‹ Étude sur les mucorinéesChapitre 5 sur 24 · Cristal renfermé dans le renflement turbiné · texte numérisé non relu

Cristal renfermé dans le renflement turbiné

PILOBOLUS.

Fr. S. M. iii. p. 312. Pers. Obs. i. t. 4. f.J9.10.

iBull. Jt. 480, f. 1. Boit. t. 133, f. 1.

Corda, leon, vi. f. 32. Kl. Exs. no. 1830,’etc,, etc.

Les Pilobolus paraissent différer beaucoup des autres Mucorinées, cependant ils possèdent les mêmes organes plus ou moins modifiés, c’est-àdire un sporange, un support et des racines provenant d’un mycélium non cloisonné.

Le sporange est sphérique et déterminé comme celui des autres Mucors par une enveloppe extérieure renfermant une columelle et un grand nombre de spores.

L’enveloppe extérieure est une membrane hérissée de cristaux d’oxalate de chaux présentant à sa partie supérieure des aspérités en forme de petites verrues creusés. Elle possède en outre la propriété de s’épaissir, de se cuticulariser partiellement. L’action commence à partir du sommet et peut devancer ou suivre la formation des spores. La partie cuticularisée prend une teinte noir bleuâtre qui descend et envahit environ la moitié du sporange, mais se termine sans transition brusque. La teinte est de plus en plus pâle, la portion inférieure reste incolore.

Si on vient à plonger dans l’eau un Pilobolus adulte ces deux régions se différencient encore plus nettement. Quelquefois la partie inférieure

est refoulée dans l’intérieur du sporange qui s’affaisse sur lui-même. Mais lorsque l’immersion a duré plus longtemps l’effet inverse se produit. L’eau pénètre par endosmose attirée par la matière intracellulaire qu’elle gonfle. La région cuticularisée résiste à l’action du liquide tandis que l’autre se distend d’abord. Les spores sont soulevées et détachées de la columelle qui devient nettement visible. Puis cette membrane se dissout et les spores se répandent.

La columelle est la partie conique du support qui pénétre dans le sporange. Sa forme et sa dimension varient suivant les espèces mais elle possède toujours la curieuse propriété qui a valu son nom à la plante. Ce nom vient de deux mots grecs (itîXo; poXij, je jette mon chapeau). Une observation attentive des Pilobolus permet de les voir, surtout sous l’influence de la lumière et de la chaleur, projeter au loin leur sporange noir. Le phénomène est trop rapide dans ces conditions pour qu’il soit possible de bien l’étudier. En choisissant des échantillons mûrs, pour les mettre avec un peu d’eau sur un porte-objet et en les protégeant pour que le verre mince dont on les recouvre ne les écrase pas, on trouve après quelques essais infructueux des individus qui se décident à projeter leur sporange. Celui-ci ne peut aller loin à cause des frottements à vaincre.il est facile de remarquer qu’il s’est détaché entrainant avec lui sia columelle coupée très net-

lement au point où vient s’insérer le sporange. Cette scission paraît facile à expliquer.Elle résulte de la traction opérée en deux sens opposés. Le sporange tend de plus en plus à devenir sphérique, quelquefois cette force expansive refoule la columelle et quelques spores dans le renflement supérieur du support. De même on voit ce renflement se gonfler au contact de l’eau. La double traction qui en résulte finit par déterminer une rupture au point d’application des deux forces, la columelle avec ce qui la surmonte est projetée au loin comme le serait le couvercle d’une soupière par la vapeur d’eau. Cette rupture peut encore être expliquée par ladiffluence d’une petite zône de la membrane du renflement supérieur, diffluence occasionnée par le contact d’une goutte d’eau, le sporange dans ce cas serait prçjeté exclusivement par la force expansive du liquide contenu dans le tube sporangifère.

Si avec la pointe d’une aiguille on enlève la membrane extérieure du sporange, opération qui se fait très aisément après un séjour de quelques instants dans de l’eau, il devient facile d’observer la forme de cette columelle. Généralement c’est une calotte hémisphérique ou cylindro-conique suivant les espèces.

Les spores renfermées en grand nombre dans le sporange sont quelquefois de dimensions très variables chez le même individu. Elles sontrondes

ovales ou ellyptiques, de couleur jaune ou verdâtre et plongées dans un liquide.

Le support des Pilobolus commence immédialement après la columelle et se termine à la cloison qui surmonte l’apophyse mycelienne, il ne présente pas de cloisons mais on peut le supposer divisé en trois régions. Immédiatement au-dessous du sporange se trouve un renflement turbiné (en forme de toupie), volumineux qui contient, une substance très avide d’eau. En effet lorsque ce renflement s’est contracté sous l’influence de la glycérine on peut lui rendre sa force et son volume primitif en déplaçant la glycérine par une goutte d’eau même dans une préparation faite depuis longtemps si la membrane n’a pas été déchirée. A l’intérieur se trouvent des granules de protoplasma jaune quelques octaèdres de mucorine et souvent de petits corpuscules rouges doués de mouvement. Le protoplasma forme un léger enduit membraneux qui tapisse les parois intérieures et souvent s’en détache en se contractant. 11 s’accumule un peu à la partie supérieure, mais surtout à l’extrémité inférieure de ce renflement sous forme d’une bande qui sépare très nettement cette première région et contribue par sa couleur à augmenter l’élégance de la plante. Lorsque ce renflement turbiné est gorgé de liquide une simple élévation de température suffit pour déterminer la projection du sporange, celui-ci peut être lancé à

un mètre et plus de distance ce qui suppose une fprce considérable vu la petitesse du Pilobolus. Aussitôt après les parois se rapprochent et la membrane se plisse.

