‹ Étude sur les mémoires de Philippe de CominesChapitre 12 sur 15 · lossaire · texte numérisé non relu

lossaire

Dans les Mémoires de Gomines, od retrouve encore bien des mots qui, aujourd'hui, ont disparu de la langue; de plus, on en trouve qui sont employés dans un sens qui n*est plus usité, ou bien dont remploi n*est plus le même qu'à Tépoque où vivait Comines. Ces mots on les trouvera dans ce glossaire rangés par ordre alphabétique.

Abusion s. fém. erreur, fraude. Ce mot ne s*est pas conservé dans la langue moderne. — Ex. Mais disoit qu'il croyoit que ledit Glerieux ne le diroit pas si ses seigneurs ne luy eussent dit: ce qui confirmoit Tabusion. VIII, 23.— VUI, 26.

Accorder à (s*), consentir à. Dans le Die. de TAc. cet emploi du verbe accorder n'est pas indiqué; cependant M. Littré en donne plusieurs exemples, tirés des auteurs du dix-septième siècle. — Ex. Finalement le duc s'y accorda. Il, 14. — II, 15. V, 8. Vin, 10.

Accoustrer v. a. armer, équiper. Dans la langue moderne, ce verbe ne s'emploie que par moquerie. — Ex. Car il n'y avoit que les Bourguignons, qui n'estoient point si bien accoustrez que ceux de dedans Paris. I, 8.— I, 9. II, 8. VIII, 16.

Accoustumer v. a. Avoir accoustumé qqch^ s'être accoutumé à qqch. Dans la langue moderne, le verbe accoutumer ne s'emploie de cette manière que lorsque un infinitif en est le complément. — Ex. Il avoit ja accoustumé ses aises et ses plaisirs. III, 5. —

vm, 7.

Accroire v. a. donner à crédit. Aujourd'hui, ce verbe est usité seulement à l'infinitif et avec faire dans le sens de faire croire ce qui fCeat pas vrai. — Ex. Trois compagnons de ladite ville, . . ., vindrent à un tavernier, . . ., prier qu'il leur accreust un escot IV, 3.

Acertener v. a. assurer. Il paraît que ce verbe, qui a disparu de la langue, n'a pas été employé dans la langue d'oïl. Burguy (III, 64.) donne le verbe acerterf en ajoutant que Marot, qui est

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postérieur à Gomioes, emploie le verbe o/cerUxiner, — Ex. Le Roy estoit bien acertené de la ville de Peronne. V, 13. — V, 10.

Adextre adj. adroit. Ce mot est de rancienne langue. — Ex. Et n*ay point souvenance d'avoir veu un plus sage gentilhomme ne mieux adextre pour conduire grandes matières. Y, 15.

Admonester v. a. conseiller. Selon TAc. on ne fait plus usage de ce verbe, qui, dans le style de palais > a été longtemps employé dans le sens de faire des remontrances. — Ex. Et dit audit héraut plusieurs autres belles raisons, pour admonester ledit roy d'Angleterre de prendre appointement avec luy. IV, 5.

Adonques adv. (Voyez p. 14.)

Adouber v. a. accommoder. Aujourd'hui, ce verbe n'est plus employé que comme un terme du jeu de trictrac. — Ex. Luy fust adoubée sa playe qu'il avoit au coi. I, 4.

Adresser v. a. conduire, donner avis. Ce verbe, qui, dans l'ancienne langue, avait plusieurs significations, s'emploie aujourd'hui dans un sens plus restreint. — Ex. Le duc de Milan, . . ., escrivit à son ambassadeur, . . ., qu'il me tint compagnie, et m'adressast (=3 conduisît) VU, 18. — Au départir dis à monseigneur le prince d'Orange, . . ., que si je commençois rien, je luy addresserois. Vm, 16.

Adressant adj. adressé. Cet adjectif était surtout d*usage dans l'ancienne administration. — Ex. Lors luy requist derechef ledit Glaret qu'il luy baillast seulement une lettre de trois lignes, adressante au Roy. VI, 2. — II, 9. IV, 1.

Ad viser v. a. juger, résoudre. Ce verbe, qui est écrit aujourd'hui aviser^ ainsi qu'il Ta été dans la langue d'oïl, n'est plus employé dans aucune de ces deux significations différentes. — Ex. Aucuns adviserent qu'il seroit bon de renvoyer une partie de l'armée. II, 10. Dés que le Roy sceut le partement dudit connestable, il advisa d'y donner remède et pourvoir que ledit connestable ne pût recouvrer l'amitié du duc de Bourgogne. IV, 12.

Affaire s. m. Chez Gomines, de même que dans la langue d'oïl, ce substantif est du genre masculin. — Ex. Mais mes affaires avoient esté tels. VIII, 9. — V, 2. V, 16. VI, 9. etc. — Cependant, nous avons trouvé un passage où il est féminin; ce qui prouve qu'à cette époque déjà, il commençait à changer de genre. — Ex. Pour leurs affaires particulières. V, 16.

Affoler V. a. fouler. Ce mot, dont on retrouve la racine dans le substantif latin fuUoj n'a rien de commun avec le verbe affoler qui est encore usité. Dans la langue d'oïl, la signification princi-

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pale de ce mot était blesser^ taer. — £x. Poorce que son paie estoit foibie, tantost Fauroit affollé. I, 2. — VU, 3.

A in s conj. (Voyez p. 18).

Aiser (s') v. réfl. se mettre à son aise. Ce verbe ne s'est pas conservé dans la langue moderne. — Ex. Son advis estoit, que chacun s*aisast au mieux qu'il pourroit cette nuict. I, 4.

A 11 an s. m. (v. lang.) chien courant. L'origine de ce mot est inconnue. — £x. En Espagne, des allans. VI, 8.

Allée s. f. voyage. Cette signification du mot aUÀt^ qui est indiquée dans le Die. de Trév. ne s'est pas conservée dans la langue moderne. — Ex. Et demeura tousjours le duc de Bellejoyeuse ambassadeur, pour avancer l'allée. VII, 6. — VII, 6. VIII, 13.

Allier (s') v. réfl. — s'aUier de qqn. De cette construction nous n'avons trouvé que l'exemple suivant: "Et si elle se vouloit allier de luy, qu'il la feroit envoyer quérir" etc. V, 4.

Amender v. n. "Lesdites villes et particuliers desdits Suisses ont amendé de nostre Roy d'un million de florins de Rhin." V, 2. — Il paraît que, dans cette phrase, le verbe ammder signifie améUarer ses affaires ou quelque chose de semblable.

Amour s. f. "Non ayans l'amour au pays telle que ceux qui en sont nez." VI, 3. — Dans ce passage , il est à remarquer que amour est du genre féminin, et de plus le substantif qui suit est précédé de la prép. à au lieu de de.

Ancien adj. vieux. Chez Gomines, ainsi que dans la langue d'oi!» ancien est quelquefois employé comme exactement synonyme de vietuc. — Ex. L'un estoit le seigneur de Haultbourdin, ancien chevalier. I, 2. — V, 16. — Dans la phrase suivante, cet adjectif est employé pour avancé: "L'ancien aage du duc Philippe luy fit ce endurer." I, 2.

Apparaitre (s) v. réfl. se montrer. De même que dans la langue d'oïl le verbe apparoir était employé comme verbe réfléchi, de même, chez Gomines, apparaître a pris, au moins une fois, le pronom réfléchi. Get usage s'est conservé jusque dans le dix-huitième siècle, comme on peut le voir du Die. de Trév. — Ex. Et ainsi fut cette armée de mer reboutée, qui depuis ne s'apparut si prés.

vn, 6.

Appareiller v. a. préparer. Déjà dans le Die. de Trév. il o'eet pas fait mention de cette signification. — Ex. Mais nous n'estions encores . . . dignes de recevoir cette longue paix, qui nous estoit appareillée. V, 13.

Appartenir v. d. convenir. Dans la langue d'oïl, ce verbe est employé impersonnellement sans complément personnel et ^nivi d*Qne proposition qui lui est subordonnée. De cet emploi, qui est cité dans le Die. de Trév., nous avons trouvé, chez Comines, l'exemple suivant: **I1 appartenoit bien que le Roy eut assemblé de plus sages hommes et capitaines pour se conseiller d*un tel affaire." VIII, 9.

Appetisserv. a. rapetisser. Ce verbe que Ton retrouve encore dans le Die. de Trév. n*est plus d'usage aujourd'hui. — Ex. Ils desiroient le voir appetissé. Y, 16.

Appointement s. m. arrangement, convention. Encore chez Comines, ce mot est bien souvent employé dans cette signification qu'il a perdue depuis longtemps déjà. — Ex. Mais toutes paroles d'appointement s'estoient rompues. I, 12. — I, 13. IV, 5. etc.

