‹ Étude sur les monuments de l'architecture militaire des croisés en Syrie et dans l'Ile de ChypreChapitre 2 sur 28 · MARGAT · texte numérisé non relu

MARGAT

( MARKAB.)

Sur un promontoire, au sud de Lattakieh, s'élèvent les restes du château de Margat, 1 une des principales forteresses des Hospitaliers au temps des croisades. Le voyageur, qui veut visiter ces ruines appelées aujourd'hui Markab parles indigènes, suit le bord de la mer, et deux heures après avoir quitté Lattakieh, d atteint la petite ville de Djebleh , la Gabula des anciens.

De son antique origine celle-ci a conservé quelques beaux vestiges et notamment un magnifique théâtre. Au moyen âge elle fut nommée Zibel et était le siège d'un évêché. Raimond Rupin, prince d'Antioche, la céda aux Hospitaliers le 22 mai de l'année 1 207 \ et joignit à cette cession, au mois de septembre 1 2 1 0, le castellum Vetulœ2 (château de la Vieille3) situé dans les montagnes; mais les Templiers se prévalant d'une cession antérieure de Bohémond IV revendiquèrent alors Djebleh. Pour mettre un terme au conflit, les deux ordres prirent pour arbitre le légat Pélasge4, qui, le 12 octobre 1221, trancha le différend en partageant également cette ville et son territoire entre le Temple et l'Hôpital.

1 Cod. Dipl. t. I, ii° 91, p. 95 et 96. tagaes à deux mynamètres au nord-est de

2 La position de ce château semble pou- Djebleh.

voir se retrouver dans les ruines du Ka- 3 Cod. Dipl. t. I, n° 96, p. 99 et suiv.

laat-Mehelbeh , qui s'élèvent dans les mon- " Ibid. n° 107, p. 1 10.

Quelques restes de remparts flanqués de saillants carrés et construits en blocs d'assez grand appareil, taillés à bossages, se voient ça cl la an milieu des maisons modernes cl sont les derniers débris do l'enceinte ('levée par les croisés.

\ l'ouest de la ville se trouve un petit port creusé dans le rocher cl aujourd'hui envahi par les sables; mais son exiguïté donne à penser qu'il ne put jamais recevoir <juc des navires d'un faible tirant d'eau. Nous aurons du reste l'occasion de nous étendre plus longuement sur ce port cl sur ses défenses dans la suite de ce travail.

\ moitié chemin, entre Djebleh et Markab, on voil sur nue pointe s avançant dans la mer les restes du n petil château du moyen âge, bàli avec des matériaux antiques. Le nom de ce promontoire est Ilas-Baldvel-Mclck el il n'y a aucun doute possible sur l'identification de ce lieu avec le site où lut Paltos, celle ville étant indiquée par Ptolémée, les tables de Peutinger et les itinéraires publiés par M. de Fortia dl rban, comme située entre Gabula et Balanée et à égale distance des deux points. Iliéioclès1 cite Paltos connue étant dans la Syrie première.

Au temps du Bas-Empire, Paltos fut érigée en évêché, et XOnem christianus 2 nous a conservé les noms de plusieurs évêques qui occupèrent ce siège entre les années 36<2 et 5oo! Durant le moyen à<je. le nom de Paltos s'était changé en celui de Boldo, et nous trouvons dans l'ouvrage de Sébastien Paoli la mention du toron de Boldo et du casai de Saint-Gilles, voisin de Zibel, comme ayant été achetés de Rainald Mansoer par Bohémond d'Antioche el donnés par ce dernier à l'Hôpital en 1 i 67 3.

L'identification de Boldo avec le Ras-Baldy me semble donc n'avoir rien de téméraire, et les restes du petit fort qu'on y voil encore pour-

1 Hiéroclès , Synecdemos imperii orientalis. I. II, p. ~\)<)- — 3 Cod. Ihjil. (. I. 11" 43, 1 Oriens christianus, par Michel Lequien, p. 43.

raient bien n'être autres que ceux d'un poste avancé de la forteresse de Margat, élevé en ce point par les chevaliers de Saint-Jean.

Depuis Djebleli, cinq heures dune marche rapide suffisent à peine pour atteindre le pied des escarpements de la montagne au sommet de laquelle se dresse la forteresse de Markab. Avant d'y parvenir, le voyageur passe au milieu des ruines de Valenie, ville épiscopale élevée au temps des croisades sur remplacement de Balanée et où se remarquent les restes de deux églises. Lu torrent nommé aujourd'hui Nahar Banias, qui traverse ces ruines, formait alors la limite des principautés d'Antioche et de Tripoli '.

L'assiette de Margat fut admirablement choisie pour en taire une grande place d'armes, commandant toute celte partie du littoral de la Syrie et pouvant offrir au besoin une citadelle de refuge, longtemps considérée comme imprenable.

La montagne forme à peu près un triangle; au nord et à l'ouest, elle est presque à pic, tandis qu'à l'est une profonde vallée la sépare des monts Ansariés, auxquels elle se rattache, vers le midi, par une étroite crête, ce qui fait de ce sommet une sorte de presqu'île.

La configuration du terrain a déterminé le plan du château composé d'une double enceinte avec réduit à l'extrémité sud. I ne muraille, flanquée de tourelles, pour la plupart rondes, constitue la première ligne; (juanl à la seconde, aujourd'hui ruinée, elle s'élevait au haut du terreplein, qui occupe tout l'intérieur de la place et dont le pourtour est encore revêtu de talus de maçonnerie construits à la base de ce deuxième rempart. Vers la fin du xu'' siècle une bourgade, où vinrent s installer les habitants ainsi que l'évèque de Valenie, s'était élevée sur celle esplanade, limitée au sud par le réduit formé d'un massif consi-

' Jacques de Vilry, Histor. Uierosol. XXX, \\i\.

dérable de bâtiments et de l'énorme tour, ouvrage capital des défenses de la forteresse.

Des bords du ruisseau, un étroit sentier serpentant au milieu des rochers amène le visiteur au pied des murs du château. Là un escalier eu peute assez douce pour que les chevaux puissent aisément le gravir, et que précédait autrefois une barrière dont on voit encore les traces, le conduit à l'entrée de la forteresse. Elle s'ouvre en A (pi. III) dans

Fig.

nue tour carrée, et était défendue, ainsi qu'on le voit dans la coupe ( fig. i ). par une échauguette, un mâchicoulis, une herse et des vantaux. Dés «pie le voyageur a franchi cette porte, il trouve un grand veslibule (li;>. •>.) dont la voûte s'appuie sur des nervures prismatiques retombant sur des consoles. A droite et à gauche, deux larges arcades ru segment d'ogive donnent accès dans la première enceinte, dette pièce n'a aucune communication directe avec la partie supérieure de la tour, formée dune vaste salle située au niveau Au terre-plein de la seconde enceinte, et dont je donne ici le plan (fig. .">). Elle est éclairée

par une belle fenêtre, s'ouvrant au sud, avec bancs ménagés dans l'embrasure.

Dans cette pièce étaient disposées les manœuvres de la herse; audessus de la coulisse, on voit encore dans le mur des entailles qui recevaient le système de poulies destinées au jeu des contre-poids el des chaînes s'enroulant sur le treuil. C'est encore de là que, par un étroit passage, on arrive à la chambre de tir des meurtrières el (\rs mâchicoulis défendant les approches de la porte.

Fig. 3.

Fia 2.

Dans l'épaisseur de la muraille orientale de cette tour est ménagé un escalier conduisant à la plate-forme crénelée qui couronne cette défense.

A en juger par la forme des baies el par celle des arcs ogives qui supportent les voûtes, cet. ouvrage semble devoir être attribué aux premières années du xme siècle.

J'ai déjà dit qu'ici la première enceinte consiste en une muraille flanquée de tourelles rondes; elles sont d'un faible diamètre et ne présentent qu'un étage de défenses, disposition généralement adoptée en France pendant tout le xn*' siècle; car ce n'est que dans le cours

\lo\l MKNTS DH I.AIIGHITEGTURE MILITA IHK

• lu siècle suivanl que nous voyons apparaître les premières tours munies de défenses jusqu'à la base. Par suite de leur position, colles donl nous nous occupons n'avaient guère à craindre que la sape; la salle qui se trouve à 1 intérieur esi percée de meurtrières dont le nombre varie de trois à six, suivanl le diamètre de la tour (fig. /|). Un escalier extérieur conduit à la plate-forme, et son parapet, dans lequel s'ouvrent quatre créneaux, présente une épaisseur de 72 centimètres. Une meurtrière est refendue dans chaque nierlon, mais ces

Fig. h.

nierions sont trop dégradés pour qu'il soit possible de savoir s il y eut ici des volets pouvant s'abaisser afin de couvrir le défenseur, suivant la méthode appliquée, en Europe, à l'époque où fut élevé Margat.

La tour B, qui se \ oit à l'angle nord-ouest, paraît avoir été entièrement reconstruite depuis la prise du château par les musulmans.

Au nord, l'escarpement du rocher taille a pic lient lieu de muraille sur une assez, grande longueur.

Vers l'est, com le flanc de la montagne est moins abrupte, un

fossé a été creusé au pied Au rempart. Sur une grande partie de son

DES CROISÉS en S Y RIE.

étendue il est revêtu (lune contrescarpe en maçonnerie, en avant de laquelle le terrain a été disposé en "lacis.

Au sud de la forteresse, en face de la langue de terre qui réunit son assiette aux hauteurs voisines, a été construite en G la défense la plus sérieuse de cette première enceinte. C'est un gros saillant arrondi, d'un relief considérable, fondé sur ie roc et massif dans toute sa hauteur. Son couronnement, composé dune ligne d'échauguettes surmontée d'un parapet crénelé, fut l'objet de réparations importantes à la suite de la prise du château par kelaoun, à l'époque où ce prince fit placer l'inscription arabe qui se lit sur le pourtour1.

