d’un kyste hydatique cérébral.

Plus précieux, croyons-nous, sont les renseignements fournis par les signes physiques.

Les déformations craniennes, en effet, lorsqu'elles existent, prennent ici une importance telle, qu’elles

-vont singulièrement préciser le diagnostic. L’augmen-

tation générale du volume du crâne, l’asymétrie, l’écartement, la mobilité des sutures, l’apparition d’une saillie, d’une bosse, qui se voit sur le crâne rasé ; la dépressibilité au doigt de la partie saillante avec bruit parcheminé, la sensation de battements de la tumeur, quelquefois visibles, la percussion qui donne un son clair, tympanique : tels sont les signes sur lesquels insistent particulièrement les auteurs américains.

Il ne faut pour cela pas exagérer l'importance de ces symptômes : les kystes hydatiques ne sont pas seuls à user les parois du crâne et venir faire saillie à l'extérieur ; la même éventualité a été signalée pour le cancer, la tuberculose, les cysticerques du cerveau, avec cette différence, toutefois, que la tumeur ne rendait pas à la percussion le son clair, tÿmpanique, qui serait spécial au kyste hydatique.

Enfin, le diagnostic s’affirmera d'autant mieux

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que, peut-être, dans quelques cas, on aura la possibilité de constater la coexistence d’un kyste hydatique d’un autre viscère, par exemple, le foie (Becquerel, Risdon, Bennet, Guérineau, Mauthner, Morgan, H. Vegas, Guesnard), le poumon (Becquerel, Morgan, H. Vegas), la rate (Guérineau), etc. Mais ces faits sont plutôt exceptionnels, si l’on veut bien se rappeler que, dans la majorité des cas, les kystes hydatiques du cerveau sont primitifs.

Notons aussi que quelques observations (Mudd, Steffen, Estévès, Morquio, Kolbe) mentionnent l’habitude des enfants de jouer avec les chiens! C’est une indication qui a sa valeur.

Il est intéressant de faire connaître ici l'opinion de Cranwell et H. Vegas sur le diagnostic des kystes hydatiques du cerveau chez les enfants : &« Le syndrome qui s’y rencontre rend possible le diagnostic de tumeur cérébrale et le diagnostic approximatif de la localisation; mais contient-il des symptômes particuliers qui permettent de distinguer le kyste des autres tumeurs ? Nous croyons que non, mais, dans un pays comme le nôtre, où abondent les kystes hydatiques, et où les tumeurs encéphaliques d'autre nature sont rares, il est possible dans beaucoup de cas, de poser un diagnostic de probabilité. Effectivement, s’il se présente à nous, un enfant de huit à quinze ans, venant d’une région où les kystes sont fréquents, avec une affection qui date de quatre à six mois, un bon état général; s’il offre comme symptômes prédominants, de la céphalalgie, des

vomissements, des convulsions, des perturbations motrices ; si, en l’examinant, nous notons une hémiplégie, accompagnée ou non de paralysie faciale, de névrite optique, etc., et si en plus nous constatons qu'en un point déterminé du crâne, il y a un soulèvement limité, au sommet duquel on perçoit une sensation parcheminée, nous pouvons faire le diagnostic de kyste hydatique cérébral, avec moins de crainte de nous tromper, s’il y a des kystes hydatiques en d’autres régions. » Ajoutons que pour ces auteurs, la céphalalgie localisée à une moitié du crâne, la percussion douloureuse à ce niveau, la sensation parcheminée, et le bruit spécial de la percussion sont des signes de valeur qui existeraient même dans les cas où les kystes sont éloignés de la paroi, par exemple, les kystes ventriculaires.

Quant à l'examen du sang, la recherche de l’augmentation des éosinophiles, nous savons déjà ce qu’il faut en penser, il a son utilité, mais il ne faut pas lui accorder une valeur considérable, puisque ses résultats sont infidèles.

Faut-il tirer quelque enseignement de la ponction lombaire ?