Appointer V. a. arranger, accorder, faire une convention. Ainsi que le mot précédent, ce verbe a plus tard changé de signification. — Ex. Tellement fut appointé entr'eux et moy, qu'ils payeroient tout le bestail. III, 6. — II, 10. IV, 1. — Il est aussi employé comme verbe réfléchi. Ex. IV, 3. V, 7.

Archier s. m. Ancienne forme du mot archer. — Ex. Et pouvait bien avoir quatre mille archiers soubs sa charge. I, 2. — I, 4.

Argu s. m. (v. lang.) débat, opinion (?). N'ayant trouvé ce mot dans aucun dictionnaire, nous n'osons affirmer que les sens que nous lui attribuons soient les vrais; bien que, dans les passages où nous l'avons trouvé, ils nous paraissent les seuls convenables. — Ex. L'argu de ces trois nommez, avec ledit comte, fut grand et long sur ce différend. II, 1. — I, 3.

Arguer v. a. reprendre, contredire. Selon TAc. ce verbe n'est plus guère usité en ce sens que dans le style de pratique. — Ex. Il ne m'appartenoit pas de l'arguer. V, 13. — H, 1.

Arrière adv. en arrière. Dans la langue d'oïl arrière, avec les verbes, avait souvent le sens de en arrière; il en est de même chez Comines. — Ex. Les autres furent contens d'ouyr leur charge, et retournèrent arrière au palais. II, 3, — U, 3.

Asseur adj. assuré. Il paraît que cet adjectif a disparu de la langue de très-bonne heure. — Ex. Dés ce qu'il cuidoit estre asseur, ou seulement en une trêve, se mettoit à mescontenter les gens. I, 10.

Assiete s. fém. situation, place de ceux qui se doivent asseoir à table. (Voyez Burg. III, 23). — Ex. Dés que les Anglois s'approchoient de la porte, ils voyoient cette assiete. IV, 9. — I, 9. IV, 9.

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Aucunement adv. De même que le pronom aucun ^ cet adverbe s'emploie affirmativement, usage qui s*est conservé longtemps dans le style de pratique. — Ex. Car elle est aucunement (= en quelque manière) sienne, et luy paye six mille livres parisis Tan. Y, 14.

Aucunesfois adv. (Voyez p. 14).

Auparavant prép. avant. L'emploi de ce mot comme préposition n*est plus permis; déjà dans le Die. de Trév. il est indiqué comme une faute. — Ex. Je croy que jamais depuis il n*eut l'entendement si bon qu*il avoit eu auparavant cette bataille. V, 3.

Aussitost adv. aussi bien. — Ex. La Reyne, de qui on esperoit aussitost la mort que la vie. YIU, 24.

Autant adv. (Voyez p. 39).

Autrefois adv. ci-devant. Cette signification est indiquée dans le Die. de Trév. Aujourd'hui, ce mot n'est usité que dans le sens de jadis. — Ex. Comme j*ay dit autrefois. I, 8.

Aventure (par) loc. adv. environ, peut-être. Aujourd'hui, cette locution n'est plus employée en ce sens. — Ex. Et saillit à l'heure dite, avec par aventure cent chevaux. I, 13. — I, 4. VI, 9.

Baignoirie s. fém. action de se baigner. Ce mot est de Tancienne langue. — Ex. Les baignoiries et autres festoyemens avec femmes, grands et desordonnez, et à peu de honte. I, 2.

Bailler v. a. donner, accorder. Ce verbe, qui n'est plus aujourd'hui qu'un terme de pratique, est fort souvent employé chez Comines; tandis que le verbe donner^ dont il est synonyme, se rencontre assez rarement. — Ex. Nonobstant que le comte de Sainct-Paul eust baillé sa fille en mariage au fils du seigneur de Croy 1,2. — Ledit duc de Bourgogne ne sceut prendre Nancy, avant le jour qu'il avoit baillé (= fixé) à ses gens, pour délivrer ledit connesUble. IV, 12. — IV, 6. V, 4.

Il est aussi employé comme verbe réfléchi dans le sens de se rendre. — Ex. Tarente se bailla, ville et chasteau. VII, 16.

Barricave s. fém. fondrière. Ce mot, dont l'origine est inconnue, paraît avoir été très-peu usité; selon Compl.^) il se trouve chez Mézerai et Brantôme. — Ex. Mais par dehors y avoit bien trois lieues, tant y a de barricaves et de mauvais mins. II, II.

Baston s. m. (anc. t. milit) canon, arme à feu. — Ex. Mais je croy bien que l'on avoit levé le nez bien, haut aux bastons. I, 11.

'} Compl. = Complément du DictioDDaire de TAcadémie.

Bataille s. fém. (anc. t. milit.) corps de troupe. — Ex. U avoit esté dit que Ton marcheroit à trois fois : pour ce que la distance des deux batailles estoit longue. I, 3. — I, U. II, 2. V, 9.

Besogne s. fém. affaire (Voyez Burg. lU, 348). Depuis longtemps déjà, ce mot n'est plus employé en ce sens. — £x. Lors connut le duc que ses besongnes alloient mal. EU, 2. — III, 5. V, 13.

Besogner v. a. traiter. Selon TAc. ce verbe vieillit même dans la signification travailler. — £x. Quand ils furent arrivez à Vervins, le Roy commit messire Tanneguy du Cbastel, et messire Pierre Doriole, chancelier de France, à besogner avec eux, et autres. IV, IL — I, 12.

Blasonner v. a. décrire. Cette signification est encore citée dans le Die. de Trév. — £x Ce beau royaume de Naples, qu'il luy sçavoit bien blasonner et louer. VII, 3.

Bouger (se) v. réfl. Dans la langue moderne, ce verbe ne s'emploie que neutralement. — £x. Us avoient largement gens blessez: entre les autres le prince d'Orenge, qui se monstra homme de vertu: car oncques ne se voulut bouger. II, 11.

Boule ver s. m. Ancienne forme du substantif moderne boulevard. — £x. Dés que le Boy fut dedans, il fit faire des boulevers de terre contre la porte. V, 15.

Boutée s. fém. coup, fois. Selon Scheler, ce mot, qui dérive du verbe bouter frapper, heurter, a signifié dans Tancienne langue at~ toque brusque y signification qui en peut expliquer remploi dans les passages suivants: "Ledit comte marcha tout d'une boutée, sans donner haleme à ses archiers et gens-de-pied." 1, 8. — Lesdits Suisses firent un grand dommage au pays: et puis se retirèrent pour cette boutée. IV, 2.

Bouter v. a. Ce verbe, dont nous avons parlé dans l'article précédent, n'est plus usité que dans le bas langage ou en termes de marine. De la signification pousser ^ il a passé à celle de mettre ^ passer. — £x. £t n'estoient point les trous d'entre les barreaux plus grands qu'à y bouter le bras à son aise. IV, 9.

Brief (de) loc adv. dans peu. Cette locution, nous ne l'avons trouvée dans aucun dictionnaire. Burguy (III, 51) cite l'ancienne locution en brief comme ayant la même signification. — £x. Luy estant en Hollande fut adverty par le feu duc Jehan de Bourbon que de brief la guerre luy seroit commencée. III, I. — V, 2. VIII, 19.

Brouiller v. n. exciter de la brouillerie. Il doit être fort rare que, dans cette signification, le verbe brouiller s'emploie neutralement;

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cependant, M. Littré en donne un exemple. — Ex. Ja en ay dit quelque chose; et que c*estoit pour maintenir plus seurement leurs Estats, et que le Roy ne broûiilast parmi eux, s*il estoiten repos.

Brouillis s. m. brouilleries. Selon M. Littré, ce mot était d*usage aux quinzième et seizième siècles. — Ex. Par cela vous pouvez voir et connoistre quels sont les brouillis en ce royaume à toutes mutations. I, 6. — II, 8. III, 8. VI, 13.

Cas s. m. action, crime. Selon TAc. il s*employait autrefois en ce sens en matière criminelle. — Ex. Et incontinent après commit ce cas. VI, 9. — VI, 9. VII, 8.

Caterre s. m. Ancienne forme du mot catarrhe. — Ex. Bien tost après mourut; aucans disent d*un catarre. VI, 9.

Cautele s. fém. finesse, ruse. Selon TAc. ce mot est vieux. — Ex. Pour éviter la cautele et la pillerie des advocats. VI, 6.

Cependant que loc. conj. (Voyez p. 41).

Chaloir v. n. (Voyez p. 11).