En avant, on avait creusé en D un réservoir, aujourd'hui à sec, occupant dans toute sa largeur l'espèce d'isthme qui relie Margat aux montagnes de la Kadmousieh.

Les ruines d'une petite barbacane E, coupant le chemin qui vient du sud, se voient en contre-bas du saillant C.

Les ingénieurs qui ont bâti le réduit du château, dont je vais donner la description, ont été amenés par la configuration du terrain à placer à l'extrémité sud l'ouvrage le plus important : c'est la tour L qu'on voit en arrière du saillant G et qui, par sa hauteur et ses nombreuses défenses, commande, au loin, de ce côté les approches de la place.

Get ensemble de constructions, composant la portion la plus remarquable de la forteresse, fut élevé à une époque que l'on ne peut fixer d'une manière positive, mais nous devons probablement l'attribuer à la fin du xne siècle.

Nous savons par les historiens arabes que toutes les villes du nord

' C'est une bande de marbre blanc in- de penser que la partie supérieure de cet cruslée dans la muraille et sur laquelle les ouvrage eut beaucoup à souffrir, et qu'acaractères se détacbenten relief. Comme c'est près la capitulation de Margat il fallut la rede ce côté que doit avoir porté la principale construire en grande partie. attaque durant le dernier siège, il y a lieu

de l;i Svric eurent fort à souffrir d'effroyables tremblements de terré dans les années 1 167 et 1 1 65. Il y a donc lieu de penser que Margat lie lut pas plus épargnée que les autres points du littoral, et ce désastre dut y nécessiter de grandes réparations, peut-être inèine une reconstruction complète, selon toute apparence, effectuée postérieurement au tc'" février 1 1861, date de la cession du château à Tordre de l'Hôpital.

Le voyageur qui visite ces ruines franchit en F (pi. 111) la porte du réduit; cette entrée était jadis défendue par une herse et des vantaux ferrés avec barres. Bientôt à sa droite s'ouvre Un large vestibule voûté en ogive, par lequel il pénètre en G dans la cour (\u château proprement dit. Arrivé en ce lieu, la première chose qui attire son regard est une petite chapelle II maintenant transformée en mosquée. Elle lut construite par des artistes appartenant à cette école française transplantée en Palestine, et qui dans ce milieu oriental demeura toujours fidèle au système de construction et au plan des églises élevées en France sur les bords de la Loire et en Bourgogne pendant le cours du xie siècle. Bien que dans des proportions plus restreintes, cet édifice est indubitablement contemporain des églises de Tortose, d'El-Bireh, de Djebaïl et de Lydda. Sa longueur est de 23n\()/i dans œuvre, sur 9"\9o de large ; c'est une nef comprenant deux travées et terminée par une abside arrondie, voûtée en niche de four. Primitivement six fenêtres lancettes devaient éclairer ce vaisseau. Mais, comme on le voil par le plan, trois de ces baies furent murées à une époque postérieure, quand, par suite de quelque modification survenue dans le plan pri- 111 il il de cette partie du château, on éleva les bâtiments qui se \ oient au nord et au sud.

1 Se reporter h l'acte de cession que nous donnons en note à la lin du volume.

Les voûtes de la chapelle sont à arêtes vives et appuyées au milieu sur un arc doubleau qui sépare les deux travées. Cet arc, sans ornemenl d'aucune espèce, repose sur deux colonnes engagées dans des pilastres appliqués aux murs de l'église; môme disposition se trouve dans les piliers qui soutiennent les bas-côtés de Noire-Dame de Tortose et autres églises de la même époque1.

L'abside esl plus élevée que le reste de la chapelle d'environ Ao cen-

Fitï. :.

timètres : on y accède par deux marches ; à droite et à gauche s'ouvrent des portes basses conduisant à deux petites pièces situées de chaque côté, et éclairées par des meurtrières. L'ornementation de cette église est (I une très-grande simplicité, les bases des colonnes sont romanes, ainsi que les chapiteaux; un portail s'ouvrant dans la façade est la seule partie du monument présentant encore quelques sculptures. Il est précédé d'un perron de trois marches et élait orné de quatre colon-

M. (le VogÛé, Les églises tic Terre Smith-, p. ■>.;>-.

MOISI MENTS DE I:\HCII1TRCTUHK M1UTAIKK

nettes en marbre, dont les fûts manquent aujourd'hui et qui servaient de supports à <\ru\ arcs brisés se surmarchant. La largeur de ce portail esl de 3m,75; une seconde porte, présentant en plus petit les mêmes dispositions, esl percée sur la cour vers le nord et n'a pu être figurée dans le plan, se trouvant juste au-dessous de la première fé-

lon. 6.

nèlre. A la partit1 supérieure de l'édifice se voienl encore les restes

d'un petit campanile presq ntièrement détruit. En I des bâtiments

fort dégradés et transformés en élables paraissent avoir été des ('■curies ou des magasins au temps de l'occupation chrétienne.

A droite de la cour sont les débris dune grand'salle qui comprenait quatre travées, dont deux sont encore debout. Ce sont celles qui sont représentées dans la vue que je donne ici (fig. 6). Le mode de

construction des voûtes me porte encore à attribuer cette portion du château aux premières années du xme siècle. Les arcs ogives s'appuienl sur des consoles, et la retombée des voûtes semble avoir dû être supportée par un pilier central dont il ne subsiste plus aucun vestige. Les murs de cette salle étaient revêtus d'un enduit dont on voit encore des restes et qui paraît avoir été orné de peintures à fresque.

Une maison moderne, de chétive apparence, couvre en partie ces ruines, aujourd'hui silencieuses, et théâtre probable de cette dernière assemblée des chevaliers où, le 27 mai 1285, fut décidée la reddition de Margat, une plus longue résistance ayant été reconnue impossible. De cette salle on passe dans une pièce éclairée par une large baie s'ouvrant au-dessus de la porte de la seconde enceinte et qui devait composer l'appartement du châtelain ou celui réservé à des hôtes de distinction, ainsi que nous le prouve son nom de Divan-el-Melek (chambre du roi), conservé jusqu'à nous.

N'y aurait-il pas lieu de se demander si ce nom n'aurait pas eu pour origine la détention, dans ce château, d'Isaac Comnône, qui v fut confié à la garde des Hospitaliers par Richard d'Angleterre, après la conquête de Chypre? Les chroniqueurs racontent que dans sa prison ce prince portait des chaînes d'or et d'argent; il y mourut en 1 195. inconsolable de la perte de son royaume1. A son retour en Europe, Richard ayant été livré par le duc d'Autriche à l'empereur Henri VI, il fut question de mettre pour condition à la délivrance de Richard celle d'Isaac Gomnène, encore vivant à Margat, et celle de sa fille, venue en France avec Bérenp-ère de Navarre'-.

1 Mas-Latrie, llisl. de Chypre, t. I, ia répudier; s'étant retirée à Marseille, elle

|>. i3. s'y maria, vers 1202, avec un chevalier

La destinés de celte princesse fut des flamand inconnu, parlant pour la croisade.

plus étranges; eile épousa Raymond VI, et qui, par cette union, crut se créer des

comte île Saint-Gilles, qui ne tarda pas ;i droits nu trône de Chypre.

\u sud de la chapelle el y attenant en k, on trouve un grand bâtinii'iil à deux étages éclairé par des fenêtres ogivales. Chaque étage renferme une vaste salle el communique directement avec la grande tour L, dont les proportions colossales ne sauraient être comparées qu'au donjon de Goucy (fig. 7). Elle mesure 20, mètres de diamètre: -<•» lieux étages sonl disposés pour la défense et percés de meurtrières se chevauchant de manière à ne pas laisser de points morts à sa circonférence. Les voûtes sonl percées de porte-voix communiquant de-

Pig- 7-

puis le rez-de-chaussée jusqu'à la plate-forme qui la couronne, et dont le parapet, presque entièrement ruiné aujourd'hui, présentait un reliel considérable vers les dehors de la place. Il était composé dune galerie percée de meurtrières, au-dessus de laquelle régnait un chemin de ronde crénelé, et à chaque extrémité sont (\v> escaliers par lesquels on \ accédait '. La plate-forme de celle tour est de plain-pied avec celle du bâtiment K. el elles sont assez vastes pour avoir pu servir d'aire à l'établissement de grands engins. Kn M et en N, à droite de la petite

Lorsque je visitai pour la première fois <|in m'onl permis de le restituer (Luis l;i Markab, en iN.'m). il subsistai! encore des coupe fig. 8. Depuis cette époque, elles ont portions considérables de ce couronnemenl presque entièrement disparu.

cour triangulaire, se voient des constructions qui semblent avoir été des casernes, sous lesquelles régnent de vastes caves.

Les édifices qui au nord bordaient le terre-plein ont été tellement bouleversés qu'il est absolument impossible de rien retrouver de leurs anciennes dispositions intérieures. On reconnaît à grand'peine la

Fig. 8.

porle 0, qui s'ouvrait sur l'esplanade de la seconde enceinte, et un fossé dont on voit encore les traces en P la séparait du réduit.

En Q est la seule partie qui, de ce côté, ait conservé sa voûte. La présence d'un vaste four, probablement contemporain du reste du chàteau, autorise à penser que là furent les cuisines et la paneterie.

A l'angle nord-est, la tour R défend la poterne, qui s'ouvre sur le chemin de ronde de la première enceinte et met en communication avec lui la longue galerie S, qui fait corps avec les bâtiments 1.

A en juger par la largeur des fenêtres qui l'éclairent, <•< ' 1 1 <* pièce dul

être un (les logis de la garnison; au-dessous existenl deux étages de magasins voûtés.

Les constructions que je viens de décrire ne possèdent qu'un rez-decliausséc, et lotîtes se terminent ainsi que la tour par des terrasses. Mlles étaient munies à Test d'un parapet à deux étages de défenses.

