II
De l'emploi des auxiliaires Avoir et Être.
L'emploi que Comines a fait des verbes auxiliaires donne lieu aux remarques suivantes:
1. Dans leurs temps composés, les verbes neutres faillir et fuir prennent le plus souvent l'auxiliaire être. Il en est de même du vieux
80 P. A. Geger.
▼erbe encommencer que noos n*ayoo8 jamais trouvé construit avec le verbe (xvair.
Quand le traict fut fai'Uj aux nostres, le coeur reyint ausdits Liégeois, n, 2,
Aussi plusieurs fois, mVt*iI dît, que s'il n'eust pu entrer dedans Paris, et qu*il eust trouTé la ville muée, qu*il fut fuy devers les Suisses. I, 8.
Et pour ce il ad visa que s*ils estoient encommencez à se diviser, qu*il les y mettroit eucores plus avant. Y, 16.
2. Employés neutralement, les verbes changer et prendre ont été construits avec l'auxiliaire être dans les exemples suivants:
Ce qui faisoit à nostre Roy me dire ces mots, estoit pour ce qu*il estoit changé de volonté, Y, 13.
Il deta pointa tous les bons et notables obevaliert du royaume, et qui avoient aidé et servi sondit père, à conquérir la Normandie et Guyenne, et chasser les Anglois hors du royaume, et a le remettre en paix et bon ordre, dont il luy en estoit bien mal pris. YI, 11.
3. Bien qu'employés activement, les verbes monter et passer prennent souvent l'auxiliaire être.
Mais les entrepreneurs dessusdits se trouvèrent mal suivis: et estans montez les degrez dudit palais, quelqu*un leur ferma un huis aprés eux. YI, 5.
Et faut entendre que ledit duo d*0rlean8 n*estoit point passé Ast, et Yj avoit le Roy laissé. YQI, 4.
4. Les verbes oser et pouvoir ont été construits avec l'auxiliaire être dans les phrases suivantes; construction qui peut être expliquée par les infinitifs venir et partir qui les suivent immédiatement.
Et mit les gens-d*armes dedans: dont le peuple fut assez content: mais les gouverneurs de la ville non: desquels il envoya sept ou huit à Paris: qui n*en sont osez partir tant que le Roy a vescu. Y, 14.
Son armée estoit très-grosse: car tout ce qui estoit pu venir de Bourgogne, s'estoit venu joindre avec luy. U, 2.
6. Une seule fois, nous avons trouvé le verbe aller construit avec l'auxiliaire avoir; solécisme qui n'a guère été fait par inadvertance, parceque, dans la phrase, l'adverbe gueres peut en quelque sorte être considéré comme régime du verbe aller.
Et allasmes le grand trot: et n'eusmes gueres allé que le vismes de loin. Ym, 12.
Étude sur les Mémoirei de Philippe de Cominei. 31
De l'emploi des modes.
Dv svbjonetif.
L'emploi que Comines a fait des modes personnels ne donne lien à des remarques que pour le subjonctif. Comme nous Tavons déjà fait observer, la syntaxe de la langue n'était point fixée à l'époque de Comines, ce que l'emploi de ce mode fait bien voir. Cependant, on trouve appliquées toutes les règles de ce mode que suivent les écrivains modernes; seulement Comines ne les a pas observées tràs-fidèlement.
Or voyant le Roy, que là ne pouvoit si tost avoir fait, et que le comte de Cbarolois 8*approchoit de Paris, doutant qae les Parisiens ne fissent ouverture à luy, et à son père. I, 2.
En retournant au fiiit de Paris, il ne faut douter que nul jour ne se passoit sans perte ou gain, tant d*un eosté que d'autre. I, 9.
Il n*estoit adonqaes rien dont il eut si grande crainte, que de perdre son authorité, qu*il avoit bien grande, et qu*on luy desobeyt en quelque chose que ce fut, YI, 7.
