‹ Étude sur les monuments de l'architecture militaire des croisés en Syrie et dans l'Ile de ChypreChapitre 24 sur 28 · OU D'OULTRE-JOURDAIN · texte numérisé non relu

OU D'OULTRE-JOURDAIN

La partie du royaume de Jérusalem nommée terre de Mont-Réal ou d'Oultre-Jourdain, et qui se composait de la région située à lest de la mer Morte et du Ouady-Araba, est une de celles sur lesquelles nous possédons le moins de documents contemporains. Nous savons seulement, par les historiens des croisades, que cette contrée se nommait alors la Syrie-Sobale et qu'elle comprenait la terre de Moab et l'Idumée.

Une précieuse charte datée du 3 1 juillet 1 1 G 1 , relative à un échange entre Baudouin 111, roi de Jérusalem, et Philippe de Milly, vicomte de Naplouse, vient d'être publiée dans le cartulaire de l'ordre Teutoniqne , et nous fournit des renseignements intéressants sur cette province. Elle nous apprend que la terre dite d'Oultre-Jourdain s'étendait depuis le Ouady-Zerka, au nord, jusqu'à la mer Rouge, au sud, et comprenait quatre fiefs principaux, qui étaient : le Crac ou la Pierre du Désert, Mont-Réal, Ahamant et le château de la vallée de Moïse.

Je vais donc essayer, à l'aide des divers passages des historiens chrétiens et musulmans des croisades, ainsi que des relations des voyageurs modernes, de compléter un peu ces renseignements.

i° Le Crac, ou Petra Deserti, forteresse importante, était en même lemps la résidence de l'archevêque de Rabbah1.

Familles d'oultre-mer, Syrie Sainte, p. y55.

Parmi les divers casaux de sa dépendance cités dans une des chartes de l'ouvrage de Paoli1, s'en trouve un nommé Ganzir, que je crois pouvoir identifier avec Je village moderne de El-Kanzirieh , situé ;i six heures au sud de Karak, au bord du Ouady-en-Nemaïreh.

2° Schaubak, ou le Krak de Mont-Réal, château doul relevaient des dépendances considérables, notamment les cantons de Beni-Salem cl de Ouady-Gerba. La position de ce lieu paraît se retrouver dans

le Djebel-Shera , au sud-ouest du Ouady-Mousa, où se voit une localité ruinée nommée Djerba. Nous savons, par la charte'2 mentionnée plus haut, que celte seigneurie comptait un grand nombre de Bédouins parmi ses hommes liges.

Nous lisons an \XIVr livre, chapitre n, du continuateur de Guillaume de Tyr, le passage suivant relatif aux deux forteresses dont je viens de parler : cr Mont-Réal est loin du Crac 36 milles. Mont-Réal itsiel en Ydumée et le Crac en Moab.n Les seigneurs de la terre de Mont-Réal doul nous connaissons les noms3 paraissent avoir eu leur résidence à Karak, pendant que des châtelains gouvernaient à leur place la forteresse de Mont-Réal et ses dépendances.

Voici les noms <|iii nous sont parvenus de quelques-uns de ces

châtelains :

Jean i i b;>.

Erald 1 1 53

Evenus 1 177

Le pèlerin Thetmar4, qui visita celte partie de la Syrie en se rendant au mont Sinaï, en 1^17, dit que la bourgade qui s'élevait an pied ilu château était habitée par des chrétiens el des musulmans. Il

1 Cod. Dipî. I. I. n° •'(). p. .'!i. ' Pèlerinage de Tlietmar en 1217, publié

: hl. ibid. parle baron Jules de Saint-Génois, p. '1 1 .

Familles d'oultre-mer, y. ûoi.

cite particulièrement une veuve française chez laquelle il recul l'hospitalité.