Charroy s. m. bagage. Ni le Die. de TAc. ni aucun autre dictionnaire ne font mention de cette signification du mot charroy. — Ex. Car ja s*estoyent mis a pied hommes d*armes et archiers, et clos de son charroy. I, 3. — I, 4.

Charriage s. m. Ce mot, ainsi que le précédent, est employé par Gomines dans la signification bagage. — Ex. Et là passèrent cette petite rivière pour venir assaillir nostre charriage. VIII, 10. — Vm, 11.

Chartier s. m. Ancienne fonne pour charretier. — Ex. Gomme vint le jour, ceux qu*on avoit mis hors du camp, rencontrèrent un chartier. I, 4.

Chasteau-rocher s. m. château situé sur un rocher. Il paraît que remploi de ce substantif composé a été assez rare, puisque nous ne Favons trouvé dans aucun dictionnaire. — Ex. Ainsr ne resta plus rien à prendre en Bourgogne, que trois ou quatre chasteaux-rochers. VI, 4.

Chastoy s. m. châtiment. Ge mot est de Tancienne langue. — Ex. Gar si elle avoit fait quelque erreur, le chastoy ne luy en appartenoit point en public. V, 17.

Chef s. m. chef-lieu. Get emploi du mot chef est de Tancienne langue. — Ex. Delà tirasmes à Dourlans, et envoyasmes sommer Arras, chef d'Artois. V, 11. — VI, 4,

Chère s. fém. *'£t y avoit assez de geos, qui disoient lors, qQ*il falloit aller après, lesquels faisoient bien maigre chère (= avaient grand*pear) ane heure devant.*' I, 4.

Chevance s. féin. le bien qu'on a. Selon TÂcce mot est vieux. — Ex. Il se devoit mieax dire de luy, qu'il perdit honneur et chevance ce jour, que etc. V, !•

Chevaucher v. a. Selon l'Âc. ce verbe est vieux, et ne s'emploie plus que neutralement. — Ex. Car elle chevauchoit un hobin ardant, il la fit cheoir. VI, 7.

Chevaucheur s. m. cavalier. Ce mot n'est pas usité dans la langue moderne. — Ex. Les chevaucheurs , qui estoient renforcez, allèrent plus prés de Paris. I, 11.

Chevir v. n. venir à bout de qqcb. Ce verbe est encore employé par Molière. M. Scheler le dérive du mot chef, — Ex. Et d'Angleterre il en cheviroit bien. III, 6. — V, 13.

Chicheté s. f. avarice, qualité de celui qui est chiche. Ce mot n'est plus usité. — Ex. Les Castillans s'en moquoient et disoient que c'estoit par chicheté. II, 8.

Clorre v. a. (Voyez p. 12).

Coffre s. m. "Et sembloit bien à voir la compagnie, que le duc de Bretagne fust un très-grand seigneur: car toute cette compagnie vivoit sur ses coffres" (3= à ses dépens). I, 5. Cette locution est encore citée dans le Die. de Trév.

Col s. m. cou. Selon l'Âc. ce mot n'est plus employé en ce sens que par euphonie. — Ex. Et luy fust adoubée sa playe qu'il avoit au col. I, 4.

Combien que loc. conj. (Voyez p. 41).

Comme conj. (Voyez p. 40).

Complexionné adj. de complexion. Ce mot ne se trouve pas dans le Die. de l'Ac; Compl. le dit néologique, ce qui ne saurait guère se dire d'un mot employé par un auteur aussi ancien que Comines. — Ex. Il n'estoit point complexionné pour porter le travail, qui seroit nécessaire à un roy d'Angleterre, qui voudroit faire conqaeste en France. IV, 11.

Comprendre. "Et comprenoit le treillis jusques sur le bord du pont, afin que l'on ne peust passer d'un costé à l'autre." IV, 9. — Dans ce passage, le verbe comprendre s'emploie neutralement dans la signification de s'étendre. Aucun des dictionnaires dont nous nous sommes servi ne fait mention de ce verbe employé neutralement.

Compter v. a. conter (et vice versa). Chez Comines, il n'y a pas

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encore de différence entre les verbes compter et conter ^ qui, tous les deax, dérivent du verbe latin computare. — Ex. Ledit seigneur me compta ces nouvelles , et en eut très-grande joye. V, 7. — VI, 9. (Racompter). — Le compte de Petillane, qui les avoit mieux contez (= comptés) que moy, disoit qu'en tout y en avoit neuf mille. VIII, 2. — De même, dans l'exemple suivant, conte est synonyme de compte: *'Quand toutes ces choses luy estoient amenées, il n*en tenoit conte." VI, 8.

Comté s. fém. Chez Comines, ce substantif est encore du genre féminin. — Ex. Je vis aussi venir vers ledit duc, le duc Sigismond d'Autriche qui luy vendit la comté de Ferrette. Il, 8. — H, 5. IV, 2.

Conclusion s. f. résolution. — Selon M. Littré, ce mot a été employé en ce sens par Montaigne. — Ex. Et fut prise cette conclusion par maistre Olivier et ledit maistre Jacques, afin que de tous points il pensast à sa conscience. VI, 12.

Condition (par), à condition. L'emploi de par en ce cas au lieu de à n'est plus en usage; tandis que, dans la langue d'oïl, c*est tout le contraire qui a lieu. — Ex. Et davantage leur offris Brandis et la ville d'Otrante, par condition qu'en leur baillant mieux en Grèce, ils fussent tenus les rendre. VII, 19.

Conditionné part. pass. Aujourd'hui, ce mot ne se dit guère que de choses; Comines l'emploie assez souvent de personnes. — Ex. Je ne veux point dire que tous les princes se servent de gens mal conditionnez. II, 6. — I, 2. II, 6.

Confiner v. n. Ce verbe est suivi aujourd'hui des prépositions à et avec; dans l'exemple suivant il prend la préposition en. — Ex. Et aussi aucuns Alemans (qui confinent tant en Savoye, qu'en la comté de Bourgogne) estoient en cette bande. U, 5.

Conqu ester v. a. (v. lang.) conquérir. Selon M. Littré, ce verbe est encore employé par le cardinal de Retz. — Ex. Et la conquesta et posséda, non point comme tyran, mais comme vray et bon prince.

vn, 4.

Conseiller (se) v. réfl. prendre conseil. Au dix-septième siècle encore, ce verbe était employé pronominalement. — Ex. Il me dit que je fusse le très-bien venu, et que de brief il me feroit response, et qu'il se conseilleroit avec son sénat. VIII, 19.

Consentir v. a. accorder. Aujourd'hui, ce verbe ne s'emploie activement que comme terme de droit; tandis que, chez Comines, nous ne l'avons jamais vu employé comme verbe neutre. — Ex. Et chargeoit le comte de Charolois ces gens de cette maison de Croy, d*avoir fait consentir audit duc Philippe cette restitution. I, 2. — 1,

2. VII, 10. VIII, 7. — Comines remploie auasi proDominalement avec la même signification qu'il a aajourd*hai comme verbe neutre. — Ex. Quand ledit seigneur connut leur vouloir, il s*y consentit V, 4. — I, 13. II, 14.

Contredire v. n. Aujourd'hui, ce verbe n*est plus neutre, mais, chez les auteurs du dix-septième siècle, on le trouve encore ainsi employé. — Ex. Mais il n*y appella que gens nommez, et qu'il pensoit qui ne contredirorient pas à son vouloir. III, 1. — VIII, 19. VIII, 24.

Contremont prép. (Voyez p. 17).

Convenir v. n. parlementer. Selon M. Littré, ce verbe a été employé chez du Bellay dans ce sens. — Ex. Le duc de Milan y envoya Tevesque de Gome et raessire Francisco Bernardin Vicomte, et commencèrent secrettement et de nuict à convenir ensemble, et premièrement par leurs secrétaires. VII, 19.

Cordail s. m. cordage. Il faut que ce mot ait été rarement employé, puisque nous ne l'avons trouvé dans aucun dictionnaire. — Ex. Et la pluspart estoient à cheval, qui se mirent par le cordail des pavillons. III, 10.

Coucher de, promettre. C'est ainsi que M, Littré l'a traduit dans l'exemple suivant: "Il faisoit conseiller audit Brissonnet de se faire prestre, et qu'il le feroit cardinal: à l'autre couchoit d'un duché." VII, 2. — Il est probable qu'il faut chercher l'origine de cet emploi de coucher de en ce qu'il a été employé comme terme de jeu dans la signification de mettre au jeu, Coulourer (se) v. réfl. prendre pour prétexte. Aujourd'hui, le verbe colorer ne prend le pronom personnel que dans la signification de prendre de la cotdeur. — Ex. Tous se coulouroient sur le bien public du royaume. I, 2.