Gomme cette partie du château était bâtie en pierres d'assez petit appareil, non-seulement le temps et les é\énemenls, mais encore la main des hommes, ont concouru à en accélérer la ruine ; car les masures qui occupent le terre-plein central de la seconde enceinte ont été élevées avec ses débris.

Deux fois, à quatre ans de distance, j'ai \isilé Margal, et j'ai pu constater avec quelle désolante rapidité on voit diminuer chaque jour ce qui subsiste encore de cette forteresse.

Nous ne savons rien de bien positif sur l'origine de Margal, quoiqu'on ait lieu de supposer que cette place lut fondée par les Byzantins. Elle paraît être tombée entre les mains du prince Roger d'Antioche dans le cours du xue siècle, et devint alors un des fiefs les plus considérables de la principauté1. Possédée par la famille Mansoer, qui en prit le nom, cette forteresse, ainsi que la ville de Valenie, fut conservée par elle jusqu'à l'année 1186. C'est alors que Bertrand de Margat, avec l'approbation de Bohémond d'Antioche, céda ces deux possessions et toutes leurs dépendances à l'ordre de l'Hôpital. L'acte qui établit cette cession est daté du i01 lévrier 1186 et a été publié par Paoli 2.

\ la suite de la remise de cette forteresse à l'Hôpital, elle fut gouvernée par des châtelains appartenant à l'ordre.

Familles d'outre-mer, p. 391. — ' Cod. Dipl. ri' '.)•>.. p. 77.

Les noms de quelques-uns d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous;

les voici

Frère Henry 1" février 1 1 80 '

Pierre Scotaï n 98-1 1 99 2

AnIVed 12103

Raiuiond de Mandago 1 â 3 i 4

Guillaume de Fores 12 Ai 5

Pierre 1 2 h 8 ''

Nicolas Lorgue 1 2 5o 7

Jean de Bubie 12538

Jean de Bomb 12.5A.

A la suite de la désastreuse bataille de Hattin, la plupart des villes et des châteaux possédés en Terre Sainte par les Francs s'étant trouvés privés de défenseurs, ils tombèrent rapidement au pouvoir de Salah ed- Din, qui se présenta alors devant Margat, sans oser toutefois en entreprendre le siège. 11 se borna à faire passer son armée sous les murs de celte place, malgré les efforts de Margarit, amiral de la tlotte envoyée par Guillaume II, roi de Sicile, au secours des chrétiens de Syrie. C'est au point où la route de Tortose à Laodicée contourne le promontoire au sommet duquel s'élève Margat et se trouve resserrée entre les rochers et la mer que les Siciliens tentèrent, en vain, d'arrêter les troupes musulmanes.

Ibn el-Atir nous apprend, en ces termes, par quel stratagème ce passage dillicile fut effectué 9 :

* Salah ed-Din ravagea le territoire de Tortose, puis alla à Mera-

1 Cod. Dipl. n° 77, p. 79. ° Cocl. Dipl. n° 219, p. 2G0.

' Ibid. n° an, p. a52. 7 Ibid. n° 5i, p. 27.

Ibid. n° 96, p. 100. s Ibid. n° 121, p. i38.

' Ibid. n" 117. p. 128. 9 Extrait des Historiens arabes des croi-

Ibiil. n° 118, p. i32 et 1 33. sades, publiés par M. Reinaud, p. 680.

34 \IO\l MENTS DE L'ARCHITECTI RE MILITAIRE

rrkieh que les habitants avaienl abandonné; il vint ensuite à Markab, rc forteresse appartenant aux Hospitaliers, lia route <lc Djiblel passe au rr pied de la montagne où est situé ce château, qui est à droite, el la crmer esl à gauche. Le sentier conduisant à la forteresse est si étroil rrque deux hommes ne peuvent y passer de Iront.

crMargarit, amiral de la flotte que le roi de Sicile avait envoyée au «secours des Francs de Palestine, ayant eu connaissance delà marche cfde Salah ed-Din, vint mouiller à la hauteur de Markah pour s'oppocrser à son passage; ce que voyant, le soultan lit préparer de vastes crmantelets garnis de laine cl de cuir et les lit disposer au bord <le la crmer sur toute la longueur du défilé, de telle sorte que les musul- ■• iiians purent le franchir à l'abri des Mèches de la flotte chrétienne. rcCeci se passa le i i du mois de djouinadi premier 586 (i i88j.-

Nous savons <pi en i tg->. Richard, roi d'Angleterre, confia à la garde «les Hospitaliers de Margal sou prisonnier Isaac Gomnène, qui ne larda pas à \ mourir '.

L'année 120/1 vit échouer contre Margat une tentative dirigée par Vlalek ed-l)aher, prince d'Alep.

Vilbrand d'Oldenbourg nous a laissé dans la relation de son pèlerinage en Terre Sainte, qui eut lieu en 121 1, une description de Margat qui ne sera pas sans intérêt par les détails quelle donne sur ce château 2.

-De là nous montâmes a Margat, château vaste et bien fortifié, possédant double enceinte, muni de nombreuses tours qui sembleni • plutôt faites pour soutenir le ciel que pour augmenter la défense de ce heu. car la montagne que domine le château est extrêmemeni rc élevée et semble comme Atlas soutenir le firmament. Les pentes de la

Cont. île Guillaume de Tyr, liv. \\\. ' Laurent, Peregrinatores medii tevi qua-

ch. wvi. p. 1 ()q. tiior, p. 1 70.

«montagne sont bien cultivées cl chaque année la récolte de ces terres (t forme plus de cinq cents charges; souvent les ennemis tentèrent de rr dévaster ces riches moissons, mais ce lut toujours en vain.

ce Ce château appartient aux Hospitaliers et forme la principale détrfense du pays. Il tient en échec le Vieux de la Montagne et le soucedan d'Alep, à tel point que, malgré les nombreux châteaux qu'ils k possèdent, ils ont été contraints, pour conserver la paix, à payer un •tribut annuel de deux mille marcs. Chaque nuit, pour parer à tout r: événement et de crainte de quelque trahison, le château est gardé par r- quatre chevaliers et vingt-huit soldats. En temps de paix , outre les rr habitants ordinaires de la forteresse, les Hospitaliers y entretiennent p une garnison de mille hommes, et la place est approvisionnée de r toutes les choses nécessaires pour cinq ans. n

Makrizi dit qu'en l'an 1267 les Hospitaliers conclurent avec B\bars une trêve de dix ans, dix mois, dix jouis et dix heures pour le château des Gurdes et pour Margat; ils renoncèrent, à la même époque, aux tributs que leur payaient les Ismaéliens, les villes de Hamah, de Scheizar et d'Apamée.

En 1-270, après la prise du Krak, les Hospitaliers lurent contraints a renoncer à tous les territoires possédés en commun avec les musulmans et durent consentira ce que les impôts de Markab et de son territoire lussent répartis entre le sultan et le grand maître des Hospitaliers. Déplus, aucune réparation ne pouvait être laite au château.

Eu l'année 1280, l'émir Seif ed-Din-Balban1, qui commandait le château des Gurdes, vint assiéger Margat à la tête de hordes de Turcomans; mais il fut obligé de se retirer après une tentative infructueuse.

Extrait des Historiens arabes des croisades, publiés par M. Reinaud. — Histoire des croisades, par Michaud, I. VII, p. 758.

Le sultan Kelaoun ayant l'ail de grands préparatifs pour attaquer Margat, durant les premiers mois de Tannée 1285, arriva sous les murs de celle place le mercredi 17 avril, et le texte des historiens arabes nous apprend qu'il établit son camp sur la colline reliant Markab aux montagnes des Ansariés et que ce lut de là qu'il dirigea ses attaques contre la pointe sud de la forteresse. H avait fait monter à dos d'hommes six grandes machines qui commencèrent à couvrir (Tune grêle de pierres et de traits les premières défenses du château; mais, comme elles étaient trop rapprochés de la place, elles ne tardèrent pas à être mises en pièces par les machines des Francs.

Quelques jours plus tard, il arriva que l'un des engins des Hospitaliers en ayant brisé accidentellement un autre, les musulmans en profitèrent aussitôt pour recommencer leurs travaux de siège, et ils parvinrent à remettre en batterie une nouvelle chirobaliste. Cependant les assiégés ayant rétabli leurs moyens de défense réussirent à la brisera laide île nombreux projectiles qui tuèrent, au dire des chroniqueurs arabes eux-mêmes, un grand nombre de musulmans.

Par suite des attaques incessantes des Arabes, les défenseurs se virent contraints à abandonner les ouvrages avancés, ce qui permit aux mineurs égyptiens de pénétrer dans les fossés et de s'attacher aux murailles du château, à la base desquelles on peut facilement reconnaître les traces de leurs travaux. Ils parvinrent donc à percer plusieurs galeries de mines, et ayant mis le l'eu aux étais de l'une d'elles, une partie de la tour qui forme l'extrémité de la forteresse s'écroula.

Les musulmans tentèrent alors vainement l'assaut, et, après un coinbal long et meurtrier, ils furent repoussés avec perte.

Le premier moment de stupeur passé, les assiégeants reprirent courage cl apportèrent tant, d'activité à leurs travaux que huit jours plus

tard le mercredi, 17 du mois de Rabi premier, les mineurs étaient arrivés jusque sous la grande tour et avaient réussi à en saper la base, de telle sorte qu'elle était pour ainsi dire suspendue sur les étais.

Le sultan , qui désirait vivement se rendre maître du château avant qu'il fût ébranlé au point d'être irréparable, adressa une sommation au gouverneur de Margat et fit conduire dans les mines les parlementaires que ce dernier lui envoya, afin de leur prouver que la résistance en se prolongeant ne pouvait que les amener à une destruction certaine. Les Hospitaliers, jugeant impossible une plus longue défense, acceptèrent la capitulation qu'il leur proposa en même temps.