Car le principal fond de cette matière, qui le roou?oit, estoit de peur qu'on ne le Tousist maistri^er en toutes autres choses, comme en expédition de ses affaires et matières. VI, 7.
liais quelque chose que sçayent délibérer les hommes en telles matières, Dien y conclud à son plaisir, m, 2.
Aussi radyertissoit ledit duc, comme le Roy estoit délibéré de l'assiéger en quelque yille qu'il le trouvast. III, 3.
£t croy qu'il n'y mourut point deux cents personnes eo tout, que tout le reste ne fnist, ou se cachast aux églises, on aux maisons, n, 13.
Et croy qu'il y avoit quarante mille homme. (Ibid.)
Dans l'ancienne langue, l'imparfait du subjonctif était souvent employé, au lieu du conditionnel; on en trouve encore chez Comines quelques exemples.
Le duc de Bourgogne luy fit sçavoir qu'il ne partît point de là, s'il se sentoit estre seurement: mais aussi, si ce lieu n'estoit fort, qu'il se retirast devers luy. U, 3.
Le Roy fit faire des ouvertures, et offrir de bailler eo ostage le duc de Bourbon , et le cardinal son firere, le connestable, et plusieurs autres : et qu*aprés la paix conclue, il pust retourner jusques à Compiegne: et qu'incontinent il feroit que les Liégeois repareroient tout, ou se declareroient contr'eux. II, 9.
De l'infinitif.
L'emploi que Comines a fait de ce mode donne lieu aux remarques suivantes:
32 P. A. Geijer.
l:o Bien souvent, rinfinitif est employé sans aacnne préposition, lorsque dans ]a langue actuelle la préposition de ou bien la préposition à doit le précéder; ce qui a surtout lieu lorsque Tinfinitif sert de complément direct à un verbe.
Bieo peu de temps après le partemeDt des ambassadeurs dessusdits. Tint à risle le duc de B., Jehan dernier mort, feignant Tenir voir son oncle le duc Philippe de B. I, 2.
£t par especial le duc de Nemours fit serment au Roy, luy promettant tenir son party. I, 2.
Et cherchoient les ducs de Berry et Bretagne se joindre aux Bourguignons. I, 3.
£t eussent esté trés-contens attendre encore aucuns jours, ou les re-
ceToir à quelque composition. II, 13.
Toutesfois Toccasion de la Tenue dudit duc de Bourbon, estoit pour gaigner et conduire ledit duc de Bourgogne de consentir mettre sus une armée en son païs. I, 2. ■
Eem. Lorsqu*il y a deux ou plusieurs infinitifs qui se suivent, il arrive souvent que la préposition de est supprimée avant le premier infinitif, tandis qu'avant les autres, elle est employée; quelquefois aussi, c*est tout le contraire qui a lieu.
Le duc de Guyenne qui estoit sur le lieu, et tous ses principaux gouTerneurs, offroient fort serTir le Roy en cette querelle, et d*amener quatre ou cinq cens hommes d*armes. III, l. Le premier, rendre Monopoli, qu*ils aToient pris pour nous; l'autre,
de retirer le marquis de Mantoûe etc. VUI, 19. Après qu'il fut retourné, et ses gens-d'armes logez en la comté de Maries, offroit encores au Roy que dés ce qu'il seroit joinct aux champs aTec son maistre, il ne faudroit point de le tuer, ou le mener prisonnier. IV, 13.
2:o Dans bien des cas où, actuellement, Tinfinitif régi par un verbe ou un adjectif est précédé de la préposition à, Gomines le fait précéder par la préposition de.
Et le dit en gaudissant, car ainsi estoit-il accoustumé de parler
Je n'ay jamais tant Teu tirer pour si peu de jours, car de nostre costé on s'attendoit de les chasser de là à force d*artillerie. I, 9.
L'exhortant de ne prendre nul autre partage que celuy que ledit duc de Bourgogne luy aToit procuré par la paix faite à Peronne.