Coulpe s. fém. faute. Aujourd'hui, ce mot n'est usité, selon l'Ac, que dans les matières de religion; cependant, J.-J. Rousseau l'emploie d'une façon plus générale. — Ex. Parquoy ils firent une composition, en rendant la ville, laquelle composition fut assez mal tenue: dont ledit seigneur du Lude eut partie de la coulpe. V, 15. Couplet s. m. ponton (?). Autrefois, ce mot s'est employé de tout ce qui est accouplé; aujourd'hui, il signifie stance^ charnière, — Ex. Et ne s'asserroit le bois que sur le large, et au dernier couplet y auroit de grandes ancres pour jetter en terre. I, 9. — I, 9. Courre sus, attaquer. Avec le temps, la forme courre a fait place à celle de courir; c'est-à-dire que ce verbe a changé de conjugaison. Cependant, la première forme se conserve encore dans

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qaelqoes locatioiiB et comme terme de chasse; Comines emploie indifféremment tontes les denx formes. — Ex. De tons costez se commencèrent à eeveiller gens ponr luy conrre sus. V, 5. — III, 1. — Car il avoit mieux besom de deffendre ce qu'il possedoit, que de courir sus aux Suisses. Y, 5.

Crimineux adj. criminel. A juger des exemples cités par H. Littré, il paraît que ce n*est qu'aux quatorzième et quinzième siècles que cette forme a été d*usage à coté de la forme erimind^ qui est la seule employée avant, aussi bien qu'après cette époque. — Ex. Faisant ledit Morvillier ce cas si énorme, et si crimineux, que nulle chose, qui se peust dire à ce propos, ne fust qu'il ne dist. I, 1. — Ledit connestable estoit pour les raisons, qu'ils disoient, déclaré ennemy et criminel envers tous les deux princes. UI, IL

Guider v. a. croire, penser. Ce verbe, qui dérive du mot latin cogUare^ se trouve encore chez La Fontaine. Comines en fait un usage fréquent; aujourd'hui, il a disparu de la langue. — £x. Au moins il le cuidoit. 1, 3. — Car il en eut la guerre appellée le Bien Public qui cuida (pensa = fut sur le point de) estre cause de luy ester la couronne. VI, 11. — I, 3. I, 4.

Davantage adv. en outre, de plus. Selon Compl. daoaniage avoit autrefois cette signification. — Ex. Et prit davantage l'ordre de la Jartiere, et la porta toute sa vie. I, 5.

Débat s. m. combat. M. Littré cite un passage de Joinville où débat est employé en ce sens. — Ex. Toutesfois durant le débat du long de ce fauxbourg, gaignerent ceux qui estoient saillis, aucuns chariots. II, 10.

Débattre (se), v réfl. délibérer. Aujourd'hui, ce verbe ne s'emploie pronominalement que dans le sens de a^agiier. — Ex. Et se debatoit à soy-mesme s'il iroit ou non. I, 3.

Débouter v. a. repousser. Dans la langue actuelle, ce verbe ne s'emploie que dans le style de palais. — Ex. Et ceux qu'il avoit chassez et déboutez en temps de paix et de prospérité, il les rachetoit bien cher, quand il en avoit besoin. I, 10. — V, 7. V, 19.

Dedans prép. (Voyez p. 17).

Déformer v. a. (v. lang.) Ce verbe était encore d'usage au dixseptième siècle. — Ex. Car il falloit que tout fust au guet: pour ce que de tons costez ils estoient defermez (= à découvert). U, 13.

Deffaire v. a. priver. Ce verbe s'emploie aujourd'hui dans le sens

\m MÔMÎr» de Fkilippe de GomioeBw 57

frivs Rstnmi de dAarraner. — Ex. Tous lesquels dessus nommes le Boy aToît desapointez, ei defiiis de leurs estais, quand il Tint à la Couronne. I, 5.

Def faut, def faute. Dans la langue d*oîl, ce mot est du genre féminin; aujourd'hui il est masculin; chez Gomines il est des deux genres. — Ex. Et à la fin en fut mal recompensé, par la poursuite de ses ennemis, plus que par le deffiuit du Roy. I, 2. — Car il avoit honte de retourner en Castille, ny en Portugal, avec cette deffiMite, et de n^avoir rien fait par deçà. Y, 7.

De ff ensable adj. défendable. Selon Compl. cet adjectif est encore d*u8age dans la législation forestière. — Ex. Le lieu n^est pas deffensable, car la motte est de main d*homme faite, et petite. VU, 15.

Deffraj s. m. Faction de délayer. Selon le Die de Trév. ce mot, qui ne se trouve pas dans le Die de FÂc, était encore usité au dix'huitième siècle. — Ex. Premier de trouver argent, pour son deffiray, et pour s'en retourner. V, 4. — Vil, 18.

Dejetter ▼. a. rejeter. Aujourd'hui, ce verbe ne s'emploie que pronominalement et dans la signification de gauchir. — Ex. Car un peu avant sa mort, tout conseil bon et seur ils ont dejetté, et cherché toutes voyes qui leur estoient nuisibles. V, 9.

Déj oindre (se) v. réfl. "Incontinent escrivit ledit duc en Bretagne ces nouvelles, et envoya le double du traitté, par lequel ne se déjoignoit, ny se délioit d'eux." II, 9. — Il paraiit que les passages où ce verbe s'est employé de personnes sont fort rares, puisque nous n*en avons trouvé dans aucun dictionnaire, pas même dans celui de M. Littré.

Délibérer (se) v. réfl. se résoudre. A juger des exemples de ce verbe que nous avons vus, c'est déjà au seizième siècle que œ verbe a cessé d'être employé pronominalement; taudis que chez Comines cet usage est fréquent. — Ex. Connoissant que tous les seigneurs du royaume se declaroient contre luy, au moins contre son gouvernement, se délibéra d'aller premier au duo de Bourbon, I, 2, —

Démener v. a. mener. Chez Comines, ainsi que dans la langue d*oïl , ce verbe s'emploie activement — Ex. Tant Ait démenée cette pratique de paix, que le Roy vint uu matin par eau, jusques vis à vis de nostre est. I, 12. — I, 5,

Le participe passé de ce verbe est quelquefois employé substantivement dans la signification de condmte. — Ex, II luy manda par le seigneur de Gontay tout au long le deaiené de ce comte. V, 6. — V, 6

58 p. A. Geijer.

Demeurant s. m. reste. AajoQrd*hui, ce mot ne s'emploie sabstantiveraent que dans la location au demeurant. — Ex. Il luy print plusieurs places: et eut achevé le deraenrant, si n'eust esté le secoar qui vint de Bourgogne. I, 2. — I, 6. Vil, 8.

DemouYoir v. a. faire désister. Selon TÂc. ce mot est vieux et ne s'emploie que dans le style de pratique. — Ex. Us luy avoient fait plusieurs remonstrances , pour le desmouvoir de Tamitié des Anglois. IV, 8.

Départir v. a. séparer. Chez Gomines encore, ce verbe prend cette signification quil avoit dans la langue d*oïI. — Ex. Après que ces gens de Gand eurent fait cet exploict, ils départirent d*avec elle monseigneur de Ravestain et la douairière, femme du duc Charles. V, 17. — II, 4. II, 8.

Départir s. m. départ. Bien que, chez Comines, nous n'ayons jamais trouvé le verbe départir dans son ancienne signification partir, ce substantif, qui était d*usage dans la langue d'oïl, est employé dans l'exemple suivant : "Je luy dis que la seigneurie m'avoit dit au départir, devant un de ses secrétaires appelé Lourdin etc."

vni, 2.

Département s. m. départ. Selon M. Littré, ce mot ne prend le sens de départ que dans l'ancien français. — Ex. Quand le comte de Cbarolois sceut le département du Roy, qui s'estoit parti du païs de Bourbonnois, et qu'il venoit droict à luy, se délibéra aussi de marcher au devant de luy. I, 3. — 1, 9. Il, 14.

Dépendre v. a. dépenser. Selon FAc. ce verbe n'est plus usité que dans quelques phrases proverbiales. — Ex. Et avec ce, il se moquoit du duc de Bourgogne, qui dependoit son argent à vouloir deffendre la mer. III, 5. — IV, 10. V, 18. VI, 13.

Depescher (se) v. réfl. se défaire. Il paraît que le verbe depescher a perdu de très-bonne heure le sens de dégager^ défaire^ qu'il avoit dans la langue d'oïl, puisque nous ne l'avons vu citer que dans le glossaire de Burguy. — Ex. Mais les princes au contraire, sont d'opinion qu'on est tenu à les bien servir; et trouvent bien qui leur dit: et ne désirent qu'à se depescher de ceux qui les rudoyent. III, 12. — I, 5. VI, 2.

