Lyon, in-fo
8. Nous devons k l'obligeance de M. Edmond Le Blanl, membre de l'Institut, qui a bien voulu eiarniner l'en-lête du « Térence ■ de Trechsel, le renseignemenl suivant que nous sommes heureux de communiquer à nos lecteurs ;
B Au rez-de-chaussée du théâtre figuré sur la gravure du « Térence » de 1492 se trouve une série de chambres, au-dessus desquelles est inscrit le mot : Fomices. Ces chambres n'étaient autres que des repaires de filles publiques qui se
y est comme de nos jours bordée de loges entre colonnes et audessus de la loge que nous appellerions aujourd'hui « avantscène » se lit l'inscription : Ediles ; à côté sont les estrades ou galeries pour les assistants riches; elles se prolongent sur tout le pourtour de l'amphithéâtre ; en bas est le peuple. L'usage de placer la loge pour le souverain, ou les autorités présidant, en quelque sorte, au spectacle, près de la scène, sur le côté de la salle, existait donc déjà au moyen âge, au moins dans Test de la France et en Allemagne. Dans l'intérieur de la France, l'usage devait être différent; nous verrons plus loin que le per- * sonnage qui présidait à la représentation des Mystères, joués au centre de la France, était installé au milieu de Tamphitéâtre, c'est-à-dire à Tendroit où est aujourd'hui placée la loge royale dans les théâtres italiens. Cette planche montre aussi qu'en 1493 les Mystères les plus importants se représentaient sur un véritable théâtre, avec une véritable salle de spectacle, construite en charpentes pour la circonstance.
La représentation terminée, ces constructions étaient mises à l'encan et démolies par les acheteurs qui les emportaient ^ Les théâtres, sauf les salles de Paris, n'étaient pas permanents. Ce fut à Lyon, en 1540, qu'un riche bourgeois, du nom de Neyron, fit construire pour la première fois un théâtre destiné à être conservé. Il renfermait trois rangs de galeries ou de loges; le parterre était garni de bancs. Un toit plafonné couvrait le tout et
livraient, aux alentours des théâtres antiques, à la prostitution. Les couples que représente la gravure qui nous occupe ne laissent d*ailleurs, par leur attitude, aucun doute sur la nature des conversations qu'ils entretiennent.»
Voici aussi le résumé de la note lue à TAcadémie des inscriptions et belleslettres, en sa séance du 19 décembre 1890^ par M. Le Blant, sur la gravure de Térence que nous lui avons communiquée. Tertullien (Dé Spec^ocu^is, XVII) recommande aux fîdèles de fuir les spectacles en leur rappelant que la prostitution s'y étale au grand jour. La Vie de saint Ouen, comme celle de saint Romain, donne à, entendre qu'un amphithéâtre, détruit à Rouen par ce dernier, renfermait un lupanar. Ces faits sont confirmés par l'histoire du martyre de sainte Colombe (Bibl. nat.y fonds latin, mss. 5265, 5280, 5269) et l'existence d'un lieu de débauche établi dans l'amphithéâtre même ne peut plus être contestée. Voir la gravure publiée dans la Rerme archéologique ^ 1891, pi. III.
1. Voir le Registre des délibérations de la ville (TAmienSf passim.
sur le plafond des peintures représentaient le Paradis et TEnfer. Ce théâtre où jouaient des artistes d'occasion ne dura que huit J années. Il disparut avec les Mystères, cédant la place à des troupes de comédiens de métier et à un nouvel ordre de choses en littérature*.
La scène.
Si Ton étudie les Mystères, on voit qu'ils sont tous conçus suivant des règles constantes, et que^ partout, les dispositions des décors, quoique variant à l'infini dans les détails, ont toujours certains éléments essentiels identiques.
Les Mystères représentent tous la lutte du bien et du mal ; aussi le décor doit-il reproduire d'une part le ciel avec Dieu le Père et les anges, d'autre part les démons et l'enfer, figuré par une gueule de dragon qui s'ouvre et se ferme sans cesse. Les autres dispositions varient suivant le sujet du Mystère^ la richesse des organisateurs et diverses autres raisons.
Les trois unités, surtout celle de lieu, n'étaient pas du fait des Mystères. L'action se déployait sans aucun arrêt de temps, et pas
un événement ne s'accomplissait en dehors de la vue des spectateurs. L'auteur, loin de chercher à ramener les faits vers quelque centre d'action restreint, les dispersait, au contraire, en autant de lieux que le sujet le comportait « l'aclion sautait continuellement d'un endroit à un autre ; quelquefois elle se passait en plusieurs endroits à la fois »•. Pour faire saisir aux spectateurs ces mutations, il les fallait exécuter sous leurs veux ; sans cela la pièce n'eût pas eu de suite.
Il y a deux moyens d'obtenir ce résultat : d'abord, le change-
1. Histoire littéraire de la ville de Lyon, par le P. de Colonia. Lyon, 1728- 30, 2 vol. in-4o; t. II, p. 429.
Histoire de la ville de Lyon depuis son origine jusqu'en 1846, par J.-B. Monfalcon. Lyon et Paris, 2 vol., 1847-1852, 1. 1, p. 633.
2. Morice, Essai sur la mise en scène des Mystères^ déjà cité, p. 36 et 37.
ment successif de décors : en second lieu, la représentation si- ^ multanée sur la scène « de tous les lieux où Faction doit conduire les personnages »*.
De nos jours, on se sert du premier moyen : le décor change successivement, et la scène, restant la même, représente des endroits différents. Au moyen âge, au contraire, on utilisait le second, et le théâtre reproduisait des scènes différentes, côte à . v^^ ^^'^^ côte, préparées avant la représentation; les acteurs s'y transportaient successivement, selon Tendroit où la partie du drame qu'ils jouaient était censée se passer : les peintures nnirales ou les bas-reliefs de nos vieilles cathédrales du moyen âge ■ représentent ainsi, les unes après les autres, les phases de la vie d'un saint ou les scènes de la Passion. Le décor du Mystère était donc fixe; Faction seule était mobile*.
Comme les scènes des Mystères représentés sur un même théâtre élaient souvent nombreuses, quelques historiens crurent, au xvQ® et au xvui® siècles*, pouvoir émettre Topinion que les théâtres du moyen âge étaient à plusieurs étages, et qu'à chaque étage il y avait une ou plusieurs scènes différentes sur lesquelles les acteurs passaient en montant ou en descendant.
MM. Paulin Paris et Petit de JuUeville* ont démontré Tinvraisemblance de cette hypothèse ; ils ont fait voir que les textes qui ont servi à l'édifier s'appliquaient non pas aux dispositions de la scène, mais à celles des échafauds construits pour l'auditoire. Pour notre part, tout en acceptant Topinion de M. Paulin