En conséquence, il lut stipulé que tous les défenseurs de Margat sortiraient librement avec ce qu'ils pourraient emporter, en emmenant avec eux 55 chevaux ou mulets tout équipés et chaque chevalier gardant, en outre, 2,000 pièces d'or au coin de Tyr1. Le châtelain et ses compagnons rendirent la forteresse à l'émir Phareddin, délégué parle sultan, le a 7 mai 12 85, et se retirèrent à Acre.

Dans leur amour du merveilleux, les auteurs arabes contemporains attribuèrent la chute de cette place, jusque-là réputée imprenable, à l'assistance des anges Mokarabins, Gabriel, Mikael, Azrael et isratil. qui, suivant eux, lurent envoyés par Dieu pour assister le sultan dans cette glorieuse entreprise.

Le soudan de Hamah, dans la lettre où il annonce à son visir la prise de Markab, décrit cette forteresse dans des termes d'un tel enthousiasme que je crois qu'il sera curieux d'en extraire le passage suivant : crLe diable lui-même, dit-il, avait pris plaisir à consolider sa rr bâtisse. Combien de fois les musulmans avaient essayé de parvenu rà ses tours et étaient tombés dans les précipices! Markab est comme

1 Extraits manuscrits d'Ibn-Ferat, par Jourdain.

trune ville unique, placée «mi observation au haul d'un rocher; elle très! accessible aux secours el inaccessible aux attaques. L aigle el le

crvautour seuls peuvent voler à ses remparts ••

Kelaoun, ayant donc, pris possession de Margal, en lit le chef-lieu d'un gouvernement comprenanl Kafartab, Antioche, Laodicée, le territoire de Markab, etc Il lit réparer les machines qui avaienl

été brisées pendant le siège, ainsi que les murailles du château, et, après avoir approvisionné la place de toul ce qui esl nécessaire à une citadelle, il \ laissa une nombreuse garnison el cent cinquante mamelouks.

LE KttAk DES CHEVALIERS.

( KALAAT-EL-HOSN. )

Pendant presque tout le temps de la domination française en Svrie, la frontière orientale des colonies chrétiennes lut formée par la chaîne de montagnes qui s'étend de Tripoli à Antioclie. Aussi chaque passage ou chaque point stratégique était-il gardé par une forteresse. C'est là que nous retrouvons presque intacts ces grands châteaux des ordres militaires de l'Hôpital et du Temple, semblant, au milieu de ces régions peu visitées, vouloir témoigner encore de cette glorieuse époque de notre histoire nationale.

Sur l'un des sommets dominant le col qui met en communication la vallée de l'Oronte avec le bassin delà Méditerranée, se dresse le Kalaat-el-Hosn. Tel est le nom moderne de la forteresse que nous trouvons désignée par les chroniqueurs des croisades sous celui de Krak ou Crat des Chevaliers, et appelée, chez les historiens arabes château des Curdes.

Position militaire de premier ordre en ce qu'elle commande le défilé par lequel passent les routes de Hoins et de Haniah à Tripoli et à Tortose, cette place était encore merveilleusement située pour servir de base d'opérations à une armée agissant contre les états des soudans de Hamah.

Le Krak formait, en même temps, avec les châteaux d'Akkar, d'Ar-

ItO \K)M MENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE

cas, du Sai'c, de la Colée, de Chaslel-Blanc, d'Areymeh, de Vauimour (Chastel-lîouge) , Tortose el Markab , ainsi (ju'avec les tours et les |»ostes secondaires reliant entre elles ces diverses places, une ligne de défense destinée à protéger le comté de Tripoli contre les incursions des musulmans, restés maîtres de la plus grande partie de la Syrie orientale.

Du haut de ses murs, la vue embrasse, vers l'est, le lac de Homs cl une partie du cours de l'Oronte. Au delà se déroulent, au loin, les immenses plaines du désert de Palmyre. Vers le nord, les montagnes des Ansariés arrètenl le regard, qui, vers l'ouest, s'étend par la vallée Sabbatique, aujourd'hui Nahar-es-Sabte, sur la riche et fertile vallée où lurent les villes phéniciennes de Symira, de Carné, d'Amrit, et découvre à l'horizon les flots étincelants de la Méditerranée.

\u sud, les deux chaînes du Liban et de l'Anti-Liban esquissent leurs grands sommets aux fronts couverts de neiges.

Plus près à l'est, comme un lapis de verdure, s'étend, au pied du château, la plaine de la Boukeiah-el-Hosn , la Bochée des chroniqueurs, théâtre d'un combat célèbre dont nous aurons à nous occuper dans le cours de cette étude.

Vers le sud-est, et à environ trois quarts d'heure de distance, sonl le village moderne et les ruines de la tour d'Anaz, prise par Malek el-Adel, frère de Salah ed-Din-, lors de sa tentative contre le Krak en l'année 1 206 '.

Le village de El-Hosn, situé au pied du château, formait, au moyen âge, un bourg assez considérable entouré de murailles percées de deux portes flanquées de tours; l'une de ces portes s'ouvre à l'occident el l'autre vers l'est.

Exlrail des Historiens arabes des croisades, publiés par M. Reinaud.

On y voit encore trois mosquées.

A la pins grande, élevée par Melik en-Naser, était réuni an hôpital pour les musulmans de Ouady-Hadin, fondé en 719 de l'hégire par le gouverneur du Hosn, Bekoum-Ibn-Abdallah el-Ascherafieh. Là aussi se trouvent ^\\\ tombeaux, celui de l'émir Sarem ed-Din el-Kafrouri ed-Dhahiri es-Saidi, premier gouverneur du château après sa prise par les musulmans, mort au mois de zilcaade 690 de l'hégire, et celui d'Ali- Kamar ed-Din , mort dans les premières années du vmc siècle de l'hégire.

A peu de distance, sur un tertre, est situé le cimetière, où l'on remarque les tombeaux à coupoles de deux officiers de Bybars : les émirs Nour ed-Din et Boh ed-Din, qui périrent pendant le siège. Un peu plus loin est celui de Scheik-Osman, qui, selon la tradition, était palefrenier de ce sultan, et qui fut tué à côté de lui durant l'une des attaques dirigées contre le château.

Le village se divise en deux quartiers : l'un se nomme Haret el- Turkman, l'autre Haret es-Seraïeh, à cause du palais occupé en dernier lieu par les émirs turcomans de la famille Seifa.

Le relief de la montagne sur laquelle s'élève la forteresse est d'environ 3oo mètres au-dessus du fond des vallées, qui, de trois côtés, l'isolant des hauteurs voisines, en forment une espèce de promontoire.

On reconnaît ici le même principe déjà signalé à Margat, et que nous aurons fréquemment, par la suite, l'occasion d'observer sur d'autres points.

Le Kalaat el-Hosn n'est pas une grande habitation féodale fortifiée et destinée à dominer le pays d'alentour, soumis au châtelain, et don! relevaient les fiefs environnants. C'est une place de guerre des plus importantes, possédée par l'un des deux grands ordres militaires, créée ou du moins reconstruite par lui, pour en faire un de ses principaux établissements sur la frontière orientale des provinces chrétiennes.

52 \lo\l MENTS DE L'ARCHITECTl RE MILITAIRE

Nous \ trouvons les Hospitaliers, devenus si formidables <ju ils imposaient des tributs aux princes musulmans de Hamali cl de Massiad, el promenaient leurs armes victorieuses sur les bords de l'Oronte1.

Le krak esl encore à peu près dans Tétai où le laissèrent les chevaliers au mois d'avril 1271. A peine quelques créneaux manquent-ils au couronnement de ses murailles el quelques xoùles se sont-elles effondrées; aussi loul ce \asle ensemble a-t-il conservé un aspect impos;t 11 1 qui donne au voyageur une bien grande idée du génie militaire el de la richesse de l'ordre qui l'a élevé.

Cette forteresse comprend deux enceintes que sépare un large fossé eu parlie rempli d'eau. La seconde forme réduit el domine la première, donl elle commande tous les ouvrages (pi. \l); elle renferme les dépendances du château : grand'salle, chapelle, logis, magasins, etc. I 11 long passage voûté, d'une défense facile, est la seule entrée de la place. Les remparts el les tours sonl formidables sur Ions les points où des escarpements ne viennent pas apporter un puissant obstacle à l'assaillant.

\u nord et à l'ouest, la première ligne se compose de courtines reliant des tourelles arrondies el couronnées dune galerie munie d'échauguettes, portées sur des consoles, formant, sur la plus grande partie du pourtour de la forteresse, un véritable hourdage de pierre. Ce couronnement présente une grande analogie avec les premiers parapets munis d'échauguettes qui aient existé en France, où nous les voyons apparaître dans les murailles d'Aigues-Mortes el au château de Montbard en Bourgogne, sous le règne de Philippe le Hardi-. Mais au kalaal el-Hosn , il est impossible de ne pas leur assigner une date antérieure, le château étanl tombé entre les mains des musulmans en l'an 1271.

Continuât, de Guillaume de Tyr,\. Wlll. Viollet-le-Duc , Dictionnaire d'arehitec-

ch. wwiii. lure, l. \ I . p. 202.

Vu-dessus de ce premier rang <le défenses s'étend une banquette bordée d'un parapet crénelé avec meurtrières au centre de chaque merlon. Ici nous retrouvons un usage généralement suivi en Europe dans les constructions militaires durant le xue et le \iu' siècle : les tourelles dominent la courtine, et des escaliers de quelques marches conduisent des chemins de ronde sur les plates-formes.

Chaque tour renferme une salle éclairée par des meurtrières, et dans les courtines s'ouvrent à des intervalles réguliers de grandes niches voûtées en tiers-point, au fond desquelles sont percées de hautes archères destinées à. recevoir des arbalètes à treuils ou d'autres engins de

guerre du même genre (fig. 9). En France, dès le commencement du xiuc siècle, ces défenses, peu élevées au-dessus du niveau du sol, n'étaient déjà plus en usage, ayant l'inconvénient de signaler aux assaillants les points les plus faibles de la muraille; mais, au Krak, nous ne les trouvons employées que sur les faces de la forteresse couronnant des escarpes, et, par suite, à l'abri du jeu des machines, tandis que vers le sud les murs sont massifs dans toute leur longueur.