Derrière (en) loc. adv. dans l'absence de qqn. Cette locution est citée comme populaire dans le Die. de Trév. — Ex. Si le Roy avoit loué fort ses oeuvres en derrière, encore le loûa-il mieux en sa présence. II, 13.

Desapointer v. a. destituter. Selon l'Ac. le verbe désappointer n'est plus employé en ce sens. — Ex. Toutesfois avant que d'estre

desapointé de cette charge, il eut qaelque avantage snr une bande d'Allemans et Bonrgnignons. VI, 4. — I, 3. VI, 11.

Desceindre v. a. ôter la ceinture. Ce verbe ne se trouve pas dans le Die. de TAc. — Ex. Ledit connestable y estoit le premier: ... et avoit sa cuirasse soubs une robe desceinte. III, 11.

Deshouser v. a. débotter. Ce verbe, qui appartient à Tancienne langue, est formé du vieux mot houses^ espèce de bottines, qui dérive du substantif allemand hosa^ aujourd'hui hose. — Ex. Et trouvasmes tous les archiers deshousez, chacun un pal planté devant eux. I, 3.

Desplaire v. n. *'Car il luy desplaisoit de cette grande authorité que le comte de Warvic avoit en Angleterre." UI, 4. — Aujourd'hui ce verbe ne prend deux régimes que dans la locution familière: ne vous en déplaise.

Desplaisant adj. mécontent. Depuis longtemps déjà, cet adjectif n'est plus employé en ce sens. — Ex. Les bourgeois et les notables hommes, sont très-bonnes gens, et très-dépiaisans de la folie du peuple. II, 4. — VU, 20.

Desrompre v. a. rompre. Aujourd'hui, ce verbe n'est plus employé que comme un terme de métier. — Ex. Une bande petite, de quelques hommes-d'armes desrompus . . . vinrent assaillir le Roy et ce valet-de-chainbre. VIII, 12.

Desserte s. fém. mérite. Selon M. Littré, ce n'est que dans l'ancien français que ce mot signifie mérite ^ de même que le verbe desservir s'y emploie dans le sens de mériter. — Ex. Le prince, qu'il sert, luy a fait quelque grand bien, à peu de desserte, pourquoy il luy demeure fort obligé. III, 12. — V, 6.

Desservir v. a. mériter. — Ex. Le prince et seigneur de Rossane luy avoit bien voulu faire une grande trahison, et avoit bien desservy toute punition. VIL 13. — V, 16. V, 18.

Destourber v. a. troubler. Ce mot n'est pas d'usage dans la langue moderne. — Ex. Le Roy l'arresta; et aussi elle estoit bonne, veu que c'estoit la séparation de cette ligue qui tant l'avoit destourbé en ses affaires. VUI, 23.

Destrousse s. fem. pillage. Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires. — Ex. Et avoient desja lesdits Liégeois fait une destrousse entr'eux. I, 14.

Destroict (à), à l'étroit. Cette locution a vieilli. — Ex. Et estoit le roy Henry cinquiesme au siège devant Rouen, et le tenoit fort à destroict. IV, 9. — V, 6. V, 8.

Devant adv. et prép. Chez Comines, de même que dans la langue

60 P. A. Geyer.

dVil, devant est souvent synonyme de avant — Ex. Un mois après east plus d*authorité que devant. I, 4. — Gomme le messager arriva, il trouva que tout estoit déjà conclu, et les sellez baillez dés le soir de devant. III, 11. — I, 15. V, 3. VIII, 13. — Dans le passage suivant au devant de signifie devant: **£t avoient une grande haye et un fossé au devant d*eux.** 1, 3. — Aujourd'hui, la locution au devant (= à la rencontre) est toujours suivie de la préposition de; il n*en est pas toujours de même chez Comines. — Ex. Monseigneur de Charolois, et tous les plas grands de sa compagnie, les recueillirent et leur allèrent au devant. I, 5.

Devers prép. Âujourd*hui, cette préposition n*est guère d'usage; Comines remploie souvent, même en parlant de personnes, pour vera^ auprès de, ainsi qu'on le trouve encore chez les auteurs du dix-septième siècle. — Ex. Après que ces choses furent accordées, comme j'ay dit, vinrent devers le Roy les ambassadeurs de Flandres et Brabant VI, 9. — I, 2. I, 8.

Devis s. m. entretien familier. Selon l'Ac. il est vieux en ce sens. — Ex. Ils firent response qu'ils en avoient bien parlé par forme de devis, mais non point autrement. VIII, 23.

Devise s. fém. délibération, propos. Selon Burguy, ce mot a, dans la langue d'oïl, bien des significations; aujourd'hui il s'emploie dans un sens plus restreint. — Ex. Après ces devises je pris congé d'eux, disant qu'avant la nuict je retournerois. VUI, 13.

Deviser v. a. former un plan, inventer. Aujourd'hui, ce verbe ne s'emploie que dans le sens de a entretenir familièrement. — Ex. Le premier qui les devisa, fut l'evesque de Verdun: qui en la première qui fut faite fut mis incontinent. VI, 12.

Dextre adj. droit. Dans la langue actuelle, ce mot, qui s'y emploie substantivement, est très-peu usité. — Ex. Son arriere-garde estoit à la main dextre, de luy un peu reculée. VIII, 11. — I, 3. VUI, 11.

Diligence (à). Aujourd'hui, la préposition à est, dans cette locution, remplacé par en. — Ex. Aucuns autres disoient qu'à diligence on fist venir monseigneur de Normandie. II, 9. — I, 3.

Dire v. n. parler. Dans le passage suivant, ce verbe prend un complément indirect sans être en même temps accompagné d'un complément direct; construction de laquelle nous n'avons trouvé que cet exemple: "Je me deliberay prendre l'aventure de luy dire, et entray en son retraict." IV, 9. — Aujourd'hui, ce n'est qu'en style de pratique que le participe passé de ce verbe se joint avec l'article, les pronoms et les adverbes; chez Comines, cet usage est bien fréquent — Ex. Ledit; cedit; dessusdits. I, 2. Sadite. V, 14.

Etude sur les Mémoires de Philippe de ComiDes. 61

Dommageux adj. doinmageable. Ce mot De se trouve pas dans la langue moderne. — Ex. Oncques partialité ne commença jamais en pays, que la fin n*en fût dommageuse, et mal-aisée à esteindre. IV, 9.

Douloir V. n. et réfl. éprouver de la douleur, se plaindre. Aujourd'hui, ce verbe est vieux et ne s'emploie guère qu*à Tinfinitif avec le pronom personnel. — Ex. Et luy douloit bien de voir cette division. I, 15. — H, 8. lU, 1. IV, 10.

Doute s. fém. Dans la langue dVil ce mot est du genre féminin; il en est de même chez Gomines; cependant, on y trouve déjà quelques exemples où il est du genre masculin. — Ex. Pour la doute en quoy il se voyoit, il fut contraint de leur accorder toutes leurs demandes. II, 4. — I, 4. V, 6. — Et Tasseura fort de n'avoir nul doute. Il, 5. — II, 13.

Douter v. a. craindre. De même qu'aujourd'hui encore le substantif doute a le sens de crainte, de même le verbe douter s'emploie dana l'ancienne langue dans la signification de craindre, — Ex. Le roy d'Angleterre après avoir receu son argent, se mit en chemin, • . ., car il doutoit la haine du duc de Bourgogne. IV, II. — 1,2. VII, 7.

Duché 8. fém. De même que comtés ce mot, chez Gomines encore, est le plus souvent du genre féminin. — Ex. En retournapt aux ducs de Normandie et de Bretagne, qui estoient allés prendre possession de la duché de Normandie etc. II, 15. — I, 6. I, 7. IV, 1.

— Mais tres-volon tiers il luy laisseroit trois mille florins par an, par condition qu'il n'entreroit jamais dans le duché. IV, I.

Effet (par) loc. adv. en effet. Gette locution, qui n'est d'usage que dans l'ancienne langue, est citée dans le glossaire de M. Bartsch.

— Ex. Montrant par effet avoir un grand désir de l'amitié dudit ^ comte. I, 14. — I, 10.

£jouir V. a. réjouir. Ce verbe, qui, selon M. Littré, s'emploie encore pronominalement, ne se trouve pas dans le Die. de l'Ac. — Ex. Ces paroles éjoûirent fort ledit duc, et incontinent fut apporté ledit traitté de paix. Il, 9. — II, 9.

Embesogner v. a. occuper. Aujourd'hui, ce verbe est familier et ne s'emploie qu'au participe passé. — Ex. Quatre ou cinq jours après cette prise, commença le Roy à embesogner ceux qu'il tenoit pour ses amis, envers ledit duc, pour s'en pouvoir aller. 11,14. —

II, 3. ni, 8.