L'examen du liquide céphalo-rachidien retiré par la ponction lombaire ne paraît pas jusqu'ici éclaircir le diagnostic du kyste hydatique. Si l'hypertension du liquide indique des signes de compression intracranienne, l'examen n’y décèle aucun élément figuré. Sabrazès a bien rapporté un cas de Paul Jacob, concernant une femme de quarante-quatre ans, chez qui

la ponction lombaire ramena, les deux premières fois, un liquide jaune clair, riche en acide succinique et chlorure de sodium et contenant des crochets, la troisième fois on ne trouva plus de crochets. Mais il n’y a là, semble-t-il, rien de très concluant; ne s’agirait-il pas plutôt d’un kyste hydatique du rachis ?

Enfin, les Américains ont cherché à utiliser les rayons Rœntgen pour le diagnostic des tumeurs cérébrales. C’est ainsi que Curch et Fuchs ont obtenu sur une radiographie une ombre en rapport avec une tumeur du cervelet. Il semble que les tumeurs solides se manifestent sur les épreuves radiographiques par des taches sombres et les kystes par des taches claires.

Il est à peine nécessaire d’ajouter que le diagnostic du kyste hydatique cérébral n’est faisable avec les diverses tumeurs parasitaires qui peuvent siéger dans l’encéphale, par exemple, le cysticerque, que si, dans ce dernier cas, on constate la présence d’un tænia solium dans l'intestin. En définitive, nous voyons les difficultés du diagnostic du kyste hydatique cérébral chez l'enfant. Les auteurs argentins, qui ont bien étudié la question, reconnaissent que la tâche leur est rendue plus aisée, grâce à la fréquence de la maladie hydatique dans leurs régions (Cranwell et Vegas). Il n’en est pas de même dans nos contrées, et il ne nous est guère possible de nous prononcer aussi nettement.

Etudions maintenant les symptômes dits de localisation, c'est-à-dire en rapport avec le siège du

kyste, point important pour l'intervention chirurgicale

IT. — Diagnostic du siège du kyste hydatique cérébral

Nous considérons les symptômes de localisation selon que le kyste occupe les os du crâne, les méninges ou l’encéphale.

En ce qui concerne les deux premières variétés, nous serons forcément bref, elles sont rares et, en outre, il est impossible de les différencier cliniquement.

1° Xystes hydatiques des os du crâne. — Ces kystes peuvent siéger à la voûte ou à la base. Ils sont rares.

Les premiers semblent se manifester précocement par des signes physiques.

Les seconds occasionneraient assez rapidement une vive céphalée, des vomissements, des troubles oculaires, de l'œdème de la face. Odile, dans sa thèse, a particulièrement étudié les phénomènes de compression qu'exerce le kyste sur tous les nerfs craniens, selon le siège qu’il occupe. Parmi les nerfs le plus fréquemment atteints, le nerf optique et les nerfs moteurs de l’œil tiennent le premier rang, conséquence de la localisation des kystes à l'étage moyen de la base du crâne.

> Kystes hydatiques des méninges. — (C'est habituellement, nous l’avons vu, la dure-mère qui

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est intéressée. D’après Gerhardt ces kystes se manifesteraient par une céphalée particulièrement intense, des paralysies croisées frappant les membres ou tel nerf cranien. Hara dans un de ces cas signale un æœdème du cuir chevelu.

3 Xystes hydatiques du cerveau. — Nous examinerons successivement les principales régions inté- ressées.

Le kyste hydatique de la région frontale, localisation d’ailleurs assez fréquente, se traduit plus spécialement par un état de torpeur assez marqué ; le petit malade est apathique, perd la mémoire, est inapte au travail, puis des troubles mentaux apparaissent avec les signes de compression, des convulsions généralisées, quelquefois des crises d’épilepsie jacksonnienne (Estévès, H. Vegas), de l’aphasie, des altérations de l’odorat.

Si le kyste occupe la région rolandique, c’est à peine si le syndrome clinique a ouvert la scène, que les troubles moteurs font leur apparition, apparition d’ailleurs si rapide, qu’ils le précèdent quelquefois, ce sont des convulsions généralisées, des crises d’épilepsie bravais-jacksonnienne, siégeant dans les membres du côté opposé à la lésion, crises à forme hémiplégique. On notera également des paralysies d’abord flasques, puis bientôt spasmodiques, affectant la forme hémi ou monoplégique. Si le kyste occupe la partie inférieure de la région rolandique, on peut observer de l’aphasie motrice partielle ou totale, de l’anesthésie partielle. Toutefois, il est dif-

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