Deux azygospores
SPINELLUS FUSIGER,
Link. Sp. i. p, 93. Fr. S.M. iii. p, 321, Eng. FI. v.p. 332. Fckl. Exs. no. 53.
Le Spinellus fusiger a été décrit par Link sous le nom de Muçor fusiger puis étudié par MM. de Bary et Voronine en 1866, par M. Tulasne en 1867 qui décrivit ses zygospores et leur germination et enfin par M. Van Tieghem en 1875. L’histoire de cette plante est donc connue, cependant je me permettrai d’ajouter aux descriptions qui ont déjà été données les quelques remarques que j’ai pu faire à la suite de nombreuses cultures.
Le Spinellus se rencontre en grande abondance à Chaville vers les mois de septembre et d’octobre sur divers agarics, principalement sur le Collybia fusipes. Etonné de le voir deux années de suite en grande quantité et au même endroit,ma première pensée fut de chercher si sur les agarics euxmêmes je ne trouverais pas de zygospores, pensant avec raison.que les spores ordinaires ne pouvaient résister au froid ni à la gelée. Je remarquai que le Collybia fusipes se développe par touffes, dans un terrain sablonneux se desséchant facilement, sur une colline à gauche d’une fontaine située dans le bois de Chaville et je me souvins que M. Maxime Cornu obtient les zygospores lorsque le substratum se dessèche. J’étais donc
dans les conditions voulues. Mes recherches ne furent pas infructueuses, du reste il sera facile de contrôler mes assertions. Presque tous les pieds d’agarics les plus avancés portent sous le chapeau entre les lames un nombre variable de ces zygospores.
Les zygospores ne sont donc pas une production artificielle et extraordinaire obtenue dans les laboratoires mais un mode habituel de conservation des espèces dans la nature. De retour chez moi je m’empressai de faire des expériences nombreuses et variées. J’ensemençai les chapeaux de Collybia fusipes que je posai les uns sur du sable sec les autres simplement sur une brique. Je les recouvris de cloches ouvertes par le sommet et après la production des sporanges je vis apparaître des zygospores directement en contact avec l’air extérieur. Le sable et la brique sèche doivent à mon avis, en absorbant l’excès d’eau, retarder la décomposition putride qui ne tarderait pas à arrêter le développement complet du Spinellus. Mais je me garderais bien d’affirmer que l’augmentation ou la suppression de l’oxygène de l’air ambiant donne un résultat inférieur ou moins rapide.
Du reste, maintes fois j’ai obtenu des zygospores sans prendre aucune précaution.
On peut obtenir la germination des spores dans de l'eau, sur du pain mouillé, et sur le crottin de cheval, mais c’est à peine si on obtient
quelques branches de mycélium. Le développement complet ne se produit que sur des agarics, ce qui a fait dire à M. Van Tieghem que le parasitisme absolu est nécessaire au Spinellus. Le mycélium unicellulaire et incolore qui pénétre dans l’intérieur des substances présente des sortes de suçoirs larges et irréguliers que M. Yan Tieghem compare à des doigts de gants et des filaments dont les ramifications avortent à une courte distance et ressemblent à des épines. Un de ce s filaments garni d’épines se dresse pour devenir le support du sporange. Ce support présente à sa partie inférieure une sorte de renflement plus ou moins net. Le filament augmente progressivement de diamètre et cette portion élargie, même au-dessus du substratum, possède quelquesunes des épines dont j’ai parlé plus haut, puis elle s’atténue légèrement et son diamètre reste sensiblement le même jusqu’au sporange. Le support ainsi constitué est d’abord incolore, bientôt il se teinte de bas en haut, en gris bleu puis devient ardoisé, puis bleu noir, puisbrun chocolat. Sa hauteur varie de un à quatre centimètres. Les cloisons ne paraissent qu’à la fin lorsque le protoplasma s’est appauvri. Quant la substance sur laquelle il a pris naissance ne fournit plus que très peu d’éléments nutritifs il se produit souvent une curieuse modification. La portion du support qui se trouve immédiatement au-dessous du sporange se gonfle
et imite tout-à-fait le renflement supérieur des Pilobolus. J’ai conservé quelques préparations de cette anomalie que représente la gravure cijointe.
Le sporange est d’abord sphérique incolore, et rempli, de protoplasma granuleux puis la columelle prend naissance comme dans le Rhizopus et le Sporodinia au-dessus du point où le sporange s’insère au filament de sorte que celui-ci est surmonté d’une sorte d’apophyse. C’est cette apophyse qui prend des proportions considérables dans le cas particulier dont j’ai parlé à propos du support. La columelle pénètre dans l’intérieur du sporange sous forme d’une calotte hémisphérique et se colore en bleu noir dans la suite. Tandis que le sporange est délimité par une membrane lisse non incrustée de cristaux d’oxalate de chaux qui reste toujours incolore. Bientôt après que la columelle s’est séparée on voit apparaître de gros noyaux hyalins et arrondis devenant un peu polyèdriques par la pression qu’ils exercent les uns sur les autres. Si on examine d’autres sporanges à la place de ces gros noyaux on en remarque un nombre beaucoup plus grand arrondis ou légèrement ovales, puis ces noyaux s’allongent et deviennent fusiformes. Ces transformations se voient très nettement surtout si on a eu soin de colorer la préparation avec une légère solution de noir d’aniline. Lorsque les spores sont mûres elles ont
une forme très allongée qui rappelle un fuseau et mesurent 0 mm ,032 à 0 mm ,040 de longueur sur 0 mm ,008 a 0 mm ,011 de largeur.