62 P. A. Gevjer.

Embler v. a. voler, dérober. Ce verba n*est pas usité dans la langue moderne. M. Scheler le dérive du mot latin involare (dans la basse latinité imbolare). — Ex. Lors luy requist derechef ledit Claret qu*il luy baillast seulement une lettre de trois lignes, adressante au Roy, contenant comme il les avoit receus, pour son acquit envers le Roy son maistre, afin qu*il ne pensast qu*il les eust emblez. VI, 2.

Emmy prép. (Voyez p. 17).

Empescher v. a. occuper, embarrasser (= engager). C*est surtout avec le pronom personnel que, chez Comines, le verbe empêcher s'emploie en ce sens; cependant, il n*en est pas toujours accompagné. Dans la langue actuelle, il a un sens plus restreint, mais, dans le Die. de Trév. encore , ces deux significations sont citées. — Ex. A la venté Ton s'ebahissoit assez, et mesmement chez luy, de quoi si petits personnages, comme les deux dessus nommez, 8*empeschoient de si grand*matiere. I, 12. — En lieu de luy aider, quand le voyent empesché en quelques affaires, ils le mesprisent, on se mettent en rébellion et desobeyssance contre luy. V, 19. — I, 16. m, 1. VI, 2. VI, 13.

Encharger v. a. donner charge. Ce mot ne se trouve pas dans le Die. de TÂc, tandis que le Die. de Trév. le cite encore, mais en faisant observer qu*il n*est pas du bel usage. — Ex. Et luy enchargea fort d'en prendre quittance. VI, 2.

Encommencer v. a. commencer. Ce verbe, que Gomines emploie bien souvent au participe passé, n*est plus d*usage dans la langue actuelle. — Ex. Pour ce il advisa que s'ils estoient encommencez à se diviser, qu'il les y mettroit encores plus avant. V, 16. — I, 6.

Encontre prép. contre. Aujourd'hui, ce mot n'est d'usage que dans la locution prépositive à l'encontre. — Ex. Il fut advisé que toute Tartillerie de Tost seroit assortie encontre celle du Roy. I, 9.

Enhorter v. a. exhorter. Ce verbe appartient à l'ancienne langue. — Ex. Ledit duc, estant fort désespéré de cette mort, et enhorté par aucuns etc. III, 9.

Ennuyer v. n. "Il en fut trés-joyeux, pour la raison que avez ouye cy-dessus, et aussi que les choses longues luy ennuyoient." lU, 3. — Aujourd'hui, ce verbe est actif, tandis que, selon Burguy, il s'emploie dans la langue d'oïl le plus souvent neutralement.

Enseigne s. fém. marque (= trace), signal. Dans la langue actuelle, ce mot ne s'emploie plus dans ces^deux significations, qui sont encore indiquées dans le Die. de Trév. — £x« Il ne se re-

tourna qa*QD homme à pied, qui luy donna d*un vouge parmi Testomach: et au soir s'en veit renseigne. I, 4. — Ils entendirent renseigne, et incontinent se disposèrent à Tassant. II, 13. — I, 4.

ni, 6.

Ensemble (d') loc. adv. **Au département d'ensemble, luy fit le Boy cette demande.** II, 14. — Cette locution u*est pas usitée dans la langue moderne.

Ensuivre v. a. suivre. Âujourd*hui, ce verbe ne s*emploie que pronominalement — Ex. Ainsi en ensuivant leur coustume en firent une: et la vint faire le chancelier de Bourgogne. lU, 11. — YI, 3. VI, 11.

Entendre v. n. s*occuper. En ce sens, il est suivi de la préposition à. Le Die. de TAc. ne donne pas cette signification, tandis que, dans le Die. de Trév., elle est indiquée sans aucune remarque, — Ex. En cette année 1494 tira le Roy vers Lion pour entendre à ses affaires. VII, 5. — VI, 2. VIII, 4.

Entour (d') et à Tentour de loc. prèp. autour de. Ces deux locutions ne sont plus usitées dans la langue moderne; cependant olemiouT de se retrouve encore chez Molière et La Fontaine. — Ex. Peu de gens d*entour du Roy croyoient ce que je disois. VIII, 2. — V, 5. — Le capitaine venoit sur le pout-Ievis, et gens à Tentour de luy, pour baiser la main audit duc, comme est leur coustume. VU, 2.

Entrebattre (s) v. réfl. se battre Tun l'autre. Ce verbe, qui ne se trouve pas dans le Die. de TAc, était encore employé au dixseptième siècle. — Ex. Ainsi ce n'est pas à Paris ny en France seulement, qu'on s*entrebat pour les biens et honneurs de ce monde.

Entreprendre v. a. **Toutesfois, pour les raisons que je vous ay dites, fut rompue toute cette conclusion: et fut entrepris un jour et lieu, où ledit connestable se devoit trouver, pour pouvoir parler au Roy en bonne seuretè.'* III, 11. — Il parait que, dans ce passage, entrepris a le sens defiaé, signification qui n*est indiquée dans aucun dictionnaire.

Entrerompre. Ancienne forme du verbe interrompre. — Ex. Mais pour obligation d*honneur, et grandes privautez et bienfaits, sans jamais entrerompre. (Prologue).

Entretenir v. a. **Et la sommèrent devant les presens de déclarer si elle avoit escrit ladite lettre ou non , et si elle avoit vouloir d*entretenir sa promesse." VI, 3. — Dans cet exemple, entretenir est employé pour tenir; emploi qui n*est indiqué dans aucun dictionnaire.

64 P. A. Geijer.

Environ prép. autour. En ce sens, qu*il D*a plus aujourd'hui, environ est souvent suivi par de; on trouve aussi à V environ de. Selon TAc. il n*est plus employé que comme adverbe; ce qui est contesté par M. Littré. — Ex. Environ ladite cité y a bien septante monastères, à moins de demie lieuë françoise, à le prendre en rondeur. YII, 18. — Le mareschal Joachim estoit tousjours environ de luy, qui estoit party de Peronne. I, 2. — Et alloit tout à Tenviron de son ost, par le dehors, voir s*il estoit bien clos. V, 6. — V, 17. VI, 3. — Des anciennes locutions adverbiales à Venviron et d'environ^ nous avons trouvé les exemples suivants: *Tant a esté honorée et prés et loin, et par tant de victoires et gloires, que nul autre à Tenvirou n*en receut autant en son temps.** y, 9. — Le Roy avoit gaigné Naples et les places d'environ. VII, 20.

Ësbahir v. a. Aujourd'hui, ce verbe ne s'emploie que pronominalement. — Ex. Et si les esbahissoit l'hyver qui s'approchoit. IV, 6.

Escient s. m. connaissance. Aujourd'hui, ce mot n'est guère usité que dans quelques locutions adverbiales. — Ex. Toutesfois tout le contraire se fist comme si on eust vouler perdre son escient I, 3.

Espaule (faire) loc = prêter l'épaule. Cette locution a vieilli.

— Ex. Ledit Roy mandoit audit messire Jehan-Jaques qu'il se mit en lieu où il put faire espaule aux deux bandes. VIII, 22.

Especial (par) loc. adv. spécialement, surtout. Cette locution appartient à l'ancienne langue. — Ex. Aucuns de nostre costé désiroient qu'on recommençât, et par especial monseigneur de Haultbourdin. I, 4. — IV, 12. V, 10.

Espices s. fém. pi. dragées, confitures. Dans la langue moderne, il a perdu ce sens. — Ex. Après fut apporté le vin et les espices. I, 1.

Es pie 8. fém. espion. Aujourd'hui, cette forme féminine a fait place à la forme masculine espion^ qui ne se trouve pas dans l'ancienne langue. — Ex. Le Roy entra en grande suspicion de luy, doutant que ce ne fust une espie. IV, 7. — III, 8. I, 3.

Estimer v. n. présumer. "L'on ne doit trop estimer de soy, par especial un grand prince." I, 4. — M. Littré cite un exemple tiré de Corneille , où il est employé d'une manière à peu près analogue.

Estrader v. n. battre l'estrade. Ce mot n'est pas usité dans la langue actuelle. — Ex. Et ne voulurent point les vénitiens estrader tout à un coup, ne dégarnir leur ost. VIII, 10.

Est range adj. étranger. Dans la langue actuelle, ce sens primitif

Étude sur les Mémoires de Philippe de Gomines. 65

du mot étrange n*e8t plus d'usage. Dans La Fontaine, on le retrouve encore. — Ex. Et est bien grand inconvénient à un pays, quand il faut qu*il quiere seigneur de pays estrange. III, 5.