La tourelle a, qui se trouve à l'angle nord-ouest de la première enceinte, est surmontée d'une construction arrondie d'environ h mètres de hauteur. Ce fut, selon toute apparence, la base d'un moulin à vent , si nous en jugeons par le nom moderne, Bordj et-Tahouneh (la tour du moulin), ainsi que par les corbeaux sur lesquels s'appuyaient les

hh MOM MENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE

potelets H les liens supportant cet ouvrage <pii devait être en char pente, comme on pourra le voir par la planche VII, où nous l'avons restitué sur les indications de M. VioUet-lc-Duc.

Le sud étant le point le plus vulnérable de la place, c'est là qu'onl été élevés les principaux ouvrages, et c'est surtout dans les tours d'angles el à la tour carrée placée dans l'axe «lu château en A qu'on s'est efforcé de disposer les défenses les plus importantes, \ussi ern tours sont-elles bâties sur des proportions beaucoup plus considérables

Fie. 10.

que les autres, el tous les movens de résistance s\ trouvent-ils accumulés. Mien que séparée de la seconde enceinte par le fossé' \\ . rempli d'eau, celle première ligne en est assez rapprochée pour être soiis la protection des ouvrages 1 .1 K . qui la dominent, de telle sorte qu'au momenl de l'attaque les défenseurs du réduit pouvaient prendre pari au combat.

Je vais maintenant décrire sommairement la tour A, dont je donne ici le plan ( fig. i o).

Du chemin de ronde de la courtine, un escalier conduit à une vaste salle dont les voûtes s appuient au centre sur un massif carré de (> mètres

de côté, ce qui donne à celle pièce un aspect de solidité vraiment étonnant. On sent que l'ingénieur qui éleva ce premier retranchement, auquel devait se heurter un ennemi entreprenant le siège du château, a voulu épuiser toutes les ressources de l'art pour mettre son œuvre à même de résister aux attaques dont elle pourrait être l'objet. Huit meurtrières éclairent cette salle (fig. 1 i).

Fig. n.

^S'W'tz^é^,;^

lu-dessus règne une plate-forme bordée d'un parapet crénelé avec hourds en pierre, semblables à ceux des courtines et des tours de celle partie de la forteresse. Toute la partie supérieure et le couronnement de cet ouvrage paraissent avoir été refaits après la prise du château par Bybars, qui a fait graver sur les murs des trois tours défendant cette partie de la première enceinte des inscriptions relatant leur restauration par ses ordres1. On avait d'ailleurs multiplié les obstacles de

Je donne le texte de ces trois inscriptions dans les notes placées à la fin de ce vo-

lume.

'il! MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE

ce côté, car outre le fossé 15. aujourd'hui comblé, nous trouvons encore en C les traces d'un ouvrage avancé, probablement un palis qui fui luimême entouré d'un fossé jadis rempli d'eau, à en juger par l'existence d'un barrage vers l'extrémité est, là où commence la déclivité de la montagne. L'eau devait être amenée dans ces fossés par l'aqueduc <|iii alimente l'abreuvoir qu'on trouve entre les deux enceintes du château.

La partie orientale des remparts est moins Lien conservée; les parapets sont dérasés dans ph;s de la moitié de leur hauteur; cependant les échauguettes sont encore en place : elles sont plus petites ici que sur les autres faces de la forteresse et ne sont supportées que par deux consoles. Trois saillants carrés d'un relief assez faible flanquent cette muraille, qui est d'ailleurs mise à l'abri de toute attaque sérieuse par l'escarpement de la montagne.

C'est de ce côté que s'ouvre en C l'entrée du château, dans lequel on pénétre par une porte ogivale au-dessus de laquelle se lit l'inscription, aujourd'hui mutilée, qu'y lit graver le sultan Malek ed-Daher- Bybars après le siège qui mit le Krak en son pouvoir :

*\B-jl\ (jJ-î^-M «*NI rf^-J

1 ^UJlyfcUaJl JlUI yUaJo-J! bi^-o /Jjà j, JjLyXI 0*n-E| I»Xjû ^^.£\j^! (j^aaj £Jl!I y] (jjOJI 5 lo^-îi (j3j ^aÀi! yilàii (Oy?j.U) 1*^1 *X4>Ls?Jl JiUJI

^j\ji> oJi^ (J\.À-«^II j-V»i <*\*«*-ï

Au iHini iln Dieu clément et miséricordieux.

La restauration de ce château fort béni a été ordonnée sous le règne de notre maître le sultan, le roi puissant, le victorieux, le juste, le défenseur île la foi, le guerrier assisté' de Dieu, le conquérant favorisé de la victoire, la |>ierre angulaire du inonde et de la religion . le père de la victoire. Bybars l'associé de l'émir des croyants, et cela à la date du jour de mercredi

\ droite et à gauche de la seconde ligne de cette inscription se voient sculptés deux lions marchant à droite (armoiries de Bybars i.

Une rampe voûtée, formant galerie en pente assez douce pour être facilemenl accessible aux cavaliers, commence au vestibule qui occupe la hase du saillant C et conduit dans les deux enceintes. Cette galerie se divise en deux parties : l'une amène de l'entrée de la forteresse an niveau des défenses inférieures de la première enceinte, et la second»' met cette partie de la place en communication avec le réduit. Elle présente un système d'obstacles successifs accumulés avec un soin rni-

Fig. 12.

F. C'JLUiL'VQ r ,

nu lieux, qui me parait en faire l'un des plus intéressants spécimens de l'art militaire franco-oriental au xme siècle. Le plan ci-joinl en rendra la description plus claire (fig. 12).

En A existaient deux portes successives, en avant de chacune desquelles se voit un regard circulaire percé dans la voûte et destiné tout à la fois à donner du jour et à permettre aux assiégés d'accabler de projectiles un ennemi, qui, ayant réussi à forcer l'entrée du château. aurait pénétré dans la galerie.

hK MOM MENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE

En B, celle rampe franchit à ciel ouvert le terre-plein de la première enceinte avec laquelle elle communique sous le commandemenl de la tour [; | n i i s , tournanl alors brusquement sur elle-même, elle s'engage dans une seconde galerie ménagée sous l'ouvrage C. Une troisième porte I), égalemenl munie d un mâchicoulis, ferme l'entrée de cette galerie, qui, de la sorte, se home comprise dans la seconde enceinte el se prolonge jusqu'à la partie supérieure du château dont l'cn- I rée s'ouvre à gauche en E. Luc herse et des vantaux fermaientjadis cette dernière porte, en avant de laquelle se trouve un grand mâchicoulis carré, semblable à celui qu'on voit à la porte narbonnaise de la cité de Garcassonne, et qui', par ses dimensions extraordinaires, permettait aux assiégés de lancer des projectiles non-seulement au milieu, mais encore contre les parois du passage s'étendant jusqu'à la galerie.

Quand le visiteur a franchi le seuil, il est frappé de l'aspect imposant d'ailleurs, mais d'une majesté triste, que présente l'intérieur désert de la forteresse. Un morne silence \ a remplacé l'animation et le tumulte des gens de guerre, et au milieu de ces grands restes d'un passé glorieux, l'œil rencontre partout des décombres.

A droite, en I) (pi. IV), se trouve d'abord un vestibule voûté communiquant avec la chapelle, qui [tarait dater de la fin du xuc siècle. C'est une nef terminée par une abside arrondie percée d'une petite baie ogivale. Les proportions de cet édifice sont moins grandes qu'à Margat. Il mesure dans œuvre 2 1 mètres de long sur 8"',Ao de large, et sa voûte en berceau est divisée en quatre travées par des arcs doubleaux chanfreinés retombant sur des pilastres engagés. On reconnaît encore ici une production de ces mêmes artistes formés à l'école d'où sortaient les architectes qui éle\èrenl les églises de Gluny, de Vezelay et la cathédrale d' \utun.

A l'intérieur, une moulure fort simple règne à la naissance des

\oùlrs et détermine le sommel «les pilastres. Le portai] est ogival, son ornementation est des plus sobres et consiste en une double ligne de billettes et de bâtons rompus; il est condamné par un escalier d'une construction évidemment postérieure, i>ieu qu'encore «le l'époque française.

Fig. i3.

Sur les murs du vestibule dans lequel s ouvre la porte latérale de la chapelle se voient plusieurs graffiti dont l'écriture accuse la fin du xue siècle ou les premières années du xme.

Un deux, espèce de iogogriphe que je me borne à transcrire, me paraît pouvoir trouver ici sa place.

Ultinia.sit prima Sit prima secunda Sit li na in medio posila Nomen habebil ita.

MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MlUTURE

De l'autre côté de la cour el presque en face de la chapelle est la grand'salle, élégante construction paraissanl dater du milieu du mii'- siècle. Sur toute la longueur règne une galerie eu l'orme de cloître, composée de si\ petites travées; quatre sont fermées par des arca- I ures à meneaux d'un fort beau style (fig. i3). Les archivoltes des deux petites portes qui font communiquer la grand'salle avec cette galerie sont ornées de riches moulures, retombant de chaque côté sur deux colonnettes, et dans les linteaux monolithes qui les soutiennent se voient des restes d'écussons malheureusement mutilés aujourd'hui.

Fig. i&.

Oiianl à la salle proprement dite, elle comprend trois grandes travées et mesure en œuvre 2 5 mètres de long sur une largeur de y mètres. Les arcs doubleaux et ogives, dont je donne les profils ligure 1/4, retombent sur des consoles ornées de feuillages et de figures fantastiques, et l'on pourra y remarquer déjà le petit filet saillant sur les boudins que l'on observe en France vers cette même époque.

I 11 étage, maintenant détruit, semble avoir complété cet édifice et a été remplacé par des maisons arabes élevées sur les voûtes.

