P1L1IRA
MM. Van Tieghem et Lemonnier, Annales des Sciences naturelles, 6’ série, t. 1 (1875). (Pilobolus anomalus Cesati. Asoophora Gesalii Cæmans).
Le Pilaira a été découvert à Verceuil, en 1850, sur des excréments d’oie, par M. Cesati. Ce savant crut avoir affaire à un Pilobolus, mais remarquant qu’il diffère essentiellement des autres parce qu’il ne projette pas son sporange, en fit le Pilobolus anomalus.
M. Brefeld parle d’un Pilobolus mucedo , c’est probablement la plante qui nous occupe, mais la description n’en a pas été faite. M. Cæmans, après examen des échantillons authentiques provenant de l’herbier de Desmazières, comprit que ce n’était pas là un Pilobolus et lui donna le nom à’Ascophora Cesatii. Malheureusement le genre Ascophora n’a pas de raison d’exister. M. Van Tieghem reprit l’étude de cette curieuse Mucorinée et en fit un type intermédiaire entre le genre Pilobolus et le genre Mucor sous le nom de Pilaira Cesatii.
Je n’oserais parler ici de cette plante après l’excellente description et l’étude complète qui en ont été faites si je n’avais à vous présenter un grand nombre d’échantillons et à vous dire qu’elle se trouve toujours dans les bois de Chaville sur les excréments de lapins qu’on y rencontre en abon-
dance. Je me contenterai de résumer ce que ce genre peut avoir d’intéressant.
Le mycélium ramifié et unicellulaire donne naissance à un filament de diamètre égal dans toute sa longueur et destiné à devenir le support du sporange. Ce filament ne se ramifie jamais ; sa longueur est de dix à douze centimètres au plus. Le protoplasma sporigène jaune s’accumule au sommet où bientôt il forme une sphère. Dans cette sphère les divers éléments du protoplasma se séparent. La cloison de la columelle se dessine, mais sans prendre immédiatement sa forme définitive. La membrane qui délimite cette columelle s’insère au-dessus du point où le support s’attache à la sphère. Elle se présente d’abord comme une surface plane sur laquelle on aurait déposé un petit cône à sommet arrondi. Le protoplasma situé au-dessus se remplit de noyaux qui s’entourent d’une membrane pour former les spores.
Entre les spores se trouve une substance incolore et mucilagineusè comme chez les Piloholus. La membrane du sporange se cuticularise à moitié; l’hémisphère supérieur prend par suite une coloration noire et se recouvre de fins cristaux d’oxalate de chaux. L’hémisphère inférieur reste incolore et deviendra diffluent. A mesure que les spores mûrissent, la columelle aplatit sa surface supérieure et prend la forme d’une lentille globuleuse. Puis le support perd sa rigidité et retombe
sous le fardeau qui le charge, il se chiffonne. Le sporange tombe sur les corps voisins; l’eau dissout la membrane difüuente et détermine la dé • hiscence du sporange. Les spores restent un moment agglomérées par la substance interstielle gélatineuse; puis celle-ci se dissout à son tour et les spores se collent soit sur les parois, soit sur le couvercle du vase où se fait la culture, en un mot n’importe où elles se trouvent pour germer dans la suite si les circonstances leur sont favorables.
Le second mode de reproduction a été découvert par M. Van Tieghem dans une culture cellulaire. La spore cultivée dans une goutte de décoction de crottin de cheval produisit une zygospore, mais faute d’une nourriture suffisante cette zygospore né put mûrir.
J’emprunte à M. Van Tieghem la description suivante ;
« Deux rameaux flexueux, issus de la même branche latérale ou de branches latérales qui se croisent, s’accolent dans leur partie inférieure et se pelotonnent en quelque sorte en engrenant leurs ondulations; en même temps leurs bouts libres se renflent beaucoup, se recourbent en arc l’un vers l’autre en forme de mors de pince et viennent se toucher par leurs sommets. Puis il se fait dans chaque bout renflé une cloison qui en sépare une cellule pleine de protoplasma épais et granuleux. Ces deux cellules sont constamment
inégales, l’une ayant une hauteur presque double de l’autre. Elles se pressent de plus en plus l’une contre l’autre en aplatissant leur surface de contact, après quoi la double membrane se résorbe et les deux corps protoplasmiques se mêlent, se pénètrent réciproquement et enfin s’entourent d’une paroi propre et constituent un œuf ou zygospore. »
On ne connaît'jusqu’ici que deux espèces dans ce genre, ce sont le Pilaira Cesatii qui se rencontre dans les bois de Chaville et de Montmorency, dont les caractères particuliers sont d’avoir des spores ovales mesurant 0 mm ,008 à 0 mra ,010 sur 0 mm ,006, un support relativement très allongé, haut de 10 à 12 centimètres et enfin une columelle incolore.
La seconde espèce n’a encore été trouvée que par M. Van Tieghem une seule fois en 1875 et se distingue par le moindre développement de toutes ses parties. Ses spores sont sphériques et sa columelle relevée en cône au sommet et colorée en noir bleuâtre ou violacé plus ou moins intense. C’est le Pilaira nigrescens que je suis heureux d’avoir trouvé à mon tour et de pouvoir vous présenter.
EXPLICATION DE - LA PLANCHE
1 à 10, — Pilobolus ædipus.
d. Spores.