Es tri ver v. a. Ce verbe, que les étymologistes sont d*accord de dériver du mot allemand stritan (streiten), n*est d*usage que dans Fancienne langue, où il est neutre et signifie quereller^ disputer. Chez Comines, nous ne Tavons trouvé que dans Texemple suivant, où il s'emploie activement: **Les nostres firent doute de leur costé qui aussi estrivoient leurs personnes, et me dirent que j*y allasse, sans me dire ce que j*y avois à faire ni à dire.** VIII, 13.

Excommuniaient s. m. excommunication. Cette forme appartient à Tancienne langue. — Ex. Car tousjours estoit en sentence d*excommuniment, pour les oflfenses et raisons devant dites. Il, 10.

Exerciter v. a. exercer. Ce verbe, que n*a pas la langue d*oïl, est formé du mot latin eaercitare. Selon M. Littré, il était d*un usage fréquent dans le quinzième siècle; aujourd*hui, il a disparu de la langue. — Ex. Je croy que jamais nul homme peust porter plus de travail que luy, en tous endroits où il faut exerciter la personne. I, 4. — I, 3.

Exploit s. m. profit, résultat. Dans la langue actuelle, ce mot a pris un sens beaucoup plus restreint quMl ne Tavait autrefois. — Ex. Kexploit en fut tel qu*il devoit; mais encores monstra il vertu et sens à ce qu*il fit. Y, 14.

Façon s. fém. moyen (?). Bien que cette signification ne soit indiquée dans aucun dictionnaire, il nous semble que, dans les deux passages suivants, elle est la seule convenable. — Ex. Et me semble qu'un sage prince, qui aura pouvoir de dix milles hommes, et façon de les entretenir, est plus à craindre et estimer que ne seroient dix, qui etc. I, 16. — Ne cuidoit point que ledit prince eust coeur ne façon de rebeller ledit pays de Bourgogne, comme il fit, au moins une grande partie. VI, I.

Fange s. fém. situation embarrassante. — Ex. Et seroit homme pour appointer bien légèrement, et nous laisser en la fange. I, 5.

Feable adj. fidèle. Ce mot, qui est du vieux langage, avait aussi le sens de feudataire. Quant à son origine, il est à croire que, de même que Tancien fealy il est formé du mot htin fidelis. — Ex. Quand on vient à tels marchés que de traitter paix, il se doit faire par les plus feables serviteurs que les princes ont. I, 9. — Y, 6.

66 P. A. Geijer.

Feableté s. fém. confiance. Il est probable que ce mot, que nous n'avons troavé dans aucun dictionnaire, est formé du mot précédent. — E2L. Car tout ainsi que par-dessus le sauf-conduit et feableté, qu*avoit en luy ledit connestable, il le livra pour estre mis à mort; tout ainsi par le plus feable de son armée etc. V, 6.

Feindre (se) v. réfl. hésiter, faire difficulté. Aujourd'hui, ce verbe ne s'emploie plus pronominalement. — Ex. L'autre ne se feignoit pas, et recommençoit de tres-bon coeur. IV, 8.

Festoyement s. m. réjouissance. Ce substantif, que nous n'avons vu dans aucun dictionnaire, est formé du verbe festoyer^ — Ex. Les baignoiries et autres festoyemens avec femmes, grands et desordonnez, et à peu de honte. I, 2.

Fevre s. m. forgeron, serrurier. Ce mot, qui n'est plus usité, s'est conservé dans le substantif composé orfèvre. — Ex. Car il n'y avoit gueres encore qu'il avoit esté de l'un de leur mestier qui estoit des mareschaux et des fevres et en avoit porté robbe de livrée. II, 3.

Fiance s. fém. confiance. Ce mot appartient à l'ancienne langue. — Ex. Et s'en retourna cette pauvre damoiselle en cet estât en sa maison, bien dolente et desconfortée: car c'estoient les deux principaux personnages où elle avoit mis sa fiance. V, 17. — VI, 1.

vn, 19.

Fier (se) v. réfl. Dans la langue d'oïl, de même que dans la langue actuelle, le complément personnel de ce verbe est précédé de à ou bien de en. Chez Gomines, nous avons trouvé deux passages où il est précédé de la préposition de, et M. Littré cite un exemple, tiré de Froissart, où il en est de même. — Ex. Nommasmes une lettre aux deux provediteurs dessusdits, qu'escrivoit monseigneur Robertet, un secrétaire que le Roy y avoit, de qui il se fioit.

Vin, 10. - VIII, 2.

Finance s. fém. conclusion, payement, amende. Chez Gomines, ce mot conserve encore toutes ces significations, qu'il avait dans la langue d'oïl. — Ex. Ces deux ici avoient fait paix finale, n'y avoit pas quinze jours, et juré si soiemnellement, de loyaument l'entretenir: toutefois la finance ne s'y pouvoit trouver par nulle voye. II, 12. — III, 6. m, 7. IV, 8.

Finer v. a. et n. finir; et plus tard, venir à bout de qqch, obtenir, trouver. Ce verbe, que M. Scheler dérive du verbe yinore, qui se retrouve dans la basse latinité, s'emploie souvent dans Gomines, surtout dans le sens de trouver; signification qui n'est pas indiquée dans les glossaires de la langue d'oïl. Aujourd'hui, il a disparu de la

langue. — Ex. Ainsi tout le Rhin seroit sien jusqnes en Hollande, où il fine. IV. — Il aymoit mieux les estrangers que ses subjets, dont il pouvoit finer assez, et de bons. V, 1. — II, 11. V, 11. VII, 18.

Flageoler v. n. chuchoter, babiller. Les dictionnaires de la langue moderne ne donnent pas cette signification. — Ex. Mais servoient ces paroles, et servent à ceux qui sont en authorité et crédit, sans en rien Ta voir mérité , et n*ont accoustumé que de flageoler et fleureter en Toreille, et parler de choses de peu de valeur. Y, 19.

Fleure ter v. n. dire des fleurettes. Il paraît que ce verbe a été très -peu usité, puisqu'il ne se trouve pas dans les dictionnaires. Voyez Texemple ci-dessus.

Flotte s. fém. foule. Aujourd'hui, ce mot n*est plus employé en ce sens, qui en est le sens primitif. — Ex. En passant par le vil* lage, trouva une flotte de gens à pied qui fuyoient. I, 4.

Fois (à une) loc. adv. à la fois. — Ex. Si ledit duc eust eu guerre avec les deux royaumes à une fois, il estoit destruict. III, 6.

Forger v. a. Dans les deux passages suivants, cette ancienne forme du verbe moderne forcer est encore employée: **Et forgèrent aucuns Suisses qui venoient s'oflfrir à combattre, et n'alleguoient aucune raison." VIII, 17. — Se trouva un cordelier forgé, ou de luy-mesme prit débat audit frère Hieronyme, Tappellant hérétique et abuseur du peuple, de dire qu'il eut révélation ne chose semblable. VIII, 26.

Fort (au) loc. adv. en effet, en vérité. Cette locution, qui n'est pas citée dans les dictionnaires, s'emploie assez souvent chez Gomines, surtout au commencement des phrases. — Ex. Au fort il falloit que Dieu monstrât que toutes ces choses passoient le sens et la connoissance des hommes. VII, 13. — V, 18. VI, 13.

F or traire v. a. enlever, suborner. De ce verbe, il ne reste plus dans la langue moderne que le participe passé, qui est employé comme un terme de manège, synonyme de surmené, — Ex. Ghascun jour se menoit de petits marchez, pour fortraire gens l'un à l'autre. I, 9. — VIII, 2.

Foulé part, passé du verbe /otiZer. Excédé (?). — Des significations, données par les dictionnaires, aucune ne nous a paru convenir dans l'exemple suivant: "En somme, ses amis estoient si las et si foulez pour l'avoir attendu, que le Pape avoit appointé, et les barons du royaume aussi.'* VII, 1.

Frayer v. a. dépenser. Get ancien verbe , qui dérive du substantif fnxU (=s frais), s'est conservé dans le verbe composé défrayer. — Ex. Geux de Gologne, qui estoient quatre lieues plus haut sur le Rhin, frayèrent chacun mois cent mille florins d'or. IV, 2.

68 P. A. Qeger.

Fuir (s'en) v. réfl. Il est à remarquer qae, de même que dans 1* langae d*oïl, en est, chez Gomines, quelquefois séparé de fuir; usage qu'on retrouve encore chez les auteurs du dix-septième siècle. — Ex. Et croy véritablement, à ce que j*en ay sceu, que si n*eust esté lui seul, tout s*en fust fuy. I, 4. — I, 5. I, 4.