Une grande fenêtre surmontée de roses au nord, une semblable au sud, ainsi que deux fenêtres ogivales s'ouvrant dans la face orientale de l'édifice, éclairaient l'intérieur de ce vaisseau.

Toul cet ensemble, très-soigné dans Ions les détails de la construction, permet par son ornementation d'attribuer une date à son érection.

On remarque également dans les contre-forts de l'édilice les entailles des descentes destinées à conduire les eaux pluviales dans une citerne qui existe sous la cour.

Sur le côté de l'un des contre-forts du porche se lisent les vers suivants gravés en beaux caractères, que leur forme me porte à attribuer au milieu du xme siècle :

srs 5ibi copm

SI5 SHPlëCIil FORffîfUX : D65 :

mcxrms 6~m solr svpbia si comi . . .

Sit tibi copia, sit sapienlia. formaque detur; Inquinat oninia sola superbia, si comitetur.

Cette inscription, placée de la sorte à l'entrée de la grand'salle où se tenaient les chapitres de l'ordre, paraît avoir été destinée à rappeler à tous ses membres les sentiments d'humilité et d'obéissance qui leur étaient imposés par leurs vœux monastiques.

Dans les chartes de cession des fiefs de Margat et du Krak, Tordre, déjà si puissant alors, est simplement désigné sous la modeste appellation de Maison des pauvres de Jérusalem.

Au nord des deux édifices que je viens de décrire, de vastes magasins ou des écuries obstrués aujourd'hui de débris de toutes sortes régnent sous les remparts; on y entrait par plusieurs grandes arcades qui se voient dans la coupe planche V.

In escalier à pente très-douce amène au niveau de la cour supérieure E, sous laquelle s'étendent de grandes caves, également remplies

52 \|,»\l \IK\TS DE I. IRCHITECTl RE MILITAIRE

d'immondices de manière à en rendre la reconnaissance à peu près impossible au delà d'un certain point.

Le visiteur trouve à sa droite dans cette cour une plate-forn n

pierre de taille F s'élevanl d'un pied environ ei qui semble avoir été

e aire à battre le grain. A gauche sont «les bâtiments G paraissant

Mil

Fig. i5.

avoir servi de casernemenl pour la garnison, ei au milieu desquels se

voient encore, au-dessus de l'entrée de la seconde encei on G',

les arrachements d'une tour carrée, aujourd'hui presque èntièremenl ruinée, .nais qui, jadis. Qanquail cette face .1.. réduit. Son Iran- esl indiqué au pointillé (pi. IV), ei nous avons cru devoir la rétablir dans la restauration vue à vol d'oiseau que nous donnons du Kiak pi. VII. En II. le long de la courtine occidentale, s.- voil une galerie crénelée

sur laquelle règne le chemin de ronde. \u pied son! des ruines que je crois avoir été dos écuries ou qui du moins présentent une grande analogie avec celles qui existent encore au château de Garcassonne. \ l'extrémité méridionale de cette esplanade se voient les tours, dont il me reste à parler. Ce sont les plus élevées de toutes les défenses du château dont elles commandent les approches (fig. i5). Elles renferment chacune plusieurs étages de salles disposées pour servir les unes de magasins, les autres d'appartements ou de logis pour les dé-

Fig. 16.

Penseurs. De leurs plates-formes crénelées les sentinelles découvraient au loin la présence de l'ennemi. Entre la première et la seconde tour, un épais massif tient lieu de courtine; il est large de 18 mètres et forme une place d'armes sur laquelle pouvaient aisément être installés plusieurs engins. Sur cette terrasse, munie vers les dehors de la forteresse d'un parapet crénelé dont le relief est considérable, s'ouvre la porte du chemin de ronde e, ainsi que les entrées des étages supérieurs des deux tours qu'elle relie (fig. 16).

A la tour de lest se rattache l'ouvrage pentagonal M, bâti postérieurement à la construction du château, peut-être même à l'époque

musulmane, el destiné à prendre d'écharpe le fossé B1. (îetlc loin' es! la seule qui possède trois étages, les autres n'en ayant que deux ; mais, comme les diverses pièces composant les ouvrages qui nous occupent offrent beaucoup d'analogie dans leurs aménagements inlérieurs, je ne décrirai que le premier (Mage de la tour du milieu, nommée, par les Arabes, Bordj el-Moufrelli (lig. 17). Celte pièce esl éclairée sur la cour par des fenêtres à doubles baies, séparées par un

Fig. 17.

meneau central supportant un linteau décoré d'arcatures avec lleurons au milieu du Lympan et semblables à celles que nous trouvons en France dans les constructions civiles du commencement du \m( siècle.

' Cet ouvrage paraît avoir élé destiné à couvrir la rampe (fig. 12) à son débouché sur !<• terre-plein de la première enceinte. Il esl construit en blocs de grand appareil, avec bossages tout ii fait indépendants «les joints de la pierre; ces derniers sont taillés avec soin el les joints sont chanfreinés.

La partie inférieure de cette défense est

occupée par un large vestibule percé de deux portos. La première , jadis fermée par une herse et des vantaux, s'ouvrail vers l'ouest sur le l'<>ss<: |'> \ lig. 12); elle osi aujourd'hui murée, H sa clef de voûte porte deux lions sculptés : la seconde s'ouvre sur la rampe au pied «le la tour I.

L'escalier de la plate-forme a été réservé dans l'épaisseur du mur oriental. Une seule meurtrière, de grande proportion, est percée à chaque étage vers les dehors de la place. Des latrines sont ménagées dans l'épaisseur du mur. Par la porte aujourd'hui murée on passait dans un vaste logis N, maintenant ruiné, reliant la tour dont je viens de parler à relie de l'angle occidental, où Ton voit encore à l'étage supérieur une salle ronde éclairée par deux fenêtres ogivales et décorée avec élégance. Quatre colonnettes engagées supportent les nervures de la voûte, et une riche moulure forme corniche à la naissance de celleci. Cette pièce fut probablement la chambre du châtelain, ou l'appartement réservé au grand maître des Hospitaliers, qui résidait souvent au Krak. Nous possédons des diplômes et des chartes souscrites par plusieurs d'entre eux in Castro Crati l. Un escalier à vis conduit au sommet de cette tour, qui paraît avoir été surmontée d'un mât de pavillon dont la base existe encore. Sur les murs de cette partie du château j'ai relevé les signes suivants, gravés à la pointe par les appareilleurs au moment de la construction :

Le parapet de la muraille occidentale du réduit est dérasé sur presque toute sa longueur. La tour 0, qui s'élève en arrière de la grandsalle, est le seul ouvrage important de cette face du château: elle renferme au niveau du chemin de ronde un étage disposé pour la défense et percé de trois grandes meurtrières; malheureusement la partie supérieure de cette tour est complètement démantelée.

\u pied de ces défenses s'étendent de gigantesques talus en maçon-

1 Cod. Dipl. n" io3, p. 108.

nerie, ayanl à la lois pour objet de les prémunir contre l'effet des tremblements tic terre, et, en cas de siège, d'arrêter les travaux des mineurs. Dans sa relation du siège du Krak par Bybars, l'historien lbn-Ferat désigne le réduit qui nous occupe en ce moment sous le nom de la colline, peignant ainsi son escarpement (fi;;. 18).

Fi;;. 18.

Vers l'extrémité nord-esl de celle enceinte est placé l'ouvrage I'. donl la description terminera cette étude. (Test une tour barlongue, présentant, sur deux de ses laces, des mâchicoulis formés d'arcs en tiers-point reposant sur des contre-forts , et par conséquent tout à fait semblables à ceux qui se voienl encore en France, au palais des Papes et dans les murailles d'Avignon. Malheureusement la salle existant à

DES CROISÉS Ei\ SYRIE. 57

l'intérieur de cet ouvrage, ci qui se trouve au niveau du chemin do rondo dos remparts , a été transformée en habitation par une famille d'Ansariés, et tellement obstruée par des cloisons en pisé, qu excepté l'escalier à vis conduisant à la plate-forme, il est absolument impossible de rien reconnaître aux dispositions primitives. Je dois dire, du reste, que toute la partie supérieure parait avoir été refaite depuis la conquête musulmane, et les Arabes donnent aujourd'hui à cet ouvrage le nom de Bordj-bent-el-Melek (Tour de la fille du Roi).

Ici, comme dans tous les châteaux où la garnison avait à garder une double enceinte, il fallait rendre les communications entre les

f'g- Ml-

deux parties assez faciles pour que, en cas de besoin, on pût se porter rapidement au secours du point menacé. C'est pourquoi deux poternes avaient été percées dans des angles rentrants du réduit où elles étaient dissimulées. La première s'ouvre au bout de la grande rampe, à l'angle de l'ouvrage C, et de la courtine qui le rattache à la chapelle et sous le commandement de la tour qui s'élevait en G'; la seconde, dans la base de la tour P, sous le mâchicoulis qui se voit à l'est. Un large contrefort prolonge de ce côté la façade de l'ouvrage et ne paraît pas avoir eu d'autre but que celui de masquer cette poterne, dont aucun indice ne lait soupçonner l'existence à quiconque pénètre pour la première fois dans les murs du Krak (fig. 19).

Wi-dessous de ce \ ash> ensemble de la seconde enceinte se trouvenl de profondes citernes, qui servenl encore aujourd'hui aux habitants de la forteresse, .lai dû me borner à constater leur existence, n ayant pu \ pénétrer, attendu que, les anciens orifices ayanl disparu sous les décombres, les Arabes en tirent l'eau par un trou percé dans la voûte, non loin de la grand'salle.

Selon toute apparence, elles doivent être alimentées par l'aqueduc qui amène l'eau dans le fossé B.

arrivé au terme de la description de celle forteresse, je \ais tenter (I en esquisser l'histoire aussi brièvement que possible.