A la suite des sporanges on remarque principalement entre les lames des agarics, des sortes de petits buissons, d’abord incolores, puis devenant bruns, formés des ramifications aériennes du mycélium. Ce mycélium aérien envahit peu à peu toute la surface inférieure et sert à protéger les zygospores et à puiser le surcroît de nourriture dont la plante a besoin. Chaque filament a la forme d’un long tube non cloisonné garni de courtes ramifications, transformées en épines. Ces épines sont implantées par verticilles de trois ou quatre sur un léger renflement et de distance en distance. Par leur extrémité libre elles s’enfoncent dans l’épaisseur des deux lames voisines et y développent des suçoirs. Lorsqu’on veut les examiner, l’effort que l’on fait pour les arracher les brise au niveau de leur insertion dans le tissu nourricier et leur extrémité reste ouverte. Au contraire, dans la portion qui se développe audessus de ce tissu, les épines se terminent par une pointe émoussée qui peut se cuticulariser avec le reste ou demeurer incolore. Dans ce dernier cas on pourrait les prendre pour des tubes ouverts. Ces filaments couverts d’épines se ramifient et quelques-unes de ces ramifications rampent à la surface du substratum, pour donner
naissance aux zygospores. Nous avons vu qu’ils présentent des nodosités sur lesquelles se développent des épines ou des rameaux. Ces nodosités peuvent prendre-un plus grand développement et ên même temps qu’à quelques filaments, donner naissance encore à deux petites ampoules recourbées. Ces deux ampoules peuvent avoir leur partie la plus étroite, c’est-à-dire leur pied tout près l’un de l’autre, mais il n’y a jamais d’adhérence. D’autres fois ces ampoules se produisent sur des nodosités différentes d’une même branche ou de branches différentes. Ces ampoules sont d’abord trapues presque sessiles, la courbure de chacune forme une demi circonférence d’un rayon très court. Les deux portions dilatées arrivent au contact et se soudent. Alors les deux pieds prennent un grand développement qui permet aux deux ampoules de prendre peu à peu une direction horizontale et d’effacer leur courbure. Les pieds deviennent des filaments de diamètre sensiblement égal qui s’allongent en même temps que la zygospore et forment ensemble un angle de plus en plus obtus. Puis ils se garnissent de filaments épineux et on pourrait croire que la zygospore a pris naissance sur deux filaments épineux et commencé par deux ampoules droites, nées en face l’une de l’autre, tandis qu’elle subit une conversioù bien manifeste. Ces ampoules sont souvent de même Valeur, mais quelquefois, dès les premiers temps, l’une se colore
avant l’autre, ou bien présente en sa partie moyenne une cloison tandis que l’autre n’en a pas encore.
Nous avons vu que la zygospore, à son début, était formée de deux branches augmentant graduellement de diamètre et décrivant d’abord une demi-circonférence, puis une ellipse très allongée. Ces deux branches que j’ai désignées sous le nom d’ampoules, après s’ôtre soudées par leur plus grosse extrémité, se remplissent de protoplasma granuleux. Ces granulations sont plus nombreuses et plus denses au point de contact. L’espace qui les renferme se sépare du reste de l’ampoule par une cloison, puis les deux parois médianes soudées l’une à l’autre se résorbent et bientôt on a deux masses de protoplasma se mélangeant pour former une zygospore, d’abord plus longue que large et qui, à la maturité, devient sphérique. A ce moment les ampoules, qui tiennent la zygospore comme entre les mors d’une pince, ont pris un grand développement; leur surface s’est colorée en brun, puis, continuant à se dilater davantage, il se produit sur leur membrane des places plus blanches, les dernières formées, tandis que les parties brunes représentent des dessins semblables aux fils d’un réseau que l’on écarte.La zygospore est composée de plusieurs enveloppes renfermant du protoplasma et des gouttelettes huileuses. La première de ces enve-
loppes est noire, mais, si on en examine un fragment, on remarque, par transparence, qu’il est sillonné de stries parallèles qui l’enveloppent comme les fils d’une bobine. C’est suivant ces lignes que se fait la déhiscence qui m’a paru se produire avec élasticité pour laisser échapper la zygospore avec sa membrane propre, épaisse et cartilagineuse.
Les azygospores prennent naissance lorsque ces deux ampoules se trouvent dans des conditions telles que leur extrémité ne peut se souder. Le protoplasma n’en achève pas moins son travail, et on a deux azygospores hémisphériques exactement constituées comme la zygospore dont elles tiennent la place.
Les zygospores mises sécher un à deux mois germent en présence de l’eau en donnan directement un filament sporangifère.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Sporodinia grandis.