CHAPITRE VII
Evolution et Pronostic
Rien de plus variable que l’évolution du kyste hydatique cérébral ; les observations que nous reproduisons le montrent bien. « Un individu peut avoir dans le cerveau une tumeur grosse comme une orange sans présenter aucun symptôme pendant la vie, il arrive aussi parfois que des tumeurs cérébrales très volumineuses ne produisent de symptômes que quelques jours avant la mort; ces accidents tardifs éclatent alors avec violence et le malade meurt dans les convulsions ou le coma. » (Hammond.)C’est qu’en effet des hydatides de volume énorme peuvent ne manifester leur présence par aucun signe, alors que d’autres beaucoup moindres ont un retentissement d’une soudaineté inouïe. Il est possible dans ces cas que la tumeur qui grandit lentement laisse en quelque sorte aux centres nerveux le temps de l’accoutumance, aussi les accidents de compression sont-ils à peu près nuls. Par contre, des hydatides petites, mais qui ont un accroissement rapide, provoquent
des phénomènes brusques, les compensations ne pouvant s'établir. Dans la majorité des cas, le kyste évolue avec tout le cortège symptomatique, que nous connaissons bien, plus ou moins au complet.
Dans une première phase de la maladie, la tumeur enfermée dans le cerveau ne se manifeste que par les signes fonctionnels de compression. Dans une deuxième phase, elle tend à s’accroitre, à gagner la surface du cerveau, perforer les méninges, user les parois osseuses : elle devient ainsi extracranienne, donnant lieu aux signes physiques dont nous avons parlé longuement.
Il est intéresssant aussi de signaler que contrairement à ce qui se passe dans les autres viscères, le kyste hydatique cérébral ne se rompt jamais, c’est qu'il est parfaitement protégé par la boîte cranienne et ainsi à l’abri des traumatismes. Une observation d’un jeune malade de Berncastle mentionne bien que « quelque chose se rompit intérieurement, il y eut issue de matières par l'oreille gauche, l'enfant fut soulagé ». À l’autopsie on trouva un kyste de la grosseur d’une orange, mais il n’est nullement spécifié que ce kyste se soit rompu.
Hormis le cas exceptionnel de Moulinié, dans lequel la tumeur s’est ulcérée spontanément, donnant issue à un mélange de pus et d’hydatides a céphalocystes et amenant la guérison de la malade, l’évolution du kyste hydatique du cerveau est abso-
lument fatale, la mort en est toujours la terminaison
à plus ou moins longue échéance.
Habituellement le sujet succombe dans le coma, (Steffen, Parrot, Morrah, Headington, Faton, Becquerel, Foucault, Guérineau, Réer) ; quelquefois il meurt dans une syncope (Estévès, H. Vegas), ou au milieu de convulsions (H. Vegas). Dans un cas de Tonnelé où les symptômes de tumeur avaient été à peu près nuls, lesujet mourut de pneumonie ; à l’autopsie on trouva un kyste hydatique.
Enfin, quelques cas relatent la mort subite ; celui de Yates concernant un jeune sujet de dix-neuf ans, un autre de Martinet concernantun adulte, qui durant les deux jours qu'il passa à l'hôpital, ne présenta aucun signe de tumeur de l’encéphale, il mourut subitement et, à l’autopsie, on le trouva atteint d’un kyste hydatique du cerveau.
Quelle est la durée de la maladie ?
Elle est très variable ; nombre d'auteurs avec Davaine ontinsisté sur la lenteur avec laquelle évolue un kyste hydatique : plusieurs mois, quelquefois plusieurs années. Mais, hâtons-nous de le dire, ce caractère n’est nullement particulier au kyste hydatique, on peut le revendiquer pour beaucoup d’autres tumeurs encéphaliques. D’après Baginski, le développement du kyste hydatique serait plus lent que celui du cysticerque. On l'a vu durer deux ans (Headington), trois ans (Guérineau), plus de quatre ans (Estévès, Faton), même six ans dans un cas de Chisholm. Parfois aussi l’évolution est beaucoup plus courte, neuf mois (Morgan), huit mois (Parry Davenport}, rois mois dans le cas de Rodust et chez notre
malade, deux mois seulement chez celui de Bristowe. Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que chez les jeunes sujets de Parrot, Bulnheim et Tonnelé les kystes restèrent latents jusqu’à la mort,