Au-dessous de ce renflement se trouve le support proprement dit,long tube cylindrique de diamètre sensiblement égal et ordinairement rempli d’un liquide incolore. Ce tube énergiquement attiré par la lumière peut varier beaucoup de longueur dans une même espèce suivant que le mycélium s’est développé à la surface ou dans les profondeurs du substratum. On n’y rencontre que quelques cristaux de mucorine.

La troisième région qui fait immédiatement suite au support proprement dit comprend le renflement inférieur, ordinairement globuleux ou ovoïde quelquefois très allongé comme dans le Pilobolus Ion gipes, mais toujours plus coloré que le tube qui le surmonte dont il se distingue très nettement. Ce renflement donne quelquefois naissance à de petites radicelles mais elles manquent le plus souvent. La direction peut être verticale et son axe est le prolongement de celui du support, ou horizontale et fait alors un angle droit avec le reste de la plante à laquelle il donne plus de solidité.

La racine du Pilobolus se compose de .l’apophyse mycelienne et de filaments plus ou moins ramifiés qui prennent naissance sur cette apophyse. Cette apophyse a sensiblement la forme

d’un cône renversé toujours fortement coloré en jaune par du protoplasma. Une cloison la sépare du renflement inférieur. Son extrémité pointue fait suite au mycélium et donne naissance à des radicelles.

Le Pilobolus forme le type le plus compliqué des Mucors. Toutes les parties sont nettement différenciées, souvent séparées par une cloison et toujours exagérées. Ces parties peuvent affecter la même forme ou des formes approchées dans quelques autres Mucorinées.

Le sporange avec une membrane à demi cuticularisée et à demi diffluente se trouve dans le Pilaira Cesatii.

Le renflement supérieur turbiné est réduit à une apophyse chez les Absidia, le Rhizopus, le Mucor fusiger. Mais chez ce dernier cette apophyse peut dans des cas exceptionnels se développer et revenir à la forme turbinée. Je suis heureux d’avoir rencontré le Mucor fusiger avec cette forme et de pouvoir vous la présenter. Enfin le Sporodinia grandis présente également un renflement du support audessous de la columelle.

Le renflement inférieur ne se trouve représenté dans quelques espèces que par une faible dilatation du support comme dans le Mucor fusiger.

L’apophyse mycelienne prend la forme d’une lame ornée de prolongements en doigts de gant chez les Syncephalis et celle de crampons plus ou

moins ramifiés chez la plupart des autres Mucorinées.

En outre du mode de reproduction par les sporanges les Pilobolus ont encore des clamydospores formées dans l’intérieur du milieu nutritif à l’extrémité de filaments myceliens recourbés à leur sommet et cloisonnés. Ces chlamydospores ont été signalées par M. Roze et M. Cornu pour la première fois dans des cultures de Pilobolus crys tallinus où elles sont étoilées. M. Yan Tieghem a trouvé de son côté les chlamydospores du Pilobolus nanus. Mais ces productions ne viennent que sous des influences encore inconnues et se réalisent rarement dans les laboratoires.

Les spores d’un certain nombre d’espèces, du Pilobolus œdipus par exemple, germent facilement et émettent un tube mycelien dans lequel au début circule des granules de protoplasma. Ce tube s’allonge considérablement en se ramifiant sans se cloisonner. Bientôt sur l’une des ramifications on voit paraître une vésicule qui se cloisonne par le milieu et où se condense le protoplasma. Ace moment cette vésicule présente l’aspect de deux cônes réunis par leur base et séparés par une cloison. Le cône inférieur constitue dès lors l’apophyse nqycelienne et ne change pas beaucoup de dimensions pendant toute la durée de la plante. 11 n’en est pas de même du cône supérieur qui formera le renflement inférieur ovoïde du Pilobo*

lus et dont l'accroissement se fait par la pointe. Celle-ci s’allonge en un tube dont la partie supérieure est colorée en jaune par la masse de protoplasma qu’elle renferme. Lorsque l’extrémité a dépassé le substratum nourricier suffisamment pour absorber les quantités de lumière et de chaleur nécessaires aux réactions physiologiques elle s’arrondit et donne naissance à une sphère.

Le protoplasma s’accumule dans cette sphère, toutefois il en reste encore un peu dans le support, il faut que la membrane de la columelle se. forme et -vienne l’emprisonner complètement.

Bientôt il se produit des noyaux dans la masse. Ces noyaux s’entourent d’une membrane et deviennent autant de spores. La columelle est quelquefois concave au début mais elle ne tarde pas à prendre la forme convexe qui est définitive. La partie supérieure de la membrane du sporange noircit en se cuticularisant puis le support prend sa forme turbinée et le Pilobolus est parfait.

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