Les divers ailleurs, tant chrétiens qu'arabes, <|ui ont écrit l'histoire des croisades parlent fréquemment de ce château, nommé par les premiers le Krak et par les seconds Hosn-el-Akrad. Ce nom paraît assez identique à celui de l'appellation franque, qui pourrait bien n'être qu'une corruption du mot arabe \krad s\J>\, Kurde1.

Quelques écrivains, entre autres Cari Rilter, ont cru retrouver ici le site de Mariainme.

En l'année 1102, le comte de Saint-Gilles, après s'être emparé de Tortose, entreprit le siège du château des Kurdes. Le Soudan de llamali, Djonali '-ed-Dauleh, se préparait à marcher contre lui, lorsque, se rendant à la mosquée, il fut poignardé par un Ismaélien. Cette nouvelle inattendue détermina le comte de Saint-Gilles à profiter du trouble causé par cet événement, el il se porta sur

1 Km Syrie plusieurs forteresses portent aurait eu pour étymologic le nom syriaque

le nom de Krak on Karak, ce sont le Kr«k l'a^a (forteresse). M. de Vogué1* est du même

des Chevaliers, le kr;ik de Montréal et le avis en proposant pour origine de ce nom le

Krak ou Petra deserti; ce nom est encore mol hébraïque ~iiz , signifiant lieu fermé ou

porté par plusieurs villages bâtis sur des fort, opinion que confirment d'ailleurs plu-

lerlres. D'après M. de Qualremère ce nom sieurs ji;issa;;rs «le Dnivs <l llalicarnasse .

1 Traduction d< Wukrizi, t. II. Appendice, p. j3C. - Inscriptions aramêennes de Pabnyrc cl de la 9i/n'c aie , p. 1 1. ' Antiq. lib. II, p. i o5.

Hamah, doni il ravagea le territoire sans pouvoir toutefois prendre la ville1,

Cel incidenl lui avant l'ail lever sans rétard le siège du Krak, nous ignorons à quelle époque les Francs occupèrent cetle forteresse. Cependant, d'après le texte d'Ibn-Ferat, nous avons tout lieu de penser que ce fut vers l'année i 1 •». •>.

Voici ce que l'historien arabe Iakoul nous apprend sur ce château ainsi que sur l'origine de son nom :

ce La forteresse de Hosn-él-Akrad est un château dune force remarrcquable, s élevant sur la montagne qui fait face à Homs vers l'occire dent. Cette montagne se nomme le Djebel-Halil el se rattache à la cr chaîne du mont Liban.

rcDans l'origine, ce ne lut qu'une tour construite par un gouverneur r tle Damas qui y établit une garnison de kurdes, auxquels les terres •- environnantes furent abandonnées [tour eux et leurs familles, à charge rede garder ce passage et de surveiller les mouvements des Francs. rr Pour se mettre à l'abri de leurs tentatives, on augmenta peu à peu ••les fortilications de cette place, qui devint de la sorte une forteresse rr très-importante. Elle entrava beaucoup d'expéditions des Francs, •mais elle fut abandonné par les Kurdes, qui retournèrent dans leur -pays. Les Francs s'en emparèrent alors, et tous les efforts du prince '•de Homs ont été impuissants à la leur enlever. 11

Depuis sa prise par les croisés, ce château parait avoir été un simple fief dont le nom était porté par ses possesseurs jusqu'à l'année i 1 A 5 -, époque à laquelle Raimond, comte de Tripoli, le concéda à 1 Hôpital, ainsi que plusieurs autres châteaux.

1 Aboulfeda , extrait des Historiens arabes ' Cuil. Dipl. 11" 'ili. p. 2 3. — Voir le

des croisades, publics par M. Reinaud, fexte de celle charte aux pièces justificap. 972. lives.

Qu'étail le château à cette époque? C'est une question à laquelle il esl impossible de répondre; nous savons seulement que cette forteresse eut beaucoup à souffrir de divers tremblements de terre, particulièrement en i 1 h~] ', 1 1 69 et 1 202. 11 est donc à présumer que ce fut à la suite de celui de iv.o-2 que le Kalaat-el-Hosn dut être reconstruit à peu près entièrement et tel que nous le voyons aujourd'hui.

\près sa cession aux Hospitaliers, le gouvernement du krak lut confié à des châtelains de l'ordre.

Voici la liste de ceux dont les noms sont parvenus jusqu'à nous:

Ermanus 1 1 85.

Pierre de Val lis . , 1186 2.

Pierre de Mirusande 1 1 98 3.

Geoffroi 1 aoi ''.

Arnaut de Montbrun 12&1.

Hugues de Revel 12 43 s.

Jean de Bubi 12/18.

Aimar de la Hoche 1253°.

Nous savons par le récit de Vilbrand d'Oldenbourg que la forteresse qui nous occupe était habituellement gardée par :!,noo combattants7.

Durant l'année 558 de l'hégire, 1 1 63 de notre ère, Nour-ed-din , soudan d'Alep et (ils aiué d'Amad-ed-din-Zengbi, essuya sous les murs du Krak une sanglante défaite qui a pris dans l'histoire le nom de la journée de la Bokeiah. A ce sujet, l'historien arabe Ibn-el-Atyr nous apprend ce qui suit :

Nour-ed-din ayant rassemblé une nombreuse année, envahi! les

1 Aboulfeda, extrait des Historiens arabes 4 Cod. Di/>l. 11° 87, p. <)!?. des croisades, publies par M. Reioaud, ' Ibid. n° 179, p. aao.

p. 267-.307; Les deux jardins , p. 57/1. Ibid. 11" 1 •> 1 , p. i38-i45.

2 Cod. Di/il. 11" 77, p. 78-79. 7 Laurent, Medii œvi peregrinatores qua- 1 Und. n" •> 1 1 , p. •>;">•>. tuor, p. 169. Leipsick, i864.

terres des Francs et vint camper dans la plaine de la Bokeiah, au-dessous du château des Kurdes, qu'il se proposait d'assiéger, comptant, dès qu'il s'en serait rendu maître, se porter sur Tripoli, dont il méditait la conquête. Un jour, vers midi, tandis que les soldats accablés par la chaleur reposaient sous leurs tentes, on aperçut tout à coup la croix des Francs qui venait d'apparaître au sommet de la montagne sur laquelle s'élevait le château. Les Francs, ayant réuni toutes leurs forces, fondaient ainsi à l'improviste sur l'armée musulmane. Les avantpostes tentèrent vainement de résister et firent prévenir Nour-ed-din. Avant même que le Soudan eût pu être prévenu de l'attaque, déjà ses avant-postes étaient rejetés sur le gros de l'armée et poursuivis l'épée dans les reins. Us arrivèrent ainsi au quartier de Nour-ed-din, dont les troupes, n'ayant eu le temps ni de prendre les armes, ni de monter à cheval, furent en partie massacrées, le reste fait prisonnier. Le soudan, à demi vêtu, s'échappa de sa tente et s'élança sur un cheval. 11 ne dut son salut qu'au dévouement d'un Kurde qui se fit tuer en coupant l'entrave qui retenait sa monture. Le plus acharné à la poursuite des musulmans fut le Grec Ducas, chef des Grecs auxiliaires au service des Francs. Nour-ed-din dirigea sa fuite vers les bords du lac de Homs, où il s'arrêta à quatre parasanges1 du lieu où s'était livré le combat. Ce fut là que vinrent se grouper autour de lui les débris de son armée.

La garnison chrétienne qui occupait la forteresse ne cessait de faire des courses sur le territoire voisin des princes musulmans. En i 1O9. le gouverneur du Krak périt durant une de ces incursions, dans un combat livré à l'émir Scheab-ed-din-Mohammed, près du village de Liboueh, situé aux environs de Baalbeck. Comme ce fait n'est relaté

C'est-à-dire à 22 kilomètres environ, si on adopte le parasange persan qui correspond à 5,565 mètres,

62 MiiM MENTS DE L'ARCHITECTl RE MILITAIRE

que par les historiens arabes, il m'a été impossible de savoir le nom

de ce clic\ aller.

D'après Ibn-Moncad, Noiir-ed-din , loin de se sentir découragé par la défaite qu'il venait d'essuyer, n'aspirail qu'à s'emparer du château sous les murs duquel il avait éprouvé un aussi sanglanl échec. Ne se

liant donc plus à la seule chance des armes, il eul recoursa la trahison, et dans ce hul séduisit un des turroples de l'Hôpital; niais il échoua encore dans son entreprise, ses propres soldats ayant tué le traître dès la première attaque.

\ la suite du désastre de llaltin, qui amena la chute du royaume de Jérusalem, Salah-ed-din vint camper dans la Bbchée et tint la forteresse assiégée pendant qu'il ravageait le territoire du comté de Tripoli et qu'il effectuait la reconnaissance de cette place, ce qui empêcha les Hospitaliers de secourir la forteresse d'Archas , défendue par les chevaliers du Temple.

Lors delà croisade de Philippe-Auguste, la garnison du Krak , de concert avec les troupes du comte de Tripoli , tenta une expédition contre Homs, mais elle demeura sans résultat , celte ville ayant été secourue par le Soudan d Alep.

A la première nouvelle (\u péril , Seïl-ed-din-Ahoubekr-Mohainnied- Melek-el- \del . ïicic de Salah-ed-din, à la tète de dix mille hommes de cavalerie, vint camper au bord du lac de Homs et se prépara à se porter sur Tripoli. Il s avança alors vers h1 Krak et échoua dans I attaque qu'il dirigea contre ce château. Il ne réussi! qu'à seniparer dune de ses dépendances, la tour d'Anaz, dont les ruines, qui se voient à deux kilomètres à l'est du kalaal-el-Ilosn, portent encore aujourd'hui h1 nom de lïordj-Anaz. Il lit prisonniers cinq cents hommes environ formant la garnison de la tour el v trouva égalemenl une assez grande quantité d'armes el des munitions <j 11 i y avaient été-

réunies1. Mais le prince dut se contenter de ce faible avantage remporté pendant sa campagne, car le sort des armes lui fut encore défavorable devant Tripoli, dont il dut lever le siège.