Galée s. fém. galère. Depuis le seizième siècle, ce mot n*est plus d*usage. — Ex. Et furent prests jusques à quatorze navires genevois, plusieurs galées et galions. VII, 5. — VII, 1.

Gaudir v. n. se moquer. Aujourd'hui, ce verbe est vieux et ne s'emploie que pronominalement. — Ex. Et le dit en gaudissant, car ainsi estoit-il accoustumé de parler. I, 3.

Gehenner v. a. mettre à la gêne. Aujourd'hui, le verbe ^éner n'est plus employé en ce sens. Gomines écrit aussi gesner. — Ex. Par avant ladite sentence, ils les avoient fort gehennez, sans nul ordre de justice. V, 17. — D'entrée le gesnerent à merveilles. VllI, 26.

Genoûil s. m. Ancienne forme du mot genou. — Ex. Le comte de Gharolois, le genoûil en terre, sus un carreau de veloux, parla à son père premier. I, 1.

Gloire s. fém. '*Et ainsi comme dit est, l'an 1493, commença à faire senthr à ce jeune roy Gharles VUE, de vingt-deux ans, des fumées et gloires d'Italie." VII, S. — Dans ce passage, les deux mots fumées et gloires nous paraissent à peu près synonymes de prestiges.

Gouffre s. m. golfe. En ce sens, il a fait place, dans la langue moderne, au mot golfe ^ dont il n'est qu'une transposition. — Ex. Et commandèrent qu'aucun navire ne passast la nuict entre les deux chasteaux qui font l'entrée du gouffre de Venise. VU, 17. —

VII, 2. vn, 5.

Grip s. m. espèce de navire, corsaire (?). Il est probable que ce mot, duquel les dictionnaires ne donnent aucun renseignement, se rapporte, de même que le verbe gripper au gothique ^^/>an (Voyez Burg. III, 193). — Ex. Gar ils ne se doutoient que de petits navires, comme grips, dont il y en avoit plusieurs au port d'Albanie. VII, 17.

Grossement adv. grossièrement, sommairement Get adverbe n'est plus d'usage. — Ex. Seulemeit vous diray grossement ce que j'ay veu et sceu, et ouy dire aux princes que je vous nomme. HI, 4.

G u ères adv. (Voyez p. 38). Quant à l'adverbe naguère^ Gominee

le considère encore comme une location adverbiale qa*il écrit tantôt en trois mots, tantôt en deux. — Ex. Pour ce, dit-il que qoand j'envoyai mes ambassadeurs à l*Isle, n*a gueres, devers mon oncle vostre père etc. I, 12. — Ledit duc de Normandie devoit avoir soixante mille livres de rente, et renoncer au partage de Normandie, qui n*agueres luy avoit esté baillé. II, 6. — Y, 9.

Habileté s. fém. artifice. Ce sens n*est pas indiqué dans les dictionnaires. — Ex. De ces secrètes habiletez ou tromperies, qui se sont faites en nos contrées de deçà, n'entendrez vous plus véritablement de nulle autre personne. III, 5. — U, 15. III, 1. III, 4.

Hardement s. m. hardiesse, courage. Ce mot appartient à Tancienne langue. — Ex. Il avoit assez hardement, pour entreprendre toutes choses. IIL 3.

Hériter v. n. Dans le passage suivant, le complément de ce verbe est précède de la préposition à; usage que Ton retrouve dans la langue d*oïl: **Et ne fais nul doute qu'avec grand et sage conseil, et encores aidant la grâce de Dieu, fut faite cette loy et ordonnance en France, que les filles n'heriteroient point audit royaume.*' VI, 3.

Heur s. m, chance, bonne fortune. Aujourd'hui, ce substantif ne s'emploie plus, selon l'Âc, que dans une locution où il a le sens de bonheur. — Ex. Ainsi voilà desja un des heurs de l'adversité et un grand homme mué. Y, 2. — III, 12. YI, 6.

Heure s. fém. Chez Comines, nous avons trouvé les locutions d'heure et à heure qui ont, toutes les deux, le sens de à temps, — Ex. Si le Roy y eut envoyé d'heure, il eust pris le chasteau, car le peuple de la ville tenoit pour luy. YIU, 1. — Qui les eut fournis de sommes d'argent à heure, dont on a despendu six fois le double, jamais n'eussent perdu le royaume. YIU, 20.

Hobin s. m. petit cheval écossais qui va l'amble. Ce mot s'écrit aujourd'hui aubin et s'emploie comme terme de manège. — Ex. Elle chevauchoit un hobin ardant, il la fit cheoir. YI, 7.

Hors (en) loc. adv. en dehors (?). A juger des exemples cités par M. Littré, cette locution s'emploie souvent chez les auteurs des quinzième et seizième siècles; aujourd'hui, elle n'est plus d'usage. — Ex. U leur serabloit que des montagnes en hors on eut pu fuir vers Pise et en ces places des Florentins. YIU, 7.

Huisset s. m. petite porte. Ce substantif, qui est le diminutif du

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root huis^ ne s^est pas conservé dans la langae moderoe. — Ex. Au milieu de ladite barrière y avoit an petit huisset qui fermoit des deux costez. IV, 9.

Hum blet s. m. homme vil. Diminutif du mot humble. Ce mot n*est cité que dans le GompL, ou il est indiqué qu'il a été employé par Comines. — Ex. Et va tousjours quelque humblet, qui a quelque marché à part. I, 16.

Uurque s. navire marchand. Il est probable que ce mot, qui ne se trouve pas dans les dictionnaires, est un terme étranger, puisque Comines en donne la traduction lui-même. — Ex. Et y avoit quelques navires qui le sui voient, menant vivres, et deux hurques de Hollande, navires marchands. lU, 5. — lU, 16.

Huis s. m. porte. Aujourd'hui, ce mot n'est plus guère usité que dans le style de palais. — Ex. Le nombre des Bourguignons estoit le plus grand , et gaignerent une maison, et prindrent deux ou trois huys, et s'en servirent de pavois. I, 3.

Illec adv. (Voyez p. 16).

Imaginer v. a. Dans le passage suivant, qui est aussi cité par M. Littré, nous avons en vain cherché à fixer le sens de ce mot: "Dés qu'il fut assis à table, et un peu imaginé (= grimacé?), comme vous savez qu'il faisoit, qui estoit bien estrange à ceux qui ne le connoissoient." IV, 7.

Imprestance s. fém. prèt(?). Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires. — Ex. Cedit comte de Campobache, dés lors qu'il alla faire ses gens en Italie, receut dudit duc quarante mille ducats d'imprestance, pour mettre sus sa compagnie. IV, 13. — V, 6.

Increable adj. Ancienne forme du mot incroyable. — Ex. Les gens dudit duc en faisant la guerre tant pour cette cause, que autres que pouvez assez avoir entendues, disoient paroles vilaines et increables du Roy. III, 9.

Ire s. fém. colère. Selon l'Ac. ce mot n'est plus usité que dans la poésie familière. — Ex. Je n'ay veu nulle occaison pourquoy plus tost il peust avoir encouru l'ire de Dieu. V, 9.

Iré part, passé de l'ancien verbe irer (= irriter). — Ex. J'estois bien iré et marry. VIII, 19.

Irrecouvrable adj. qui ne peut être recouvré. Cet adjectif n'est pas usité dans la langue actuelle. — Ex. Tant de grosses villes qu'elle avoit perdues, qui luy estoient irrecouvrables par force, etc. V, 17.

Ja adv. (Voyez p. 16).

Joindre v. n. consentir, atteindre. Les dictionnaires ne donnent pas ces deux significations. Lorsque le verbe joindre est employé en ces sens, Comines le fait toujours suivre par la préposition à. — £x. Toutesfois elle estoit trés-sage, et vraye soeur du Roy nostre maistre. et ne joignoit point franchement à se séparer duditduc ne de son amitié. Y, 2, — III, 3. — Et disoient aussi que le duc de Galabre avoit envoyé homme exprés à Venise pour empoisonner les cisternesy an moins celles où ils pourroient joindre, car plusieurs sont fermés à clef. VU, 5.

Jus adv. (Voyez p. 16).

Laisser (se) v. réfl. cesser (Voyez Gompl.). — Ex. Et davantage, les gens ne sont pas tous d'une complexion ; par quoy, par la mauvaistié d*un ou de deux, ne se doit laisser à faire plaisir à plusieurs, quand on en a le temps et opportunité. U, 3.

Le ans adv. (Voyez p. 15).

Lors adv. alors. L'emploi de cet adverbe ne s*est conservé, dans la langue actuelle, que dans quelques locutions. — Ex. Ledit grand seneschal, usant de volonté, dit lors à quelqu'un de ses privez.

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