Je crois qu'il a été fort rarement question du troisième fief, nommé \liamant par les historiens latins du moyen âge, mais pourtant il me semble que l'on peut, sans témérité, identifier cette localité avec la bourgade de Maan-esch-Chamieh, dans laquelle M. Léon de Laborde1 croit retrouver le site de la Theman de l'antiquité. Elle est sur la route du Hadj, à six heures au sud-est de Schaubak, et fut décrite il y a vingt ans environ par le voyageur anglais Wallin2.

On v voit deux châteaux élevés l'un en face de l'autre, dont le plus récent a été construit par le sultan Soliman. Les jardins qui entourent la ville abondent en arbres fruitiers, et au temps des croisades cette région était très-fertile, comme le prouve le passage suivant du continuateur3 de Guillaume de Tyr :

cr Celle terre entour qui estoit toute couverte d'arbres portanz fruiz crde figuiers, d'oliviers et d'autres arbres de bonne manière, si que ce tr sembloit une forest. n

Palgrave4, qui s'y arrêta en 1862, au commencement de son voyage en Arabie, signale aussi un vieux château, et dit que la ville est entourée d'anciens remparts.

Le quatrième enfin, le château de la vallée de Moïse, que la charte du roi Baudouin dit être alors en la possession d'un certain Petrocii comitis, avait été enlevé par surprise aux Francs, en l'année nUd. Voici en quels termes Guillaume de Tyr5 raconte cet événement :

crEt pristrent un nostre chaste! qui a nom li vaux Moyse et siet en

' Livre de l'Exode et des Nombres, par Bianchi. — " Narrative of ayear's journey, L. de Laborde, p. i34. through Arabk.

' Wallin's Iravels in the nortli Arabia. 5 P. 712 713

' Katab Menarrïk el-Hailji, traduit par

«t la terre que l'on clamoit la Surie-Sobal, mais elle est ore apelée la xterre de Mont-Reial. Gest chastiaux siet assez près del leu ou Moyse ctfist issir les eues de la pierre par le cap de sa verge, quand le peuple ce Israël moroit de soif, n

Malheureusement, on n'a pu encore retrouver les ruines de cette forteresse, qui paraît avoir dû être bâtie à l'est, non loin du Ouady- Mmisa, el en avoir tiré son nom, si nous acceptons l'identification proposée par M, de Bertou.

Nous lisons dans Guillaume de Tyr1 qu'en 1116 le roi Baudouin s'avança jusqu'à Elyn (Ela?), sur la mer Bouge, et la trouva abandonnée par ses habitants, qui s'étaient enfuis, par mer, à son approche. Les historiens arabes des croisades racontent que cette ville demeura au pouvoir des Francs jusqu'au mois de décembre 1170. Les Francs possédèrent également à cette époque l'ile de Graye, dans le golfe Elanitique, et séparée seulement d'Ela par un bras de mer de peu de largeur. C'est un rocher encore couvert de ruines et qui fut visité en 1829 par le comte Léon de Laborde.

Au moyen âge, seul, le pèlerin Thetmar a parlé de cette ile. Il la visita en 1217, quand elle était depuis assez longtemps déjà retombée au pouvoir des musulmans. Bien que le voyageur ne nomme pas l'îlot en question, le texte suivant ne saurait nous laisser aucun doute sur son identité :

et Super rupem quamdam a liltore, ad dimidium campuin, in islo et mari quoddam castrum vidi cuius castellani partim erant Ghristiani rcet partim Sarraceni. Ghristiani quidem caplivi: Gallici, Vnglici et Larrlini, omnes piscatores soldani de Babylonia.ii

Dans la charte dont j'ai parlé au commencement de cette note, nous

trouvons encore la confirmation d'un fait au sujet duquel nous n'avions jusqu'à présent que des présomptions assez vagues. 11 s'agit du tribut payé au trésor royal par les caravanes de marchands arabes, el moyennant lequel ils obtenaient le passage sur le territoire des Francs en allant, par le désert, d'Egypte à Damas, ou en revenant. Selon toute apparence, ces caravanes suivaient la route actuelle du Hadj. à partir du défilé nommé, aujourd'hui, Akaba-es-Schamieb.

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