Tripoli, le Krak, Ghastel-Blanc, Tortose, Margatet Antioche lurent exclus du traite signé entre l'empereur Frédéric II et Malek-el-Kamel. Aussi, dans une bulle adressée au roi de France Louis IX, le 18 juin 1 :>•>(), par le pape Grégoire IX, ce dernier se plaint-il de voir ces places à la merci des infidèles, par suite de leur exception de la trêve.

Durant le xiuc siècle, le château qui nous occupe fut appelé à jouer un rôle important dans les événements militaires qui s'accomplirent alors en Syrie. C'était le point de départ et la base d'opérations des Hospitaliers dans leurs expéditions contre les soudans de Hamali qu'ils rendirent tributaires.

Celte ville, ainsi que plusieurs autres, avait été donnée par Salahed-din à son neveu Takied-din-Omar, et les descendants de ce dernier en étaient encore maîtres, lorsque Malek- Moudafer-Mahmoud, fils aîné de Malek-Mansour, qui venait d'être proclamé en 1233, refusa dé payer aux Hospitaliers un tribut dont il prétendait s'affranchir. Le Krak vit alors se préparer dans ses murs une expédition dont le continuateur de Guillaume de Tyr' nous a laissé une relation assez détaillée (pii ne sera peut-être pas dépourvue d'intérêt et que nous allons essayer de résumer ici.

La trêve ayant été rompue, les Hospitaliers réunirent au Krak toutes les forces dont ils purent disposer, tant en Syrie qu'à Chypre. On x x oyait Armand de Périgord , maître du Temple, avec fout son couvent; Jean dlbelin, le sire de Baruth et cent chevaliers cypriotes; Gauthier, comte de Brienne, avec quatre-vingts chevaliers du royaume

1 Aboulfeda , extrait des Historiens arabes '' Conf. de Guillaume de Tvr, I. \WIII.

descroisades, publias par M.Reinaud. p. 343. ch. xxxviii.

de Jérusalem; Pierre d'Avallon , neveu d'Ode de Montbéliard , el beaucoup d'autres chevaliers en renom. Toute celte armée vint camper dans la Bochée, et après y être restée deux jours elle se porta sur Mont-Ferrand , abandonné par ses habitants, qui avaient fui à l'approche «les Francs, laissant toutes les rues du bourg barricadées. Après l'avoir détruit, les troupes chrétiennes allèrent dresser leurs tentes à deux lieues delà à un casai nommé Merdjmin, et elles y demeurèrent durant deux jours, ce qui sufïit pour porter- aux environs le pillage et la dévastation. Etant revenues à Mont-Ferrand, elles turent campera un autre casai du nom de Samaquie, et le lendemain elles revinrent se cantonner dans la Bochée après huit jours de campagne.

Une bulle du pape Alexandre IV, du 8 avril 1 y 55 , exempta les Hospitaliers des dîmes pour tous les biens qu'ils possédaient aux environs du Krak, et douze ans plus tard les dîmes des entrées dues à l'église de Tortose furent remises à Tordre1 par Guillaume, évêque de celle ville, moyennant une redevance de mille besants d'or2.

Makrizi nous apprend que, dans le cours de cette même année 1 a (i 7, les Hospitaliers conclurent avec le sultan Malek-Daher-Bybars, pour le Krak et pour Margat, une trêve de dix ans dix mois dix jours el dix heures; mais ils durent en même temps renoncer au tribut de quatre mille écus d'or que leur payait le prince deHamah, à celui de huit cents écus imposés au prince de Bouktys, ainsi qu'aux douze cents écus d'or et aux cent mesures de blé et d'orge qu'ils recevaient de la terre des Assassins.

Si I ordre, naguère encore puissant, acceptait des conditions aussi dures, c'est que les revers nouvellement essuyés par les Francs de S\ri<i rendaient sa position charpie jour plus précaire. Durant les Aqv-

1 Cod. Dipl. n° i'if), p. 18,'i. 18/4. — * io,5oo francs de notre monnaie.

nières années que les chevaliers demeurèrent en possession du Krak ils paraissent y avoir été pour ainsi dire bloqués, à en juger du moins par le récit suivant, emprunté à l'historien arabe Makrizi.

Il raconte en ces termes la reconnaissance du château, opérée par Malek-ed-Daher-Bybars-el-Bendoukdar : rr Le troisième jour du mois rrde djoumazi-el-akkar, 668 de l'hégire (1270 de notre ère), le sulcrtan, à la tète de deux cents cavaliers, poussa jusqu'à Hosn-el-Akrad rret de là gravit, avec quarante hommes seulement, la montagne sur <r laquelle est situé le château. Une troupe de Francs qui se trouvait a- à l'intérieur sortit en armes, mais le sultan les chargea, en tua quelce ques-uns, mit le reste en fuite, et les poursuivit jusqu'aux fossés de frla place en les raillant sur leur retraite. u

Les Francs, malgré tant d'événements désastreux, étaient encore soutenus par l'espérance du succès de la seconde expédition de saint Louis, quand l'année 11271 souvrit pour eux sous les plus tristes auspices : ils apprirent à la fois l'échec de la croisade et la mort du roi de France sur la plage de Tunis.

C'était la dernière chance de salut qui venait de leur échapper, et les musulmans allaient pouvoir réunir toutes leurs forces pour accable!' et anéantir les derniers débris de ces colonies chrétiennes de Syrie , qui, pendant une durée d'un peu moins de deux siècles, avaient supporté le choc de toutes les forces de l'Asie. Maintenant elles succombaient, malgré les efforts prodigieux, mais dépourvus d'ensemble, tentés par l'Europe pour soutenir les successeurs de Godefroy de Bouillon.

Ce fut donc dans les premiers mois de 1^71 que le krak devait tomber entre les mains victorieuses du sultan d'Egypte.

\ oici , au sujet de ce siège, la relation que nous trouvons dans un auteur contemporain : rr Le deuxième jour du mois de djoumazi-elrcakkar, le sultan partit du Caire accompagné de son (ils le prince

trMeiik-es-Saïd. H se dirigea vers la Syrie et entra à Damas le huitième -jour de redjeb , puis il marcha sur Tripoli el lit prisonniers tous les ir ennemis qu'il trouva sur sa route II étendit ses ravages jusqu'à Salita, :r(jiu se rendit et lui évacué par les Francs. Il en sortit sept cents rt hommes, sans compter les femmes el les enfants.

-Les châteaux H les tours qui sont aux environs de Hosn-el-Akrad - se rendirenl aussi. ■•

Nous lisons égalemenl dans Ibn-Ferat que le () de redjeb r-le sultan rtarriva devant Hosn-el-Akrad, I*1 20 les faubourgs du château furent r-pris et le soudan de Hamah, Melik-el-Mansour, arriva avec son année. trLe sultan alla à sa rencontre, mit pied à terre et marcha sous ses ••étendards. L'émir Seïf-Eddin, prince de Sahyoun, etNedjem-ed-din, -rliel des Ismaéliens, vinrent aussi les rejoindre. Dans les derniers •■jours de redjeb, les machines lurent dressées. Le 7 de chaaban , le erbachourieh (ouvrage avancé) fui pris de vive force. On lit nue place «pour le sultan, de laquelle il lançait des flèches. Il distribua de Parti genl et des robes d'honneur. Le 1 6 de chaaban , une des tours fut roinrepue, les musulmans firenl une attaque, montèrent au château et s'en « emparèrent. Les Francs se retirèrent sur le sommet de la colline ou du tr château; d'autres Francs et des chrétiens furent amenés en présence -du sultan, qui les mil en liberté par amour pour son lils. On amena r les machines dans la forteresse el on les dressa contre la colline. En r même temps le sultan écrh il une lettre supposée au nom du comman- '•daiil des Francs à Tripoli, adressée à ceux qui étaient dans le chàffteau el par laquelle il leur ordonnai! de le livrer. Ils demandèrenl r alors à capituler. On accorda la vie sauve à la garnison, sous condi- •• lion de retourner en Europe. -

Les Francs ayant évacué le Krak le 8 avril 1271, le même auteur nous apprend encore que le sultan en nomma gouverneur l'émir Sarim-

ed-din-el-Kafrouri et donna des ordres pour réparer la forteresse. Durant le séjour qu'il \ fil . il recul une députation du seigneur de Tortose (c'était probablement le commandeur i\\i Temple qui est désigné sous ce titre) venani lui demander la paix. Elle fut conclue pour Tortose seulement, mais Safita et son territoire, étant tombés au pouvoir du sultan, ne lurent pas compris dans le traité. Il fut stipulé, en outre, qu'on restituerait tout ce qui avait été pillé pendant le règne de Malek-en-Naser, et que toute espèce de prétention sur les pays de I islamisme serait abandonnée par les chrétiens.

11 lut encore signifié que le pays et les revenus de Markal» seraient ('•gaiement partagés entre le sultan et les Hospitaliers, auxquels il concédait le droit de restaurer le château. Les Francs remirent plusieurs autres châteaux au sultan, et c'est à ces conditions que la paix fut signée.

Outre l'exagération dont sont empreints les passages que nous venons de citer, il y a lieu de remarquer qu'il s'y est, selon toute apparence, glissé une erreur sur la durée du siège de la forteresse.

D'après l'historien Marino Sanuto, il faudrait fixer au 1 8 lévrier 1-271 I arrivée de Bybars devant le château, qui aurait capitulé le 8 avril.

Ceci viendrait corroborer l'opinion que j'exprime dune erreur de date dans le texte de l'auteur arabe.

Le second gouverneur musulman paraît avoir été l'émir Seïf-ed-din- Balban, dont nous avons déjà parlé au sujet de sa tentative infructueuse contre Margat en l'an 1280.

Le Krak semble avoir servi d'arsenal aux infidèles durant les dernières années de la guerre contre les Francs.

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